Il est utile de traiter 1.3b-4 ensemble, car les problèmes d’exégèse et de traduction y sont étroitement liés.
établi selon le Saint Esprit, Fils de Dieu, avec puissance : le grec dit « ayant été établi Fils de Dieu en pouvoir selon l’Esprit de sainteté ». La description de Jésus-Christ continue et la traduction devrait refléter qu’il s’agit d’une suite d’idées. Plusieurs versions changent l’ordre des éléments dans ce verset. Les traducteurs veilleront à utiliser un ordre qui convient dans leur langue.
établi : le verbe grec ὁρίζω horizô est souvent utilisé pour décrire les actions et les décisions irrévocables de Dieu (Luc 22.22 ; Act 2.23 ; 10.42 ; 17.26,31 ; Hébr 4.7). Il signifie littéralement « fixer des limites » ou des « bornes ». La tournure passive « (a été) établie » peut être exprimée à la forme active : « Dieu l’a établi » (Parole de Vie) ou « Dieu a montré avec puissance qu’il était son Fils ». Les versions françaises le rendent de diverses manières : établi (Traduction œcuménique de la Bible, Osty-Trinquet, Bible de Jérusalem), « déclaré » (Segond Révisée, La Bible du Semeur), « institué » (Nouvelle Bible Segond).
selon le Saint Esprit est littéralement « …selon l’esprit de sainteté », une expression qui semble venir d’une tournure hébraïque de l’AT (És 63.10 ; Ps 51.13). Son interprétation est sujet de débat, puisque certains pensent qu’elle renvoie à Jésus-Christ, lui-même saint, et d’autres plutôt à l’Esprit Saint. Viard (p. 37) opte pour la première interprétation, en remarquant que « Jésus participait déjà à la sainteté unique de son Père ». C’est dans ce sens que la version en anglais, la Good News Bible, dit « quant à sa sainteté divine ». Mais de nombreuses versions françaises (Traduction œcuménique de la Bible, Bible en français courant, Parole de Vie) optent pour la deuxième interprétation en parlant du Saint Esprit ou de « l’Esprit Saint ». D’autres encore (Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem) restent proches du texte grec, en disant « Esprit de sainteté ». En y mettant la lettre majuscule, ils montrent qu’ils pensent que le mot πνεῦμα pneuma renvoie à l’Esprit de Dieu.
Avant de traduire cette expression, il faudrait noter que Paul ne l’emploie nulle part ailleurs pour parler du Saint Esprit. Et en examinant le texte, on constate qu’il y a une sorte de parallélisme contrastif entre selon la chair ( Rom 1.3) et « selon l’esprit de sainteté » ici. Beaucoup de biblistes y voient alors une opposition voulue qui renvoie à la nature de Christ à la fois humaine et divine. C’est pour cela que plusieurs versions optent pour une traduction qui respecte le parallélisme « quant à sa nature humaine… quant à sa nature sainte/divine ».
Il y a encore une troisième possibilité, car certains biblistes lient cette expression non à ce qui précède mais à ce qui suit : la résurrection de Jésus. Selon la note de la Bible de Jérusalem, « Paul attribue toujours la résurrection du Christ à l’action de Dieu… [c’est] par l’Esprit Saint qu’il [Jésus] a été ramené à la vie, Rom 8.11… », comme le dit la La Bible du Semeur : « lorsque le Saint-Esprit l’a ressuscité des morts ». Les traducteurs pourraient donc s’inspirer des différentes traductions, soit en choisissant de mettre en relief la nature divine de Christ, soit en acceptant le rôle du Saint-Esprit comme dans la Parole de Vie : « Par l’Esprit Saint, Dieu l’a établi dans sa puissance de Fils de Dieu, quand il l’a fait se lever de la mort… »
Fils de Dieu : c’est la première fois que l’expression est utilisée dans cette lettre. Bien que cette notion ne soit pas appréciée dans certains milieux, principalement dans le contexte musulman, elle est à la base de la foi chrétienne et pour la majorité des traducteurs, l’expression sera rendue littéralement. En grec, le mot rendu par fils désigne un enfant masculin, une forme qui devrait être rendue si possible. Mais dans beaucoup de langues africaines, cette expression est longue et « enfant de Dieu » sera plus approprié. Cependant, les traducteurs devront veiller à ce que ce titre ne soit pas confondu avec une expression plus générale comme « enfant de Dieu » qui se trouve ailleurs dans le NT, par exemple, en 1 Jean 3.1.
avec puissance cette expression utilise un mot grec, δύναμις dunamis, d’où vient le mot « dynamique » en français. Certains pensent que le Fils est établi avec puissance, « manifesté… avec puissance » (Bible en français courant). D’autres prennent cette expression comme un attribut du Fils de Dieu, ainsi « dans sa puissance de Fils de Dieu » (Parole de Vie), « le puissant Fils de Dieu » (Contemporary English Version). Voir aussi Éph 1.20-23. D’autres encore relient avec puissance au « Saint Esprit » : « par la puissance du Saint Esprit ». Les traducteurs devront choisir une interprétation, mais la plus probable semble celle de la Bible en français courant, où avec puissance est lié à la résurrection : « il a été manifesté Fils de Dieu avec puissance quand il a été ressuscité d’entre les morts ».
par sa résurrection d’entre les morts : le texte grec commence par la préposition ἐκ ek, « par », « de » ou « au moyen de ». Mais beaucoup de versions optent pour un sens causal, comme la Nouvelle Bible Segond, « dû au fait… » La Bible en français courant et la Parole de Vie y voient plutôt un sens temporel : « quand il a été ressuscité d’entre les morts », « quand il l’a fait se lever de la mort ».
résurrection signale le fait de « revivre ». Paul précise, litt. « résurrection des morts ». Il s’agit de la résurrection du Christ, d’où l’ajout du possessif sa dans beaucoup de versions (Traduction œcuménique de la Bible, Bible de Jérusalem, Osty-Trinquet). Il est possible de comprendre cette expression au sens actif (« il ressuscita d’entre les morts », ou au sens passif : « il a été ressuscité », sous-entendu « par Dieu ». Étant donné qu’ailleurs dans cette lettre Paul parle de Dieu qui a ressuscité le Christ d’entre les morts ( Rom 4.24 ; Rom 6.4 ; Rom 8.11), il est préférable de voir ici la forme passive, avec Dieu comme agent implicite. Mais dans la traduction, la forme passive peut être tournée à l’actif, par exemple, « Dieu l’a établi… et l’a ressuscité d’entre les morts » ou « l’a fait se lever de la mort » (Parole de Vie). Pour résurrection, on pourrait parler de « ressusciter de la mort », « se lever de la mort », « se réveiller de la mort ». On pourrait aussi dire « Dieu l’a fait vivre à nouveau ».
Jésus Christ notre Seigneur. : cette expression précise qui est le Fils de Dieu. Pour Jésus Christ, voir Rom 1.1.
notre Seigneur : c’est la première fois dans cette lettre qu’on voit cette appellation. Tandis qu’ailleurs le mot Seigneur renvoie souvent à Dieu le Père, ici il s’applique à Jésus Christ. Le possessif notre est sans doute inclusif, renvoyant à Paul et à son auditoire.
Maintenant Paul va revenir au thème de l’apostolat évoqué en Rom 1.1 pour parler de son rôle comme apôtre.
Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
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