Commentaire sur la traduction de Tite 2.13

La phrase en grec continue, et la majorité des versions françaises respectent cette présentation. Mais malgré la continuité, le focus passe du temps présent à l’avenir. Il s’agit de l’espérance chrétienne.

en attendant rend un participe grec. La Bible en français courant reformule en disant « C’est ainsi que nous devons attendre le bonheur… »

L’expression la bienheureuse espérance associe deux termes clé du NT, μακάριος makarios et ἐλπίς elpis. Le premier est l’adjectif que Jésus utilise lorsqu’il dit « Heureux celui qui » dans son sermon sur la montagne. Le second est le mot « espoir » ou espérance, une notion qui n’est pas toujours facile à exprimer dans certaines langues. Il ne s’agit pas seulement d’un souhait ou d’un désir, il s’agit d’une confiance que quelque chose arrivera. La La Bible du Semeur l’exprime bien : « en attendant que se réalise notre bienheureuse espérance ».

la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ : dans les Pastorales le mot grec rendu par manifestation renvoie soit à l’incarnation (2 Tim 1.10), soit, plus couramment, au jour de retour de Jésus-Christ (1 Tim 6.14 ; 2 Tim 4). Ici il s’agit de la deuxième utilisation. La Parole de Vie rend explicite la notion de « jour » en parlant du « merveilleux jour que nous espérons. Ce jour-là, notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ paraîtra dans sa gloire ».

En fait cette expression pose plusieurs problèmes pour l’exégète car la relation entre les mots en grec n’est pas claire. Le texte dit litt. « manifestation de la gloire du grand Dieu et Sauveur de nous Jésus Christ ». La question est de savoir si grand Dieu et Sauveur modifient tous les deux Jésus Christ. Certains s’opposent à cette interprétation car il n’est pas très courant dans le NT d’associer le terme Dieu à Jésus Christ. Néanmoins quelques affirmations directes de la divinité de Jésus Christ sont attestées, par exemple, Jean 20.28 et Rom 9.5. Il faut noter aussi qu’il semble invraisemblable que Paul pense au retour de Jésus-Christ et de Dieu le Père. La majorité des versions adoptent alors la lecture de la Traduction œcuménique de la Bible. L’autre interprétation serait de comprendre qu’il s’agit de deux expressions, où la gloire de Dieu le Père se manifesterait à travers l’Apparition de notre Sauveur Jésus-Christ. On parlera alors de « la gloire de notre grand Dieu et du Sauveur Jésus-Christ ». Bien que certaines versions discutent cette deuxième option en note, la quasi-totalité des versions adoptent la première interprétation.

la gloire est associée souvent à Dieu (1 Tim 1.11), mais parfois aussi à Jésus Christ (2 Tim 4.18). Pour gloire, voir 1 Tim 1.11, 1 Tim 1.17 ; 1 Tim 3.16 ; 2 Tim 2.13.

notre grand Dieu : c’est la seule occurrence de cette expression dans le NT. Dans ce contexte, grand renvoie à la grandeur du « nom » et non à la grandeur physique. Voir aussi l’Introduction aux Pastorales.

Sauveur Jésus Christ : selon la discussion ci-dessus, on pourrait aussi dire « notre grand Dieu et notre Sauveur Jésus Christ ». Voir la note de la Traduction œcuménique de la Bible. Pour Sauveur, voir Introduction aux lettres pastorales et 1 Tim 1.1.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 1.8

Paul se tourne maintenant vers les qualités positives que le dirigeant doit posséder (8-9a). En grec la liste des vices est nettement distinguée de celle des vertus par la conjonction contrastive forte ἀλλά alla, « mais ». Plusieurs versions l’omettent, mais il vaudrait mieux l’exprimer, par exemple, en disant, « Mais » ou « Au contraire, il doit être hospitalier… » En grec il n’y a pas de verbe « être », mais la majorité des versions l’insèrent, par exemple, « mais qu’il soit hospitalier » (Nouvelle Bible Segond) ou « Qu’il soit, au contraire, hospitalier » (La Bible du Semeur).

Hospitalier rend un nom composé signifiant « ami de l’étranger ». Voir 1 Tim 3.2. Si un tel terme n’existe pas dans la langue cible, on pourrait dire, comme la Parole de Vie, « Il doit bien recevoir les gens qui viennent chez lui ». Notez que ce mot et le mot qui suit se ressemblent en grec : φιλόξενον φιλάγαθον philoxenon philagathon.

ami du bien rend le mot composé grec qui désigne quelqu’un qui aime « ce qui est bien » (Bible en français courant), et qui, par extension, fait de bonnes actions.

pondéré décrit quelqu’un qui est « maître de soi », qui « se contrôle ». Voir 1 Tim 3.2. On pourrait dire « réfléchi » ou « raisonnable ».

juste : il s’agit de l’adjectif dérivé du nom « justice ». Le mot est employé dans d’autres contextes en 1 Tim 1.9 ; 2 Tim 4.8. Un responsable doit lui-même être un homme juste, mais il doit aussi être juste lorsqu’il prend des décisions qui affectent la communauté, surtout lorsqu’il faut trancher des différends au sein de l’église.

Pour saint, voir 1 Tim 2.8. Dans ce contexte, le mot décrit quelqu’un qui est entièrement consacré à Dieu et à la vie chrétienne.

maître de soi : il s’agit du seul emploi adjectival de cette racine dans le NT et même dans la Septante. Le nom correspondant, maîtrise de soi, s’emploie en Act 24.25 ; Gal 5.23 et deux fois en 2 Pi 1.6. Le verbe correspondant, « se maîtriser », est attesté en 1 Cor 7.9 ; 9.25, dans le contexte d’un athlète discipliné. La maîtrise de soi est une vertu louée aussi par des philosophes non chrétiens, tels qu’Aristote. C’est la contrepartie positive, entre autres, de la colère et de l’alcoolisme que Paul vient de condamner en Tite 1.7.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 3.9

3.9-11

Après avoir recommandé que les croyants se donnent aux bonnes œuvres (Tite 3.8), Paul se tourne vers certains problèmes au sein de l’église. Il condamne les discussions vaines (Tite 3.9) et demande même à Tite d’écarter les gens qui divisent la communauté chrétienne (Tite 3.10). Ces discussions ressemblent à celles que Paul entretient avec Timothée. Voir 1 Tim 1.4. Avec ce changement de thème, la majorité des langues commenceront un nouveau paragraphe ici.

La Traduction œcuménique de la Bible suit l’ordre du grec, où les compléments d’objet direct se trouvent en position initiale dans la phrase : Mais les recherches vaines, les généalogies, les disputes… Plusieurs versions (Bible en français courant, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond) inversent la phrase, mettant le verbe au début : « Mais évitez… ». Les traducteurs devraient suivre les contraintes dans leur langue, tout en gardant l’emphase du texte grec.

Mais les recherches vaines… : la conjonction de transition δέ de marque une transition ici. Par la suite, Paul énumère une liste de comportements à éviter.

recherches vaines : bien que le mot ζήτησις zêtêsis puisse avoir le sens de recherches (Traduction œcuménique de la Bible, Parole de Vie), dans ce contexte il renvoie certainement aux « débats », « spéculations » ou « discussions » que Paul qualifie de vains, inutiles, stupides. Voir 2 Tim 2.23. Cet adjectif peut s’appliquer soit à ce mot seul, soit aux quatre noms recherches… généalogies… disputes… controverses.

Pour les généalogies, voir 1 Tim 1.4.

les disputes : il s’agit de querelles. Voir 1 Tim 6.4.

les controverses relatives à la loi : il s’agit de certains conflits ou hostilités entre des gens, relatives à la loi, certainement la loi de Moïse. Ceci est logique lorsqu’on sait que beaucoup d’opposants de Paul sont, comme lui, des Juifs convertis au christianisme, mais qui continuent à adhérer strictement à chaque élément de la loi. Ainsi la La Bible du Semeur et la Bible de Jérusalem mettent une lettre majuscule : « au sujet de la Loi ». On pourrait aussi parler de « la loi donnée par Moïse ». Voir Tite 1.10 ; 1 Tim 6.4.

S’il est difficile de trouver dans la langue cible plusieurs termes pour les trois termes en grec désignant des débats très chauds (« débat », disputes et controverses), on pourra combiner ces trois ou peut-être les deux derniers.

Pour évite-les, 2 Tim 2.16. On pourrait aussi dire « ne t’occupe pas… » ou peut-être, pour être plus fort, « n’aie rien à faire avec… »

elles sont inutiles et vaines : elles renvoie à toutes les pratiques mentionnées dans ce verset. inutile est le contraire d’utile en Tite 1.8. Ce dernier terme désigne ce qui ne produit rien, qui n’a pas d’effet positif, qui ne sert à rien. Voir aussi 1 Cor 15.17. Le mot μάταιος mataios est rendu par vaines. On pourra dire « sans valeur » (Bible en français courant) ou « elles ne valent rien » (Parole de Vie). Ce n’est pas le même terme employé à propos des recherches vaines, mais le sens des deux adjectifs est proche.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 2.3

En grec la phrase continue sans verbe, « les femmes âgées de mêmes… ». Paul sous-entend « enseigne pareillement les femmes âgées à se comporter… » ou « à être… ». On pourrait aussi dire « De même, demande aux femmes âgées… » (Bible en français courant, Parole de Vie). Voir Tite 2.2. Paul mentionne d’abord un comportement positif, suivi de deux injonctions négatives, et finit par la mention d’un autre comportement positif. Bien sûr, les traducteurs peuvent renverser l’ordre des ces injonctions. Notez aussi que parfois un comportement positif s’exprimera par une proposition négative, et vice-versa.

Pour femmes âgées, voir 1 Tim 5.2 où un synonyme est utilisé. Ce terme est l’équivalent féminin des vieillards du Tite 2.2. Encore une fois, les traducteurs devraient choisir des expressions à connotation positive. À cette époque et dans plusieurs cultures aujourd’hui, l’âge apporte un certain statut qui demande aussi un certain respect.

pareillement rattache ce verset au précédent. Voir 1 Tim 2.9 ; 1 Tim 3.8. On pourrait dire « de même » ou « aussi ».

doivent se comporter comme il sied à des personnes saintes : cette proposition longue traduit une expression assez courte en grec, litt. « en comportement révérencieux ». C’est la seule fois que cette expression est attesté dans le NT. Le nom « comportement » désigne une façon de vivre. À l’origine, l’adjectif « révérencieux » s’appliquait à ceux ou celles qui étaient dignes de remplir des fonctions dans un temple païen. Dans un contexte chrétien, il renvoie à une personne pieuse, qui se comporte d’une manière digne. La Nouvelle Bible Segond parle d’un « comportement qui convienne à des personnes consacrées », tandis que la Bible en français courant conseille ces femmes « de se conduire en personnes qui mènent une vie sainte ». Bien que certaines versions introduisent « Dieu » ici, en parlant d’une « une vie qui plait à Dieu » (Parole de Vie) ou d’« un comportement digne de Dieu », le focus est plus sur un comportement révérencieux et pieux, qui convient à des personnes de foi.

ni médisantes ni adonnées aux excès de vin : deux comportements négatifs à éviter sont présentés.

Le mot διάβολος diabolos, médisant figure aussi en 1 Tim 3.11. Il s’agit de dire du mal de quelqu’un (que ce soit vrai ou faux) en vue d’entacher sa réputation. Ainsi la traduction de Parole de Vie, « Elles ne doivent pas dire du mal des autres », est peut-être incomplète. Le mot comprend l’intention de gâter « le nom » d’un autre. Les traducteurs pourront utiliser une expression idiomatiques ici.

ni adonnés aux excès de vin est littéralement « ni asservies à beaucoup de vin ». En fait, les Crétois étaient connus pour leur excès de table, y compris la boisson. Le verbe « asservies » est lié au nom δουλος doulos, « esclave ». Le temps parfait du participe indique un état durable, en l’occurrence, l’alcoolisme.

Pour vin, voir 1 Tim 3.8 ; 1 Tim 5.23. Dans certaines cultures, le vin n’existe pas, et on pourrait utiliser un mot générique désignant des « boissons alcooliques », par exemple, « ni être esclaves de la boisson ». Il est reporté que chez certains peuples, où un emprunt ou translittération pour vin est utilisé ici (et ailleurs dans le NT), les populations comprennent qu’elles peuvent se permettre de se saouler avec n’importe quelles autres boissons alcooliques, sauf le vin ! Ceci a mené certains traducteurs à dire « qu’elles ne soient pas esclaves de boissons alcooliques, comme le vin… » Aux traducteurs de s’assurer que le texte est bien compris dans la culture cible.

Qu’elles enseignent le bien traduit un verbe composé, littéralement « bien enseignant ». Au lieu de désigner la façon d’enseigner, le bien semble renvoyer au contenu de l’enseignement. Ces femmes doivent enseigner « ce qui est bien », d’un point de vue moral. La Bible en français courant dit « Qu’elles donnent de bons conseils ». La suite (Tite 2.4) indique que cet enseignement concerne en grande partie leur comportement au sein de la famille.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 2.14

En grec la phrase continue, mettant en exergue ce que Jésus a accompli pendant sa vie terrestre. La Traduction œcuménique de la Bible commence une nouvelle phrase, Il s’est donné lui-même pour nous. Le texte dit litt. « qui a donné lui-même pour nous ». Le sujet est Jésus Christ.

se donner parle d’un sacrifice comme dans la Bible de Jérusalem, « qui s’est livré pour nous ». D’autres diront peut-être « s’est sacrifié pour nous ». En français et d’autres langues, il s’agira d’un verbe réfléchi.

lui-même est un pronom indépendant qui est accentué en grec. La Parole de Vie fait référence plus explicitement au sacrifice de Jésus-Christ sur la croix : « Il a donné sa vie pour nous ». Il sera peut-être nécessaire de l’expliciter aussi dans d’autres langues. Comparer 1 Tim 2.6.

pour nous : le nous est clairement inclusif, renvoyant à tout croyant.

afin de nous racheter de toute iniquité et de purifier un peuple… : le but du sacrifice du Christ est d’abord de nous racheter de toute iniquité. Les traducteurs devraient chercher à bien exprimer la notion de but (ἵνα hina, « afin que ») ici.

Le verbe grec λυτρόω lutroô, rendu par racheter ne s’emploie que trois fois dans le NT : ici, en Luc 24.21 et 1 Pi 1.18. En Luc 24.21, l’allusion est à la libération du peuple d’Israël lors de la sortie d’Égypte. Dans des écrits hors de la Bible, il est utilisé lorsqu’on paie un prix pour obtenir la libération d’un esclave. Dans ce contexte le focus est sur la délivrance de quelque chose : du péché (de toute iniquité) Ainsi on pourra dire « pour nous délivrer » (Bible en français courant) ou « libérer » (Parole de Vie).

nous, comme ci-dessus, désigne tous ceux qui appartiennent au Christ.

Le mot grec ἀνομία anomia est la forme négative de « loi », ce qui donne en anglais « lawlessness » (litt. « sans loi »). Plusieurs versions (Bible en français courant, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond) proposent « tout mal » qui ne semble pas très spécifique. Dans d’autres contextes, le mot est parallèle au mot « péché » (ἁμαρτία hamartia). Ainsi la Traduction œcuménique de la Bible propose racheter de toute iniquité.

et de purifier un peuple qui lui appartienne qui soit plein d’ardeur pour les belles œuvres : ceci exprime le deuxième but de la mort sacrificielle de Christ : la purification du peuple de Dieu. Le verbe purifier parle d’une purification rituelle. On pourra dire « afin de rendre pur ». Si le peuple chrétien est dans un état de pureté rituelle et morale, ceci lui permettra d’offrir à Dieu un culte acceptable.

un peuple qui lui appartienne rend deux mots grecs λαός περιούσιος laos periousios : le mot λαός laos renvoie au peuple de Dieu ici, non pas les Juifs. Il désigne le nouveau peuple appartenant à Jésus-Christ.

Le mot grec περιούσιος periousios est rare, avec le sens de « spécial ». On pourrait dire « un peuple qui soit à lui » (Parole de Vie) ou « qui soit son bien propre » (Nouvelle Bible Segond).

qui soit plein d’ardeur pour les belles œuvres : ces mots décrivent ce peuple, littéralement « un peuple… zélé pour belles œuvres ». Le mot « zélé » est apparenté au mot « zélote ». La Nouvelle Bible Segond donne une très bonne traduction, parlant d’« un peuple… qui se passionne pour les belles œuvres ».

Pour belles œuvres, voir Tite 1.7.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 1.9

En 1 Tim 3.2, Paul dit que l’épiscope doit être διδακτίκός didaktikos, « apte à enseigner ». Ici aussi Paul met l’accent sur la capacité de la personne à enseigner. La traduction de la Traduction œcuménique de la Bible semble oublier cet élément en disant fermement attaché à la Parole digne de foi. Dans le texte grec, il y a une mention directe de l’enseignement ou la doctrine, litt. « s’attachant à [selon] l’enseignement de la parole digne de foi ». Notez que la préposition κατά kata paraît encore une fois.

attaché rend un verbe utilisé dans les propos de Jésus lorsqu’il parle de l’impossibilité de servir deux maîtres : « il s’attachera à l’un et méprisera l’autre » (Luc 16.13). Ici Paul utilise le verbe dans un sens plus abstrait : le dirigeant doit s’attacher à l’enseignement de la Parole de Dieu, c’est-à-dire à la doctrine authentique du christianisme. Le verbe est un participe qui montre que c’est une activité qu’il doit toujours poursuivre : « Il doit toujours être fermement attaché au message digne de foi ». Pour l’idée d’enseignement, voir 2 Tim 4.2.

la Parole signifie dans ce contexte le message au sujet de Jésus-Christ, autrement dit l’Évangile. digne de foi rend l’adjectif πιστός pistos. Un sens possible est que cette parole est fiable. La Parole de Vie parle de « la parole qui mérite d’être crue ». Notons que certains mettent une lettre majuscule sur Parole, mains ceci est déconseillé. Ailleurs, le mot grec λόγος logos renvoie à Jésus. Ici il semble s’agir du message de la Bonne Nouvelle.

Ainsi sera-t-il capable d’exhorter dans la saine doctrine et de réfuter les contradicteurs : l’inversion de la Traduction œcuménique de la Bible, Ainsi sera-t-il est un trait du style français qui ne correspond à rien dans le texte grec, qui dit litt. « afin qu’il soit » ou « avec le résultat qu’il sera puissant aussi pour exhorter dans/par la saine doctrine et réfuter les opposants ». Cette proposition exprime le résultat (ou selon certains, le but) de cet attachement. : « Alors, il sera capable d’encourager les autres en leur donnant un enseignement juste » (Parole de Vie). La Nouvelle Bible Segond (« pour pouvoir encourager… ») pense plutôt au but de l’enseignement.

capable d’exhorter dans la saine doctrine et de réfuter… : en grec le mot καί kai, « et », « aussi », est rendu par certains comme « à la fois ». Le responsable devrait être capable de poursuivre ces deux ministères. En 2 Tim 1.12, le terme δυνατός dunatos est rendu par capable. Il s’emploie à propos de la puissance de Dieu (ou de Jésus-Christ) pour protéger l’apôtre.

Le verbe grec παρακαλέω parakaleô veut dire littéralement « encourager » (Nouvelle Bible Segond). Il s’agit d’un acte positif (exhorter), qui sera mis en contraste avec le verbe plutôt négatif réfuter. Voir 1 Tim 1.3. La Bible en français courant et la Parole de Vie ajoutent un complément d’objet direct à exhorter (« les autres »), ce qui peut être utile ou nécessaire dans d’autres langues.

la saine doctrine : comme en 1 Tim 1.10, le terme grec est apparenté à enseignement, et au mot qui figure plus haut διδαχή didachê.

réfuter les contradicteurs : réfuter veut dire « contredire » ou « démentir », c’est-à dire, prouve que ce qu’un autre a dit es mal fondé ou faux. convaincre quelqu’un qu’il est dans l’erreur. En 1 Tim 5.20, le même verbe a plutôt le sens d’adresser des reproches à quelqu’un.

les contradicteurs sont ceux qui parlent contre quelque chose. Ici, bien sûr, il s’agit de l’Évangile. On pourrait parler d’opposants. Dans plusieurs langues, il vaudrait mieux utiliser des expressions verbales, par exemple, « ceux qui sont contre son enseignement » (Parole de Vie) ou « ceux qui le contredisent » (Bible en français courant).

On pourrait dire : « Ainsi, il aura le pouvoir d’encourager les autres à accepter l’enseignement juste et de démontrer que ceux qui le contredisent sont dans l’erreur ».

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 3.10

Celui qui est hérétique : celui peut être un collectif. On pourra parle d’un tel homme (Tite 3.11) ou d’« une telle personne ».

Le mot grec αἱρετικός hairetikos, qui donne en français hérétique, ne figure qu’ici dans tout le NT. Dans ce contexte il ne désigne pas quelqu’un qui enseigne une doctrine fausse, mais plutôt quelqu’un qui divise la communauté. Il peut s’agir d’une personne qui divise les gens par ses discours ou des gens qui quittent la communauté pour fonder un nouveau groupe. Paul ne fournit pas de détails concernant les dires ou croyances de ces personnes. Aujourd’hui on dirait que ces gens sont « schismatiques » ou « sectaires ». On pourrait parler de « celui qui divise la communauté » (Parole de Vie), de « quelqu’un qui causes des divisions » (La Bible du Semeur, Bible en français courant).

écarte-le : ce verbe peut signifier soit « cesse d’avoir des relations avec lui », « romps avec lui » (Bible de Jérusalem), soit « tu dois l’exclure de la communauté » (Die Gute Nachricht). Le contexte général semble indiquer, non seulement une rupture des relations personnelles entre Tite et cette personne, mais une position ou action officielle que Tite doit entreprendre afin de protéger la communauté. Ainsi la deuxième option semble plus probable.

après un premier et un second avertissement : cette instruction rappelle Matt 18.15-17, tout en employant d’autres termes. Dans plusieurs langues, il va falloir rendre plus explicite en disant, par exemple, « Si quelqu’un divise la communauté, avertis-le deux fois. Puis, s’il n’accepte pas tes reproches, déclare qu’il n’en fait plus partie ». Voir aussi 1 Tim 1.20 ; 1 Tim 4.7 ; 2 Tim 2.23.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 2.4

Ce verset continue 2.3. En fait, Tite 1.4 précise le contenu de cet enseignement. Ici le verset est introduit par la conjonction, ἵνα hina, « afin que ».

qu’elles apprennent ainsi aux jeunes femmes à aimer leurs maris et leurs enfants : le verbe grec rendu par apprendre, n’est attesté qu’ici dans tout le NT. Lié au mot « sagesse », ce verbe veut dire « amener/former quelqu’un à être raisonnable/sage ». La racine est apparentée à l’adjectif « modeste » employé au début du verset suivant. Le mot ainsi ne figure pas dans le texte grec mais exprime un lien logique implicite.

Pour jeunes femmes, voir 1 Tim 5.2, 1 Tim 5.11.

à aimer leur mari et leurs enfants traduit deux adjectifs composés pluriels : φίλανδρος philandros, « aimant maris » et φιλότεκνος philoteknos, « aimant enfants ». Pour les lecteurs modernes, ces instructions sont peut-être choquantes, mais il faut rappeler qu’à cette époque, beaucoup de mariages étaient arrangés par les parents. Les traducteurs devraient utiliser un mot pour aimer qui convient dans le contexte familial.

Pour mari, chaque langue aura des conventions en ce qui concerne la forme au singulier ou au pluriel du mot. Dans certaines langues, on dira « leurs maris » puisque le groupe visé comprend plusieurs femmes et plusieurs maris. En français le singulier s’impose tandis qu’en anglais, c’est le pluriel. Aucune femme n’a plus qu’un mari. Dans toutes les langues, le mot enfants sera probablement au pluriel.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.