La phrase en grec continue, et la majorité des versions françaises respectent cette présentation. Mais malgré la continuité, le focus passe du temps présent à l’avenir. Il s’agit de l’espérance chrétienne.
en attendant rend un participe grec. La Bible en français courant reformule en disant « C’est ainsi que nous devons attendre le bonheur… »
L’expression la bienheureuse espérance associe deux termes clé du NT, μακάριος makarios et ἐλπίς elpis. Le premier est l’adjectif que Jésus utilise lorsqu’il dit « Heureux celui qui » dans son sermon sur la montagne. Le second est le mot « espoir » ou espérance, une notion qui n’est pas toujours facile à exprimer dans certaines langues. Il ne s’agit pas seulement d’un souhait ou d’un désir, il s’agit d’une confiance que quelque chose arrivera. La La Bible du Semeur l’exprime bien : « en attendant que se réalise notre bienheureuse espérance ».
la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ : dans les Pastorales le mot grec rendu par manifestation renvoie soit à l’incarnation (2 Tim 1.10), soit, plus couramment, au jour de retour de Jésus-Christ (1 Tim 6.14 ; 2 Tim 4). Ici il s’agit de la deuxième utilisation. La Parole de Vie rend explicite la notion de « jour » en parlant du « merveilleux jour que nous espérons. Ce jour-là, notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ paraîtra dans sa gloire ».
En fait cette expression pose plusieurs problèmes pour l’exégète car la relation entre les mots en grec n’est pas claire. Le texte dit litt. « manifestation de la gloire du grand Dieu et Sauveur de nous Jésus Christ ». La question est de savoir si grand Dieu et Sauveur modifient tous les deux Jésus Christ. Certains s’opposent à cette interprétation car il n’est pas très courant dans le NT d’associer le terme Dieu à Jésus Christ. Néanmoins quelques affirmations directes de la divinité de Jésus Christ sont attestées, par exemple, Jean 20.28 et Rom 9.5. Il faut noter aussi qu’il semble invraisemblable que Paul pense au retour de Jésus-Christ et de Dieu le Père. La majorité des versions adoptent alors la lecture de la Traduction œcuménique de la Bible. L’autre interprétation serait de comprendre qu’il s’agit de deux expressions, où la gloire de Dieu le Père se manifesterait à travers l’Apparition de notre Sauveur Jésus-Christ. On parlera alors de « la gloire de notre grand Dieu et du Sauveur Jésus-Christ ». Bien que certaines versions discutent cette deuxième option en note, la quasi-totalité des versions adoptent la première interprétation.
la gloire est associée souvent à Dieu (1 Tim 1.11), mais parfois aussi à Jésus Christ (2 Tim 4.18). Pour gloire, voir 1 Tim 1.11, 1 Tim 1.17 ; 1 Tim 3.16 ; 2 Tim 2.13.
notre grand Dieu : c’est la seule occurrence de cette expression dans le NT. Dans ce contexte, grand renvoie à la grandeur du « nom » et non à la grandeur physique. Voir aussi l’Introduction aux Pastorales.
Sauveur Jésus Christ : selon la discussion ci-dessus, on pourrait aussi dire « notre grand Dieu et notre Sauveur Jésus Christ ». Voir la note de la Traduction œcuménique de la Bible. Pour Sauveur, voir Introduction aux lettres pastorales et 1 Tim 1.1.
Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
