4.1-8
Selon les textes de l’AT (Gen 17.1-27) Dieu a fait une alliance avec Abram, lui promettant un héritage et une grande descendance. En ce temps-là, Abram et sa femme Sara étaient très âgés et toujours sans enfant. Mais Abram a eu confiance dans le Seigneur et Sara a eu un fils. Abram, renommé Abraham (Gen 17.5), devient le grand partriarche du peuple d’Israël. Dans cette section, Paul affirme que c’est grâce à sa foi qu’Abraham a été considéré comme juste par Dieu, et non à cause de son obéissance à la loi de Moïse. Voir Gen 15.6 ; Rom 4.3. Dans cette section c’est à partir de questions pertinentes que Paul amène son auditoire à comprendre son enseignement.
Il faut noter que les rabbins juifs recouraient souvent à une méthode d’exégèse consistant à rapprocher les passages de la Bible hébraïque où figurent le même mot. Ils utilisaient le second passage pour éclairer le sens qu’avait le mot dans le premier passage. Dans cette section, on notera que le verbe compter figure d’abord dans le texte de Gen cité et en Rom 4.3, puis Paul le reprend en Rom 4.4, Rom 4.5 et Rom 4.6. En Rom 4.7, le même verbe apparaît dans la citation du Ps 32.1-2, d’après l’ancienne version grecque. Paul crée ainsi des leitmotivs et renforce ses arguments concernant l’importance de la foi et de la grâce.
La Traduction œcuménique de la Bible a pour sous-titre Abraham le croyant et d’autres L’exemple d’Abraham (Bible en français courant, Parole de Vie). Mais dans beaucoup de langues, une phrase sera mieux comprise, par exemple, « L’histoire d’Abraham montre l’importance de la foi ».
Que dirons-nous donc d’Abraham, notre ancêtre ? Qu’a-t-il obtenu selon la chair ? : la traduction de ce verset se heurte à quelques problèmes d’ordre textuel et d’autres problèmes concernant la traduction. Une première difficulté concerne l’omission dans certains manuscrits de l’expression traduite par Qu’a-t-il obtenu (litt. « avoir trouvé »). Ainsi la Bible de Jérusalem se limite aux mots « Que dirons-nous donc d’Abraham, notre ancêtre selon la chair ? » Mais en accord avec la majorité des manuscrits grecs, la plupart des versions suivent le texte long, Qu’a-t-il obtenu ? avec le verbe obtenir ou « trouver ».
Par ailleurs, quelques manuscrits placent le verbe « trouver » ou obtenir avant les mots « Abraham notre ancêtre » et d’autres le placent après. Les versions diffèrent, avec Segond Révisée, Nouvelle Bible Segond, La Bible du Semeur, Osty-Trinquet optant pour la première possibilité et Traduction œcuménique de la Bible, Bible en français courant, Parole de Vie, optant pour la deuxième. La version Traduction œcuménique de la Bible dit Qu’a-t-il obtenu selon la chair ? mais la Nouvelle Bible Segond dit « Que dirons-nous donc d’Abraham, notre ancêtre selon la chair ? Qu’a-t-il obtenu ? ». Étant donné l’incertitude du texte original, les traducteurs sont libres de présenter le texte comme ils le veulent sans que ceci affecte beaucoup le sens. « Nous devons parler maintenant d’Abraham, notre ancêtre. Voici ce qui lui est arrivé en tant qu’homme ».
Que dirons-nous donc d’Abraham : Paul aime parler à la première personne du pluriel pour interpeller son auditoire. Dans la majorité des langues, ce style sera apprécié. Voir Rom 1.5. La conjonction οὖν oun (donc) marque le début de cette section. La Parole de Vie propose « Maintenant qu’est-ce que nous allons dire sur Abraham, notre ancêtre ? »
Abraham, notre ancêtre… selon la chair : Abraham voir Gen 17.5.
Le mot grec pour ancêtre (προπάτωρ propatôr) ne se trouve qu’ici dans le NT et renvoie aux ancêtres lointains. Les traducteurs pourront trouver un autre mot ou utiliser le même mot qu’ils utilisent ailleurs : « père » ou « grand-père ». Dans beaucoup de langues, il sera superflu de dire « notre ancêtre selon la chair », car ce terme impliquerait déjà ce genre de relation humaine. C’est pour cela que certaines versions l’omettent. Voir Parole de Vie. Mais c’est une expression fréquente chez Paul et son occurrence ici sous-entend que Paul va revenir sur cette idée dans sa discussion.
Quant à l’expression notre ancêtre, faut-il la comprendre au sens inclusif, se référant à Paul et à tous ceux à qui il s’adresse, y compris les non-Juifs, ou au sens exclusif, se référant à Paul et à un nombre limité de ses compagnons ou lecteurs juifs ? Dans cette lettre, Paul s’adresse à un auditoire large, composé de Juifs et de non-Juifs. Il semble donc important de garder notre ici, qui implique que Abraham est l’ancêtre de tous les croyants.
Si une question rhétorique n’est pas naturelle dans la langue cible, on pourrait dire « Tournons-nous maintenant vers (l’exemple d’) Abraham, notre ancêtre ».
Qu’a-t-il obtenu selon la chair : le verbe « trouver » peut avoir deux sens ici, soit « qu’est qui lui est arrivé ? », soit « qu’est-ce qu’il a obtenu ? » Si les traducteurs choisissent l’interprétation de la Traduction œcuménique de la Bible, on pourrait dire : est-ce qu’il a obtenu quelque chose « en tant qu’homme » (Bible en français courant), « par sa propre force » ou « par lui-même » (Parole de Vie) ? Si possible, le traducteur gardera la question, la réponse implicite étant « Rien ! ». Si la question n’est pas naturelle dans la langue cible, on pourrait dire « Parlons maintenant d’Abraham, notre ancêtre. Voici ce qui lui est arrivé en tant qu’homme ».
Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
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