Commentaire sur la traduction de Tite 2.15

Comme en Tite 2.1, Tite 2.7, Paul s’adresse directement à Tite, en employant trois verbes qui se renforcent, littéralement, « Ces choses parle et exhorte et reprend ». On peut les rendre, soit par des impératifs, soit en introduisant une forme comme tu dois… (Bible en français courant, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem).

C’est ainsi que tu dois parler est littéralement « ces choses dis ». La Parole de Vie suggère « Voilà ce que tu dois dire ». « ces choses » renvoient aux instructions précédentes.

exhorter : comme en Tite 1.6, il s’agit d’encourager les membres de la communauté chrétienne. Voir aussi 1 Tim 1.3.

reprendre avec pleine autorité ou « avec toute autorité ». Paul utilise souvent le verbe ἐλέγχω elenchô, reprendre, dans un contexte hostile lorsque les arguments des opposants doivent être exposés. Voir dans ce livre Tite 1.9, Tite 1.13 et 1 Tim 5.20 ; 2 Tim 4.2. Dans ce contexte on pourrait dire « réprimander » ou « faire des reproches » (Parole de Vie).

avec pleine autorité : le même terme s’emploie à propos de l’autorité accordée par Dieu à son apôtre en 1 Tim 1.1. Voir aussi 1 Tim 5.20. La Parole de Vie met ces mots au début de la proposition : « Voilà ce que tu dois dire avec toute ton autorité, pour encourager ou pour faire des reproches ». La notion d’autorité est liée au rôle que Tite joue comme dirigeant dans l’église. Dans certaines langues, on pourrait dire « dans ton rôle comme leader/dirigeant, reprends-les ».

Que personne te méprise : le verbe περιφρονέω periphroneô, mépriser, s’emploie deux fois ailleurs dans la Bible grecque : 4 Mac 6.9 et 14.1. Dans les deux cas il s’utilise à propos de martyrs qui méprisent la souffrance, autrement dit, ils acceptent de souffrir. Mais ici il s’agit de « manquer de respect pour ». Si nécessaire, on peut traduire positivement : « Que tous te respectent ».

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 1.10

1.10-16

Ce passage s’adresse directement à la situation en Crète, où Tite exerce son ministère. Voir Tite 1.5. Il paraît que les adversaires de la saine doctrine y sont particulièrement nombreux et influents. Il s’agit probablement des chrétiens d’origine juive qui introduisent des enseignements contraires à l’Évangile. Le langage est très fort et la condamnation parmi les plus virulentes dans les écrits de Paul. En plus de son discours contre les faux enseignants, il cite un poète et « prophète » crétois qui traite tout le peuple de « menteurs cruels ». Ce poète et prophète, non nommé ici, est aujourd’hui identifié comme Épiménide, originaire de Cnossos, en Crète, vivant au 6e siècle avant Jésus-Christ. Connu de Platon et de Socrate, il est en fait prêtre ou chaman, avec des origines mythiques et censé avoir eu une vie très longue, mourant, selon la tradition, à 157 ans. La violence de la condamnation de Paul au sujet des Crétois correspond sans doute au danger que ces personnes représentent pour l’Église de Crète.

Il faut noter que comme c’est souvent le cas dans les écrits de Paul, un mot déclenche toute une discussion. Ici la mention des « contradicteurs » en Tite 1.9 introduit un nouveau discours sur ces faux enseignants. Pour cette raison, certains traducteurs préféreront continuer le texte ici, avec un nouveau paragraphe mais sans sous-titre, qui, nous le savons bien, ne figurait pas dans le texte original.

Comme en 1 Tim 1.3-11, le mot « Docteurs » dans le sous-titre de la Traduction œcuménique de la Bible désigne des « personnes qui enseignent » et non des médecins. La Parole de Vie propose : « Certaines personnes enseignent des choses fausses », mais il vaudrait mieux utiliser un sous-titre plus dynamique, par exemple, « Paul condamne [fermement] les faux enseignants de Crète » ou « les faux enseignants crétois ».

Paul profite de l’annonce du rôle des dirigeants (qui est d’encourager les croyants et de réfuter les faux enseignants, 1.9b) pour faire des commentaires sur ces derniers. Ses propos commencent par la conjonction γάρ gar, que beaucoup de versions rendent par en effet. La Parole de Vie propose « Oui », particule qui indique le développement d’un thème déjà énoncé.

Nombreux sont en effet les insoumis : le texte grec diffère selon les manuscrits, disant soit « sont en effet nombreux rebelles », soit « sont en effet nombreux et [και kai] insoumis ». La Traduction œcuménique de la Bible et plusieurs autres suivent la première proposition. Il faudrait déterminer aussi si le mot nombreux s’applique seulement au terme insoumis.

Pour nombreux, on pourrait aussi dire « il y a beaucoup » (Nouvelle Bible Segond, Bible en français courant, Parole de Vie).

les insoumis : le même terme est employé en Tite 1.6 à propos des enfants indisciplinés. Voir aussi 1 Tim 1.9, où le contexte indique le refus d’observer la loi de Dieu. Certains parlent de « rebelles » (Bible en français courant) et d’autres des « gens …qui sont révoltés » (Nouvelle Français courant).Dans certaines langues, il conviendra de préciser à quoi ou à qui ces gens ne sont pas soumis. Tite 1.11 laisse entendre qu’il s’agit surtout d’une insoumission à l’autorité dans l’Église et indirectement, sans doute, à l’Évangile. Ainsi la La Bible du Semeur parle de « ceux qui refusent de soumettre à la vérité ». La Parole de Vie est encore plus large « il y a beaucoup de gens qui n’obéissent à personne ».

vains discoureurs traduit un nom composé, « stupides-parleurs », employé seulement ici dans la Bible grecque. Les propos de ces personnes ne servent à rien ; ils sont vides, futiles, « creux » (La Bible du Semeur) ou vains. La Bible en français courant combine ce mot avec ce qui suit pour dire qu’ils « trompent les autres en disant n’importe quoi ». Voir aussi 3.9 où l’adjectif correspondant s’emploie.

trompeurs, également unique dans la Bible grecque, s’applique à ceux qui induisent d’autres dans l’erreur. Le verbe correspondant s’emploie en Gal 6.3 à propos de quelqu’un qui se trompe lui-même. La Parole de Vie dit : « Ils trompent les gens avec leurs paroles qui ne veulent rien dire ». La Bible de Jérusalem les appelle des « séducteurs ». La La Bible du Semeur dit qu’ils « entraînent les gens dans l’erreur ». Tite 1.14 développera cette condamnation.

surtout parmi les circoncis est litt. « surtout ceux de la circoncision », parlant certainement de chrétiens d’origine juive. Voir Act 10.45. On pourrait comprendre qu’il y a plusieurs faux enseignants, parmi lesquels figurent certains Juifs convertis. Paul désigne ceux-ci, comme parmi d’autres, comme coupables d’avoir semé les troubles dans l’église. Néanmoins, Paul ne donne pas le contenu de ces faux enseignements. Si l’expression est difficile à exprimer ou choquent trop l’audience cible, on pourrait parler de « Juifs devenus chrétiens » (Parole de Vie). Certaines versions mettent ces propos plus haut dans le verset. Voir Bible en français courant et Parole de Vie.

Le mot circoncis renvoie à un rite juif qui consiste en l’ablation du prépuce des nouveaux nés garçons. Ce rite a lieu le huitième jour après la naissance et est le signe de l’identité juive. Voir Gen 17.10ss. Lorsque Paul cite les circoncis, il parle des Juifs. Beaucoup de cultures pratiquent la circoncision et auront une expression idiomatique pour se référer à ce rite. Mais dans certaines cultures qui ne pratiquent pas ce rite, il est tabou même d’en parler. Dans ce cas, on pourrait rendre « ceux de la circoncision » par « les Juifs » ou plus explicitement « les Juifs devenus chrétiens » (Parole de Vie) ou « les chrétiens d’origine juive » (Bible en français courant). Selon plusieurs écrits de Paul (par exemple, la lettre aux Galates), certains Juifs convertis insistaient que les convertis d’origine païenne se fassent circoncire.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 3.11

La Traduction œcuménique de la Bible met un deux-points à la fin du Tite 3.10, équivalent à un point dans d’autres versions (Bible en français courant, Parole de Vie, Bible de Jérusalem). Néanmoins la phrase en grec continue.

tu sais est un participe en grec : « sachant » (Nouvelle Bible Segond). Paul sous-entend que Tite est d’accord avec lui sur ce qu’il va dire.

un tel homme est littéralement « un tel », un singulier collectif, sans indication s’il s’agit d’homme ou de femme.

Paul emploie trois expressions pour qualifier la personne qui divise la communauté : il est dévoyé, pêcheur et il se condamne lui-même.

Le terme dévoyé ne s’emploie qu’ici dans le NT, mais se trouve dans la Septante dans plusieurs condamnations du peuple d’Israël, par exemple, Deut 32.20 ; Ézék 13.20 ; 16.34. Il signale un changement total, normalement pour le pire. Donc cette personne a l’esprit « tordu » ou même « perverti ». La Bible en français courant dit « un tel homme s’est détourné du droit chemin », et la Parole de Vie, « une personne de ce genre est sur un mauvais chemin ».

pécheur sous-entend quelqu’un qui pèche habituellement ou continuellement. Il est dans un état de péché. Voir 1 Tim 5.20.

il se condamne lui-même rend un seul mot, un participe : « étant condamné par lui-même ». La racine ne se trouve qu’ici dans tout le NT. Cette phrase ne veut pas dire que la personne se repent de ses péchés et condamne le mal qu’elle a fait. Au contraire, celle-ci persiste dans le péché. Les mauvaises actions d’une telle personne amènent sa propre condamnation.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 2.5

Ce verset continue la phrase grecque commencée beaucoup plus haut. Sans transition, la liste des vertus que les jeunes femmes doivent apprendre est énumérée. Dans certaines langues, on pourra insérer un verbe, en disant « à être modestes, chastes… », etc. Dans d’autres, il vaudrait mieux commencer une nouvelle phrase, par exemple, « Il faut qu’elles leur enseignent aussi à être modestes… ».

Le mot grec σώφρων sôphrôn est apparenté au verbe « rendre sage » dans le verset précédent. Cet adjectif décrit quelqu’un qui est capable de se maîtriser, quelqu’un qui agit « de manière réfléchie » (La Bible du Semeur). La traduction de la Traduction œcuménique de la Bible, modestes n’exprime pas toutes les nuances de ce mot. Voir aussi 1 Tim 3.2 où le même mot est rendu dans la Traduction œcuménique de la Bible par « pondéré ». Cette personne pense avant de parler ou d’agir.

Le mot ἁγνός hagnos, « pur » désigne ici une pureté morale plutôt que rituelle La Traduction œcuménique de la Bible et la Nouvelle Bible Segond disent chastes, un mot un peu archaïque en français qui décrit des gens qui choisissent de s’abstenir des relations sexuelles illicites. Ici le sens peut être que la femme reste fidèle à son mari. Voir 1 Tim 5.22.

dévouées à leur maison est une expression unique dans la Bible grecque, basée sur la racine pour maison. Les femmes sont censées « bien tenir » ou « bien s’occuper de leur maison ». Autrement dit, elles doivent être de bonnes ménagères ou « prendre soin de leur ménage ».

bonnes rend le terme général en grec ἀγαθός agathos. Dans certaines langues, on insérera encore une fois un verbe (qui ne paraît pas en grec) : « à être bonne ». Certaines versions comprennent que ceci et l’adjectif qui suit sont en relation avec mari, « bonnes et soumises à leur mari » (Bible en français courant). Mais d’autres voient deux qualités, comme dans la Nouvelle Bible Segond : « bonnes, soumises à leur mari ». D’ailleurs une virgule sépare les mots dans le texte grec. Si un mot général pour bon n’est pas disponible dans la langue cible, on peut dire que ces femmes devraient « faire preuve de bonté ». Ceci n’a rien à voir avec la beauté d’une femme. Il s’agit de la bonté de son cœur.

soumises à leur mari : comme d’autres passages du NT, Paul demandent que les femmes soient soumises à leur mari. Voir aussi Col 3.18 ; Éph 5.22 ; 1 Pi 3.1. Mais le sens du verbe ὑποτάσσω hupotassô, « se soumettre », est à définir. Bien que certaines versions y voient l’obéissance (Parole de Vie), d’autres (surtout certaines versions en anglais) parlent de « respecter leur mari ». Notez qu’en Éph 5.21, les chrétiens sont appelés à se soumettre les uns aux autres.

On pourrait reformuler, en disant « chacune doit respecter son mari ». Contrairement à ces autres passages, le présent texte ne dit rien des devoirs du mari envers sa femme.

pour que la parole de Dieu ne soit pas blasphémée : toute la pensée de Paul se focalise sur l’avancement de l’Évangile. Ici il explique pourquoi ces jeunes chrétiennes doivent avoir un comportement exemplaire. C’est pour qu’on ne se moque ni de Dieu ni de la foi chrétienne. Si les pratiquants du christianisme ne peuvent pas bien agir au sein de leurs propres familles, personne ne croira à l’Évangile.

pour que rend la conjonction ἵνα hina, qui introduit un but. D’autres disent « en sorte que ». Quelques versions coupent la phrase ici et la recommencent par un mot comme « Alors » ou « Ainsi ».

la parole de Dieu signifie l’Évangile ou le message chrétien. Il ne s’agit pas de la Bible d’aujourd’hui qui n’était pas encore complète. Voir 1 Tim 4.5 ; 2 Tim 2.9.

ne soit pas blasphémée : dans l’usage des Pastorales, le sens du verbe grec βλασφημέω blasphêmeô semble varier selon les contextes. Dans 1 Tim 1.20, il est rendu en Bible en français courant par « faire insulte à Dieu », mais dans 1 Tim 6.1, on parle d’insulter le « nom de Dieu ». Ici il s’agit de « dire du mal » ou « discréditer » la parole de Dieu, message de Dieu.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 3.1

3.1-11

Il n’y a pas une grande coupure entre le texte précédent et cette section. La première phrase contient même un pronom « eux » qui renvoie aux fidèles de la section précédente. Paul formule d’autres injonctions au sujet des croyants (Tite 3.1), les rappelant leur comportement ancien avant de connaître le Christ (Tite 3.3). Ensuite il résume ce que Dieu a fait pour son Église, en envoyant son Esprit et lui accordant la vie éternelle (Tite 3.4). Certains voient en Tite 1.3 une sorte de confession de foi.

Paul encourage les fidèles encore une fois à multiplier les « belles œuvres » (Tite 3.8). Puis en Tite 1.9 il revient au sujet des faux enseignements et discussions vides. Comparer 1 Tim 1.4.
Les traducteurs pourraient choisir un sous-titre général, par exemple, « Comment les chrétiens doivent se conduire » ou « Devoir des fidèles ».

En Tite 3.1, chaque verset contient quatre recommandations. Celles du Tite 3.1 sont toutes positives. Pour la première fois dans cette lettre, Paul parle des responsabilités des chrétiens vis-à-vis des autorités civiles. Mais cet enseignement est courant chez Paul, comme en Rom 13.1 où il dit « Que tout homme soit soumis aux autorités qui exercent le pouvoir, car il n’y a d’autorité que par Dieu et celles qui existent sont établies par lui ».

Rappelle à tous est littéralement « rappelle-leur » (Nouvelle Bible Segond). Il sera utile de préciser à qui la recommandation est adressée, par exemple, « Rappelle à toute la communauté » ou « à tous les croyants/fidèles de Crète ».

Pour rappelle, voir 2 Tim 2.14. Rien n’a été dit jusqu’ici dans les Pastorales au sujet de la soumission aux autorités gouvernementales, mais l’emploi du verbe rappelle présuppose que la communauté a déjà reçu un tel enseignement. Voir 2 Tim 1.6 ; 2 Tim 2.14.

qu’ils doivent être soumis… obéir : ces deux verbes sont à la forme infinitive. soumettre à quelqu’un veut dire respecter son autorité. Voir Tite 2.5, Tite 2.9 où le même verbe est utilisé. être soumis et obéir sont parallèles. Dans certaines langues, un même mot servira pour rendre les deux verbes.

aux magistrats, aux autorités : de nombreux manuscrits ont « aux magistrats et aux autorités », et la Bible en français courant et la Parole de Vie vont dans ce sens. Dans beaucoup de langues, cette formulation sera plus naturelle. En effet, avec ou sans « et », le sens ne change pas. L’expression double, « magistrats et autorités », se retrouve en Éph 3.10 et Col 1.16 ; 2.15. On pourrait comprendre qu’il s’agit d’un hendiadys signifiant « ceux qui détiennent le pouvoir ».

magistrats : ce mot (ἀρχή archê) peut renvoyer soit aux autorités civiles, soit aux puissances célestes en haut. Ici il s’agit des autorités civiles. Dans certaines langues on parlera de « dirigeants » ou même des « chefs » (Parole de Vie).

autorités rend le mot ἐξουσία exousia, qui désigne les personnes qui détiennent l’autorité civile, politique ou militaire. Ici Paul fait référence certainement aux autorités impériales romaines. Dans certaines langues, ces deux mots pourront être rendus par un seul mot dans la langue cible.

qu’ils doivent obéir répète et renforce le sens de la proposition, qu’ils doivent être soumis. Il est donc sous-entendu que les gens doivent obéir aux chefs et aux autorités. Ainsi la Bible en français courant dit « qu’ils doivent leur obéir ». Il s’agit d’un verbe composé d’une racine qui a le sens d’obéir et du mot rendu ici comme magistrat.

prêts à toute œuvre bonne : comme ci-dessus, le verbe est un infinitif, « être prêts à toute œuvre bonne ». On pourrait comprendre qu’il faut être prêt à rendre soit tout bon service que les autorités pourraient demander (Matt 5.41), soit tout bon service qui pourrait renforcer la communauté chrétienne. Les deux interprétations sont possibles, mais il est bon de rester neutre comme la Parole de Vie : « Il faut qu’ils leur obéissent et soient prêts à faire tout ce qui est bien ». Paul semble faire une transition entre les devoirs civiques (3.1a) et les responsabilités envers d’autres chrétiens (3.1bss).

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 1.11

En grec la phrase continue, litt. « …à qui il faut fermer la bouche, ceux qui bouleversent des familles entières… ». Mais plusieurs versions (Traduction œcuménique de la Bible, La Bible du Semeur, Nouvelle Bible Segond, Bible en français courant, Parole de Vie) commencent une nouvelle phrase ici : Il faut leur fermer la bouche. Paul utilise souvent le mot δεῖ dei, il faut, dans ses écrits, par exemple dans les Pastorales, en Tite 1.7 ; 1 Tim 3.2,7,15 ; 5.13 ; 2 Tim 2.6,24. Le mot figure deux fois dans ce verset.

fermer la bouche rend un verbe composé qui s’utilise pour « museler », « mettre quelque chose sur la bouche », comme lorsqu’on met un museau sur un animal. Il faut, en grec comme en français, est une expression impersonnelle qui ne dit pas explicitement qui doit fermer la bouche à ces faux enseignants. Les traducteurs trouveront une expression idiomatique qui convient, par exemple, « Tu dois… » ou « Qu’on leur ferme la bouche ». Si cette expression ne convient pas dans la langue cible, on pourrait dire, « empêche-les de parler ».

ils bouleversent des familles entières : est litt. « ceux qui bouleversent des maisons entières ». Bien que le verbe signifie « renverser », dans ce contexte, il s’agit de rendre instable la foi des autres. Voir 2 Tim 2.18.

Pour familles, voir 1 Tim 3.4.

en enseignant pour un gain honteux ce qu’il ne faut pas : voir aussi Tite 1.7 où la même idée est évoquée. Le texte grec dit litt. « enseignant les choses qu’il ne faut pas en vue d’un gain honteux ». Enseignant rend un participe grec, mais les traducteurs peuvent commencer une nouvelle phrase ici si nécessaire. Voir Parole de Vie.

Notez que le même verbe en grec δεῖ dei paraît et au début et à la fin du verset. Les mots ce qu’il ne faut pas (Bible en français courant, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond) impliquent que ces gens sont en train d’enseigner des choses qui ne doivent pas être enseignées, c’est-à-dire des faux enseignements. Mais leur faute est encore pire, car ils font ceci un gain honteux.

gain honteux : ces faux enseignants sont à la recherche d’argent. L’implication est qu’en retour pour de l’argent, ils enseignent ce que les gens veulent entendre. Ailleurs Paul enseigne que le travailleur a droit à son salaire (1 Tim 5.18). La différence ici, c’est que ces gens donnent de faux enseignements et en plus adaptent leur message selon les fonds reçus. Donc leur revenu ou gain est sujet de honte. Dans plusieurs cultures cette idée sera très bien comprise. Sinon on pourrait suivre la Parole de Vie qui dit « pour gagner de l’argent de façon malhonnête ».

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 3.12

Les derniers mots (3.12-15)

Cette section comprend surtout des remarques personnelles, exprimées au nom de Paul. Ces derniers versets comprennent des recommandations pratiques (Tite 3.12), des salutations et une bénédiction très courte (Tite 3.15).

Il sera difficile de trouver un seul sous-titre qui peut résumer tous les éléments en Tite 1.12. On pourra alors employer une formule générale, telle que « Paul conclut sa lettre » ou « Recommandations et salutations » (Traduction œcuménique de la Bible).

Lorsque je t’aurai envoyé Artémas ou Tychique : je est toujours Paul. Il a l’intention d’envoyer l’un de ses disciples, Artémas ou Tychique à Tite pour le remplacer dans la direction de la communauté chrétienne de Crète. Peu de choses sont connues sur ces deux hommes en qui Paul a clairement confiance.

Artémas n’est mentionné qu’ici dans le NT.

Tychique est selon Act 20.4, un homme d’Asie Mineure. En Éph 6.21, Paul l’appelle « notre cher frère et collaborateur fidèle au service du Seigneur ». Voir aussi Col 4.7 et 2 Tim 4.12.

efforce-toi de venir me rejoindre : Paul demande à Tite de le rejoindre à Nicopolis.efforce-toi est littéralement « sois zélé », c’est-à-dire, « fais de ton mieux », « fais un effort ».

venir me rejoindre est littéralement « venir » ou « aller vers moi ». Les traducteurs utiliseront des expressions idiomatiques dans leur langue.

à Nicopolis : le texte ne dit pas si Paul se trouve en ce moment à Nicopolis (litt. « ville de la victoire ») ou si lui et Tite devraient se rencontrer dans cette ville. Il s’agit probablement d’une ville de la région d’Achaïe, située sur la côte occidentale de la Grèce moderne. En fait plusieurs villes portaient le même nom à cette époque.

La Parole de Vie ajoute « Quand ils seront arrivés », sous-entendu dans le texte grec.

C’est là, en effet, que j’ai décidé de passer l’hiver : C’est là renvoie à la ville de Nicopolis. en effet rend la conjonction grecque γάρ gar. On pourra aussi dire, « car c’est là… » ou « parce que c’est là… »

j’ai décidé de passer l’hiver : décidé rend bien le verbe « juger ». Paul a pris la décision de passer l’hiver à Nicopolis. Il ne dit pas pour quelle raison, mais le climat des villes sur la côte est toujours plus tempéré que celles de l’intérieur.

passer l’hiver veut dire « rester pendant l’hiver ». Dans certaines parties du monde, l’hiver est la saison froide, la saison des tempêtes (pluie et neige) pendant laquelle les voyages par mer sont très dangereux (voir Act 27, surtout 27.2). Beaucoup de langues, n’ont pas de mot précis pour l’hiver, mais parleront de « la saison froide », « les mois où il fait froid ». Dans certains pays, il n’y a que deux grandes saisons : « la saison sèche » et « la saison des pluies » mais pendant « la saison des pluies » il ne fait pas forcément très froid.

La Parole de Vie, qui divise ce verset en trois phrases, peut servir de modèle : « Je vais t’envoyer Artémas ou Tychique. Quand ils seront arrivés, tâche de venir me retrouver à Nicopolis. C’est là que j’ai décidé de passer l’hiver ». Voir aussi 1 Cor 16.6.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 2.6

2.6-8

Paul se tourne maintenant vers les jeunes gens. Tite 2.6 constitue une seule phrase en grec qui pose certains problèmes d’interprétation. Notamment il faudrait décider si les mots en toutes choses (2.7a) renvoient aux éléments qui précèdent (fin de Tite 1.6) ou à ceux qui suivent (2.7b-8). En ouvrant un paragraphe à 2.7b, on laisse entendre que Tite doit donner l’exemple, non seulement aux jeunes gens, mais à toute la communauté.

Les conseils donnés à Tite rappellent ceux donnés à Timothée en 1 Tim 4.12,13. Paul appelle les deux jeunes hommes à servir d’exemple au sein de l’Église.

Bien que la transition ne soit pas très nette entre ces sections, les traducteurs devraient au moins commencer un nouveau paragraphe, sinon une nouvelle section ici.

Les traducteurs pourront trouver un sous-titre qui convient. La Traduction œcuménique de la Bible dit tout simplement « Les jeunes gens » mais on pourrait aussi dire « Paul demande à Tite de servir d’exemple aux jeunes gens ».

Comme 2.3, ce paragraphe commence par un nom préposé suivi d’un adverbe, litt. « jeunes gens, de même… ». On pourrait dire « Quant aux jeunes gens… » ou « De même, concernant les jeunes gens… »

La Traduction œcuménique de la Bible change l’ordre en disant Exhorte aussi les jeunes gens. Exhorte est le verbe « encourager », comme en Tite 1.9, 1 Tim 1.3 ; 2.1.

aussi est un adverbe qui veut dire « de même », « également » (Bible de Jérusalem), marquant la transition entre les propos sur les femmes et les jeunes gens.

les jeunes gens rend en fait un adjectif masculin pluriel en grec qui est un comparatif, litt. « les plus jeunes ». Ce mot est utilisé pour parler d’objets neufs (Matt 9.17), mais ailleurs il qualifie des personnes. Voir, par exemple, 1 Tim 5.1 où il s’agit de jeunes hommes et 1 Tim 5.2 où il s’agit de jeunes femmes. Le texte ne précise pas l’âge. Il faut savoir que la notion de jeune varie de culture en culture. Dans certaines sociétés les jeunes peuvent parfois comprendre ceux qui ne sont plus enfants (des adolescents) jusqu’à quarante ans.

à la pondération : en grec il s’agit de l’infinitif du verbe σωφρονέω sôphroneô, qui figure déjà en Tite 2.2. L’adjectif correspondant est aussi employé en Tite 1.5. Voir aussi 1 Tim 3.2.

La La Bible du Semeur offre un bon modèle : « Recommande aussi aux jeunes gens d’agir de manière réfléchie ». Comme il s’agit du même mot en grec à plusieurs reprises dans ce passage, il sera bon d’utiliser le même mot dans la traduction à ces différents endroits.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.