1.28-32
Ces versets qui continuent l’argumentation de Paul et sa description de ceux qui rejettent Dieu forment une seule phrase en grec. Mais dans beaucoup de langues, il vaut mieux la couper en plusieurs phrases. Voir Bible en français courant et Parole de Vie. Toutefois, les traducteurs devraient veiller à ce que les relations logiques soient nettement établies entre les divers éléments du texte.
Rom 1.29 présentent une liste de péchés semblable à celle qui se trouve en Rom 13.13 dans cette lettre et ailleurs dans les épîtres de Paul (1 Cor 5.10-11 ; 6.9-10 ; 2 Cor 12.20,21 ; Gal 5.19-21, etc.). Les péchés énumérés ne représentent pas forcément des défauts distincts. Paul a souvent l’habitude d’aligner des synonymes pour souligner ses idées. Bien que les traducteurs doivent s’efforcer de trouver des équivalents pour les différents termes, il est évident que toutes les langues n’auront pas de mots pour chacun des mots grecs utilisés ici. De plus, dans certaines langues, il ne sera pas naturel de donner une telle liste de noms, et il faudra utiliser des tournures qui conviennent. Les traducteurs devront s’assurer que le texte est harmonieux et coule bien dans la langue cible.
Paul continue sa description de ceux qui rejettent Dieu.
Et comme ils n’ont pas jugé bon de garder la connaissance de Dieu est litt. « Et comme ils n’ont pas jugé bon d’avoir Dieu en (pleine) connaissance ». La conjonction καί kai « et/mais » débute la phrase, mais comme Paul vient de terminer une pensée en Rom 1.27, plusieurs versions (Nouvelle Bible Segond, Bible en français courant, Parole de Vie, La Bible du Semeur) omettent ce mot de transition. Celles-ci commencent par comme. ils renvoie aux gens dont il est question tout au long de cette section ( Rom 1.18).
juge bon : ces mots rendent un seul verbe en grec. Celui-ci apparaît assez fréquemment dans les lettres de Paul et les autres textes bibliques. En Luc 12.56, Jésus utilise ce terme quand il dit aux gens qu’ils savent reconnaître les signes de la nature. En 1 Cor 16.3, le mot prend le sens d’« examiner et approuver », mais dans la même lettre Paul utilise le verbe pour dire que le feu éprouvera les œuvres de chacun (1 Cor 3.13). Ici, le verbe semble avoir un sens assez neutre « examiner pour approuver », mais avec la négation, il signifie « refuser de trouver bon » quelque chose qui a été examiné. L’utilisation de ce verbe montre qu’il s’agit d’un choix délibéré et conscient. La Bible en français courant dit « Comme ils ont refusé… » et la Parole de Vie « Comme ils n’ont pas voulu reconnaître… »
de garder la connaissance de Dieu est litt. « avoir Dieu en (pleine) connaissance ». Paul utilise le mot grec ἐπίγνωσις epignôsis une quinzaine de fois dans ses lettres. En Col 1.9,10 il prie que Dieu amène les Colossiens à avoir une « pleine connaissance » de la vérité, une vraie connaissance de Dieu lui-même. Bien que plusieurs versions disent simplement « Comme ils ont refusé de connaître (ou reconnaître) Dieu », Bible de Jérusalem insiste sur l’idée en disant : « …comme ils n’ont pas jugé bon de garder la vraie connaissance de Dieu ». On pourrait aussi dire « de reconnaître qui Dieu est vraiment ».
Dieu les a livrés à leur intelligence sans jugement : pour les a livrés, voir Rom 1.24. À première vue, l’expression sans jugement semble ambiguë : elle peut signifier une absence de jugement de la part de Dieu ou une absence de discernement humain. Mais selon le grec, c’est la seconde interprétation qui prévaut. La Bible en français courant parle de « leur intelligence déréglée », et la La Bible du Semeur de « leur pensée faussée ». Leur capacité de réfléchir correctement est touchée. En fait, Paul présente un jeu de mots puisque l’adjectif grec rendu par sans jugement provient de la même racine que le verbe « juger bon », ἀδόκιμος adokimos, qui, selon Carrez et Morel (17), veut dire « non mis à l’essai, qui n’a pas fait ses preuves ; reconnu inapte ». Cet adjectif n’implique pas un état de folie, mais l’incapacité d’établir des distinctions correctes d’ordre moral ou spirituel. La Parole de Vie peut servir de modèle (« leur intelligence tordue ») ou peut-être dans certaines langues, on parlera de leur « esprit tordu ».
ainsi font-ils ce qu’ils ne devraient pas rend un texte grec court, litt. « faire les choses ne convenant pas ». L’expression vient d’un verbe qui veut dire « atteindre », et au sens figuré, « être convenable ». Faire l’opposé, c’est faire des choses qui ne conviennent pas, c’est faire « ce qu’on ne doit pas faire » (Parole de Vie).
Il est intéressant de noter qu’en plus du jeu de mots, le verset commence et se termine par des mots qui se ressemblent : καθώς kathôs « comme » et καθήκοντα kathêkonta « ce qui convient ». Il sera difficile d’imiter ces procédés stylistiques dans la traduction, mais les traducteurs devront savoir que souvent dans les textes bibliques, ces procédés mettent en relief l’idée exprimée.
Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
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