Commentaire sur la traduction de Tite 3.8

Elle est digne de confiance, cette parole : cette expression est l’une des expressions communes aux lettres dites « Pastorales ». Voir 1 Tim 1.15 ; comparer 1 Tim 3.1 ; 1 Tim 4.9 ; 2 Tim 2.11. Mais chaque fois qu’elle paraît, il faudrait déterminer à quoi les mots renvoient : à ce qui précède ou à ce qui suit. Ici la plupart des commentateurs pensent qu’elle renvoie au contenu du Tite 3.4, et surtout la dernière affirmation concernant notre justification et notre héritage en Jésus-Christ. Si cette interprétation est adoptée, on pourrait rattacher ces mots au paragraphe précédent et ouvrir un nouveau paragraphe en 3.8b. Certaines versions vont jusqu’à mettre un sous-titre après 3.8a. Mais l’autre possibilité, c’est de rattacher ces mots à ce qui suit. L’emploi de la conjonction καί kai et (litt. « Fiable la parole, et concernant ces-choses je veux que tu insistes ») peut suggérer une telle exégèse. Le passage du singulier parole au pluriel « ces-choses » (Traduction œcuménique de la Bible ce sujet) semble tout à fait naturel ici. Aux traducteurs de faire leur choix d’interprétation.

je veux que tu sois tout à fait attentif à ce sujet : je renvoie à Paul, l’auteur et tu, à Tite. Le verbe est employé dans le même sens en 1 Tim 1.7. En fait Paul ne demande pas à Tite d’être attentif à l’enseignement précédent, mais plutôt, il lui demande d’insister (Bible en français courant, Parole de Vie, La Bible du Semeur) lorsqu’il enseigne.

à ce sujet rend un pronom pluriel en grec, « ces choses » (La Bible du Semeur). On pourrait aussi parler de « point », au singulier ou au pluriel, par exemple, « Je veux que tu insistes beaucoup sur ces points-là » (Bible en français courant), « je tiens à ce que, sur ce point, tu sois catégorique » (Bible de Jérusalem).

afin que tous ceux qui ont mis leur foi en Dieu s’applique à exceller dans les belles œuvres : Paul définit le but de ces instructions, introduisant ces propos encore une fois par ἵνα hina, afin que. La Parole de Vie coupe la phrase ici et commence par « Alors tous… qui croient… ».

ont mis leur foi : il s’agit d’un participe parfait en grec, basé sur le verbe πιστεύω pisteuô, « ceux ayant cru » en Dieu depuis un certain temps.

s’appliquent à exceller dans les belles œuvres : dans l’AT et les livres deutérocanoniques, le verbe s’appliquer a le sens de « penser avec attention à quelque chose », « se soucier de » ou « prendre soin de quelque chose ». Ainsi la Bible en français courant parle de « veiller à » et la Bible de Jérusalem, « avoir à cœur de ».

exceller veut dire « s’engager à fond ». Employé en 1 Tim 3.4-5,12 ; 5.17 dans le sens de « diriger », ce verbe désigne plutôt « accomplir » dans ce contexte.

Pour les belles œuvres, voir 1 Tim 2.10. La communauté chrétienne doit exceller dans leurs bonnes actions.

Voilà ce qui est beau et utile pour les hommes est littéralement, « ces choses sont belles et utiles pour les humains ». « Ces choses » sont les belles œuvres ou actions accomplies par les chrétiens.

beau rend le mot générique pour « bon », un sens qui conviendra mieux dans plusieurs langues : « Voilà qui est bon et utile à tous » (Nouvelle Français courant).

utile veut dire « profitable ». Il s’agit du mot proche du nom « Philémon ». Ces choses font du bien aux êtres humains.

Pour hommes, voir Tite 1.14 ; 1 Tim 2.1. Il s’agit de toute l’humanité, homme ou femme.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 2.2

Paul commence par les hommes âgés en présentant une liste de caractéristiques d’un croyant d’un certain âge. litt. « vieillards sobres être, respectables… ». Notez qu’ici le verbe être est un infinitif en grec, qui exprime un impératif. Les traducteurs devraient décider comment bien exprimer cette injonction. Plusieurs versions en français utilisent un subjonctif, comme la Traduction œcuménique de la Bible, Que les vieillards soient… Mais la Bible en français courant et la Parole de Vie sont plus explicites, « Dis » ou « Demande aux hommes âgés de… »

vieillards : dans certains contextes, le nom rendu par vieillards signifie « presbytres » (1 Tim 5.1), mais le contexte met l’accent sur l’âge des hommes en question, même si l’âge exact n’est pas spécifié. Dans la littérature classique, ce terme s’applique aux gens d’une soixantaine d’années. Tite 3.3 montre qu’ici, les femmes sont exclues. Il faudrait choisir un terme pour vieillards qui n’est pas péjoratif dans la langue cible. En français, on parle de « personnes âgées » ou « personnes du troisième âge ». Dans beaucoup de langues, une expression à connotation positive existe pour désigner les membres d’une classe d’âge supérieure. Ici le pluriel est utilisé pour parler de ce groupe d’hommes.

Pour sobres, voir 1 Tim 3.2, 1 Tim 3.11.

Pour dignes, voir 1 Tim 3.8, 1 Tim 3.11. Plusieurs versions disent « respectables ».

Pour pondérés, voir Tite 1.8 et 1 Tim 3.2. On pourrait dire « réfléchis » ou « raisonnables ».

pleins d’une foi saine, d’amour, de persévérance est littéralement « sains dans la foi, dans l’amour et dans la persévérance ». Ainsi le mot sain (« qui jouit d’une bonne santé ») modifie les trois mots qui suivent. Dans les Évangiles, le mot figure dans les propos de Jésus : « Ce ne sont pas ceux qui sont en bonne santé qui ont besoin d’un médecin… ». (Luc 5.31). Voir aussi 1 Tim 1.10. Souvent dans les Pastorales, Paul utilise ce mot pour qualifier les paroles (1 Tim 6.3), l’enseignement ou la doctrine (Tite 1.9 ; Tite 2.1 ; 2 Tim 4.3).

plein d’une foi saine est litt. « sain dans la foi », une expression déjà utilisée en Tite 1.13. Pour foi voir Introduction aux lettres pastorales et 1 Tim 1.2. Notez que les trois noms foi, amour et persévérance figurent aussi ensemble en 1 Tim 6.11 et en 2 Tim 3.10.

Pour amour, voir 1 Tim 1.5.

Pour persévérance, voir 1 Tim 6.11 ; 2 Tim 3.10.

Au lieu de suivre la Traduction œcuménique de la Bible, il vaudrait mieux associer le mot sain à chacun de ces noms. Ainsi la Parole de Vie dit que ces hommes âgés doivent être « solides dans la foi, dans l’amour et la patience ». La Bible en français courant propose « fermes dans la foi… », la Bible de Jérusalem « robustes dans la foi… », et la Nouvelle Français courant « véritable dans la foi, l’amour et la persévérance ». En fait, bien que le mot sain qualifie chacun des mots qui suivent, dans certaines langues, une telle traduction ne sera pas du tout naturelle. On pourrait alors reformuler pour dire « Leur foi devra être solide, leur amour fort, et leur persévérance sans faille ». On pourrait aussi utiliser des expressions verbales, par exemple, « Ils devraient garder la foi, aimer les autres (d’un vrai amour) et persévérer (malgré les épreuves) ».

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 2.13

La phrase en grec continue, et la majorité des versions françaises respectent cette présentation. Mais malgré la continuité, le focus passe du temps présent à l’avenir. Il s’agit de l’espérance chrétienne.

en attendant rend un participe grec. La Bible en français courant reformule en disant « C’est ainsi que nous devons attendre le bonheur… »

L’expression la bienheureuse espérance associe deux termes clé du NT, μακάριος makarios et ἐλπίς elpis. Le premier est l’adjectif que Jésus utilise lorsqu’il dit « Heureux celui qui » dans son sermon sur la montagne. Le second est le mot « espoir » ou espérance, une notion qui n’est pas toujours facile à exprimer dans certaines langues. Il ne s’agit pas seulement d’un souhait ou d’un désir, il s’agit d’une confiance que quelque chose arrivera. La La Bible du Semeur l’exprime bien : « en attendant que se réalise notre bienheureuse espérance ».

la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ : dans les Pastorales le mot grec rendu par manifestation renvoie soit à l’incarnation (2 Tim 1.10), soit, plus couramment, au jour de retour de Jésus-Christ (1 Tim 6.14 ; 2 Tim 4). Ici il s’agit de la deuxième utilisation. La Parole de Vie rend explicite la notion de « jour » en parlant du « merveilleux jour que nous espérons. Ce jour-là, notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ paraîtra dans sa gloire ».

En fait cette expression pose plusieurs problèmes pour l’exégète car la relation entre les mots en grec n’est pas claire. Le texte dit litt. « manifestation de la gloire du grand Dieu et Sauveur de nous Jésus Christ ». La question est de savoir si grand Dieu et Sauveur modifient tous les deux Jésus Christ. Certains s’opposent à cette interprétation car il n’est pas très courant dans le NT d’associer le terme Dieu à Jésus Christ. Néanmoins quelques affirmations directes de la divinité de Jésus Christ sont attestées, par exemple, Jean 20.28 et Rom 9.5. Il faut noter aussi qu’il semble invraisemblable que Paul pense au retour de Jésus-Christ et de Dieu le Père. La majorité des versions adoptent alors la lecture de la Traduction œcuménique de la Bible. L’autre interprétation serait de comprendre qu’il s’agit de deux expressions, où la gloire de Dieu le Père se manifesterait à travers l’Apparition de notre Sauveur Jésus-Christ. On parlera alors de « la gloire de notre grand Dieu et du Sauveur Jésus-Christ ». Bien que certaines versions discutent cette deuxième option en note, la quasi-totalité des versions adoptent la première interprétation.

la gloire est associée souvent à Dieu (1 Tim 1.11), mais parfois aussi à Jésus Christ (2 Tim 4.18). Pour gloire, voir 1 Tim 1.11, 1 Tim 1.17 ; 1 Tim 3.16 ; 2 Tim 2.13.

notre grand Dieu : c’est la seule occurrence de cette expression dans le NT. Dans ce contexte, grand renvoie à la grandeur du « nom » et non à la grandeur physique. Voir aussi l’Introduction aux Pastorales.

Sauveur Jésus Christ : selon la discussion ci-dessus, on pourrait aussi dire « notre grand Dieu et notre Sauveur Jésus Christ ». Voir la note de la Traduction œcuménique de la Bible. Pour Sauveur, voir Introduction aux lettres pastorales et 1 Tim 1.1.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 1.8

Paul se tourne maintenant vers les qualités positives que le dirigeant doit posséder (8-9a). En grec la liste des vices est nettement distinguée de celle des vertus par la conjonction contrastive forte ἀλλά alla, « mais ». Plusieurs versions l’omettent, mais il vaudrait mieux l’exprimer, par exemple, en disant, « Mais » ou « Au contraire, il doit être hospitalier… » En grec il n’y a pas de verbe « être », mais la majorité des versions l’insèrent, par exemple, « mais qu’il soit hospitalier » (Nouvelle Bible Segond) ou « Qu’il soit, au contraire, hospitalier » (La Bible du Semeur).

Hospitalier rend un nom composé signifiant « ami de l’étranger ». Voir 1 Tim 3.2. Si un tel terme n’existe pas dans la langue cible, on pourrait dire, comme la Parole de Vie, « Il doit bien recevoir les gens qui viennent chez lui ». Notez que ce mot et le mot qui suit se ressemblent en grec : φιλόξενον φιλάγαθον philoxenon philagathon.

ami du bien rend le mot composé grec qui désigne quelqu’un qui aime « ce qui est bien » (Bible en français courant), et qui, par extension, fait de bonnes actions.

pondéré décrit quelqu’un qui est « maître de soi », qui « se contrôle ». Voir 1 Tim 3.2. On pourrait dire « réfléchi » ou « raisonnable ».

juste : il s’agit de l’adjectif dérivé du nom « justice ». Le mot est employé dans d’autres contextes en 1 Tim 1.9 ; 2 Tim 4.8. Un responsable doit lui-même être un homme juste, mais il doit aussi être juste lorsqu’il prend des décisions qui affectent la communauté, surtout lorsqu’il faut trancher des différends au sein de l’église.

Pour saint, voir 1 Tim 2.8. Dans ce contexte, le mot décrit quelqu’un qui est entièrement consacré à Dieu et à la vie chrétienne.

maître de soi : il s’agit du seul emploi adjectival de cette racine dans le NT et même dans la Septante. Le nom correspondant, maîtrise de soi, s’emploie en Act 24.25 ; Gal 5.23 et deux fois en 2 Pi 1.6. Le verbe correspondant, « se maîtriser », est attesté en 1 Cor 7.9 ; 9.25, dans le contexte d’un athlète discipliné. La maîtrise de soi est une vertu louée aussi par des philosophes non chrétiens, tels qu’Aristote. C’est la contrepartie positive, entre autres, de la colère et de l’alcoolisme que Paul vient de condamner en Tite 1.7.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 3.9

3.9-11

Après avoir recommandé que les croyants se donnent aux bonnes œuvres (Tite 3.8), Paul se tourne vers certains problèmes au sein de l’église. Il condamne les discussions vaines (Tite 3.9) et demande même à Tite d’écarter les gens qui divisent la communauté chrétienne (Tite 3.10). Ces discussions ressemblent à celles que Paul entretient avec Timothée. Voir 1 Tim 1.4. Avec ce changement de thème, la majorité des langues commenceront un nouveau paragraphe ici.

La Traduction œcuménique de la Bible suit l’ordre du grec, où les compléments d’objet direct se trouvent en position initiale dans la phrase : Mais les recherches vaines, les généalogies, les disputes… Plusieurs versions (Bible en français courant, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond) inversent la phrase, mettant le verbe au début : « Mais évitez… ». Les traducteurs devraient suivre les contraintes dans leur langue, tout en gardant l’emphase du texte grec.

Mais les recherches vaines… : la conjonction de transition δέ de marque une transition ici. Par la suite, Paul énumère une liste de comportements à éviter.

recherches vaines : bien que le mot ζήτησις zêtêsis puisse avoir le sens de recherches (Traduction œcuménique de la Bible, Parole de Vie), dans ce contexte il renvoie certainement aux « débats », « spéculations » ou « discussions » que Paul qualifie de vains, inutiles, stupides. Voir 2 Tim 2.23. Cet adjectif peut s’appliquer soit à ce mot seul, soit aux quatre noms recherches… généalogies… disputes… controverses.

Pour les généalogies, voir 1 Tim 1.4.

les disputes : il s’agit de querelles. Voir 1 Tim 6.4.

les controverses relatives à la loi : il s’agit de certains conflits ou hostilités entre des gens, relatives à la loi, certainement la loi de Moïse. Ceci est logique lorsqu’on sait que beaucoup d’opposants de Paul sont, comme lui, des Juifs convertis au christianisme, mais qui continuent à adhérer strictement à chaque élément de la loi. Ainsi la La Bible du Semeur et la Bible de Jérusalem mettent une lettre majuscule : « au sujet de la Loi ». On pourrait aussi parler de « la loi donnée par Moïse ». Voir Tite 1.10 ; 1 Tim 6.4.

S’il est difficile de trouver dans la langue cible plusieurs termes pour les trois termes en grec désignant des débats très chauds (« débat », disputes et controverses), on pourra combiner ces trois ou peut-être les deux derniers.

Pour évite-les, 2 Tim 2.16. On pourrait aussi dire « ne t’occupe pas… » ou peut-être, pour être plus fort, « n’aie rien à faire avec… »

elles sont inutiles et vaines : elles renvoie à toutes les pratiques mentionnées dans ce verset. inutile est le contraire d’utile en Tite 1.8. Ce dernier terme désigne ce qui ne produit rien, qui n’a pas d’effet positif, qui ne sert à rien. Voir aussi 1 Cor 15.17. Le mot μάταιος mataios est rendu par vaines. On pourra dire « sans valeur » (Bible en français courant) ou « elles ne valent rien » (Parole de Vie). Ce n’est pas le même terme employé à propos des recherches vaines, mais le sens des deux adjectifs est proche.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 2.3

En grec la phrase continue sans verbe, « les femmes âgées de mêmes… ». Paul sous-entend « enseigne pareillement les femmes âgées à se comporter… » ou « à être… ». On pourrait aussi dire « De même, demande aux femmes âgées… » (Bible en français courant, Parole de Vie). Voir Tite 2.2. Paul mentionne d’abord un comportement positif, suivi de deux injonctions négatives, et finit par la mention d’un autre comportement positif. Bien sûr, les traducteurs peuvent renverser l’ordre des ces injonctions. Notez aussi que parfois un comportement positif s’exprimera par une proposition négative, et vice-versa.

Pour femmes âgées, voir 1 Tim 5.2 où un synonyme est utilisé. Ce terme est l’équivalent féminin des vieillards du Tite 2.2. Encore une fois, les traducteurs devraient choisir des expressions à connotation positive. À cette époque et dans plusieurs cultures aujourd’hui, l’âge apporte un certain statut qui demande aussi un certain respect.

pareillement rattache ce verset au précédent. Voir 1 Tim 2.9 ; 1 Tim 3.8. On pourrait dire « de même » ou « aussi ».

doivent se comporter comme il sied à des personnes saintes : cette proposition longue traduit une expression assez courte en grec, litt. « en comportement révérencieux ». C’est la seule fois que cette expression est attesté dans le NT. Le nom « comportement » désigne une façon de vivre. À l’origine, l’adjectif « révérencieux » s’appliquait à ceux ou celles qui étaient dignes de remplir des fonctions dans un temple païen. Dans un contexte chrétien, il renvoie à une personne pieuse, qui se comporte d’une manière digne. La Nouvelle Bible Segond parle d’un « comportement qui convienne à des personnes consacrées », tandis que la Bible en français courant conseille ces femmes « de se conduire en personnes qui mènent une vie sainte ». Bien que certaines versions introduisent « Dieu » ici, en parlant d’une « une vie qui plait à Dieu » (Parole de Vie) ou d’« un comportement digne de Dieu », le focus est plus sur un comportement révérencieux et pieux, qui convient à des personnes de foi.

ni médisantes ni adonnées aux excès de vin : deux comportements négatifs à éviter sont présentés.

Le mot διάβολος diabolos, médisant figure aussi en 1 Tim 3.11. Il s’agit de dire du mal de quelqu’un (que ce soit vrai ou faux) en vue d’entacher sa réputation. Ainsi la traduction de Parole de Vie, « Elles ne doivent pas dire du mal des autres », est peut-être incomplète. Le mot comprend l’intention de gâter « le nom » d’un autre. Les traducteurs pourront utiliser une expression idiomatiques ici.

ni adonnés aux excès de vin est littéralement « ni asservies à beaucoup de vin ». En fait, les Crétois étaient connus pour leur excès de table, y compris la boisson. Le verbe « asservies » est lié au nom δουλος doulos, « esclave ». Le temps parfait du participe indique un état durable, en l’occurrence, l’alcoolisme.

Pour vin, voir 1 Tim 3.8 ; 1 Tim 5.23. Dans certaines cultures, le vin n’existe pas, et on pourrait utiliser un mot générique désignant des « boissons alcooliques », par exemple, « ni être esclaves de la boisson ». Il est reporté que chez certains peuples, où un emprunt ou translittération pour vin est utilisé ici (et ailleurs dans le NT), les populations comprennent qu’elles peuvent se permettre de se saouler avec n’importe quelles autres boissons alcooliques, sauf le vin ! Ceci a mené certains traducteurs à dire « qu’elles ne soient pas esclaves de boissons alcooliques, comme le vin… » Aux traducteurs de s’assurer que le texte est bien compris dans la culture cible.

Qu’elles enseignent le bien traduit un verbe composé, littéralement « bien enseignant ». Au lieu de désigner la façon d’enseigner, le bien semble renvoyer au contenu de l’enseignement. Ces femmes doivent enseigner « ce qui est bien », d’un point de vue moral. La Bible en français courant dit « Qu’elles donnent de bons conseils ». La suite (Tite 2.4) indique que cet enseignement concerne en grande partie leur comportement au sein de la famille.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 2.14

En grec la phrase continue, mettant en exergue ce que Jésus a accompli pendant sa vie terrestre. La Traduction œcuménique de la Bible commence une nouvelle phrase, Il s’est donné lui-même pour nous. Le texte dit litt. « qui a donné lui-même pour nous ». Le sujet est Jésus Christ.

se donner parle d’un sacrifice comme dans la Bible de Jérusalem, « qui s’est livré pour nous ». D’autres diront peut-être « s’est sacrifié pour nous ». En français et d’autres langues, il s’agira d’un verbe réfléchi.

lui-même est un pronom indépendant qui est accentué en grec. La Parole de Vie fait référence plus explicitement au sacrifice de Jésus-Christ sur la croix : « Il a donné sa vie pour nous ». Il sera peut-être nécessaire de l’expliciter aussi dans d’autres langues. Comparer 1 Tim 2.6.

pour nous : le nous est clairement inclusif, renvoyant à tout croyant.

afin de nous racheter de toute iniquité et de purifier un peuple… : le but du sacrifice du Christ est d’abord de nous racheter de toute iniquité. Les traducteurs devraient chercher à bien exprimer la notion de but (ἵνα hina, « afin que ») ici.

Le verbe grec λυτρόω lutroô, rendu par racheter ne s’emploie que trois fois dans le NT : ici, en Luc 24.21 et 1 Pi 1.18. En Luc 24.21, l’allusion est à la libération du peuple d’Israël lors de la sortie d’Égypte. Dans des écrits hors de la Bible, il est utilisé lorsqu’on paie un prix pour obtenir la libération d’un esclave. Dans ce contexte le focus est sur la délivrance de quelque chose : du péché (de toute iniquité) Ainsi on pourra dire « pour nous délivrer » (Bible en français courant) ou « libérer » (Parole de Vie).

nous, comme ci-dessus, désigne tous ceux qui appartiennent au Christ.

Le mot grec ἀνομία anomia est la forme négative de « loi », ce qui donne en anglais « lawlessness » (litt. « sans loi »). Plusieurs versions (Bible en français courant, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond) proposent « tout mal » qui ne semble pas très spécifique. Dans d’autres contextes, le mot est parallèle au mot « péché » (ἁμαρτία hamartia). Ainsi la Traduction œcuménique de la Bible propose racheter de toute iniquité.

et de purifier un peuple qui lui appartienne qui soit plein d’ardeur pour les belles œuvres : ceci exprime le deuxième but de la mort sacrificielle de Christ : la purification du peuple de Dieu. Le verbe purifier parle d’une purification rituelle. On pourra dire « afin de rendre pur ». Si le peuple chrétien est dans un état de pureté rituelle et morale, ceci lui permettra d’offrir à Dieu un culte acceptable.

un peuple qui lui appartienne rend deux mots grecs λαός περιούσιος laos periousios : le mot λαός laos renvoie au peuple de Dieu ici, non pas les Juifs. Il désigne le nouveau peuple appartenant à Jésus-Christ.

Le mot grec περιούσιος periousios est rare, avec le sens de « spécial ». On pourrait dire « un peuple qui soit à lui » (Parole de Vie) ou « qui soit son bien propre » (Nouvelle Bible Segond).

qui soit plein d’ardeur pour les belles œuvres : ces mots décrivent ce peuple, littéralement « un peuple… zélé pour belles œuvres ». Le mot « zélé » est apparenté au mot « zélote ». La Nouvelle Bible Segond donne une très bonne traduction, parlant d’« un peuple… qui se passionne pour les belles œuvres ».

Pour belles œuvres, voir Tite 1.7.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.