Paul continue son argumentation en utilisant le même vocabulaire qu’auparavant : le mot ἑνὸς enos, « un » ou « seul » (deux fois), péché, faute, don, et charisma, mais il introduit de nouveaux thèmes : le jugement et la punition.
Et il n’en va pas non plus du don comme des suites du péché d’un seul : Paul commence cette pensée par la conjonction καί kai. En effet il est en train d’ajouter des commentaires à ce qu’il vient de dire. Le grec est plus bref ici que le texte de la Traduction œcuménique de la Bible, litt. « et non pas, comme d’un seul ayant péché, le don ». Les traducteurs pourront trouver une manière naturelle et directe pour rendre cette phrase qui ressemble beaucoup à celle en Rom 5.15. La Bible en français courant la transforme en affirmation : « Et le don de Dieu a un tout autre effet que le péché d’un seul homme ». La La Bible du Semeur est dynamique et suit le sens de près : « Quelle différence entre les conséquences du péché d’un seul et le don de Dieu ! ». Le mot grec traduit par don (δώρημα dôrêma) n’est pas le même qu’en Rom 5.15, Rom 5.17 (δωρεά dôrea) mais il en est presque synonyme.
en effet à partir du péché d’un seul, le jugement aboutit à la condamnation : deux mots grecs μὲν γὰρ men gar marquent cette proposition comme importante mais plusieurs versions les omettent. Encore une fois, le grec est concis, « jugement d’un seul en vue de punition ». Selon Viard, il s’agit ici du péché d’une seule personne, celui d’Adam « pour lequel il a été jugé et condamné » (p. 137). Le mot jugement (κρίμα krima) mène à la punition ou à la condamnation (κατάκριμα katakrima), une sorte de jeu de mots.
tandis qu’à partir de nombreuses fautes, le don de grâce aboutit à la justification : le grec est encore une fois concis, litt. « de plusieurs fautes en vue de l’acquittement ». L’analogie avec Adam est interrompue, puisqu’il est question ici de la grâce accordée aux humains coupables de nombreuses fautes. Ces nombreuses fautes renvoient à celles commises par tous ceux qui ont vécu après Adam, et non à celles d’Adam lui-même (Viard, p. 137). Ceci va dans le même sens que l’affirmation en Rom 5.12 : « tous ont péché ». Paul démontre ainsi la supériorité de la grâce de Dieu par rapport au péché d’Adam. Alors que la condamnation était la conséquence d’une seule faute, la grâce intervient après de nombreuses fautes.
le don de grâce traduit le même mot grec χάρισμα charisma qu’en Rom 5.15.
aboutit à la justification : le mot justification est mis en opposition à la condamnation. Il exprime un « acquittement » (Bible en français courant, La Bible du Semeur) ou une décision de « non coupable ».
Dans plusieurs langues, des tournures verbales seront plus compréhensibles, par exemple, « Après qu’Adam a péché, Dieu l’a jugé coupable ; mais après que des gens très nombreux ont péché, Dieu leur a démontré sa grâce en les acquittant » ou « Après qu’Adam a péché une fois, il a été jugé coupable. Mais le don de Dieu est différent. Le don gratuit de Dieu est intervenu après de nombreux péchés, et il rend les gens justes aux yeux de Dieu ». Mais ce genre de traduction ne rend pas la répétition du mot « un » ou seul, qui caractérise toute cette section. Néanmoins, de telles traductions aident l’audience à mieux comprendre la logique de Paul.
Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
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