Introduction au commentaire de traduction de la première lettre de Pierre

Introduction

Contrairement aux épîtres de Paul qui s’adressent aux chrétiens qui se trouvaient dans un lieu précis, la première lettre de Pierre s’adresse à de nombreux chrétiens dispersés dans plusieurs provinces de l’empire romain. Avec les épîtres de Jacques, 2 Pierre, 1-3 Jean et Jude, l’épître de 1 Pierre fait partie des lettres dites « catholiques », c’est-à-dire universelles. Au lieu de se pencher sur des problèmes particuliers dans les communautés d’une ville (par exemple, Corinthe) ou d’une région (par exemple, la Galatie) comme l’apôtre Paul l’a fait, l’auteur offre un enseignement général à un public plus large. Les deux lettres de Pierre étaient probablement destinées à circuler dans plusieurs églises.

Cette série de lettres est importante, car elle nous fait découvrir un courant de pensée particulier du christianisme naissant. Dans le NT, la voix de Paul est importante, mais ce n’est pas la seule voix qui se fait entendre ! Néanmoins, que ce soient les épîtres de Paul ou de Pierre, tous ces écrits attestent un arrière-plan juif. C’est ainsi que les deux auteurs citent très fréquemment des textes de l’Ancien Testament. Mais comme les lettres de Paul, 1 Pierre suit des conventions du monde grec en ce qui concerne la forme de l’adresse : les salutations au début et à la fin de la lettre, et la louange ou la prière qui suit la salutation introductive.

Bien que certains biblistes mettent en doute l’identité réelle de l’auteur de 1 et 2 Pierre (voir ci-dessous), ces deux lettres sont traditionnellement traitées ensemble. La lettre de Jude fait partie de cet ensemble à cause de textes similaires. Il y a beaucoup de ressemblances entre les textes de 2 Pi 2 et 3.1-3 et ceux de Jude 4-13,17,18. Les biblistes ne sont pas d’accord pour dire lequel des deux écrits a influencé l’autre, mais la relation est incontestée.

L’auteur de 1 Pierre

Selon la tradition, c’est l’apôtre Pierre, l’un des disciples de Jésus, qui a écrit le texte de 1 et 2 Pierre.

En Matt 16.17, Pierre est désigné sous le nom de Simon Bar Jônia, « Simon, fils de Jonas ». Avec son frère, André, et d’autres, Simon est appelé à suivre Jésus et finit par devenir l’un des apôtres les plus connus. D’après les Évangiles, Pierre était de la ville de Bethsaïda (Jean 1.44). Il était probablement marié (Matt 8.14 ; 1 Cor 9.5) et pratiquait le métier de pêcheur (Matt 4.18).

Les Évangiles et les Actes des Apôtres racontent les hauts et les bas de la vie spirituelle de cet homme. C’est Pierre qui, lorsque le Seigneur est arrêté, l’abandonne et le renie trois fois (Matt 26.69-75). Mais c’est aussi lui qui reconnaît l’identité réelle de Jésus de Nazareth : « tu es le Messie », l’oint de Dieu (Luc 9.20). L’Évangile de Jean rapporte que Jésus a donné un nouveau nom à Simon, « Céphas », ce qui veut dire « rocher » ou « pierre » (Jean 1.43). Le Christ lui dit « Tu es Pierre et sur cette pierre… » (Matt 16.18). Les interprétations de cette déclaration sont diverses (voir note de la Traduction œcuménique de la Bible Matt 16.18). Pour les catholiques, ces mots sont à la base du système papal, avec Pierre Simon considéré comme le premier « pape ». D’après des récits anciens, Pierre, avancé en âge, a exercé un important ministère dans la ville de Rome et a été finalement mis à mort pour sa foi sous le règne de Néron vers 65 apr. J.-C.

Malgré le titre traditionnel de cette lettre, beaucoup de biblistes et de commentateurs soutiennent que ce n’est pas Pierre qui l’a écrite. Ils rappellent en particulier que Pierre était censé être l’apôtre des Juifs, et Paul, l’apôtre des non-Juifs (Gal 2.7), alors qu’ici l’auteur s’adresse essentiellement aux non-Juifs. De plus, ils mentionnent le fait que les régions citées en 1 Pierre 1.1 sont celles qui ont été évangélisées plutôt par Paul. Mais face à ces arguments, d’autres font remarquer que Pierre a quitté Jérusalem pour exercer un ministère de prédicateur itinérant. Actuellement, personne ne conteste qu’il ait fini ses jours à Rome. Si la lettre est effectivement de Pierre, elle pourrait dater du début des années 60.

Cependant, pour certains spécialistes le contenu de la lettre fait penser que sa rédaction date d’après la mort de Pierre. On aurait donc affaire à un auteur qui adopte le nom et la théologie de l’apôtre ou qui simplement utilise le pseudonyme de Pierre. Parmi les arguments en faveur de cette hypothèse, il y a le fait que la lettre est écrite dans un style et un grec de haut niveau. On pourrait se demander comment un simple pêcheur aurait-il pu écrire une telle lettre ? A ces arguments, d’autres répondent que, comme Paul, Pierre a eu recours à un secrétaire. En effet, à la fin de sa lettre, l’auteur dit : Je vous ai écrit ces quelques mots par Silvain, que je considère comme un frère fidèle (1 Pierre 5.12). Alors Pierre a-t-il dicté la lettre à Silvain ou a-t-il plutôt partagé ses idées avec celui-ci, et lui il aurait par la suite les a mises par écrit ? Cette seconde hypothèse semble convaincante et est défendue par plusieurs biblistes.

Notons aussi qu’au début de sa lettre, l’auteur cite son nom comme Pierre et qu’en 1 Pierre 5.1 il se dit témoin des souffrances du Christ. Ainsi dans le présent commentaire, Pierre sera désigné comme l’auteur de la lettre, conformément à la longue tradition de l’Église.

Destinataires

Selon 1 Pierre 1.1, Pierre adresse son message aux élus qui vivent en étrangers dans la dispersion, dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie, c’est-à-dire à ceux qui croient en Jésus-Christ et vivent dans ces provinces de l’empire romain.

Certains pensent les mots les élus…. désignent les Juifs convertis. Mais le fait que Pierre les caractérise en disant qu’autrefois ils vivaient au temps de leur ignorance (1 Pierre 1.14) peut suggérer qu’il s’agit plutôt de non-Juifs. Que l’audience cible soit juive ou non juive, Pierre appelle tous ses lecteurs/auditeurs à « passer de l’obscurité à sa merveilleuse lumière » (1 Pierre 2.9 Bible en français courant).

L’Asie ne renvoie pas au continent connu aujourd’hui sous ce nom, mais à la péninsule à l’extrême ouest de ce continent.

Thèmes et but de la lettre

Les thèmes principaux nous aident à comprendre le contexte dans lequel l’auteur a composé sa lettre et la situation dans laquelle les destinataires se trouvent. Dans 1 Pierre, il est question surtout :
• du statut des nouveaux convertis,
• des grandes souffrances qui menacent inévitablement ces nouveaux chrétiens,
• du rôle du Christ dans le monde et dans la vie des chrétiens,
• du comportement que tout chrétien doit adopter.

Les nouveaux convertis

En ce qui concerne le premier thème, Pierre confère aux nouveaux convertis des titres qui rehaussent leur statut. Ceux qui croient en Jésus-Christ font partie d’un nouveau peuple, saint et mis à part pour servir Dieu. Pierre explique clairement comment les gens qui n’étaient pas le peuple de Dieu sont devenus son peuple : ils ont été choisis (élus, 1.1), purifiés (1 Pierre 1.22), et libérés de leur ancienne manière de vivre (1 Pierre 1.18). Ils constituent maintenant la race élue, la communauté sacerdotale du roi, la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis pour … [proclamer] les hauts faits de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière… (1 Pierre 2.9).

Les souffrances des chrétiens

Dans sa lettre, Pierre se réfère plusieurs fois aux souffrances des chrétiens : 1 Pierre 1.6 ; 1 Pierre 2.19 ; 1 Pierre 3.13 ; 1 Pierre 4.12 ; 1 Pierre 5.8. Les personnes auxquelles il s’adresse font maintenant partie du peuple de Dieu, mais les communautés dans lesquelles elles se trouvent restent païennes et hostiles à l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Il était donc difficile pour ces chrétiens de vivre dans un tel milieu.

Plusieurs lecteurs étaient apparemment victimes de persécution. Mais qui étaient ceux qui persécutaient les croyants ? Faut-il penser à une persécution organisée par les autorités ? Certaines parties de la lettre pourraient être interprétées dans ce sens, en particulier 1 Pierre 4.12. Cependant, en 1 Pierre 2.13 Pierre exhorte les chrétiens à respecter les autorités, placées par Dieu « pour punir les malfaiteurs et féliciter ceux qui font le bien » ( 1 Pierre 2.13 Bible en français courant). Alors il est plus probable que la persécution venait du milieu des non-croyants : soit des païens qui se vouaient au culte des « mystères » (1 Pierre 1.3 ; 1 Pierre 3.21) et qui étaient contrariés de voir que les chrétiens ne plus participer à leur débauche, soit des membres de leurs propres familles ou d’anciens amis qui les méprisaient à cause de leur nouvelle foi.

Jésus-Christ, l’exemple pour le monde

Dans un contexte de souffrance, Pierre présente Jésus-Christ comme l’exemple par excellence d’une personne qui souffre injustement. Les chrétiens persécutés sont appelés à suivre cet exemple ( 1 Pierre 2.21 ; 1 Pierre 3.13). Le Christ est aussi présenté comme la « pierre de grande valeur » (La Bible du Semeur, « la pierre précieuse », « la pierre d’angle », « la pierre principale » de l’édifice construit par Dieu (1 Pierre 2.6). C’est grâce au Christ que le croyant pourrait naître de nouveau et recevoir un « héritage impérissable » (Nouvelle Bible Segond, c’est-à-dire le salut et la vie éternelle ( 1 Pierre 1.3).

Le comportement à adopter

Les exhortations concernant la conduite des croyants sont toutes fondées sur la vie et les enseignements de Jésus :
• « aimez-vous comme des frères » (1 Pierre 3.8),
• « Ne rendez pas le mal pour le mal, ou l’insulte pour l’insulte » (1 Pierre 3.9),
• « Réjouissez-vous… d’avoir part aux souffrances du Christ » (1 Pierre 4.13),
• « Si l’on vous insulte parce que vous êtes disciples du Christ, heureux êtes-vous » (1 Pierre 4.14).

Les conseils de Pierre sont aussi semblables à ceux de Paul en ce qui concerne le comportement à adopter auprès des autorités, de son maître ou de son patron, et de son conjoint. Pierre trace la voie à suivre dans la vie de tous les jours, que ce soit auprès des chrétiens ou non-chrétiens ( 1 Pierre 2.13 ; 1 Pierre 3.1 ; 1 Pierre 4.7).

Plan de la lettre

Il y a plusieurs façons d’esquisser le plan de 1 Pierre. Les commentateurs et les versions varient à ce sujet. Ci-dessous un exemple d’un plan possible :
1. Salutation 1 Pierre 1.1
2. Prière de reconnaissance 1 Pierre 1.3
  a) Reconnaissance pour la vie nouvelle 1 Pierre 1.3
  b) Exhortation à se réjouir même dans des situations difficiles 1 Pierre 1.6
  c) Le salut annoncé par les prophètes de l’AT 1 Pierre 1.10
3. La vie chrétienne 1 Pierre 1.13–JON.2.10
  a) La sainteté de Dieu, fondement d’une vie sainte 1 Pierre 1.13
  b) Une conduite digne du sacrifice du Christ 1 Pierre 1.17
  c) Les relations fraternelles entre croyants 1 Pierre 1.22–1 Pierre 2.3
  d) La communauté chrétienne, nouveau peuple de Dieu 1 Pierre 2.4
4. Le comportement des chrétiens dans un milieu païen 1 Pierre 2.11–1 Pierre 3.22
  a) Exhortation générale 1 Pierre 2.11
  b) L’attitude chrétienne face aux autorités 1 Pierre 2.13
  c) Le devoir des serviteurs face à leurs maîtres 1 Pierre 2.18
    -Les serviteurs doivent se soumettre et supporter la souffrance 1 Pierre 2.18
    -L’exemple du Christ en relation avec la souffrance 1 Pierre 2.21
  d) Les devoirs réciproques des époux 1 Pierre 3.1
  e) Vivre en bon accord dans la communauté 1 Pierre 3.8
  f) Rester confiant malgré la persécution 1 Pierre 3.13
  g) La victoire du Christ, source de confiance 1 Pierre 3.18
5. Souffrir et servir en chrétiens 1 Pierre 4.1
  a) Être prêt à souffrir pour Jésus-Christ 1 Pierre 4.1
  b) Le service chrétien 1 Pierre 4.7
  c) Nouvelles paroles d’encouragement pour les chrétiens qui souffrent 1 Pierre 4.12
6. Recommandations adressées à l’Église 1 Pierre 5.1
  a) Aux anciens, dirigeants des églises 5.1-5a
  b) A l’ensemble de la communauté chrétienne 5.5b-11
7. Salutations finales et bénédiction 1 Pierre 5.12

Ainsi cette lettre témoigne d’intérêts à la fois théologiques et pastoraux. Elle rappelle à ses lecteurs/auditeurs la nécessité d’une consécration totale à Dieu. Si ceux-ci font réellement partie du peuple de Dieu, ils doivent le démontrer dans tout ce qu’ils font. Ils doivent mener une vie exemplaire, même au milieu d’épreuves.

Certains biblistes estiment que la lettre a pu être été rédigée en deux étapes :
• la première section (1 Pierre 1.1 à 1 Pierre 4.6) aurait été écrite avant les persécutions contre les chrétiens à Rome parce qu’elle parle positivement des autorités
• la deuxième section (1 Pierre 4.7 à 1 Pierre 5.14) aurait été rédigée à l’époque des graves persécutions lancées par ces autorités à Rome (appelée Babylone en 1 Pierre 5.13)

Bien que certains indices suggèrent une telle possibilité, la structure du texte ne confirme pas cette hypothèse. Qu’elle soit adoptée ou non, cela n’a pas d’incidence sur la traduction.

Problèmes de traduction

La première lettre de Pierre présente de nombreuses difficultés pour les traducteurs.

Phrases longues

L’auteur de 1 Pierre utilise des phrases grecques très longues et compliquées. Par exemple, 1.3-5 constitue une seule phrase en grec :
* Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ :
dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître
pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts,
* pour un héritage qui ne se peut corrompre, ni souiller, ni flétrir ;
cet héritage vous est réservé dans les cieux,
* à vous que la puissance de Dieu garde par la foi
pour le salut prêt à se révéler au moment de la fin.

Pour beaucoup de langues, il serait bon de transformer ces propositions en phrases indépendantes plus courtes, tout en veillant à garder chacune des idées exprimées. Pour des modèles de comment couper les phrases, voir la Bible en français courant et la Parole de Vie.

Expressions sans agent

Une autre difficulté de traduction concerne des expressions ambiguës. Par exemple, il est dit que les chrétiens sont élus et recevront un héritage, mais sans que le texte explicite l’agent de ces faits : élus par qui ?, un héritage venant de qui ? Dans le début de la lettre, ces problèmes sont très nombreux. En 1 Pierre 1.7, par exemple,
afin que la valeur éprouvée de votre foi – beaucoup plus précieuse que l’or périssable qui pourtant est éprouvé par le feu – obtienne louange, gloire et honneur lors de la révélation de Jésus Christ,

on pourra se demander « foi en qui ou quoi ? », « qui va révéler Jésus-Christ ? », etc. On pourra aussi poser les questions suivantes :
• 1.14 des enfants obéissants, à qui ? ;
• 1.18 vous avez été rachetés, par qui ? ;
• 1.20 avant la fondation du monde, fondée par qui ?

Dans plusieurs langues, dans de tels cas, il est important de rendre explicite qui est l’agent.

De même, lorsqu’il y a une forme passive avec un agent sous-entendu, celui-ci peut être explicité. Par exemple, « (vous êtes) la race choisie » (1 Pierre 2.9) pourrait être rendu par « Dieu vous a choisis », si nécessaire.

Termes clés et problèmes exégétiques

Une autre source de difficulté pour le traducteur est la présence dans le texte de nombreux termes techniques ou théologiques. Par exemple, en 1 Pierre 1.1 se trouvent les termes suivants : élus, dispersion, dessein (« prescience ») de Dieu, sanctification, aspersion du sang, grâce, et paix. Tous ces mots présentent de vrais défis pour les exégètes et pour les traducteurs. En outre, il y a des passages qui sont sujets à de grands débats quant à leur interprétation. C’est le cas de 1 Pierre 3.18 et de 1 Pierre 4.6 qui disent que le Christ est allé prêcher aux esprits en prison et que la bonne nouvelle a été annoncée même aux morts. Dans ces cas difficiles, le traducteur devrait suivre le texte tel qu’il se présente (sans omettre les parties difficiles à comprendre) et s’assurer que sa traduction se conforme aux interprétations acceptées par la majorité des versions et des commentateurs.

Parmi les termes clés figurent aussi les noms divins se référant à Dieu le Père, le Sauveur Jésus-Christ et le Saint Esprit :

Dieu : dans cette lettre Pierre utilise plus de trente fois le nom générique pour Dieu (grec : θεός theos). Presque toutes les langues ont un nom pour Dieu et sa traduction ne posera pas de problème. Mais les apôtres Pierre et Paul parlent aussi de Dieu le Père, surtout dans leurs salutations et leurs bénédictions. L’idée que Dieu est le Père de l’humanité et de son peuple est déjà présent dans l’AT (És 63.16 ; 64.7), mais ce nom est particulièrement fréquent dans les propos et les prières de Jésus dans les Évangiles (Matt 6.9,18 ; 18.14 ; Marc 11.25 ; Luc 11.13 ; Jean 10.15 ; 20.17). Certaines langues exigent l’emploi d’un pronom possessif, de sorte qu’on dira « Dieu notre Père ».

Jésus Christ : cette lettre de Pierre diffère de celles écrites par Paul, en ce que Pierre a tendance à presque toujours utiliser la forme Jésus Christ, un nom propre. En fait, bien que les versions françaises écrivent ce nom avec trait d’union (Jésus-Christ), cette marque ne paraît pas en grec et il vaut mieux l’éviter dans la traduction. Le nom Jésus vient de la racine hébraïque qui désigne « sauveur » (Matt 1.21) et le mot Christ, du mot « Messie » ou « oint », c’est-à-dire, celui que Dieu a choisi et a envoyé pour sauver son peuple. L’apôtre Paul a tendance à renverser ces mots, en parlant de « Christ Jésus », surtout au début de ses lettres (1 Cor 1.1,2,4 ; 2 Cor 1.1 ; 1 Tim 1.1 ; 2 Tim 1 ; 2, etc.), mais Pierre n’utilise pratiquement jamais cette forme. A cet effet, à un seul endroit (1 Pierre 5.10), « Christ Jésus » est attesté dans certains manuscrits anciens, mais la majorité de versions disent à cet endroit « Christ », sans note.

En fait, Pierre utilise fréquemment le mot Christ tout seul (1 Pierre 1.11, 1 Pierre 1.19 ; 1 Pierre 2.21 ; 1 Pierre 3.15, 1 Pierre 3.16, 1 Pierre 3.18 ; 1 Pierre 4.1, 1 Pierre 4.13, 1 Pierre 4.14 ; 1 Pierre 5.1, 1 Pierre 5.14), encore une fois comme un nom propre. Toutes les versions translittèrent ce mot : aucune ne semble traduire le mot Christ comme « le Messie ».

Un autre nom pour Jésus Christ dans cette lettre est le terme Seigneur. Il s’agit d’un titre qui désigne quelqu’un ayant une autorité sur les autres : un maître, un patron ou un propriétaire. Dans le NT ce terme peut désigner Dieu le Créateur, le Maître ou Jésus-Christ, ou encore une autre personne dotée d’autorité (Matt 6.24). Comme pour la traduction de Dieu le Père en « Dieu notre Père » dans certaines langues, cela va de même aussi pour le Seigneur rendu par « notre Seigneur ». On peut aussi parler de « celui qui nous commande », « notre chef ». Dans les deux lettres de Pierre, Jésus Christ est aussi appelé le Sauveur (2 Pi 1.11 ; 2.20 ; 3.2,18). Comme pour la traduction de « Dieu le Père » en « Dieu notre Père » dans certaines langues, cela va de même aussi pour « le Seigneur » rendu par « notre Seigneur ».

Quant à l’Esprit Saint, Pierre n’utilise cette expression qu’une seule fois dans la lettre (1 Pierre 1.12). Par contre, plusieurs autres expressions y figurent : Esprit tout court (1 Pierre 1.2 ; 1 Pierre 3.18 ; 1 Pierre 4.6), Esprit du Christ (1 Pierre 1.11), et enfin l’expression l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu (1 Pierre 4.14). Le mot esprit (grec : πνεῦμα pneuma) apparaît aussi dans d’autres contextes avec des sens variés qui seront traités sous le verset en question. S’il faut qualifier le mot Esprit, il vaut mieux parler de « l’Esprit de Dieu », qui est une expression propre à Pierre et plus général que « Saint Esprit », moins fréquent chez Pierre que chez Paul (2 Pi 1.21).

Les citations

Pierre cite de nombreux textes provenant de l’Ancien Testament, dont la majorité sont citées d’après la traduction grecque, la Septante (Septante). Ces citations proviennent des écrits prophétiques (És 40.6-8 ; 28.16 ; 43.20-21), des Psaumes (34.13-17) et encore d’autres livres. Au lieu de faire une traduction dynamique ou libre de ces citations, il vaudrait mieux rester proche du texte, en imitant, si possible, le style poétique.

Parfois pour de diverses raisons une citation pourrait être légèrement différente que le texte en hébreu. Il est important de suivre le texte grec et non pas forcer une harmonisation des textes dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

Il est très important de signaler dans le texte d’une manière ou d’une autre qu’il s’agit de citations. Parfois celles-ci sont bien indiquées par l’auteur, par exemple, en 1 Pierre 1.16, la citation est introduite par les mots « car est-écrit [que]… », et en 1 Pierre 2.6, par les mots « car il se trouve dans l’Ecriture ». Mais dans d’autres endroits, comme en 1 Pierre 1.24, il n’y a qu’un mot comme car. Ailleurs il n’y a aucune indication de citation, mais l’auteur cite clairement un passage de l’Ancien Testament. Certaines versions comme la Traduction œcuménique de la Bible présentent les citations en italique, comme en 1 Pierre 2.3 ci-dessous :
Si vous avez goûté que le Seigneur est bon,
Approchez-vous de lui….

D’autres versions mettent des guillemets autour de la citation, comme par exemple, la Bible en français courant :
En effet « vous avez constaté combien le Seigneur est bon ». Approchez…

Pour rendre le mot « Écriture », il faudrait éviter d’utiliser des expressions comme « la parole de Dieu » ou « Bible ». Il faut noter qu’au temps de Pierre ce qui est écrit n’inclut pas encore le NT, de sorte que le terme utilisé ici ne doit pas comprendre toute la Bible. Certaines versions françaises mettent une lettre majuscule à « Écriture » ou « Saintes Écritures ». Les traducteurs devraient se conformer aux conventions de leur langue. Plusieurs versions, dont la Bible en français courant, utilisent un verbe comme « dire » ou « déclarer », mais puisqu’on parle de ce qu’on écrit, on pourra aussi dire « on lit dans les Écritures : ».

Comme la majorité des citations viennent des Psaumes ou des livres prophétiques, la plupart des versions présentent les citations sous forme poétique, avec des mises à la ligne successives.

Derniers conseils

Comme pour chaque livre à traduire, avant d’entamer la traduction, il est bon de lire le texte en entier dans plusieurs versions, surtout une variété de types de traduction. On pourrait lire la traduction dans une version plus formelle (Traduction œcuménique de la Bible, Nouvelle Bible Segond) et encore dans une version plus libre, comme la Bible en français courant et la Parole de Vie. Les traducteurs devraient aussi examiner et traiter toute une section à la fois, au lieu de traduire automatiquement verset par verset. Si les traducteurs connaissent le grec, il est bon aussi de regarder le texte en interlinéaire pour voir surtout l’ordre des mots et les emphases voulues par l’auteur. Il faudrait toujours garder à l’esprit que le dernier recours reste la version grecque du Nouveau Testament.

Bibliographie

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Cothenet, Éd., Première épître de Pierre, in: Les dernières épîtres, Hébreux, Jacques, Pierre, Jean, Jude, p. 145-172, Paris: Bayard / Centurion, 1997.
Goppelt, L., Der Erste Petrusbrief, Göttingen: Vandenhoeck & Ruprecht, 1978.
Margot, J.-C., Les épîtres de Pierre, Genève: Labor et Fides, 1960.
Metzger, B. M., A Textual Commentary on the Greek New Testament, London / New York: United Bible Societies, 1971/19942.
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Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Introduction au commentaire de traduction de la lettre à Philémon

Introduction

La lettre que Paul a écrite à Philémon est la plus brève de l’apôtre mais l’une des plus personnelles. Elle nous aide à découvrir plusieurs aspects de son ministère.

D’abord on voit l’apôtre à l’œuvre auprès de ceux qui sont sans espoir. Paul s’est occupé d’Onésime, un esclave qui avait fui son maître et qui était dans le besoin extrême. Paul l’a non seulement aidé à avoir la foi en Christ, mais s’est impliqué aussi d’une manière très pratique dans sa vie, en se souciant de son avenir.

Cette lettre montre également le souci de Paul pour la communauté chrétienne dans son ensemble, car Paul fait appel à Philémon, le maître de l’esclave Onésime. Il demande à ce responsable d’église de pardonner à son esclave et de le recevoir comme un frère en Christ. Ainsi cet écrit appelle tous les chrétiens à réfléchir sur les relations qu’ils entretiennent avec ceux qui sont les plus pauvres et d’un rang social inférieur à eux. Il nous rappelle que tout chrétien est appelé à pardonner à celui qui, d’une manière ou d’une autre, l’a offensé.

L’auteur et l’occasion de la lettre

La plupart des biblistes sont d’accord pour attribuer cette lettre, avec les six autres lettres dites « authentiques » (1 Thess, 1–2 Cor, Gal, Rom, et Phil) à l’apôtre Paul.

Paul, d’abord connu sous le nom de Saül, était un leader juif qui persécutait les chrétiens. Mais en chemin pour Damas où il comptait mettre des chrétiens en prison, il fait une expérience qui change sa vie : il rencontre le Christ ressuscité (Act 9.1-3). Ainsi sa vie est à jamais transformée. Paul croit en Jésus-Christ, se met à le servir, et est à son tour persécuté. Il est sévèrement frappé, fouetté, et fait face à la mort (Act 9.23,29 ; 2 Cor 11.23-27). Il connaît de nombreuses souffrances : il a faim, il a soif et il a froid, et il est emprisonné plus d’une fois pour sa foi chrétienne. Mais malgré toutes ces épreuves, il reste fidèle à Jésus-Christ : il annonce sans crainte, là où il se trouve, la Bonne Nouvelle de Christ.

C’est lors de l’un de ses emprisonnements que Paul rencontre Onésime, un esclave qui s’était enfui de chez son maître, Philémon. Philémon et Paul se connaissent, mais leur relation va bien au-delà de l’amitié. C’est l’apôtre Paul qui a apparemment amené Philémon à croire en Jésus-Christ ; il est alors son « père spirituel ». Maintenant un problème très délicat se pose : Paul prêche l’Évangile à un co-prisonnier, l’esclave Onésime et celui-ci accepte de vivre pour Christ et se met au service de l’apôtre. Même s’il le souhaite, Paul sait qu’il ne peut pas garder Onésime auprès de lui. Il se sent obligé de le renvoyer chez son maître, Philémon.

Mais à cette époque, s’il est capturé, un esclave en fuite risque une punition sévère ou même la mort. Paul demande donc à Philémon d’aller contre les normes de la société et de recevoir son ancien esclave comme un frère en Christ. Voici le but principal et le contexte de cette lettre.

Date et lieu d’origine

D’après le texte de la lettre, elle a certainement été écrite pendant que Paul était en prison. Mais on ignore à quel moment et où Paul a été emprisonné. Certains biblistes pensent qu’elle a été écrite depuis Rome dans les années 60-62. Mais en tenant compte des textes comme Phil 1.13 ; 2.24 et de Phm 1.22, d’autres supposent que deux lettres écrites pour les Philippiens et pour Philémon ont été rédigées plus tôt, dans les années 50, lorsque Paul était emprisonné à Éphèse. Cette proposition aurait l’avantage de placer Philémon à Colosses, pendant que l’apôtre Paul se trouverait à Éphèse. Cela expliquerait facilement le plan de Paul de rendre visite à Philémon (v. 1.22), voyage plus facile à partir d’Éphèse qu’à partir de Rome, vu que la ville de Colosses n’est qu’à 120 kilomètres d’Éphèse.

Les biblistes croient, en effet, que Philémon résidait à Colosses, une ancienne ville de Phrygie, à vingt kilomètres au nord de Laodicée, près de la grande route allant d’Éphèse à l’Euphrate. Cette ville avait une grande renommée et jouissait d’une certaine prospérité avant d’être détruite par un tremblement de terre en 63-64 apr. J.-C. La présence de chrétiens à cet endroit remonte aux années 50 apr. J.-C., grâce à l’activité missionnaire d’Epaphras, co-ouvrier de Paul. Voir aussi Col 1.7 ; 4.12-13. Aujourd’hui, le site de Colosses se trouve dans la ville moderne d’Anatolie en Turquie.

Ainsi la lettre aux Colossiens est importante pour l’étude de Philémon parce qu’elle fournit des indications sur la communauté de Colosses, ville où l’on pense que Philémon et son esclave, Onésime résidaient. De plus, l’esclave Onésime est mentionné dans cette lettre (Col 4.9). On peut en déduire que c’est à partir de cet endroit qu’Onésime s’est enfui. Certains suggèrent que Paul et Philémon se seraient rencontrés à Éphèse, car d’après Col 2.1, Paul lui-même ne s’est jamais rendu dans la ville de Colosses.

Thèmes majeurs

Comme dans toutes les lettres de Paul, les thèmes de la grâce, la paix, la foi et l’amour dominent. Sans être mentionné explicitement, l’autre thème qui figure ici est celui de l’unité des chrétiens. Car à l’arrière-plan de cette lettre est l’idée que tous les croyants sont égaux en Christ. Paul le souligne dans sa lettre aux Galates (3.28), où en Christ :

… il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ.

L’autre thème abordé est celui de l’esclavage, une pratique très ancienne. Déjà dans le livre de la Genèse, Joseph, le fils de Jacob, est vendu en esclave par ses propres frères. Malgré les souffrances que Joseph a endurées, il croit que Dieu « a tourné en bien » ce mal commis par ses frères. Paul exprime un sentiment similaire dans cette lettre.

Dans le contexte social de Paul, l’esclavage était une pratique très courante. Selon certaines estimations, presque un tiers de la population de l’Empire romain a connu, une fois ou l’autre, l’esclavage. Certains étaient capturés pendant la guerre, d’autres étaient devenus esclaves suite à des dettes qu’ils ne pouvaient pas rembourser. L’apôtre Paul parle assez souvent de l’esclavage dans ses lettres, mais en termes généraux et parfois imagés (1 Cor 7.20-24 ; Éph 6.5-10 ; Col 3.22 ; 4.1). C’est uniquement dans cette lettre qu’il traite le cas particulier d’un individu.

En effet, dans cette lettre, Paul semble vouloir protéger Onésime, qui se trouve dans une situation très dangereuse. Dans le monde antique, les esclaves n’avaient pas de droits et étaient considérés comme la propriété de leur maître. Ceux qui fuyaient étaient recherchés et souvent capturés pour être renvoyés à leurs propriétaires. Ceux qui fournissaient des renseignements sur un esclave en fuite ou qui le retrouvaient étaient fortement récompensés. Comme déjà mentionné, le maître d’un esclave en fuite avait le droit de le punir comme il l’entendait, en le brutalisant ou même en le tuant.

De nos jours certains s’étonnent que Paul ne condamne pas catégoriquement cette pratique. Il semble se soumettre aux lois existantes en voulant renvoyer Onésime à son maître. Néanmoins les écrits de Paul montrent qu’il est conscient du fait que le christianisme effectue un changement radical dans les relations entre les êtres humains. Ainsi dans cette lettre à Philémon, Paul fait appel à cet homme riche et puissant, en lui demandant de ne pas réagir selon les lois de l’époque, mais de les dépasser. Non seulement il lui demande de recevoir l’esclave qui s’était enfui de chez lui, mais aussi il lui demande de l’accepter comme un frère en Christ. Ainsi Paul cherche à aider Philémon à incarner dans sa vie l’Évangile du pardon et de la réconciliation.

Structure et style

La lettre à Philémon a pour but de permettre à Paul de réconcilier l’esclave fugitif Onésime avec son maître Philémon. Pour atteindre son but, Paul compose une lettre réfléchie et bien structurée pour convaincre Philémon de recevoir son ancien esclave comme un frère en Christ. Puisque cette lettre a été écrite pour demander une faveur, elle est marquée par une certaine retenue et dotée d’un style fin et élégant. La Bible du Semeur note dans son introduction à cette lettre :

L’apôtre, qui savait être sévère dans certaines de ses lettres, se montre ici plein de tact, de délicatesse, de respect et d’humilité.

La lettre à Philémon est très brève et à premier abord, sa structure est assez simple. Comme toutes les lettres de Paul, il y a une introduction (1-3), le texte (4-21), et la conclusion (22-25). Mais beaucoup y voient quatre parties :

Paul salue Philémon (1-3)
Paul remercie Dieu pour Philémon et prie pour lui (4-7)
Paul demande à Philémon de recevoir Onésime (8-21)
Paul conclut la lettre en saluant et bénissant Philémon (22-25)

Mais en fait, la structure est assez complexe. Certains qualifient cette lettre de « chef d’œuvre » et Mulholland, parmi d’autres, y voit une structure chiastique :

CH1 A (1-3) Salutation du début
CH2 B (4-7) Philémon, ta foi et ton amour réconfortent le peuple de Dieu
CH3 C (8-14) Ceux qui aiment vraiment renoncent à leurs droits
CH4 D (15-17) Philémon, accueille ton esclave comme ton frère chrétien
CH3 C’ (18-19) Ceux qui aiment vraiment prennent en charge les dettes d’un frère
CH2 B’ (20-22) Réconforte moi, Philémon : Fais plus que ce que je te demande
CH1 A’ (23-25) Salutation finale

Ce procédé stylistique est très fréquent en hébreu et est souvent attesté dans les lettres de Paul. Ici les différents éléments (mots ou thèmes) correspondent les uns aux autres, et le message le plus important se trouve au milieu. Ainsi la salutation dans la première partie de la lettre (1-3) correspond à la salutation finale (23-25). La section composée de versets 4 à 7 correspond à celle du 20 au 22, car les deux parties insistent sur la nécessité de réconforter les cœurs par des actes de foi et d’amour. Les versets 8-14 trouvent leur écho dans les versets 18-19 : on y découvre que l’amour peut amener une personne à renoncer à ses droits ou à assumer la responsabilité d’un frère ou d’une sœur en prenant en charge sa dette. Enfin, les versets 15-17 se trouvent au cœur de la lettre et soulignent de façon unique l’appel à l’amour sans condition. Cette structure fait ressortir clairement le thème principal de la lettre : Paul demande à Philémon d’accueillir son ancien esclave Onésime comme un être humain et un frère bien aimé dans le Seigneur.

Quelle que soit la structure adoptée, il est clair que Paul utilise un langage fin et mesuré. Mais derrière ses phrases logiques, on perçoit l’émotion forte qu’il ressent face à cette situation, ainsi que l’amour profond qu’il a pour ces deux hommes. Les mots foi, amour, cœur (littéralement, « intestins » ou « intérieur ») soulignent la profondeur de ses sentiments.

Paul avait l’habitude de dicter ses lettres, mais on y trouve souvent des procédés stylistiques et littéraires assez remarquables. Dans sa lettre à Philémon, Paul utilise non seulement une structure chiastique, mais aussi des jeux de mots importants. Par exemple, le nom de l’esclave qui s’est enfui, Onésime, veut dire « utile », et ceci inspire chez Paul le jeu de mot suivant : cet esclave qui était « inutile » devient « utile », pour Paul ainsi que pour son maître. Il sera important pour le traducteur d’expliquer quelque part, soit dans l’introduction au livre, soit dans une note en bas de page, ce jeu de mots qui est très pertinent dans le message de Paul.

Titre du livre

Le titre de ce livre peut prendre différentes formes. Dans certains textes bibliques, il est simplement Philémon, un titre qui peut prêter à confusion. Il ne s’agit pas d’un livre qui parle de Philémon, mais d’une « Lettre à Philémon » (Traduction œcuménique de la Bible, Parole de Vie). On pourra ainsi dire « Lettre de Paul à Philémon » (Bible en français courant) ou plus explicitement, « La lettre que Paul a écrite » ou « envoyée à Philémon ». Mais dans la majorité des Bibles, le nom Philémon suffit comme titre bref.

Derniers recommandations

Conscient du fait que dans le plan de Dieu, les chrétiens deviennent des membres de la même famille, l’apôtre Paul cherche dans cette lettre à veiller sur les relations entre les membres du corps du Christ. Onésime avait besoin d’une famille pour s’épanouir et pour mener sa vie chrétienne. Et Philémon devait grandir dans sa foi au point de pouvoir accueillir un esclave-pécheur comme un frère bien-aimé dans le Seigneur. Le texte n’en dit rien, mais selon la tradition de l’Église primitive, Philémon a libéré son esclave, Onésime, et celui-ci a fini par devenir un évêque, un leader responsable dans l’Église de Jésus-Christ.

Avant d’aborder la traduction, les traducteurs devraient lire ce livre dans plusieurs versions pour s’imprégner de son message et de son style. Ainsi ils pourront essayer d’imiter le langage très fin de Paul, qui se montre ici comme un homme doux, humble et diplomate.

Bibliographie

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Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Introduction au commentaire de traduction de la lettre aux Éphésiens

Introduction

La lettre aux Éphésiens est l’une des plus fournies du Nouveau Testament en ce qui concerne les doctrines fondamentales du christianisme. Dans la première partie de la lettre, l’accent est mis sur les richesses que Dieu offre à ceux qui croient en Jésus-Christ. Avant la création du monde, Dieu a fait un plan pour sauver son peuple et a choisi chaque membre de l’Église. A travers le sacrifice de son fils, le Messie, Dieu a pourvu le pardon et le salut. Il offre à chacun qui croit au Sauveur de nombreuses bénédictions : une nouvelle vie, la présence du Saint Esprit, et une nouvelle famille composée de Juifs et non-Juifs.

Dans la deuxième partie de la lettre, des exhortations pratiques sont offertes pour guider le chrétien dans sa vie au sein de la communauté et dans son foyer. Christ est déjà victorieux, mais ceux qui le suivent sont confrontés à un combat spirituel très rude.

Les enseignements dans cette lettre sont étudiés et mis en pratique depuis des siècles, mais cette épître est sujette à débat, car l’identification de l’auteur et celle des destinataires sont souvent mises en question. L’apôtre Paul en est-il le vrai auteur ? Les croyants dans la ville d’Éphèse en sont-ils les vrais destinataires ?

L’auteur et l’occasion de cette lettre

Les biblistes sont divisés en ce qui concerne l’identité de l’auteur de cette épître. Certains croient que c’est l’apôtre Paul, et d’autres disent que c’est quelqu’un qui utilise le nom de Paul comme pseudonyme, une pratique assez fréquente dans le monde ancien.

Ceux qui croient à l’authenticité paulienne notent que Paul se nomme deux fois dans la lettre (EPH.1.1 ; EPH.3.1) et il fait référence trois fois à sa situation de prisonnier (Éph. 3.1 ; Éph. 4.1 ; Éph. 6.20). Les experts notent aussi la ressemblance de thèmes entre cette lettre et celle écrite à la communauté de Colosses, dont l’authenticité n’est pas contestée. Par contre, ceux qui s’opposent à ce point de vue notent l’emploi d’un vocabulaire distinctif, qui n’existe pas dans les autres lettres de Paul. Ils y voient des différences de style et même des différences de doctrine. Ils notent qu’il n’y a aucune référence aux personnes ou incidents particuliers, comme c’est presque toujours le cas dans ses autres épîtres. Certains notent aussi une certaine distance entre Paul et ses lecteurs, lorsqu’il dit, par exemple, depuis que j’ai appris votre foi dans le Seigneur Jésus (Éph. 1.15) ou vous avez certainement entendu parler de la mission dont Dieu m’a chargé (Éph. 3.2), comme s’il s’agit de personnes qui ne se connaissent pas. L’absence de salutations personnelles est surprenante, lorsqu’on compare la fin de la lettre aux Éphésiens avec celle aux Colossiens (Col 4.17-18).

Malgré ces arguments, cette lettre a été acceptée par l’Église ancienne comme provenant de l’apôtre Paul. Depuis des siècles, certains considèrent ces enseignements comme le couronnement de la pensée paulienne. Ainsi, de nos jours, plusieurs biblistes attribuent la lettre à cet apôtre. Le présent commentaire est écrit de ce point de vue, assumant Paul comme auteur.

Paul, d’abord connu sous le nom de Saül, est un Juif qui persécutait les chrétiens. Mais en chemin pour Damas, où il comptait mettre des chrétiens en prison, Paul fait une expérience qui change sa vie : le Christ ressuscité lui apparaît (Act 9.1-3). Converti à la foi chrétienne et complètement transformé, Paul passe quelque temps seul à Tarse (Act 9.30), puis, après un certain temps, entame une carrière comme prédicateur de la Bonne Nouvelle. Sa mission principale est d’annoncer l’Évangile aux non-Juifs (Act 13.47) et il entreprend plusieurs voyages à cet effet.

Lors de son deuxième voyage missionnaire, Paul quitte Corinthe et, avec Priscille et Aquila, il arrive à Éphèse, où il rentre dans la synagogue pour discuter avec les Juifs. Ceux-ci l’invitent à rester, mais il refuse en promettant : « Je reviendrai chez vous une autre fois, si Dieu le veut » (Act 18.18-21).

Entre-temps un Juif du nom d’Apollos se joint aux autres pour prêcher la Bonne Nouvelle. Lorsque l’apôtre Paul revient plus tard à Éphèse, il complète l’enseignement de ce Juif, surtout en ce qui concerne le baptême du Saint Esprit au nom de Jésus-Christ. Pendant son séjour d’environ trois ans, un grand incident se produit. Les gens fabriquant des articles religieux pour leur déesse Artémis se lèvent contre Paul, en disant qu’il détourne leurs adeptes. Après un grand tumulte, Paul quitte la ville. Apollos revient pour affermir la foi des croyants et Paul y retourne pour environ trois mois. Plus tard pendant ses voyages, lorsqu’il s’arrête dans la ville de Milet, il demande aux dirigeants des croyants d’Éphèse de le rencontrer là. Tous ces événements sont relatés dans le livre d’Actes des Apôtres : Éph. 18.19 ; Éph. 19.1 ; Éph. 20.17.

Cette lettre est supposée être délivrée par Tychique, « notre cher frère », qui est censé donner d’autres nouvelles oralement (Éph 6.21).

Destinataires

A part la question de l’auteur, cette lettre pose aussi le problème des destinataires. En effet, les mots à Éphèse (Éph. 1.1) manquent dans certains manuscrits grecs importants, offrant comme texte : « Paul apôtre de Christ Jésus par la volonté de Dieu aux saints étant … et aux fidèles en Christ Jésus ». Certains concluent alors que la lettre originale n’avait pas d’indication de lieu, c’est-à-dire, qu’il n’y avait pas mention des destinataires, ce qui fait penser à une lettre circulaire. En effet, toutes les instructions sont de nature générale et semblent s’appliquer aux chrétiens dans n’importe quelle communauté non juive de ce temps. Plusieurs pensent qu’après le participe présent « étant » ou « à ceux qui sont à… », on pouvait écrire le nom de chaque destinataire. En effet, dans les autres lettres de Paul, c’est ici que figurent les noms des villes pour indiquer où habitent les croyants. Voir, par exemple, Rom 1.7 ; Phil 1.1 ; 1 Cor 1.2 ; 2 Cor 1.1.

Si l’apôtre a passé tant d’années à Éphèse, pourquoi ne s’est-t-il donc pas adressé à la communauté ? Pourquoi n’a-t-il pas salué, au moins à la fin de la lettre, les gens qu’il connaissait comme il l’a fait dans toutes ses autres épîtres ? On n’aura peut-être jamais de réponses à ces questions et on ne saura pas pourquoi les mots à Éphèse figurent dans certains manuscrits et non dans d’autres. La Traduction œcuménique de la Bible et la Bible de Jérusalem gardent les mots à Éphèse, mais aucune mention n’est faite de cette ville dans la Bible en français courant, la Nouvelle Bible Segond ou la Parole de Vie. Les traducteurs ont le choix du texte à suivre, mais s’ils décident d’omettre ces mots, il vaut mieux donner une note explicative en bas de page. On pourra dire, par exemple, « Beaucoup de manuscrits ont les mots “à Éphèse” », ou plus simplement « mais certains manuscrits importants les omettent ».

Malgré ces difficultés, le titre, « La lettre aux Éphésiens » ou « L’Épître aux Éphésiens » est universellement accepté et utilisé, et devra alors figurer dans toutes les traductions.

La date

Il est clair d’après le texte que Paul a écrit cette lettre pendant qu’il était en prison, mais il a été incarcéré à plusieurs reprises, et plusieurs autres lettres ont été écrites depuis une cellule : Philippiens, Colossiens et Philémon. Les biblistes pensent que toutes ces lettres datent de la même époque. La comparaison entre Col 4.7-8 et Éph 6.21-22, et surtout entre Col 4.8 et Éph 6.22 (avec son texte identique en grec), peut suggérer que les deux lettres aient été écrites au même endroit, à la même période et par la même personne. Une date précise étant impossible à déterminer, la majorité des biblistes estiment que cette lettre a été écrite entre 57 et 62 apr. J.-C., et plus probablement depuis Rome entre 60 et 62 apr. J.-C. (Voir Act 28.30.)

Ces problèmes d’auteur, de destinataires et de date n’affecteront en rien la traduction. Les traducteurs devraient suivre un texte reconnu, avec ou sans les mots à Éphèse (Éph. 1.1). Ils ne devraient en aucun cas exclure le nom de Paul de Éph. 1.1 ou de Éph. 3.1.

La ville d’Éphèse

Éphèse était l’une des villes les plus anciennes en Asie Mineure, et parmi les plus importantes. Capitale d’une province romaine, elle comptait plus de 250 000 habitants et se situait à peu près à 175 km à l’ouest de Colosse.

Au bord de la mer Égée, Éphèse était un port et un centre important de commerce, de culture et de religion. Artémis|fig:HK00286.jpg était la déesse de cette cité d’origine grecque (Act 19.27). Son temple magnifique en marbre était considéré comme l’une des sept merveilles du monde.

De nos jours, Éphèse est un site archéologique à 18 km de la ville de Kusadasi en Turquie actuelle.

Les thèmes majeurs de cette lettre

Cette lettre a pour but d’enseigner et d’encourager ceux qui croient en Jésus-Christ. Elle proclame le plan de Dieu qu’il a mystérieusement mis en place avant la création du monde. Ce plan, qu’il a réalisé en Jésus-Christ et qu’il « achèvera à la fin des temps, consiste à réunir tout ce qui est dans les cieux et sur la terre sous un seul chef, le Christ » (Éph. 1.10). Cette unité se manifeste déjà à travers l’Église, le corps de Christ (Éph. 1.23), divers mais un.

Dieu « comble de bénédictions » tous ceux qui sont en Christ (La Bible du Semeur). Il leur montre son amour et sa grâce, en leur donnant une nouvelle vie qu’ils doivent mettre en pratique. Par le passé il y avait deux peuples : les Juifs, héritiers des promesses de l’alliance, et les non Juifs, sans Dieu et sans espoir dans ce monde. Par le sacrifice de son fils, Dieu a détruit la barrière entre ces deux peuples, en faisant « un seul peuple nouveau » (Éph. 2.15) et en leur offrant une espérance.

La nouvelle vie en Christ est une vie pure. Le changement de l’ancienne vie corrompue en cette nouvelle vie est décrite avec une image : c’est comme quelqu’un qui enlève ses vieux vêtements pour en mettre des nouveaux. Tout est transformé. Ainsi toutes les relations, que ce soit entre mari et femme, entre parent et enfant, entre patron et serviteur, doivent refléter cette nouvelle vie en Christ. Mais cette vie n’est pas facile. C’est pourquoi Dieu marque les siens du sceau du Saint Esprit, distribue des dons à chaque membre de l’Église, et permet que son Esprit remplisse chaque membre. De plus, il fournit des armes spirituelles pour combattre l’ennemi jusqu’à sa défaite totale.

Les enseignements de cette lettre sont profonds et étonnants : le chrétien est déjà sauvé, ressuscité et élevé avec le Christ (Éph. 2.6) ! Paul prie à plusieurs reprises pour ses lecteurs, plus particulièrement que Dieu ouvre leurs yeux (ou cœur) « pour que vous sachiez quelle espérance vous donne son appel, quelle est la richesse de sa gloire, de l’héritage qu’il vous fait partager avec les saints ». En retour, il demande à ceux qui reçoivent de telles bénédictions de vivre dans l’amour (Éph. 5.2), « en exprimant la vérité dans l’amour » (BDS.Éph. 4.15 La Bible du Semeur).

La structure de cette lettre

Comme tous les autres écrits de l’apôtre Paul, cette lettre commence par une introduction, comprenant une salutation : grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ (Éph. 1.2). Celle-ci est suivie du texte proprement dit et se termine par une conclusion, constituée d’une bénédiction qui mentionne la paix, l’amour et la grâce de Dieu et du Christ. (Éph. 6.23). Ainsi il y a une enveloppe ou inclusion autour de cette lettre.

Le texte principal se divise de façon naturelle en deux parties : une exposition des enseignements concernant le salut chrétien et une série d’exhortations concernant la nouvelle vie en Christ. Un plan possible est le suivant :
Introduction (Éph. 1.1)
Enseignement : le salut en Christ (Éph. 1.3–Éph. 3.21)
  1. Prière de louange (Éph. 1.3)
  2. Prière pour les lecteurs (Éph. 1.15)
  3. De la mort à la vie (Éph. 2.1)
  4. La nouvelle humanité (Éph. 2.11)
  5. La mission apostolique de Paul (Éph. 3.1)
  6. Nouvelle prière pour les lecteurs (Éph. 3.14)
Exhortation : la nouvelle vie dans la communauté chrétienne (Éph. 4.1–Éph. 6.20)
  1. L’unité du Corps (Éph. 4.1)
  2. La vie nouvelle en Christ : exhortations générales (Éph. 4.17–Éph. 5.20)
    a. L’ancienne vie et la nouvelle vie (Éph. 4.17)
    b. Prescriptions pour la nouvelle vie (Éph. 4.25)
    c. La pureté de vie (Éph. 5.1)
    d. Vivre dans la lumière (Éph. 5.6)
  3. La nouvelle vie en Christ : les relations familiales (Éph. 5.21–Éph. 6.9)
    a. Femmes et maris (Éph. 5.21)
    b. Enfants et parents (Éph. 6.1)
    c. Esclaves et maîtres (Éph. 6.5)
  4. Les armes du combat chrétien (Éph. 6.10)
Conclusion (Éph. 6.21)

La division d’un texte en parties, chacune avec son sous-titre, peut aider les lecteurs à lire et à comprendre l’ensemble du texte de façon plus aisée. Il peut y avoir des grands titres, comme « Enseignements » ou « Principes de base pour la vie chrétienne », ainsi que des sous-titres. Les traducteurs devraient se décider sur l’emploi de sous-titres et leur format, en étant conséquent partout. Normalement il est déconseillé aux traducteurs de mélanger des titres pris de diverses versions, parce que parfois les divisions ne correspondent pas. Il vaut mieux choisir une seule version de la Bible qui servira de modèle à cet égard.

Avant chaque section, il y a une petite discussion sur les sous-titres. Il n’est pas recommandé de traduire ceux de la Traduction œcuménique de la Bible ou de la Bible en français courant, mais de s’en inspirer, tout en évitant des notions doctrinales personnelles ou ecclésiastiques.

Les noms divins

Dans cette lettre, Paul se réfère ouvertement à plusieurs reprises à Dieu le Père, au Seigneur Jésus-Christ et à l’Esprit Saint. Les traducteurs devraient toujours prendre soin de rendre avec précision chacun de ces noms.

Dieu (grec : θεός theos) est le nom générique pour Dieu et ce nom paraît plus de 50 fois dans cette lettre. A l’instar de Jésus dans les Évangiles (Matt 6.18 ; Marc 11.25 ; Luc 11.13 ; Jean 10.15), l’apôtre Paul fait aussi souvent référence à Dieu le Père : Éph. 1.2, Éph. 1.3, Éph. 1.17 ; Éph. 2.18 ; Éph. 3.14 ; Éph. 4.6 ; Éph. 5.20, Éph. 5.31 ; Éph. 6.2, Éph. 6.23. Celui-ci est aussi appelé dans cette lettre le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ et le Créateur de l’univers (Éph. 3.9).

L’expression notre Seigneur Jésus Christ est parfois abrégée à Seigneur Jésus ou Seigneur tout court. Dans les lettres de Paul, le titre le Seigneur se réfère le plus souvent à Jésus-Christ (Éph. 4.1, Éph. 4.5), sauf dans les citations de l’Ancien Testament où ce nom est la traduction grecque de YHWH (Rom 4.8 ; 14.11 ; 15.11 ; 1 Cor 1.31 ; 2 Cor 3.16). Dans cette lettre aux Éphésiens, son sens est parfois neutre. Dans Éph. 5.10, par exemple, « plaire au Seigneur » peut sous-entendre « plaire au Seigneur Jésus » ou « plaire à Dieu ».

Suivant l’usage français, le nom Jésus Christ est écrit avec un trait d’union : « Jésus-Christ ». Cependant dans la Traduction œcuménique de la Bible et la Bible de Jérusalem ce signe typo graphique n’est pas utilisé. En fait, l’emploi du trait d’union est une particularité du français et il n’y a pas d’équivalent correspondant dans le texte grec. Dans la traduction, il vaut donc mieux écrire « Jésus Christ » sans trait d’union, à moins qu’une tradition locale différente ne soit déjà établie. En grec, ce nom peut avoir deux ordres, « Christ Jésus » (Éph. 1.1 ; Éph. 2.6, Éph. 2.10, Éph. 2.13, Éph. 2.20 ; Éph. 3.6, Éph. 3.11, Éph. 3.21), Jésus Christ (Éph. 1.2, Éph. 1.5, Éph. 1.7 ; Éph. 5.20 ; Éph. 6.23, Éph. 6.24). Très souvent ce nom est réduit à un seul mot : Christ ou « le Christ » (Bible de Jérusalem). Bien que ce mot ait le sens de « messie », la quasi-totalité des versions le rendent par un nom, Christ, qui, comme Jésus, sera translittéré selon les normes de la langue cible.

L’Esprit (Éph. 1.3 ; Éph. 2.18, Éph. 2.22 ; Éph. 3.5, Éph. 3.16 ; Éph. 4.3, Éph. 4.4 ; Éph. 5.18 ; Éph. 6.17, Éph. 6.18) ou l’Esprit Saint (Éph. 1.13 ; Éph. 4.30) se réfère à la troisième personne de la Trinité. Paul cite ainsi l’Esprit au moins 12 fois dans cette lettre. Ces expressions sont souvent difficiles à rendre dans les traductions. Le terme grec πνεῦμα pneuma, comme l’hébreu רוּחַ roûaḥ, est ambigu : il peut signifier « vent », « souffle » ou « esprit ». Dans le contexte de cette lettre, il s’agit de l’Esprit promis par Jésus à ses disciples, connu aussi comme le παράκλητος paraklêtos, « celui qui réconforte » (Jean 14.26). Paul parle même dans cette lettre de l’Esprit promis, ou plus littéralement, « l’Esprit de la Promesse » (Bible de Jérusalem). Les traducteurs devraient trouver des expressions adéquates pour désigner l’Esprit et l’Esprit Saint. Certains appellent ce dernier « l’esprit pur » ou « l’esprit propre ». Lorsque le mot Esprit apparaît tout seul, l’utilisation la plus fréquente, on pourra parler de l’« Esprit de Dieu ».

Les traducteurs devraient en plus décider si le mot Esprit doit être écrit avec une lettre majuscule ou non. La majorité des Bibles en français l’écrivent avec une majuscule, mais la Bible de Jérusalem, comme parfois la Traduction œcuménique de la Bible également, fait la distinction entre l’utilisation de ce mot dans l’Ancien Testament (« l’esprit de Yahvé », Jug 3.10 Bible de Jérusalem) et celle dans le Nouveau Testament : « Esprit Saint » ou « Esprit saint », (Traduction œcuménique de la Bible Éph. 1.13 ; « Saint-Esprit » Bible en français courant).

Dans cette lettre, les mots grecs rendus par dieu et esprit ont plusieurs sens. Dans Éph. 2.2 le mot dieu se réfère au diable. Le mot esprit est utilisé d’une manière positive pour parler d’un esprit de sagesse (Éph. 1.17), d’une manière négative pour parler des esprits du mal (Éph. 6.12).

Nous inclusif et exclusif

Comme dans toutes ses lettres, Paul utilise fréquemment la première personne du pluriel : nous ou notre. Il y a lieu de faire la distinction entre ce que les linguistes appellent le « nous inclusif » et le « nous exclusif ». Lorsque Paul parle ici de notre Dieu (Éph. 1.2) ou de notre Seigneur Jésus Christ (Éph. 1.3), il inclut lui-même, ses collaborateurs et ses lecteurs. Toutes les occurrences du possessif notre dans cette lettre sont inclusives. Lorsqu’il parle de nous dans cette lettre, il se réfère à la fois à lui-même et à tous les croyants.

Certaines langues disposent de formes différentes pour ces deux types de nous. Dans tous les cas, les traducteurs devraient prêter attention au sens de chaque nous dans le texte. Même si le français et le grec ne font aucune distinction formelle entre les deux types de nous, cette différence est implicite dans le texte.

Avant de traduire

Il est toujours bon, avant de traduire, de lire le texte en entier. A cet effet, il est souhaitable que les traducteurs lisent, si possible, d’un seul coup la lettre aux Éphésiens dans une version utilisant un langage courant, comme la Bible en français courant ou la Parole de Vie.

Avant d’entamer la traduction, il sera aussi bon de lire le récit de Luc en Actes (au moins les chapitres 18 à 20), pour mieux comprendre l’arrière-plan de cette lettre et le contexte dans lequel elle a été écrite.

Bibliographie

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Bratcher, Robert G. and Nida, Eugene A., A Translator’s Handbook on Paul’s Letter to the Ephesians, Stuttgart: UBS, 1982.
Lincoln, Andrew T., Ephesians, Word Biblical Commentary, Dallas: Word Books, 1990.

Source: Zogbo, Lynell. La lettre aux Éphésiens – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Introduction au commentaire de traduction de Habaquq

Introduction

Comment est-il possible que Dieu, qui est saint et juste, utilise des hommes injustes pour réaliser ses projets dans le monde ? Voilà le sujet principal de la prophétie d’Habaquq. Ce livre rapporte les paroles d’un prophète qui a vécu en Israël probablement à la fin du 7e siècle av. J.-C. Comme les autres prophètes de l’Ancien Testament, Habaquq annonce les messages de Dieu à son peuple, mais il le fait avec une audace et un courage particuliers.

1. Les thèmes majeurs du livre

Selon certains spécialistes, Habaquq est parmi les premiers hommes à oser « demander des comptes à Dieu ». D’autres personnes dans la Bible crient leur indignation (on pense à Job, à l’Ecclésiaste, à David, et à d’autres psalmistes), mais les cris et les accusations d’Habaquq choquent particulièrement par leur franchise et leur brutalité :

Jusqu’à quand, SEIGNEUR,
appellerai-je au secours
sans que tu entendes ?
Jusqu’à quand crierai-je vers toi : « Violence ! »
sans que tu sauves ? (Habaquq 1.2 Nouvelle Bible Segond)

De même, les réponses de Yahweh, Dieu d’Israël, à son prophète Habaquq ne sont ni douces ni consolantes ! Le Dieu de l’Univers est en colère contre son peuple et promet de le punir très sévèrement.

Malgré ce message difficile à accepter, Habaquq garde espoir et déclare : « le juste vivra par sa fidélité ». Voilà le noyau du message de ce livre, un message qui a été repris dans les écrits de l’apôtre Paul et d’autres écrivains du Nouveau Testament (Rom 1.17 ; Gal 3.11 ; Hébr 10.38). L’auteur de l’épître aux Hébreux, s’inspirant d’Habaquq, exhorte les croyants en ces termes :

Ne perdez pas votre assurance, elle obtient une grande récompense.
C’est d’endurance, en effet, que vous avez besoin, pour accomplir
la volonté de Dieu et obtenir ainsi la réalisation de la promesse.
Car encore si peu, si peu de temps, et celui qui vient sera là, il ne tardera pas.
Mon juste par la foi vivra… (Hébr 10.35-38 Traduction œcuménique de la Bible)

Comme dans beaucoup de Psaumes (22 ; 73–75), on perçoit au sein de ce texte d’Habaquq un certain mouvement : le prophète passe de l’angoisse et l’incompréhension à la soumission et à la foi. Devant la colère de Dieu, le prophète est bouleversé, mais il reste ferme :

Mais moi, j’exulterai dans le SEIGNEUR,
je trouverai de l’allégresse dans le Dieu de mon salut. (Habaquq 3.18 Nouvelle Bible Segond)

A travers les termes clés et les mots répétés, les thèmes de ce livre deviennent évidents : la violence et l’injustice des hommes s’opposent à la droiture et la justice de Dieu. Mais si la désobéissance se situe dans le camp des « nations païennes » ou chez son propre peuple, Dieu, lui, reste saint et souverain. Il est vrai que dans ce livre, le prophète lance un défi à Dieu, mais c’est Dieu qui a le dernier mot, car à la fin, le prophète se soumet à la volonté de Dieu. Il accepte ce que Dieu planifie pour lui et son peuple.

2. Le prophète Habaquq

Le texte ne dit presque rien sur ce prophète : juste qu’il a reçu une vision (Habaquq 1.1) et a composé une prière ou un chant pour le peuple d’Israël (Habaquq 3.1). Ce personnage n’apparaît nulle part ailleurs dans l’AT, mais un homme portant le même nom est mentionné dans les livres deutérocanoniques, dans l’histoire de Bel et le Dragon, un supplément au livre de Daniel, écrit en grec. Dans cette histoire, Habaquq est présenté comme un prophète vivant en Juda. L’ange du Seigneur lui donne l’ordre d’apporter de la nourriture à Daniel dans la fosse aux lions à Babylone (Daniel grec 14.33-39). Habaquq est alors saisi par les cheveux et transporté dans l’air, tout comme le prophète Ézéchiel (Ézék 8.3), puis ramené en Juda. Une ancienne tradition juive voit en Habaquq un lévite, mais rien ne confirme cette information.

Le sens du nom Habaquq (Traduction œcuménique de la Bible, La Bible du Semeur, Nouvelle Version Segond, Nouvelle Bible Segond) ou Habacuc (Bible en français courant, Parole de Vie) est incertain. Certains spécialistes rapprochent ce nom de celui d’une plante en langue assyrienne, alors que d’autres pensent qu’il est lié à un verbe hébreu signifiant « embrasser ». Mais ni l’une ni l’autre de ces propositions ne semble avoir de lien avec le contenu du livre.

Le nom Habaquq ou Habacuc peut poser des problèmes de transcription pour les traducteurs, car il contient un son « k », représenté parfois en français par « c » ou « q ». Mais beaucoup de langues n’ont ni « c » ni « q » dans leur alphabet. Dans ce cas, le nom propre pourra être écrit avec un « k », comme en anglais : Habakuk. Si, par ailleurs, le son « h » (comme en anglais : hand) n’existe pas dans la langue cible, la consonne initiale peut être omise. On écrira alors Abakuk, Abakuki, etc.

3. Plan du livre

La structure de ce livre est bien définie, mais ne correspond pas exactement à la division en chapitres. Après une brève introduction (Habaquq 1.1), la première section (Habaquq 1.2–2.6a) présente un dialogue entre le prophète et le Seigneur. La deuxième section (2.6b-20) comprend cinq déclarations de malheur adressées à ceux qui agissent avec violence. La troisième partie du livre (Habaquq 3.1) se présente sous la forme d’une prière prononcée, ou d’un chant entonné, par le prophète. On peut donc subdiviser ce livre comme suit :

Habaquq 1.1 Introduction et titre
Habaquq 1.2–2.6a Dialogue entre le prophète et le Seigneur
   Habaquq 1.2 Première question du prophète
   Habaquq 1.5 Première réponse du Seigneur
  Habaquq 1.12–Habaquq 2.1 Deuxième question du prophète et son attente
  2.2-6a Deuxième réponse du Seigneur
2.6b-20 Menaces contre les méchants
  2.6b-8 Premier malheur
   Habaquq 2.9 Deuxième malheur
   Habaquq 2.12 Troisième malheur
   Habaquq 2.15 Quatrième malheur
   Habaquq 2.18 Cinquième malheur
Habaquq 3.1 Prière ou chant d’Habaquq : Dieu est grand et délivre son peuple
  Habaquq 3.1 Introduction
  Habaquq 3.2 Appel au Seigneur
   Habaquq 3.3 La théophanie ou la manifestation du Seigneur
     Habaquq 3.3 Le Seigneur apparaît dans sa gloire
     Habaquq 3.8 Le Seigneur agit avec colère
    3.16-19a Le chanteur a confiance en Dieu malgré tout
    3.19b Les instructions sur la manière de chanter ce poème

Il n’est pas facile de discerner ce qui relie ces trois parties, surtout les deux premières à la troisième. Il est fort possible que ces messages aient existé séparément à un moment donné, et que, plus tard, ils aient été regroupés par des éditeurs. Si c’est le cas, leur ordre actuel semble pourtant significatif et même porteur d’un message théologique : malgré le chaos de ce monde, Dieu règne et reste digne de confiance.

4. Le texte d’Habaquq

Parmi les manuscrits de la Mer Morte découverts dans des grottes de Juda en 1947, on a trouvé la copie la plus ancienne du texte d’Habaquq. A part quelques petites divergences, le texte massorétique (\ver TM\ver*) que nous suivons est essentiellement identique. Ce document de la Mer Morte comporte aussi un commentaire des deux premiers chapitres, montrant combien ce livre jouait un rôle important dans la communauté de Qumrân.

A part deux brefs versets qui introduisent les messages (Habaquq 1.1 ; Habaquq 3.1), le texte entier du livre d’Habaquq se présente en hébreu sous une forme poétique. La majorité des versions de langue française (Traduction œcuménique de la Bible, Bible en français courant, Bible de Jérusalem, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond, La Bible du Semeur, Osty-Trinquet) ont adopté cette forme. Une version en anglais (Good News Bible) présente les deux premières sections en prose, réservant la forme poétique pour la prière (Habaquq 3.2). Mais compte tenu des thèmes et des images extrêmement forts trouvés dans les deux premiers chapitres, la poésie semble le genre littéraire qui convient le mieux pour la traduction. D’ailleurs, dans beaucoup de langues, et, en particulier, de langues africaines, la poésie, sous forme de chants, est souvent utilisée pour exprimer ce genre de message. Les traducteurs sont donc encouragés à étudier comment les chants sont composés dans leur langue, pour pouvoir mieux formuler des vers poétiques dans leur traduction. Le présent commentaire fournira des indications pour les aider dans cette tâche.

5. Date et composition du livre

Dans beaucoup de livres prophétiques (Ésaïe, Amos, Michée, Zacharie), il y a des dates précises indiquant le moment de la vision ou du message prophétique. Ce n’est pas le cas pour le livre d’Habaquq. Il n’y a aucune indication de date, ni pour les événements décrits, ni pour la composition du livre.

Qui a écrit ce livre ? En Habaquq 2.2, Habaquq reçoit de YHWH l’ordre d’écrire ce message :

Ecris une vision,
donnes-en l’explication sur les tables
afin qu’on la lise couramment (Traduction œcuménique de la Bible)

Or, à cette époque les messages des prophètes sont souvent mis par écrit, et conservés, non pas les prophètes eux-mêmes, mais par leurs disciples. Il est impossible de savoir exactement ce qui s’est passé dans le cas de ce livre. Néanmoins, nous pouvons constater qu’au moins deux versets, les titres en Habaquq 1.1 et Habaquq 3.1, semblent être des ajouts d’un éditeur. Le manque de lien entre les sections parle aussi en faveur d’une composition par un tiers, faite à partir de messages, oraux ou écrits, ayant existés séparément. Malheureusement, il n’y a aucun autre indice concernant l’auteur, le lieu et la date de composition du livre.

6. Arrière-plan historique et géographique

Même si le texte d’Habaquq ne se réfère à aucune date, la mention en Habaquq 1.6 des Chaldéens, autre nom des Babyloniens, suggère une date approximative pour les événements décrits. Ce verset semble évoquer la situation du début du 7e siècle av. J.-C. Divo Barsotti propose un sommaire des événements qui peut situer le traducteur d’une manière générale (p. 21) :

Tout d’abord, les Chaldéens frappent Juda,
puis Dieu frappe les Chaldéens.
Finalement Dieu sauve son peuple.

Mais la période est très complexe avec plusieurs acteurs. Pour mieux situer le contexte du livre, les faits suivants peuvent être utiles :

Au début du 7e siècle, les Assyriens dominent le monde. Ils sont connus pour leur violence et leur cruauté. A cette époque, Manassé est roi de Juda, à Jérusalem. Lui-même est un roi cruel et tyrannique (2 Rois 21.16).

En 612, les Babyloniens et les Mèdes attaquent et prennent la capitale assyrienne, Ninive, mettant fin ainsi à ce grand empire.

Les Égyptiens essayent de conquérir les petits États situés à l’ouest du fleuve Euphrate. Leur pression est fortement ressentie en Israël.

En 609, le roi Josias de Juda tente de résister aux Égyptiens, mais il est tué lors de la bataille de Méguiddo (2 Rois 23.29-30). L’un de ses fils, Joachaz, après un bref règne de trois mois à Jérusalem, est emmené prisonnier par les Égyptiens (2 Rois 23.31-34).

Un autre fils, Joaquim, règne à Jérusalem de 609 à 598 (2 Rois 23.34–24.6). Celui-ci se montre égoïste et despotique (Jér 22.13-17). L’idolâtrie s’accroît et le pays connaît un grand désordre social.

En 605, les Babyloniens, avec le roi Nabuchodonosor à leur tête, vainquent les Égyptiens à Karkemish, et ce peuple domine dès lors toute l’Asie occidentale. Les Babyloniens envahissent Juda, et pendant trois ans, le roi Joaquim se soumet à leur domination. Mais en 598, il se révolte. Alors les Babyloniens et d’autres armées envahissent Juda, détruisant villes et villages. Joaquim meurt. Son fils et successeur, Joakin, après seulement trois mois de règne, est déporté par les Babyloniens (2 Rois 24.8-16). Il s’agit de la première déportation.

Enfin, environ dix ans plus tard, en 587, les Babyloniens reviennent, ils détruisent complètement la capitale, Jérusalem, et rasent le temple de Dieu. Les survivants sont à leur tour déportés. Cette deuxième déportation est l’un des épisodes les plus tristes de l’histoire d’Israël.

7. Les acteurs dans le livre d’Habaquq

Dès le début du livre, il y a beaucoup d’action, mais on a du mal à identifier les acteurs. Des violences inouïes sont décrites, mais qui accomplit ces actes ? S’agit-il d’habitants de Juda ou d’étrangers ?

Dès 1.4, lorsqu’on rencontre pour la première fois les termes clés le méchant et le juste, la question suivante se pose : y a-t-il deux camps en Israël, les bons et les mauvais ? Ou s’agit-il des Babyloniens (les méchants) et des Israélites (les bons) ?

Jusqu’à ce jour, aucune réponse proposée n’est sûre. Certains spécialistes, évoquant le chaos social et l’idolâtrie de l’époque, pensent que les méchants sont des gens de Juda. Et en effet, sous le règne du roi Joaquim, les gens bafouaient la loi de Dieu et opprimaient leurs propres frères. Les paroles du prophète pourraient alors décrire la punition qui menaçait les Israélites. Mais d’autres estiment qu’il s’agit des Babyloniens, connus à travers le monde et depuis toujours comme un peuple cruel et oppressif.

Ce problème d’identification reparaît dans la suite du livre, surtout avec l’apparition de l’homme présomptueux, contre lequel sont formulées toutes sortes d’accusations et de malédictions (Habaquq 2.5). Qui est cet homme ? Une simple personne orgueilleuse ? Ou une personnification des mauvais dirigeants d’Israël ? Ou encore, des Babyloniens ? Il n’est pas possible de donner une réponse définitive à cette question. La majorité des commentateurs voient dans l’expression homme présomptueux un singulier collectif désignant les Babyloniens, et beaucoup de versions récentes (Bible en français courant, Parole de Vie, Good News Bible, Contemporary English Version) vont dans ce sens : « les orgueilleux », « ils », « vous ». Mais on ne peut pas exclure totalement la possibilité d’une référence au roi Joaquim, qui était loin d’être un exemple pour son peuple.

Il est évident que le présent commentaire ne pourra pas apporter de réponses à plusieurs de ces questions importantes. Il y a beaucoup de passages où le texte est ambigu et sujet à différentes interprétations. Là où il y a des interprétations floues ou multiples, les traducteurs peuvent opter pour des notes. Toutefois il sera bon de noter dans l’introduction au livre que ces difficultés existent, même si elles ne peuvent pas être résolues.

8. Genre littéraire et procédés stylistiques

A part les introductions (Habaquq 1.1 ; Habaquq 3.1), tout le livre d’Habaquq est écrit sous forme poétique. On y discerne trois grandes parties. Dans la première section (Habaquq 1.2–2.6a), les propos d’Habaquq sont des plaintes qui ressemblent à certaines lamentations (Ps 13 ; 35.17). La deuxième section (2.6b-20) contient des proclamations de malheur contre les malfaiteurs, comme chez d’autres prophètes (És 5.8,11,18 ; Mich 2.1 ; Nah 3.1). La dernière section se présente comme un psaume de confiance, même si la suscription indique une plainte ou « lamentation ». Voir Ps 17 ; 86 ; 90 ; 102 ; 142.

Comment rendre ces vers dans la traduction ? Bien que certaines versions les rendent en prose (Bible du Rabbinat Français, Good News Bible), la majorité des versions en français et en anglais les rendent sous forme poétique (Traduction œcuménique de la Bible, Bible en français courant, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond, Contemporary English Version). Il est vrai que dans le monde occidental, le genre poétique n’est pas habituel pour des dialogues entre deux personnes, même s’il s’agit d’une conversation entre Dieu et un prophète. Mais, pour beaucoup de langues, il y a de bonnes raisons de conserver cette forme dans la traduction, car tout le texte est empreint d’une vive émotion : angoisse, doute, ironie, confiance, etc.

Le traducteur doit se demander d’abord si la forme poétique convient pour ce texte dans sa langue, et si oui, quel genre poétique conviendra le mieux. Mais pour bien comprendre ce texte poétique, il faut aussi connaître les particularités de la poésie hébraïque. Celle-ci est caractérisée par les procédés stylistiques suivants :

8.1 Le parallélisme

Il s’agit de deux lignes qui se ressemblent au point de vue de la structure et / ou du sens. De nombreux cas de parallélisme figurent dans le livre d’Habaquq, par exemple :

Je tiendrai bon à mon poste de garde,
je resterai debout sur les retranchements. (Habaquq 2.1 Traduction œcuménique de la Bible)

Sa majesté comble le ciel,
sa louange emplit la terre. (Habaquq 3.3 Traduction œcuménique de la Bible)

Parfois les lignes ne sont pas complètement parallèles, comme en Habaquq 2.12, où le mot Malheur ne figure pas dans la deuxième ligne. On parle alors d’ellipse :

Malheur ! Il construit une ville sur le sang,
… il fonde une cité sur le crime ! (Traduction œcuménique de la Bible)

Dans plusieurs langues, l’élément omis doit parfois être présent explicitement dans la traduction.

Souvent dans les lignes parallèles, la deuxième ligne complète la première ou est plus forte que celle-ci. En Habaquq 1.2 par exemple, la première ligne dit Tu n’écoutes pas, mais la deuxième est plus forte : tu ne sauves pas. Pour bien rendre ce trait, le traducteur doit donc examiner les lignes parallèles et déterminer s’il y a une progression dans l’expression des idées.

8.2 La structure en chiasme

Il s’agit de structures parallèles renversées, qui servent à mettre en évidence une idée. En Habaquq 1.3, ce renversement aide à exprimer l’indignation du prophète :

CH1 Pourquoi me-fais-tu-voir
CH2 l’injustice
CH2 et l’oppression
CH1 acceptes-tu ?

Bien que cette structure ait plusieurs fonctions en hébreu, il n’est pas possible de la reproduire dans la majorité des langues. Dans ce cas, il faut utiliser d’autres procédés rhétoriques pour mettre une idée en relief. Dans d’autres livres, les structures en chiasme marquent le début et la fin d’une unité littéraire (Eccl 3.1,8).

8.3 Questions rhétoriques

Il s’agit de questions qui ne visent pas à obtenir des informations, mais qui expriment des attitudes ou des émotions. La question « Jusqu’à quand, Seigneur… ? » (Habaquq 1.2 Bible en français courant) exprime l’angoisse du prophète. Dans ce livre, les questions rhétoriques sont très nombreuses (Habaquq 1.2, Habaquq 1.12, Habaquq 1.17 ; Habaquq 2.6, Habaquq 2.7, Habaquq 2.13, Habaquq 2.18 ; Habaquq 3.8), et elles apparaissent souvent au début ou à la fin d’une unité littéraire.

8.4 Langage imagé

Il s’agit d’un langage qui décrit certains éléments au moyen de comparaisons ou de métaphores. Le livre d’Habaquq est plein de ce langage figuré : un homme insatiable comme la mort (Habaquq 2.5), ou des chevaux « plus rapides que les léopards » (Habaquq 1.8 Bible en français courant). Par ces comparaisons, le prophète arrive à exprimer des notions très fortes. Par exemple, pour décrire la cruauté du peuple babylonien, il dit : Il construit une ville sur le sang, il fonde une cité sur le crime ! (Habaquq 2.12).

8.5 La répétition

Il y a beaucoup de répétitions dans la littérature hébraïque en général, et encore plus dans les textes poétiques comme Habaquq. La répétition des mots peut créer un certain rythme ou souligner certains thèmes. Dans ce livre, la situation catastrophique en Israël est évoquée par la répétition des termes clés suivants :
• la violence (חָמָס hâmâs) : Habaquq 1.2, Habaquq 1.3, Habaquq 1.9 ; Habaquq 2.8, Habaquq 2.17
• le méchant (רָשָׁע râšâʿ) : Habaquq 1.4, Habaquq 1.13 ; Habaquq 3.13
• malheur (הוֹי hôy) : Habaquq 2.6, Habaquq 2.9, Habaquq 2.12, Habaquq 2.15, Habaquq 2.19

En contraste, d’autres mots clés expriment des valeurs positives qui manquent dans le pays :

• le juste (צַדִּיק çaddîq) : Habaquq 1.4, Habaquq 1.13 ; Habaquq 2.4
• le droit (מִשְׁפָּט mišepâṭ) : Habaquq 1.4, Habaquq 1.7, Habaquq 1.12

Dans ce livre, il y a aussi des refrains, des lignes répétitives qui soulignent les raisons de la punition de Dieu. Par exemple une série de trois lignes apparaît à deux endroits, fonctionnant comme un refrain :

à cause du sang humain,
à cause de la violence faite au pays,
à la cité et à tous les habitants… (Habaquq 2.8, Habaquq 2.17 Traduction œcuménique de la Bible)

Les traducteurs devraient examiner s’il convient, dans leur langue, de reproduire ou non cette répétition.

8.6 Les paires des mots

Il s’agit de mots qui apparaissent en parallèle dans le même verset, l’un faisant appel à l’autre. Certaines paires sont des synonymes qui renforcent le message, tandis que d’autres ont des valeurs opposées. Dans le livre d’Habaquq, ces paires sont très nombreuses :

• juste – méchant (Habaquq 1.4)
• loi – droit (Habaquq 1.4)
• rois – princes (Habaquq 1.10)
• ciel – terre (Habaquq 3.3)
• soleil – lune (Habaquq 3.11)

8.7 Rapprochements de sons et jeux de mots

Dans la poésie hébraïque, il y a souvent des répétitions de sons, soit de consonnes, soit de voyelles, créant certains effets. Par exemple, en Habaquq 1.17, il y a une suite de sons ה h, מ m et ר r, qui semblent évoquer la forte émotion du prophète.

Quant aux jeux de mots, il s’agit de mots qui se ressemblent et qui sont associés dans un texte. Par exemple en Habaquq 1.4, le verbe « sortir », יֵצֵא yéçé’, (Traduction œcuménique de la Bible voir le jour et venir au jour) figure deux fois et sonne un peu comme le mot « jamais » (נֵצַח nèçaḥ). En hébreu, de tels jeux de mots ne visent pas à faire rire, comme dans certaines langues, mais servent à souligner des vérités importantes.

8.8 Strophes

Dans la poésie, le texte est généralement divisé en strophes, des unités littéraires qui correspondent à peu près aux paragraphes dans la prose. Les traducteurs peuvent s’inspirer des strophes proposées dans différentes versions, mais finalement c’est la langue cible qui doit dicter ces divisions. En principe, il vaut mieux définir les strophes avant d’entamer la traduction, mais dans certains cas, la traduction peut être faite d’abord, puis lue à haute voix, pour déterminer où il faut placer une coupure entre deux strophes.

9. Les noms de Dieu dans le livre d’Habaquq

Dans ce livre, il y a plusieurs noms de Dieu, dont le plus fréquent est son nom personnel, יהוה YHWH, le SEIGNEUR. Celui-ci apparaît treize fois, souvent au vocatif, au début ou à l’intérieur d’un discours (Habaquq 1.2, Habaquq 1.12 [2x] ; Habaquq 2.2, Habaquq 2.13, Habaquq 2.14, Habaquq 2.16, Habaquq 2.20 ; Habaquq 3.2 [2x], Habaquq 3.8, Habaquq 3.18, Habaquq 3.19). Mais il y a aussi beaucoup d’autres noms génériques :

• אֱלֹהִים ʾèlôhîm, le nom général pour Dieu (Habaquq 3.18) ; voir aussi Mon Dieu (Habaquq 1.12)
• אֱלוֹהַּ ʾèlôah, un terme apparenté et peut-être plus ancien qu’אֱלֹהִים ʾèlôhîm (Habaquq 3.3)
• אֲדֹנָי ʾadônây, un titre, Seigneur (Habaquq 3.19)

ainsi que d’autres appellations :

• Mon Saint, Le Saint (קָדוֹשׁ qâdôš : Habaquq 1.12 ; Habaquq 3.3)
• Rocher (צוּר çoûr : Habaquq 1.12)

On trouve aussi le nom composé le SEIGNEUR, le tout-puissant (יהוה צְבָאוֹת YHWH çevâ’ot : Habaquq 2.13 Traduction œcuménique de la Bible).

9.1 יהוה YHWH

יהוה YHWH, le nom propre du Dieu d’Israël, est rendu dans la Traduction œcuménique de la Bible, la Nouvelle Bible Segond, et la Parole de Vie par SEIGNEUR, et dans la Bible en français courant par « Seigneur ». La NVS et le Semeur disent, « Éternel ». On n’est pas sûr de la prononciation de ce nom, car l’hébreu ancien ne notait que les consonnes. Les spécialistes proposent habituellement « Yahwéh » ou « Yahvé » (Bible de Jérusalem, Osty-Trinquet).

Ce nom est tellement révéré et doté de puissance que, déjà bien avant l’ère chrétienne, les Juifs évitaient de le prononcer. Jusqu’à nos jours, lorsqu’ils lisent les Écritures Saintes à haute voix, les Juifs remplacent ce nom par le titre hébreu אֲדֹנָי ʾadônây, « Seigneur ». Conformément à cette tradition, l’ancienne version grecque, la Septante (Septante), a rendu les deux termes יהוה YHWH et אֲדֹנָי ʾadônây par le même mot grec, κύριος kurios (« Seigneur »). Chouraqui translittère IHVH mais écrit le mot אֲדֹנָי adônây au-dessus de cette forme, pour guider celui qui lit à haute voix.

Ce nom personnel pose problème pour les traducteurs. Certains choisissent de le translittérer (Bible de Jérusalem et Osty-Trinquet), mais cette façon d’introduire un nom ou une entité inconnu dans la culture cible n’est pas toujours facile. De plus, dans certaines langues, un mot comme yawe peut avoir une signification quelconque : il existe, par exemple, une langue africaine dans laquelle ce mot signifie « oignon » ! Pour ces raisons, la translittération, acceptée dans certaines langues, n’est pas toujours la meilleure solution.

Chez certaines ethnies, il existe un nom de louange ou un nom personnel pour Dieu, lequel peut être utilisé. Parfois il s’agit d’une expression comme « celui qui est depuis toujours », « celui qui dure ». D’autres fois, on crée un nom, comme « L’Éternel » en français, un nom qui apparaît d’abord dans la littérature profane aux 16e et 17e siècles, et ensuite, dans les Bibles d’Ostervald (1724) et de Louis Segond (1870-1875). Mais l’inconvénient de cette solution, c’est que, malgré toutes les recherches, personne n’est sûr du sens du nom personnel יהוה YHWH.

Les traducteurs devraient d’abord décider s’ils veulent distinguer les deux noms יהוה YHWH et אֲדֹנָי ʾadônây et, si oui, comment ils vont le faire. Les versions françaises ont de plus en plus tendance à les distinguer uniquement par la typographie. Dans les versions Traduction œcuménique de la Bible, Parole de Vie et Nouvelle Bible Segond, par exemple, « SEIGNEUR » traduit יהוה YHWH, et « Seigneur » אֲדֹנָי ʾadônây.

Il n’y a qu’une seule occurrence du nom Seigneur (אֲדֹנָי ʾadônây) dans le livre d’Habaquq, en Habaquq 3.19. Il fait partie là d’un nom composé, fonctionnant comme un vocatif : יהוה אֲדֹנָי YHWH ʾadônây. Puisqu’on ne peut en aucun cas dire « SEIGNEUR Seigneur », beaucoup rendent cette expression par « DIEU, le Seigneur » (Nouvelle Bible Segond) ou « le Seigneur DIEU » (Parole de Vie).

9.2 אֱלֹהִים ʾèlôhîm – אֱלוֹהַּ ʾèlôah

Le mot אֱלֹהִים ʾèlôhîm est une forme de pluriel qui se réfère soit au Dieu unique (Habaquq 1.12), soit à d’autres dieux (Habaquq 1.11). Souvent les langues ont un nom générique pour le Dieu créateur, nom qui pourra servir à traduire ces deux noms hébreux. Dans certaines langues, un tel nom signifie « En haut » ou « Le Ciel ». Dans d’autres, un mot apparenté au nom « Allah » est le seul mot existant pour désigner Dieu. Alors un nom comme Ala sera utilisé.

Pour le sens pluriel de אֱלֹהִים ʾèlôhîm, c’est-à-dire une référence à d’autres dieux (une lecture possible de Habaquq 1.11), les traducteurs ont souvent recours à des expressions comme « choses adorées », « idoles » ou parfois « fétiches ». Il faudrait éviter d’utiliser la solution de beaucoup de langues européennes qui consiste à distinguer Dieu et dieu(x) par l’initiale majuscule et minuscule.

La forme אֱלוֹהַּ ʾèlôah (Habaquq 3.3) est beaucoup plus rare et peut-être plus ancienne que la forme אֱלֹהִים ʾèlôhîm. Elle apparaît le plus souvent dans les textes poétiques où elle est parfois translittérée (Bible de Jérusalem). Cependant, dans la majorité des versions, les termes אֱלֹהִים ʾèlôhîm et אֱלוֹהַּ ʾèlôah sont rendus par le même mot.

9.3 Les autres noms

Parmi les autres noms pour Dieu qui figurent dans le livre d’Habaquq, on trouve Rocher, Mon Saint, et SEIGNEUR, le tout-puissant.

• Rocher est un nom fréquent dans les Psaumes, suggérant l’idée de la protection de Dieu. C’est derrière les rochers et dans les montagnes que les Israélites se cachaient de leurs ennemis. Cette idée de protection et de sécurité semblent plus en vue que celle de stabilité ou de fermeté. Dans la majorité des langues, ce nom figuré est bien compris. Mais s’il a une connotation négative ou s’il risque d’être mal compris, on pourra parler de « refuge », « protection » ou « celui sur lequel je m’appuie ».
• Mon Saint est une appellation unique dans l’Ancien Testament. Pour la notion de « sainteté », voir le commentaire de Habaquq 1.12. Dans certaines langues, la tournure mon Dieu, mon Saint devra être rendue par des expressions telles que « mon Dieu, le Saint » ou « mon Dieu, tu es saint ».
• SEIGNEUR, le tout-puissant est parfois rendu littéralement par « Seigneur des armées » (Bible de Machaira), « Yahvé des armées » (Osty-Trinquet), ou translittéré Yahvé Sabaot (Bible de Jérusalem). Bien que le sens militaire ne soit pas certain, c’est un titre parfois utilisé dans les contextes de guerre. Mais beaucoup de biblistes y voient plutôt « le Maître des armées célestes », c’est-à-dire des étoiles et de la lune. Cette interprétation a conduit certains traducteurs à proposer la tournure « Seigneur de l’univers » (Bible en français courant, Parole de Vie, Traduction œcuménique de la Bible version 2010).

Les traducteurs doivent étudier avec soin les noms de Dieu dans ce livre pour arriver à des traductions fidèles, naturelles, et cohérentes. Le choix de chaque terme doit aussi être conforme à ceux faits pour le reste de l’AT.

10. Titre du livre et sous-titres

Comme cela a déjà été dit plus haut, on ne sait pas qui a mis par écrit le texte de ce livre : Habaquq lui-même ou ses disciples ? Pourtant, le message provient certainement d’Habaquq. On pourra donc dire, « Livre du (prophète) Habaquq » ou « Paroles / Message du prophète Habaquq ». Mais les traducteurs veilleront à ce que la formulation dans la langue cible ne signifie pas « Paroles / Livre concernant Habaquq », comme c’est le cas, par exemple, pour le « Livre de Josué » ou le « Livre de Ruth ». On pourra aussi employer un titre plus bref, tout simplement « Habaquq ».

Les sous-titres doivent figurer en tête des sections. Il est important qu’ils soient courts et placés au bon endroit. Dans certaines langues, une tournure comportant un verbe, par exemple « Dieu répond à Habaquq » conviendra mieux qu’une forme nominale (« La réponse de Dieu »). Les traducteurs peuvent s’inspirer des sous-titres de la Traduction œcuménique de la Bible ou de la Bible en français courant, mais ne doivent pas se contenter de traduire ceux-ci. Il faut chercher des titres attrayants qui résument bien le contenu.

La Bible de Jérusalem insère des grands titres à certains endroits. Par exemple, au début de la section Habaquq 1.2–2.6a, on trouve « 1. Dialogue entre le prophète et son Dieu », avant le sous-titre. Dans certaines langues, de tels grands titres peuvent aider le lecteur à mieux comprendre les thèmes et la structure du livre, mais dans d’autres, ils surchargent le page. Les traducteurs devraient adopter un seul style et format pour toute la Bible. Dans la majorité des cas, il vaut mieux se contenter des sous-titres traditionnels.

11. Introduction au livre

Les introductions sont une partie importante de toute Bible publiée, car elles aident le lecteur à mieux comprendre le contenu et la structure du livre abordé. Une introduction doit aussi attirer le lecteur et lui présenter des caractéristiques particulières du livre en question. Pour le livre d’Habaquq on peut inclure des explications historiques, un plan du livre, et un résumé des thèmes. On pourra ajouter que certains écrivains (y compris l’apôtre Paul) citent souvent l’un des versets clé de ce livre (Habaquq 2.4). De nos jours les gens continuent à évoquer l’exemple de foi d’Habaquq, ce prophète qui a osé demander des comptes à Dieu.

Bibliographie

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Clark, David J., and Mundhenk, N., A Translator’s Handbook on the books of Obadiah and Micah. New York : United Bible Societies, 1982 – Adaptation française de René Péter-Contesse : Manuel de traduction pour les livres d’Abdias et de Michée. Stuttgart : Alliance biblique universelle, 1988.
Deissler, A., Sophonie, dans : la Sainte Bible, Vol. 8,1ère partie, Paris : Letouzey & Ané, 1964.
Delcor, M., Nahum, Habacuc, dans : la Sainte Bible, Vol. 8,1ère partie, Paris : Letouzey & Ané, 1964.
Driver, S. R., The Minor Prophets, Nahum, Habacuc, Zephania, Haggai, Zechariah, Malachi (The Century Bible), Edinburgh : T. C. & E. C. Jack, 1906.
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Vischer, W., Le prophète Habaquq, Genève : Éditions Labor et Fides, 1959.
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Watts, J. D. W., The Books of Joel, Obadiah, Jonah, Nahum, Habacuc and Zephaniah (Cambridge Bible Commentary), Cambridge : Cambridge University Press, 1975.

Source: Ellington, John; Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. Habaquq – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2013.

Introduction au commentaire de traduction de Jonas

Introduction

Que ce soit parmi les biblistes ou parmi les lecteurs laïcs, le livre de Jonas suscite beaucoup de questions et de discussions, voire même des débats assez houleux :
• Jonas a-t-il réellement existé et a-t-il réellement été avalé par un gros poisson ? S’agit-il d’un récit historique ou d’un conte folklorique ?
• Quel est le but de ce livre ? Quel a été son message théologique pour le peuple d’Israël et quel est son message pour nous aujourd’hui ?
• Quel est le ton du livre ? Est-ce solennel ou ironique ? Le livre doit-il nous faire rire ou pleurer ?

Ce commentaire ne prétend pas répondre d’une manière définitive à ces questions, mais se penchera surtout sur des sujets pertinents pour la traduction. Pour bien traduire un texte biblique ou un autre genre de texte, il faudra :
• tenir compte de son but,
• identifier ses thèmes principaux,
• étudier son langage, ses leitmotivs, et ses procédés littéraires.

Nous demandons aux utilisateurs de ce commentaire de venir à ce texte–si possible–sans préjugés préalables. En étudiant son contenu et son style, chacun peut en venir à ses propres conclusions.

Lorsque ce livre est prêché ou enseigné, beaucoup se focalise sur Jonas dans le ventre du poisson et le miracle de sa délivrance. Mais ceci ne constitue qu’un petit élément parmi beaucoup dans ce récit si riche. Les utilisateurs de ce commentaire sont invités à savourer cette histoire et à travers elle et à découvrir ses vérités multiples concernant Yahweh, le Dieu d’Israël, ses plans et ses désirs pour l’humanité en général, et pour ses « serviteurs ».

Au sein de l’Ancien Testament, le livre de Jonas se trouve rangé parmi les Petits Prophètes entre Abdias et Michée, mais il diffère beaucoup des autres livres dans ce recueil par son contenu et par son genre littéraire. Dans la majorité des Petits Prophètes, les récits narratifs sont très sommaires, avec la majorité du texte composée des oracles du Seigneur sous forme poétique. Mais dans le livre de Jonas, c’est l’inverse : il s’agit principalement d’un récit narratif, avec quelques vers en poésie (Jonas 2.3) et seulement cinq mots de proclamation prophétique (Jonas 3.4) ! Néanmoins comme d’autres livres prophétiques adressés à la communauté juive, ce livre communique des vérités importantes pour Israël.

Date de rédaction et auteur du livre

Au début de la majorité des livres prophétiques, il y a presque toujours mention d’un roi ou d’un événement qui situe l’activité du prophète, comme on le voit, par exemple, dans les premiers mots des livres de Jérémie, Osée, Amos, Michée, Sophonie, etc. Par contre, dans le livre de Jonas, il n’y a aucune indication chronologique. Il est alors presque impossible de donner une date exacte pour sa rédaction. Les biblistes proposent des dates allant de la période préexilique jusqu’à la période postexilique, c’est-à-dire, du 8e au 2e siècle av. J.-C.

Bien que certains biblistes proposent une rédaction non tardive, avec le Royaume du Nord comme lieu de composition, la majorité des experts situent la rédaction de ce livre dans la période postexilique. S.R. Driver pense que « la pensée et le contenu général du livre… présupposent l’enseignement des grands prophètes. » On note aussi des bribes des psaumes qui paraissent dans la prière de Jonas en Jonas 2.3. D’autres citent la présence de certains mots ou expressions d’origine araméenne comme preuve de sa date tardive.

Cependant on ne peut pas nier les caractéristiques typiques des traditions orales hébraïques dans ce livre, telles que la répétition et l’hyperbole. Il est fort possible que l’histoire existait d’abord sous forme orale avant d’être rédigée par écrit. Il faudrait aussi noter que contrairement à certains livres prophétiques, rien n’indique que Jonas a rédigé ce livre. Tout au long du récit, le narrateur reste anonyme.

Les questions concernant l’auteur et les circonstances de la rédaction, bien que passionnantes, ne seront pas résolues ici. Ceci dit, elles n’auront aucune incidence sur la traduction du livre.

Le contexte historique et géographique

Ce récit présente Jonas en train de proclamer la Parole du Seigneur dans la ville de Ninive, la plus grande ville de l’empire assyrien. En effet Israël était sous le contrôle des Assyriens de 722 à 612 av. J.-C., date à laquelle la ville de Ninive a été détruite.

D’un point de vue géographique, la scène du drame est très vaste : Jonas reçoit d’abord l’ordre d’aller proclamer la destruction de Ninive lorsqu’il est en Israël. Puis il fuit, dans le sens inverse, à Tarsis (s’agit-il de la ville de Tartessos ?), considéré par la majorité des experts comme un port de la côte sud-ouest de l’Espagne.

Ninive

Pendant une longue période, les Assyriens étaient le peuple le plus puissant du Proche-Orient. Connus pour leur violence et cruauté, ils sont des ennemis du peuple de Dieu. Leur plus grande ville Ninive se trouvait sur la rive est du Tigre, non loin de Mossoul en Iraq actuel. Au carrefour des grandes routes et entourée de murs immenses construits en briques épaisses, la ville mesurait 12 km de longueur. Celle-ci est déjà mentionnée en Genèse (10.11,12), et plus tard fait l’objet de déclarations accablantes de la part des prophètes Nahoum, Sophonie, et Habaquq.

Le livre de Jonas nous montre comment Yahweh, Dieu d’Israël, épargne cette grande ville. Mais comme l’annonce le prophète Nahoum au 7e siècle av. J.-C. dans sa proclamation contre celle-ci (Nah 1.3) :
Certes, le SEIGNEUR est lent à la colère et d’une grande puissance,
mais le SEIGNEUR ne laisse rien passer.

En effet, selon cette prophétie, la ville de Ninive finit par tomber. Les Assyriens sont enfin défaits par l’attaque combinée des Mèdes et des Babyloniens contre la ville en 612.

Ninive était aussi un centre commercial d’une grande prospérité. C’est pourquoi elle est appelée dans ce livre la grande ville. En effet elle était grande en surface et en renommée. L’adjectif grande figure 14 fois dans ce petit livre et sert de leitmotiv. Sa répétition soulignerait peut-être le grand défi lancé à un seul individu d’aller proclamer la Parole du Seigneur dans un endroit si grand et menaçant. Ou le mot sera-t-il en train de montrer la puissance de Dieu, qui, avec quelques mots, peut amener une ville avec une si grande population, à la repentance ?

Qui est Jonas ?

Le nom Jonas ne figure qu’une fois ailleurs dans l’AT en 2 Rois 14.25-27, où il est présenté comme qualifié de fils d’Amittaï, de la ville de Gath-Héfèr, à environ 5 kilomètres au nord-est de Nazareth. Prophète et serviteur de Yahweh, il pourrait s’agir de la même personne dans ce livre. Le prophète mentionné en 2 Rois prophétisait sous le règne du Roi Jéroboam II (793-753 av. J.-C.). Ainsi le prophète Jonas pourrait être contemporain de deux autres prophètes : Amos et Osée.

En hébreu le nom יוֹנָה Yônâh, Jonas, veut dire « pigeon » ou « colombe ». Bien que dans certains contextes cet oiseau ait une connotation positive (Cantique des Cantiques et ailleurs dans le NT, Matt 3.16 ; Marc 1.10 ; Luc 3.22 ; Jean 1.32), certains prétendent que les Juifs méprisaient cet oiseau, considéré comme peu intelligent. Par exemple, en Osée 7.11, Ephraïm est comparé à une colombe « naïve et sans cervelle ». Osée, contemporain apparent de Jonas, décrit aussi le peuple d’Israël comme une « colombe qui tremble ». Si cette connotation s’applique ici, l’utilisation du ce nom ajoutera à l’ironie du texte.

D’autres notent que le nom du père de Jonas Amittaï ressemble au mot hébreu אֶמֶת ʾèmèt, « fidélité ». Si cette proposition est adoptée, son nom serait symboliquement « colombe de fidélité », qui serait compris au sens ironique. Si ce fait est mentionné, oui ou non, dans l’introduction, les détails du récit révèlent assez clairement les différents aspects « infidèles » de la personnalité de Jonas.

Les termes « prophète », « prophétie », et « prophétiser » ne figurent pas dans le livre de Jonas, mais le premier verset suggère clairement que Jonas est un prophète, car la parole du SEIGNEUR lui est adressée. Le passage en 2 Rois confirme ce point de vue.

La structure du livre

Le livre de Jonas présente une structure hébraïque classique. Il démontre le penchant très poussé dans la littérature juive pour l’équilibre et la complémentarité. Il est facile de voir que le livre se divise en deux grandes parties complémentaires : chapitres 1–2 et chapitres 3–4.

Cette division se marque par l’expression וַיְהִי wayehî, « et c’était la parole de YHWH à Jonas » (Jonas 1.1 ; Jonas 3.1). Dans les deux parties, le Seigneur donne un ordre à Jonas. Dans la première section, Jonas refuse d’exécuter cet ordre, mais dans la deuxième partie, il finit par faire ce que Dieu demande.

Ces deux sections ont plusieurs autres points en commun. D’abord les participants principaux sont similaires : Yahweh et son prophète sont les personnages majeurs, et les participants secondaires sont des païens ou non-Juifs. En fait à travers tout le livre, Jonas n’est associé à aucun autre Israélite. Dans la première partie, il s’agit des marins et leur chef (leur capitaine), et dans la deuxième partie, ce sont les Ninivites et leur chef (leur roi).

Les deux parties montrent une même structure, commençant par un récit narratif des événements, suivi d’un « échange » entre Yahweh et son prophète. Dans la première partie, l’échange se présente sous forme d’une prière que Jonas adresse à Dieu (Jonas 2.3). Dans la deuxième partie, après une brève prière, il y a un dialogue entre Yahweh et Jonas.

Certains thèmes sont aussi récurrents : dans les deux parties, la mort est évoquée d’abord lorsque Jonas dit aux marins de le jeter dans la mer (Jonas 1.12), et deuxièmement, lorsque, déprimé, il demande à Dieu de lui enlever la vie (Jonas 4.3). Une autre similarité est le fait que dans les deux cas, les païens sont tout de suite prêts à se tourner vers le Dieu d’Israël et de se repentir. D’ailleurs les marins et les Ninivites semblent exagérer leurs actes de repentance : dans le premier cas, sacrifiant des sacrifices et faisant des vœux (Jonas 1.16), et dans le second, allant jusqu’au jeûne et l’habillement des animaux en habits de deuil (Jonas 3.8) ! Par contre, le grand contraste qui se fait entre les deux parties, c’est qu’à la fin de la première partie, Jonas cherche à communier avec Dieu, tandis qu’à la fin de la deuxième partie, il proteste contre lui.

L’autre aspect frappant est la similarité des faits ironiques racontés dans chaque partie. Dans les deux parties, Jonas ne semble pas du tout préoccupé par le salut des païens ! Ceux-ci se tournent rapidement et sans hésitation vers le Dieu d’Israël, tandis que Jonas se montre toujours récalcitrant par rapport aux plans de Dieu. Dans la deuxième partie, la situation est encore plus grave et accentuée, car lorsqu’enfin les Ninivites se repentent (le but présumé mais non élucidé depuis Jonas 1.1), au lieu d’être content, Jonas se fâche (Jonas 4.1) !

La complémentarité entre ces deux parties du livre est frappante et les contrastes nous aident même à bien comprendre les différents messages communiqués à travers ce texte.

Les autres sous-divisions du texte seront présentées au fur et à mesure sous chaque section.

Style et langage

Le livre de Jonas partage beaucoup de caractéristiques des autres narratifs bibliques. Le langage est clair, le dialogue vif, et la narration directe et simple. Mais cette simplicité est trompeuse, car ce livre est d’une qualité littéraire exceptionnelle, combinant de nombreux procédés stylistiques exprimant à la fois des vérités théologiques profondes ainsi qu’un humour et une ironie très forts. Déjà pour les exégètes, ce livre est énigmatique, présentant une combinaison de faits censés être historiques, mais « servis » sur un fond et avec un langage presque folklorique. Certains le décrivent, en fait, comme une « tragi-comédie ».

La caractéristique la plus marquante du livre est certainement la répétition. À travers le livre, surtout de nombreux verbes et adjectifs sont répétés, à savoir les verbes :
קום qwm, « se lever » (6x : Jonas 1.2, Jonas 1.3, Jonas 1.6 ; Jonas 3.2, Jonas 3.3, Jonas 3.6)
קרא qrʾ, « appeler » (8x : Jonas 1.2, Jonas 1.6, Jonas 1.14 ; Jonas 2.3 ; Jonas 3.2, Jonas 3.4, Jonas 3.5, Jonas 3.8)
ירד yrd, « descendre » (4x : Jonas 1.3, x2 ; Jonas 1.5 ; Jonas 2.7) et עלה ʿlh « monter » (4x : Jonas 1.2 ; Jonas 2.7 ; Jonas 4.6, Jonas 4.7)
ידע ydʿ, « savoir » (6x : Jonas 1.7, Jonas 1.20, Jonas 1.12 ; Jonas 3.9 ; Jonas 4.2, Jonas 4.11),
טול ṭwl « expédier, jeter » (4x : Jonas 1.4, Jonas 1.5, Jonas 1.12, Jonas 1.15),
שׁוב šwv, « revenir » (Jonas 1.13 ; Jonas 3.8, Jonas 3.9, Jonas 3.10)
מנה mnh, « dépêcher » (4x : Jonas 2.1 ; Jonas 4.6, Jonas 4.7, Jonas 4.8)

Et d’autres encore, avec l’adjectif :
גָּדוֹל gâdôl, « grand » (14x : Jonas 1.2, Jonas 1.4 x2 ; Jonas 1.10, Jonas 1.12, Jonas 1.16 ; Jonas 2.1 ; Jonas 3.2, Jonas 3.3, Jonas 3.5, Jonas 3.7 ; Jonas 4.1, Jonas 4.6, Jonas 4.11)

Et le nom :
רָעָה râʿâh « mal » (7x : Jonas 1.2, Jonas 1.7, Jonas 1.8 ; Jonas 3.10 ; Jonas 4.1, Jonas 4.2, Jonas 4.6).

En fait depuis le début du livre, le narrateur est constamment en train de jouer avec des racines polysémiques. Il utilise des constructions emphatiques, surtout celle appelée « construction double » qui associe un verbe à un nom de la même racine, pour attirer l’attention de l’audience. Ainsi les marins « sacrifient un sacrifice et vouent un vœu », et pour Jonas « cela lui faisait mal un grand mal » (Jonas 4.1), puis il « se réjouit une grande joie » (Jonas 4.6). Dans certaines parties du livre, il y a répétition du même mot trois fois, comme en Jonas 1.7 où le verbe נפל nfl, « tomber » figure trois fois avec le mot גּוֹרָל gôrâl, sort.

Comme procédure stylistique, la répétition peut avoir plusieurs fonctions au sein d’un seul livre, et c’est le cas dans le livre de Jonas. Elle peut en effet démarquer des structures, par exemple lorsque la répétition des mots du début du livre en Jonas 3.1 coupe, pour ainsi dire, le livre en deux. La répétition peut aussi donner une certaine cohérence au texte et sert parfois à souligner un thème. Mais dans ce livre, très souvent la répétition sert à exprimer l’humour, la moquerie ou l’ironie. Lu sous cet angle, le livre fait rire, ce que certains biblistes voient comme l’un des objectifs de l’auteur. En même temps l’utilisation de la répétition dans ce livre démontre une habilité littéraire considérable, ce qui explique la grande popularité de ce petit livre.

Concernant la traduction des mots répétés, très nombreux dans ce livre, la question sera abordée au fur et à mesure que ces mots paraissent dans le texte. En effet, le traducteur peut reproduire la répétition d’une manière littérale ou adopter un style qui conviendra mieux dans sa langue. Certaines langues apprécient la répétition, et d’autres, moins. Dans tous les cas, le traducteur doit s’assurer que le sens et le ton des différents passages sont fidèles au texte et bien exprimés.

Il y a aussi de nombreux jeux de mots dans ce livre, par exemple, entre les racines עלה ʿlh, « monter » (Jonas 1.2 ; Jonas 2.7 ; Jonas 4.6, Jonas 4.7) ירד yrd, « descendre » (Jonas 1.3 [2x],5 ; Jonas 2.7), ainsi que des jeux de sons. Quand le bateau est sur le point de se briser, par exemple, la répétition des consonnes fricatives ḥ, š, h et la suite des voyelles i… a évoquent l’événement : חִשְּׁבָה לְהִשָּׁבֵר ḥišševâh lehiššâvér, litt. « il pensait (était sur le point de) se briser » (Jonas 1.4). Wendland aussi démontre comment la répétition de certains sons lie des sections, par exemple (Jonas 3.10– Jonas 4.1) :
• Dieu vit (וַיַּרְא wayyarʾ) leur réaction : ils revenaient de leur mauvais (הָרָעָה hâ-râʿâh) chemin. Aussi revint-il sur sa décision de leur faire le mal (הָרָעָה hâ-râʿâh) qu’il avait annoncé. Il ne le fit pas.
• Jonas le prit mal (וַיֵּרַע wayyéraʿ), très mal (רָעָה râʿâh), et il se fâcha (וַיִּחַר wayyiḥar).

Dans la prière de Jonas (Jonas 2.3), on est aussi frappé par le nombre de syllabes se terminant par la voyelle i, créant presque des rimes, qui soulignent comment Jonas se focalise toujours sur sa propre personne : « j’ai crié… et il m’a répondu » (קָרָאתִי… וַיַּעֲנֵנִי qârâʾtî… wayyaʿanénî, Jonas 2.3). D’autres sortes de jeux de mots sont aussi évidents, par exemple, lorsque Dieu demande à Jonas de « se lever », il se lève pour « descendre » (Jonas 1.2, Jonas 1.3) ! Dans la conversion de Ninive (Jonas 3.9), le verbe clé שוב šwv est utilisé de deux manières contrastives, l’une, lorsque les Ninivites « se convertissent », et l’autre, lorsque Dieu « reviendra » sur sa décision. Bien sûr, il sera difficile de toujours rendre ces différents jeux de mots dans la traduction, mais il est important pour les traducteurs de considérer le rôle qu’ils jouent dans le texte et voir s’ils peuvent bien rendre le ton de ces différents passages.

La section poétique

Le livre connaît une seule section poétique : Jonas 2.3, qui semble être tirée de plusieurs psaumes. Ce genre littéraire est utilisé exprès pour exprimer l’intense émotion de Jonas lorsqu’il est proche de la mort. Les traducteurs devraient essayer de rendre la beauté et l’intensité de ces vers. L’interruption du narratif par ce chant ne posera aucun problème dans beaucoup de langues. En effet, dans certaines cultures orales (surtout en Afrique), des récits narratifs sont fréquemment interrompus par des chants. S’ils ne l’ont pas encore fait, les traducteurs devraient étudier les chants de genres similaires dans leur langue (expression de détresse, supplication, et remerciement). Ceci les aidera à mieux communiquer la beauté de l’hébreu à travers des procédés stylistiques de leur langue.

Le plus grand trait de la poésie hébraïque est le parallélisme, où la structure et/ou le sens des deux ou de plusieurs vers sont similaires ou complémentaires. Ce texte en Jonas n’a pas beaucoup de parallélismes du type classique. Néanmoins, le poète exprime des idées similaires de manière légèrement différente, comme en Jonas 2.6, où le verbe « environner » correspond au verbe « encercler », et le mot « gorge » au mot « tête », et ainsi de suite :
elles m’environnaient les eaux jusqu’à la gorge
l’abîme m’encerclait les algues s’attachant à ma tête

Les traducteurs ne doivent jamais négliger l’aspect poétique du texte, car l’emploi de ce langage imagé répond à plusieurs objectifs : embellir le texte pour le rendre vivant, mettre en relief une idée de façon percutante, et provoquer une réaction de la part de celui qui l’écoute ou le lit. Comme dans beaucoup de Psaumes, dans le poème de Jonas, l’idée de détresse donne place à la confiance en Dieu et cette confiance, à la louange.

Que ce soit les parties narratives ou poétiques, la traduction devrait être naturelle, compréhensible et exacte, en reproduisant, si possible, la même charge émotionnelle et le même ton que l’hébreu.

Noms de Dieu

Dans le livre de Jonas, Yahweh est un personnage principal. Les premiers et derniers mots lui sont attribués. Dans l’espace de quatre chapitres, son nom personnel est attesté 26 fois, et sur 48 versets il y a 39 références à Dieu (Wendland).

Quant à la traduction du nom personnel, ce nom pose beaucoup de problèmes pour les traducteurs, car ni son sens ni sa prononciation n’est sûr. En hébreu, « Yahvé », est écrit au moyen de quatre consonnes יהוה YHWH, car en hébreu ancien, on ne marquait pas de voyelles. Cependant, la majorité des biblistes pensent que la prononciation est Yahwéh. Ce nom était considéré comme tellement saint que les Juifs, plusieurs siècles déjà avant l’ère chrétienne, comme les Juifs de nos jours, ne le prononcent jamais. Ils substituent plutôt le mot אֲדֹנָי ʾadônây, « Seigneur ».

Rendre le nom personnel de Dieu est un défi dans presque toutes les langues du monde. Certaines utilisent un nom déjà existant qui est lié au Dieu Créateur. D’autres sont amenés à créer un mot, comme Louis Segond qui a opté pour « L’Éternel ». D’autres encore adoptent certaines conventions, écrivant SEIGNEUR en lettres majuscules lorsqu’il s’agit de Yahweh, par opposition au nom, « Seigneur » (« Maître », « Propriétaire »). Le choix de ce nom est très important et de telles décisions devraient se faire en communauté, car elles affectent la traduction de toute la Bible et la manière dont elle sera reçue et utilisée.

L’autre nom pour Dieu dans ce livre est אֱלֹהִים ʾèlôhîm, un nom au pluriel en hébreu mais qui sert de nom générique pour le Dieu unique à travers l’AT. Presque toutes les langues ont un nom générique pour Dieu, parfois lié aux mots « ciel » ou « en haut », etc. Dans certaines langues, le seul nom pour Dieu est Al ou Ala, et de nombreuses traductions s’en servent.

L’un des autres grands problèmes de traduction dans ce livre est l’utilisation du mot אֱלֹהִים ʾèlôhîm pour désigner des divinités étrangères (Jonas 1.5, Jonas 1.6 ; Jonas 4.2). Dans la majorité des langues, il sera incorrect de fabriquer un nom pluriel à partir du nom de Dieu dans la langue cible. On pourrait plutôt parler de « divinités », « choses adorées », « idoles », « fétiches » ou même « génies ». Dans certains contextes dans ce livre, le mot אֱלֹהִים ʾèlôhîm renvoie à des puissances spirituelles autres que Yahweh, qui sont certainement représentées sur terre par des idoles ou des statuettes.

L’histoire de Jonas et le Nouveau Testament

Dans les Évangiles, Jésus fait référence à l’histoire de Jonas, qui est avalé par un poisson et qui y reste trois jours et trois nuits. Il s’agira d’un symbole qui préfigure la mort et la résurrection de Jésus-Christ (Matt 12.39-40 ; 16.4 ; Luc 11.29-30). Certaines équipes aiment inclure ce genre d’information dans leur introduction, surtout lorsque le livre de Jonas apparaît dans la Bible entière.

Le titre du livre

Plusieurs options s’offrent aux traducteurs pour le titre du livre. Même si, comme d’habitude, on adopte le nom traditionnel Jonas (ce qui n’est pas la forme exacte du nom en hébreu, יוֹנָה Yônâh), les traducteurs devraient d’abord translittérer ce nom de manière convenable dans leur langue. langue. La lettre « j » se transforme souvent en la lettre « z », et dans plusieurs langues, il va falloir ajouter une voyelle finale, par exemple, Zonase.

Beaucoup optent pour le titre « Le livre de Jonas », avec la particule « de » du génitif. Ce titre convient s’il a un sens large : « le livre qui parle de Jonas » ou « le livre concernant Jonas ». Il faudrait éviter des constructions qui suggèrent que Jonas aurait écrit le livre, ce qui ne semble pas le cas ici.

Jonas aujourd’hui

Même si certains voient dans le livre de Jonas une allégorie ou un conte fabuleux avec des exagérations qui font rire (des animaux en habits de deuil !), ce livre est beaucoup plus qu’un conte pour enfants. Construit avec soin (structure équilibrée, répétitions voulues), ce récit plein d’ironie et d’humour soulève des questions théologiques profondes. Yahweh est-il seulement le Dieu d’Israël ou le Dieu de tous les peuples–mêmes les plus cruels ? Dieu a-t-il le droit de décider qui il va sauver ? Jésus lui-même cite cette histoire et la foi des Ninivites en exemple contre l’incrédulité des gens de sa génération ! (Matt 12.41 ; Luc 11.32).

Aussi étrange que cela puisse être, le livre de Jonas semble presque un livre moderne. Il est d’une actualité frappante. Comme le livre de Ruth, il plaide pour une vue du monde où Dieu accueille tout le monde, Juif et non Juif, pourvu que celui-ci reconnaisse Yahweh. Le livre termine sur une question rhétorique–question sans réponse–qui nous interpelle tous. À nous de nous demander comment nous recevons les « ordres » de Dieu et comment nous regardons les autres autour de nous. Sommes-nous comme Jonas qui préfère que « chacun ait ce qu’il mérite », ou comme Dieu qui, malgré sa droiture, reste compatissant envers tous, voulant que tous parviennent au salut ?

Source: Péter-Contesse, René & Zogbo, Lynell. Jonas – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Introduction au commentaire de traduction de Joël

Introduction

Pour le lecteur moderne, le livre de Joël est un livre plein d’énigmes. Sous forme poétique, plusieurs phénomènes naturels sont décrits : l’invasion d’insectes, la sécheresse destructrice, le feu qui dévore. Mélangées à ces images figurent des références à la guerre, aux soldats, aux tueries, au vol. Comment interpréter tout ceci ? S’agit-il de faits réels, de traces d’une terrible calamité nationale en Israël ? Ou s’agit-il d’une mise en scène prophétique censée mener Israël à la repentance ? Ces événements se sont-ils déjà passés ou se réfèrent-ils, comme certains le proposent, au grand jour du SEIGNEUR qui n’est pas encore arrivé ?

Ces questions demeurent sans réponse jusqu’à nos jours. Malgré ceci, l’importance de ce livre n’a jamais été mise en question. Certaines parties du message de Joël sont citées par l’apôtre Pierre au jour de la Pentecôte (Act 2.1-21) :

Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair.
Vos fils et vos filles prophétiseront,
vos vieillards auront des songes,
vos jeunes gens auront des visions. (Joël 2.28)

Malgré les messages décourageants dans certaines parties du livre, il y a aussi des promesses merveilleuses pour le peuple de Dieu, des promesses qui continuent à nous interpeler jusqu’aujourd’hui.

L’auteur, la date et l’occasion de ce livre

Très peu de choses sont connues sur le prophète Joël : on ignore qui il était, quel rôle il jouait dans la société israélite, et pendant quelle période il vivait.

Mais le nom Joël a un sens : « Yahweh est Dieu ». C’est un nom assez fréquent dans l’Ancien Testament, étant, entre autres, le nom du fils aîné de Samuel (1 Sam 8.1) et le nom d’un descendant de Siméon (1 Chron 3.34). La seule information fournie dans le texte est que Joël est le fils de Petouël, le nom d’une personne qui ne se trouve nulle part ailleurs dans la Bible. Quant à Joël, certains le rattachent au temple de Jérusalem, mais rien dans le texte le confirme. Est-ce qu’il était à la fois prêtre officiant et prophète, prononçant des oracles en public ? Quel rôle y jouait-il exactement ? Les biblistes l’ignorent totalement.

En ce qui concerne la date du message de Joël, de nombreuses hypothèses ont été émises. Certains le placent sous le règne du roi Joas (835-825 av. J.-C.), d’autres, pendant la période perse et encore d’autres, dans la période postexilique, après le retour des Israélites de Babylone. En fait, le récit de l’invasion de sauterelles n’a jamais pu être lié à des faits historiques connus. Certains vont jusqu’à proposer que le message de Joël se présente exprès sans référence aux faits historiques, pour que l’application de sa prophétie reste universelle, un message pour tout peuple en tout temps.

Les thèmes majeurs du livre

Le thème dominant de ce livre est sans aucun doute « le jour de YHWH », le jour du SEIGNEUR (Joël 1.15 ; Joël 2.1, Joël 2.11 ; Joël 3.4 ; Joël 4.14). Ce jour est décrit dans la première partie du livre à l’aide de métaphores très fortes :

• l’invasion d’une « armée » de criquets détruisant toutes les récoltes.
• la sécheresse qui anéantit tout signe de prospérité en Israël : blé, figuiers, palmiers, vignes…
• le feu qui brûle tout le pays, changeant ce « jardin d’Éden » en désert dévasté.

Ainsi le jour du SEIGNEUR est un jour de ténèbres, de cataclysmes, de terribles épreuves et de souffrances épouvantables. (Joël 1.15 ; Joël 2.1, Joël 2.11 ; Joël 3.4 ; Joël 4.14).

Devant une situation désastreuse, le Seigneur passe par son prophète pour appeler son peuple à prendre conscience de son état. YHWH, le Dieu d’Israël, demande à son peuple de se lamenter et de « revenir » à lui. A côté de ces cris, YHWH s’adresse aux nations ennemies, c’est-à-dire, tous ceux qui ont attaqué et dévasté son peuple et leur pays. Par la bouche de Joël, Dieu annonce qu’il va rassembler ces nations, les juger et les condamner.

Mais dans ce contexte de dévastation et de désespoir, contre toute attente, Dieu envoie un message d’espoir : le Seigneur va restaurer son peuple. Il va lui « retourner » (hébreu : שׁוב šoûv) les biens qu’il a perdus. Et enfin, il va lui donner son esprit (רוּחַ roûaḥ), promesse d’un retour à des relations intimes avec lui.

La structure du livre

Comme les détails de la vie de Joël, la structure de ce livre reste floue. Certains voient une unité et une cohérence dans le livre entier, tandis que d’autres ne voient qu’une série d’oracles prophétiques sans lien entre eux qu’un éditeur aurait réunis autour d’un thème commun : « le jour de YHWH ».

Malgré ces différents points de vue, il y a des raisons importantes pour considérer ce livre comme un tout. D’abord il est très typique dans la poésie hébraïque de voir une transition du négatif au positif, c’est-à-dire un mouvement des lamentations aux promesses d’un « meilleur jour ». On peut aussi remarquer que l’expression, jour du SEIGNEUR, revient dans chaque chapitre et sert de leitmotiv du livre (Joël 1.14, Joël 1.15 ; Joël 2.1, Joël 2.11 ; Joël 3.4 ; Joël 4.14). Même si des oracles oraux ont été reçus à différentes époques et en différentes circonstances, on perçoit les traces d’un éditeur (ou des éditeurs), peut-être les disciples de Joël, comme un tisserand réunissant ses fils, pour présenter un message cohérent.

Bien que le livre puisse se diviser de plusieurs manières, certains proposent après le titre (Joël 1.1), trois parties :

• La destruction au pays (Joël 1.2–Joël 2.17)
• La promesse de la restauration (Joël 2.18–Joël 3.5) [Joël 2.18]
• Le jour du Seigneur (Joël 4.1) [Joël 3.1]

Ce commentaire suit le découpage en chapitres du Texte Massorétique, selon la Biblia Hebraica Stuttgartensia, éditée par l’Alliance biblique universelle. En général les versions anglaises suivent le découpage du Texte Massorétique et divisent ce livre en trois parties. Mais traditionnellement, les versions françaises préfèrent une autre division du texte, donnant quatre chapitres. Dans ce commentaire, les deux divisions sont respectées, avec la numérotation anglaise entre crochets.

Style et langage

Le style du livre de Joël est empreint de réalisme. Il est vivace, vigoureux, parfois violent et d’un sarcasme mordant. Lorsque Joël communique les oracles du Seigneur adressés aux autres nations et lorsqu’il décrit des invasions militaires humaines ou autres, le vocabulaire employé est concret et les mots s’entrechoquent comme les armes de guerre. Dans les oracles de jugement, le langage est sans pitié pour ceux qui ont commis les crimes en attaquant Juda. Les descriptions sont riches en images.

A part son titre (Joël 1.1), tout le livre est en vers poétiques. Le plus grand trait de la poésie hébraïque est, sans aucun doute, le parallélisme, dont de nombreux exemples figurent dans ce livre. Dans le parallélisme, la structure et souvent le sens des vers sont similaires ou complémentaires, par exemple :

Écoutez ceci, vous les anciens,
prêtez l’oreille, vous tous, habitants du pays. (Joël 1.2)
Devant lui est un feu dévorant
et derrière lui une flamme brulante. (Joël 2.3)

Parfois les vers parallèles sont caractérisés par l’ellipse, où certains mots restent sous-entendus, comme « forgez » dans le deuxième vers ci-dessous :

De vos hoyaux forgez des épées,
et de vos serpes… des lances. (Joël 3.10)

D’autres vers démontrent ce qu’on appelle le parallélisme ascendant, ou un élément d’une ligne est repris dans ce qui suit. En Joël 3.1 il y a un parallélisme ascendant et aussi l’ellipse :
sur cela à vos enfants… racontez
et vos enfants à leurs enfants…
et leurs enfants à une autre génération

La poésie communique l’intense émotion exprimée par le poète et les traducteurs devraient s’efforcer de rendre la beauté et l’intensité de ces vers bibliques. Pour ceci, ils peuvent étudier les chants de différents genres dans leur langue, pour savoir comment mieux communiquer les lamentations, la douleur, le sarcasme, l’ironie, ou la condamnation exprimés ici.

Les vers peuvent aussi se présenter sous forme chiastique, structure qui insiste sur l’idée communiquée. Pour revenir sur l’exemple de Joël 2.3, on y voit dans les vers en hébreu un chiasme :

CH1 Tel le jardin d’Eden
CH2 devant lui
CH2 derrière
CH1 un désert dévasté

Notons qu’en poésie, il y a beaucoup de comparaisons. Dans les vers qui suivent le passage ci-dessus (Joël 2.4), le feu est comparé à des chevaux :

Il (le feu) est semblable à des chevaux ;
comme des coursiers, ainsi courent-ils.

Il y a souvent aussi beaucoup de questions de pure forme, des questions rhétoriques, qui interpellent, condamnent ou réprimandent, par exemple,

Est-ce qu’une chose pareille
est arrivée pendant votre vie
ou pendant la vie de vos ancêtres ? (PDV.Joël 1.2 Parole de Vie)

Voir aussi Joël 1.16 ; Joël 2.11, Joël 2.14, Joël 2.17 ; Joël 3.4.

Les traducteurs ne doivent jamais négliger l’aspect poétique du texte, car l’emploi de ce langage imagé répond à plusieurs objectifs : embellir le langage pour le rendre vivant et intéressant, frapper l’esprit du destinataire, en mettant en relief une idée de façon percutante, et provoquer une réaction de sa part : surprise, indignation, désapprobation, condamnation, révolte, dégoût, horreur, ou bien, compassion, sympathie, joie, louange…

Il appartient à chaque traducteur de trouver la bonne traduction dans la langue cible. Cette traduction doit être coulante, naturelle, compréhensible, et exacte en reproduisant la même charge émotionnelle, la même tonalité que l’original.

Les Noms de Dieu

Contrairement à certains livres prophétiques, le livre de Joël contient très peu de variantes de noms de Dieu. Il s’agit de YHWH, le nom personnel du Dieu d’Israël (Joël 1.1, Joël 1.9, etc.), le nom générique, Dieu, en hébreu אֱלֹהִים ʾèlôhîm (Joël 1.13), et שַׁדָּי šaddây, « le Puissant ». Il y a aussi des combinaisons de noms, par exemple, « YHWH votre (ton, notre) Dieu » (Joël 1.14 ; Joël 2.14 ; Joël 2.27 ; Joël 4.17).

Traduire le nom personnel de Dieu est un défi dans presque chaque langue, surtout que le vrai sens du mot YHWH reste sujet à débat. Certains utilisent un nom déjà existant qui est lié au Dieu Créateur. D’autres sont amenés à créer un mot, imitant par exemple, les Français qui ont opté pour « L’Éternel ». Encore d’autres adoptent les conventions traditionnelles de plusieurs versions (et les Juifs eux-mêmes), écrivant Seigneur, en majuscules, par opposition au nom, « Seigneur » (« Maître », « Propriétaire »). Ce sont des décisions importantes qui se décideront en communauté et qui affecteront la traduction de toute la Bible. Sauf insertion de pronom, qui suivra les pratiques de la langue cible, il est important de respecter le texte en rendant fidèlement chaque nom de Dieu.

Le titre du livre

Plusieurs options s’offrent aux traducteurs comme titre du livre. D’abord les traducteurs devraient translittérer le nom de Joël de manière convenable dans leur langue. Dans certaines d’entre elles, le j cédera au z. Des consonnes doivent parfois interrompre les suites vocaliques ou des voyelles doivent être ajoutées, par exemple, Zoyeli.

Beaucoup optent pour le titre « Le livre de Joël », avec la particule « de » du génitif. Ce titre convient s’il a un sens large : « le livre qui nous vient de Joël » ou « le livre concernant le message de Joël ». Il faudrait éviter de telles constructions si le sens est « Le livre que le prophète Joël a écrit », car le texte n’affirme pas ceci. Même si le message provient de lui, il se peut que d’autres, par exemple, ses disciples, l’ont mis par écrit pendant sa vie ou même après sa mort.

Avant de traduire, il est bon de prendre le temps de lire tout le livre de Joël d’un seul trait pour s’imprégner de son style, son message et ses particularités. Au début, le texte évoque le chaos de la destruction et la guerre, effrayant le lecteur. Mais au fur et à mesure que le lecteur avance, il découvre les promesses de Dieu. Celui-ci promet de rendre justice, punir ceux qui le méritent, et restaurer ce qui a été perdu. Malgré le manque de détails sur la vie de Joël et les doutes qui planent sur l’historicité des événements racontés et la structure exacte du livre, les traducteurs devraient traduire ce texte d’une manière fidèle pour rendre ses émotions fortes et pour faire ressortir son message d’espoir.

Bibliographie

De Blois, K. et L. Dorn, A Handbook on Joel, UBS, à paraître.
Ogden, G. S. et Deutsch, R. R., A Promise of Hope – A Call to Obedience, Grand Rapids : WM. B. Eerdmans, 1987.
Romerowski, Sylvain, Les livres de Joël et d’Abdias, Vaux sur Seine : EDIFAC, 1989.
Stuart, Douglas, Word Biblical Commentary, Hosea-Jonah, Vol. 31, Waco : Word Books, 1987.
Yoliah Yilpet, « Joël » in Commentaire biblique contemporain, Croissy Beaubourg, 2008, pp. 1099-1106.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné P.; Somé, Joachim & Zogbo, Lynell. Joël – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2010.

Introduction au commentaire de traduction de Tite

Introduction

Avec les lettres à Timothée, la lettre de Paul à Tite est considérée comme l’une des épîtres pastorales. Voir l’Intro aux Pastorales. Comme ces deux autres lettres, celle-ci est une lettre personnelle d’un homme mur à l’un de ses jeunes collaborateurs. En lisant le texte, on constate que Paul a une relation très proche avec Tite, qu’il appelle mon véritable enfant (Tite 1.4).

Les destinataires

Le destinataire principal de cette lettre est Tite, l’un des collaborateurs proches de l’apôtre et responsable des chrétiens vivant sur l’île de Crète. Nous ne savons pas grande chose sur cet homme ni sur ses origines, sauf qu’il vient d’une famille grecque (Gal 2.3). C’est donc un non-Juif, de souche païenne, qui s’est converti sous le ministère de Paul (Tite 1.4). Malgré le manque de détails, nous voyons que c’est quelqu’un d’exceptionnel que Paul estime et affectionne beaucoup. Non seulement Tite a accompagné Paul lors de ses voyages, par exemple, jusqu’à Jérusalem, mais il a servi comme porte-parole de Paul et presque arbitre entre celui-ci et les Corinthiens lors de sérieux différends. Dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, Paul décrit Tite comme quelqu’un d’extrêmement sensible et « un artisan de paix » (2 Cor 7.7,13,15).

Bien qu’il s’agisse d’une lettre personnelle, en écrivant, Paul donne parfois des indications que celle-ci est destinée aussi à la communauté où Tite sert de responsable. L’apôtre montre qu’il connaît bien les problèmes de cette communauté à Crète. Parfois sévères dans ses propos concernant ce groupe de croyants, Paul se montre déterminé à encadrer et encourager Tite pour qu’il lui puisse mieux diriger cette communauté. Les points qu’il soulève ressemblent beaucoup à ceux qu’il partage avec Timothée dans sa première lettre. Il semblerait donc que certains de ces conseils soient presque « standards » et visent, non seulement ce jeune dirigeant, mais toute la communauté chrétienne de Crète. En effet, les derniers mots, « La grâce soit avec vous tous », sont certainement adressés à tous ceux pour qui Tite est responsable.

La deuxième lettre de Paul à Timothée est certainement la dernière que nous possédions, écrite depuis sa prison à Rome. Selon 2 Tim 4.10, Tite était avec Paul pendant un moment puis est parti pour continuer son ministère. Certains (Malina et Pilch) pensent que, vu le manque de structures fixes dans cette communauté, cette lettre est la première rédigée parmi les Pastorales, mais d’autres pensent qu’elle a été rédigée entre les deux épîtres à Timothée.

Circonstances de la rédaction

Pendant que cette lettre est rédigée, Tite se trouve à Crète, la plus grande île grecque située dans la Méditerranée. Crète est, en fait, le berceau d’une ancienne civilisation, les Minoens (2100–1650 av. J.-C.) qui avaient une culture forte et sophistiquée. Très tôt ce sont les gens de cette île qui ont introduit l’écriture en Europe. Cependant, en 67 av. J.-C., comme les régions autour d’elle, l’île est dominée par l’armée romaine et devient une partie de l’Empire Romaine.

Très peu de choses sont connues sur les assemblées chrétiennes à Crète. Luc décrit le voyage en mer de Paul et ses compagnons, notant qu’une grande tempête a forcé leur bateau à passer au sud de Crète, mais sans pour autant s’arrêter à cet endroit (Act 27.7ss). À part quelques mots dans cette lettre, « je t’ai laissé à Crète pour que… », rien dans le NT ne parle d’un séjour de Paul ou de Tite à cet endroit. Cette lettre donnerait la seule indication que Paul ait séjourné en Crète. Néanmoins, Paul semble bien connaître l’île et surtout le caractère de ses citoyens. Pour la controverse concernant ces faits, voir l’Intro aux Pastorales.

Les thèmes et les termes clés

Comme dans sa première lettre à Timothée, Paul insiste sur deux grands thèmes ici :
1) l’organisation de l’église
2) la saine doctrine, qui contraste avec les faux enseignements

Comme les autres lettres pastorales, bien qu’adressé à un individu, il est fort probable que le contenu était lu en public devant l’assemblée des chrétiens.

Pour les termes clés et d’autres informations, voir l’Intro aux Pastorales.

Le plan du livre

Comparé à la majorité des lettres de Paul, cette lettre est relativement courte. Elle suit les autres épîtres en commençant par une introduction qui présente l’auteur et le destinataire et comme elles, finit par une bénédiction finale.

Il y a plusieurs plans proposés par différents commentateurs, mais nous préférons un plan assez simple, légèrement adapté d’Andria (2008) :
Salutations (Tite 1.1)
Organisation de l’église (Tite 1.5)
 Établissement des anciens (Tite 1.5)
 Combat contre les faux enseignants (Tite 1.10)
L’éthique, la grâce, et les divisions dans l’église (Tite 2.1– Tite 3.11)
 L’éthique dans la communauté (Tite 2.1)
 introduction (Tite 2.1)
 les hommes et femmes âgés (Tite 2.2)
 les jeunes gens (Tite 2.6)
 les esclaves (Tite 2.9)
 La grâce à la base de l’éthique (Tite 2.11)
 L’éthique dans la société (Tite 3.1)
 Les divisions dans l’église (Tite 3.9)
Les derniers mots (Tite 3.12)

Bibliographie

Andria, Solomon, «  Tite », in Commentaire biblique contemporain, sous dir. Tonkunboh Adeyemo, Abidjan : CPE, 2008.
Arichea, D.C. et Hatton, H.A. A Handbook on Paul’s Letter to Titus, New York : UBS, 1995.

Introduction au commentaire de traduction de 2 Timothée

Introduction à 2 Timothée

Beaucoup de biblistes pensent que cette deuxième lettre à Timothée est la dernière lettre de Paul figurant dans le NT. Comme la première lettre, elle démontre la relation très intime entre ces deux individus, pratiquement une relation de père et fils. Mais cette lettre, écrite pendant que Paul est emprisonné à Rome (pour la première ou deuxième fois, selon les différents avis), est plus intense que la première. Paul attend un procès qu’il ne pense pas gagner. Anticipant sa propre mort, il évoque non seulement son passé, mais aussi son avenir : il vise la couronne qu’il recevra lorsqu’il rencontrera le Seigneur.

Dans ces conditions très difficiles, Paul parle avec beaucoup d’émotion et supplie Timothée de lui rejoindre au plus vite. Malgré ce contexte, le ton de la lettre n’est pas triste. Paul « tient bon » et veut s’assurer qu’après sa mort, non seulement l’Église restera ferme, mais Timothée, son fils dans la foi, restera fort et fidèle au Seigneur.

Caractéristiques et but de cette deuxième lettre

La deuxième lettre à Timothée reprend certains thèmes de la première lettre, y compris l’importance de prêcher l’Évangile avec ardeur et de confier son enseignement à des personnes de confiance. Elle souligne aussi l’importance de lutter contre les faux enseignements. Mais par son ton et son contenu, cette lettre est unique et se distingue des deux autres lettres, dites Pastorales, par plusieurs caractéristiques :
• la présence d’une section de remerciement, typique des autres lettres de Paul, mais absente en 1 Tim et Tite,
• le peu d’importance qu’elle attribue à l’organisation de la communauté chrétienne et son insistance sur les conseils personnels à Timothée,
• la fréquence de ses mentions d’individus spécifiques (2 Tim 1.5, 2 Tim 1.15, 2 Tim 1.16 ; 2 Tim 2.17 ; 2 Tim 4.10, 2 Tim 4.14, 2 Tim 4.19) et d’événements personnels, par exemple en 2 Tim 2.2 ; 2 Tim 3.11. Paul souligne ceux qui l’ont abandonné mais met en relief la fidélité de Timothée.
• l’importance du thème de la souffrance, qui constitue une étape incontournable pour tous les croyants (2 Tim 1.12 ; 2 Tim 2.10 ; 2 Tim 3.11 ; 2 Tim 4.6).
• l’utilisation de beaucoup de langage figuré (le discours sur les vases d’honneur et d’usage commun, et les comparaisons du croyant au soldat, à l’athlète et au planteur).

Étant donné les circonstances de la rédaction de cette lettre, ces différences ne sont pas étonnantes. Paul espère et compte revoir son « fils » Timothée, mais le lecteur a l’impression que Paul est aussi en train de lui communiquer ses derniers souhaits et pensées. Chaque sujet suscite une émotion intense de la part de l’apôtre.

Il est probable que Timothée se trouve toujours à Éphèse, mais rien dans le texte ne le dit explicitement. Voir 1 Tim 1.3.

Pour d’autres informations, voir l’Introduction aux Pastorales et l’Introduction à 1 Tim.

Plan de la lettre

Comme pour les autres lettres pastorales, plusieurs plans pourraient être proposés pour cette lettre. Le plan qui suit est une possibilité :
Salutation et prière de remerciement ( 2 Tim 1.1)
Encouragement à Timothée (2 Tim 1.6–2 Tim 2.26)
Ravive le don et persévère ! ( 2 Tim 1.6)
Travaille comme un bon soldat ! ( 2 Tim 2.1)
Sois un travailleur éprouvé ! ( 2 Tim 2.14)
Les derniers temps (2 Tim 3.1–2 Tim 4.8)
Le comportement des faux enseignants ( 2 Tim 3.1)
Le contraste du comportement de Timothée et le rôle des Écritures ( 2 Tim 3.14)
L’importance de prêcher l’évangile et le dernier testament de Paul ( 2 Tim 4.1)
Recommandations et salutation finale ( 2 Tim 4.9)

Ce plan essaie de dégager les grandes lignes de la lettre. Mais compte tenu du style de Paul (qui aime sauter d’un sujet à un autre), dans le commentaire ci-dessus, des unités littéraires plus petites seront présentées.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.