Paul réfléchit sur les implications du plan de Dieu, et pour les Juifs, et pour les non-Juifs. Ce verset est marqué par la répétition du mot grec πλοῦτος ploutos, « abondance » rendu par « richesses » par la Traduction œcuménique de la Bible.
Or, si leur faute a fait la richesse du monde est litt. « si maintenant leur faute richesse du monde ». Dans ce contexte, la conjonction si (εἰ ei) introduit un fait déjà réalisé. Elle pourrait donc être remplacée par « puisque » ou supprimée, par exemple, « Le péché des Juifs a apporté de riches bénédictions… » La conjonction δέ de est parfois rendue par « Et » (La Bible de Jérusalem: Nouvelle édition revue et corrigée) ou Or (Nouvelle Bible Segond, Bible en français courant). La Parole de Vie ne rend pas ces deux conjonctions, mais présente des affirmations suivies d’une conclusion : « Alors… »
Pour faute, voir Rom 4.25. leur renvoie à « Israël », et les traducteurs devront harmoniser le pronom en fonction de leur traduction. Certains spécifient plutôt « si la faute des Juifs… » (Bible en français courant), mais dans d’autres versions, le référent sera clair : « sup 11sup* le peuple d’Israël est devenu jaloux. sup 12sup* Sa désobéissance… » (Parole de Vie).
a fait la richesse du monde : en grec, il n’y a pas de verbe. Les traducteurs peuvent suivre la Traduction œcuménique de la Bible ou utiliser d’autres expressions, « a enrichi », « a rendu riche ». Dans beaucoup de langues, il y a des tournures idiomatiques qui pourront parler d’une richesse plutôt spirituelle que matérielle. Le mot grec πλοῦτος ploutos signifie aussi « plénitude » ou « abondance ». La Parole de Vie parle de « grands bienfaits ». Mais on pourrait aussi garder le mot richesse tout en laissant son interprétation aux lecteurs-auditeurs. L’ajout de la Bible en français courant « a enrichi spirituellement » semble de trop. Dans certaines langues, il sera difficile de dire d’une faute qu’elle a fait ou procuré de la richesse ou « de grands bienfaits » (Parole de Vie). On dira alors « si par la faute des Juifs, les peuples du monde ont bénéficié… »
Pour monde, voir Rom 1.8. On pourrait aussi parler « des autres peuples du monde ».
et leur déchéance la richesse des païens : cette proposition est parallèle à celle qui précède. Il est sous-entendu que la déchéance des Juifs a fait ou a procuré la richesse des non-Juifs. Les traducteurs devront essayer de garder ce parallélisme, en utilisant si possible les mêmes ajouts. La Bible en français courant dit « si la faute des Juifs a enrichi…, si leur abaissement a enrichi… ».
déchéance : il est difficile de donner une traduction exacte du mot grec. Il n’est employé ailleurs dans le NT qu’en 1 Cor 6.7. Certains commentateurs y voient l’idée de « défaite » (Segond Révisée, Nouvelle Bible Segond) ou d’« échec » (Parole de Vie, Osty-Trinquet). Pour d’autres, il s’agit d’un « amoindrissement », d’une « diminution » (Bible de Jérusalem), se référant soit à un appauvrissement spirituel, soit au petit nombre de Juifs sauvés. La majorité des versions optent pour l’idée d’« échec » ou d’« abaissement » (Bible en français courant).
la richesse des païens : le mot grec πλοῦτος ploutos « abondance » se trouve encore ici, avec le même sens de « bénéfice » ou de « bienfait ». Voir ci-dessus.
que ne fera pas leur totale participation au salut ? est litt. « combien plus leur plénitude ». Le dernier mot πλήρωμα plêrôma est proche en sens du mot πλοῦτος ploutos ci-dessus. Il indique l’abondance, la richesse, la plénitude. Plus loin, en Rom 13.10, le mot désigne le « plein accomplissement [de la loi] » (Traduction œcuménique de la Bible). Paul compare le destin des Juifs à celui des non-Juifs en déclarant combien plus seront les bénéfices ou bienfaits pour les Juifs un jour. On pourrait suivre la Bible en français courant qui dit « combien plus grands encore seront les bienfaits liés à leur participation totale au salut ! ». La La Bible du Semeur rend explicite l’idée en disant « quelle richesse plus grande encore n’y aura-t-il pas dans leur complet rétablissement ? ». La Parole de Vie transforme la question en affirmation : « quand les Juifs participeront totalement au salut, les bienfaits seront encore plus grands ». D’autres versions dans d’autres langues optent pour l’interprétation par laquelle tous les Juifs accepteront le Christ un jour : « quand eux tous accepteront le Christ » (Parola del Signore), « quand le peuple d’Israël dans son ensemble dira oui à l’action salutaire de Dieu » (Die Gute Nachricht). En effet, selon Bénétreau (II, p. 101), « la plupart [des auteurs]… privilégient l’idée de totalité. Ce dernier sens établit un contraste heureux avec l’idée de “reste” et correspond à l’opposition “une partie d’Israël” et “tout Israël” en Rom 11.25 ». Mais plusieurs versions françaises restent vagues en ce qui concerne le nombre de Juifs sauvés, ce qui est plutôt sage étant donné l’ambiguïté du texte. En fait, le mot salut ne figure pas dans le texte grec mais est implicite. Bien que certaines versions l’incluent (Traduction œcuménique de la Bible, Bible en français courant, Parole de Vie), on pourrait aussi le laisser implicite (Bible de Jérusalem, Nouvelle Bible Segond, La Bible du Semeur).
Plusieurs versions transforment la question en exclamation (Bible en français courant, Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem) ce qui exprime bien le ton de ce passage.
Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
Leave a Reply
You must be logged in to post a comment.