Introduction au commentaire de traduction de Tite

Introduction

Avec les lettres à Timothée, la lettre de Paul à Tite est considérée comme l’une des épîtres pastorales. Voir l’Intro aux Pastorales. Comme ces deux autres lettres, celle-ci est une lettre personnelle d’un homme mur à l’un de ses jeunes collaborateurs. En lisant le texte, on constate que Paul a une relation très proche avec Tite, qu’il appelle mon véritable enfant (Tite 1.4).

Les destinataires

Le destinataire principal de cette lettre est Tite, l’un des collaborateurs proches de l’apôtre et responsable des chrétiens vivant sur l’île de Crète. Nous ne savons pas grande chose sur cet homme ni sur ses origines, sauf qu’il vient d’une famille grecque (Gal 2.3). C’est donc un non-Juif, de souche païenne, qui s’est converti sous le ministère de Paul (Tite 1.4). Malgré le manque de détails, nous voyons que c’est quelqu’un d’exceptionnel que Paul estime et affectionne beaucoup. Non seulement Tite a accompagné Paul lors de ses voyages, par exemple, jusqu’à Jérusalem, mais il a servi comme porte-parole de Paul et presque arbitre entre celui-ci et les Corinthiens lors de sérieux différends. Dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, Paul décrit Tite comme quelqu’un d’extrêmement sensible et « un artisan de paix » (2 Cor 7.7,13,15).

Bien qu’il s’agisse d’une lettre personnelle, en écrivant, Paul donne parfois des indications que celle-ci est destinée aussi à la communauté où Tite sert de responsable. L’apôtre montre qu’il connaît bien les problèmes de cette communauté à Crète. Parfois sévères dans ses propos concernant ce groupe de croyants, Paul se montre déterminé à encadrer et encourager Tite pour qu’il lui puisse mieux diriger cette communauté. Les points qu’il soulève ressemblent beaucoup à ceux qu’il partage avec Timothée dans sa première lettre. Il semblerait donc que certains de ces conseils soient presque « standards » et visent, non seulement ce jeune dirigeant, mais toute la communauté chrétienne de Crète. En effet, les derniers mots, « La grâce soit avec vous tous », sont certainement adressés à tous ceux pour qui Tite est responsable.

La deuxième lettre de Paul à Timothée est certainement la dernière que nous possédions, écrite depuis sa prison à Rome. Selon 2 Tim 4.10, Tite était avec Paul pendant un moment puis est parti pour continuer son ministère. Certains (Malina et Pilch) pensent que, vu le manque de structures fixes dans cette communauté, cette lettre est la première rédigée parmi les Pastorales, mais d’autres pensent qu’elle a été rédigée entre les deux épîtres à Timothée.

Circonstances de la rédaction

Pendant que cette lettre est rédigée, Tite se trouve à Crète, la plus grande île grecque située dans la Méditerranée. Crète est, en fait, le berceau d’une ancienne civilisation, les Minoens (2100–1650 av. J.-C.) qui avaient une culture forte et sophistiquée. Très tôt ce sont les gens de cette île qui ont introduit l’écriture en Europe. Cependant, en 67 av. J.-C., comme les régions autour d’elle, l’île est dominée par l’armée romaine et devient une partie de l’Empire Romaine.

Très peu de choses sont connues sur les assemblées chrétiennes à Crète. Luc décrit le voyage en mer de Paul et ses compagnons, notant qu’une grande tempête a forcé leur bateau à passer au sud de Crète, mais sans pour autant s’arrêter à cet endroit (Act 27.7ss). À part quelques mots dans cette lettre, « je t’ai laissé à Crète pour que… », rien dans le NT ne parle d’un séjour de Paul ou de Tite à cet endroit. Cette lettre donnerait la seule indication que Paul ait séjourné en Crète. Néanmoins, Paul semble bien connaître l’île et surtout le caractère de ses citoyens. Pour la controverse concernant ces faits, voir l’Intro aux Pastorales.

Les thèmes et les termes clés

Comme dans sa première lettre à Timothée, Paul insiste sur deux grands thèmes ici :
1) l’organisation de l’église
2) la saine doctrine, qui contraste avec les faux enseignements

Comme les autres lettres pastorales, bien qu’adressé à un individu, il est fort probable que le contenu était lu en public devant l’assemblée des chrétiens.

Pour les termes clés et d’autres informations, voir l’Intro aux Pastorales.

Le plan du livre

Comparé à la majorité des lettres de Paul, cette lettre est relativement courte. Elle suit les autres épîtres en commençant par une introduction qui présente l’auteur et le destinataire et comme elles, finit par une bénédiction finale.

Il y a plusieurs plans proposés par différents commentateurs, mais nous préférons un plan assez simple, légèrement adapté d’Andria (2008) :
Salutations (Tite 1.1)
Organisation de l’église (Tite 1.5)
 Établissement des anciens (Tite 1.5)
 Combat contre les faux enseignants (Tite 1.10)
L’éthique, la grâce, et les divisions dans l’église (Tite 2.1– Tite 3.11)
 L’éthique dans la communauté (Tite 2.1)
 introduction (Tite 2.1)
 les hommes et femmes âgés (Tite 2.2)
 les jeunes gens (Tite 2.6)
 les esclaves (Tite 2.9)
 La grâce à la base de l’éthique (Tite 2.11)
 L’éthique dans la société (Tite 3.1)
 Les divisions dans l’église (Tite 3.9)
Les derniers mots (Tite 3.12)

Bibliographie

Andria, Solomon, «  Tite », in Commentaire biblique contemporain, sous dir. Tonkunboh Adeyemo, Abidjan : CPE, 2008.
Arichea, D.C. et Hatton, H.A. A Handbook on Paul’s Letter to Titus, New York : UBS, 1995.

Commentaire sur la traduction de Tite 2.1

L’Éthique, la grâce, et les divisions dans l’église (2.1–3.11)

Après un long discours sur ses opposants, Paul se tourne maintenant vers Tite pour lui adresser des propos personnels. Il commence en faisant un contraste entre ces faux enseignants et Tite, qui doit enseigner une saine doctrine (Tite 2.1) à différents groupes au sein de la communauté. Cette section pratique est suivie d’une sorte de digression, qui constitue une discussion profonde sur la grâce de Dieu et son impact sur la conduite du chrétien (Tite 2.11). Puis Paul revient à ses exhortations personnelles à Tite (Tite 2.15). Bien qu’un nouveau chapitre commence en Tite 1.1, ces directives personnelles continuent, où Paul revient sur le problème des faux enseignants et des vaines discussions (Tite 3.1).

Les traducteurs devraient décider comment présenter cette section et proposer des sous-sections et sous-titres qui conviennent. Certains biblistes gardent ensemble l’unité Tite 2.1– Tite 3.11 (Andria), avec un titre global comme ci-dessus. En effet, ici Paul met l’emphase sur l’enseignement d’une saine doctrine, qui ne devrait pas être diffamé par le mauvais comportement des chrétiens. Néanmoins d’autres divisent Tite 2.1 et Tite 3.1, présentant chaque section avec son sous-titre. Encore d’autres séparent Tite 2.1 en petites sections (Parole de Vie). Les traducteurs pourront examiner les différentes versions et choisir une présentation du texte qui aide le lecteur à bien suivre le fil d’idées.

2.1-15

En fait même ces versets sont divisés en deux. En Tite 2.1 Paul donne ses instructions concernant les différentes catégories de gens dans l’Église :
• les hommes et femmes âgés (Tite 2.2)
• les jeunes gens (Tite 2.6)
• les esclaves (Tite 2.9)

Certaines versions mettent un seul sous-titre, par exemple, la Nouvelle Français courant, « Les conséquences pratiques d’un enseignement véritable », tandis que d’autres mettent un sous-titre pour chaque partie ci-dessus.

A partir du 2.11 Paul commence à parler de la grâce de Dieu, comme l’indique le sous-titre de la Nouvelle Français courant : « La grâce de Dieu a été révélée ».

Ci-dessous chaque section sera présentée à part.

2.1-5

Après un mot direct à Tite (Tite 2.1), cette section constitue les conseils de Paul pour les différentes catégories d’âge au sein de la communauté chrétienne. Il s’agit des hommes âgés (Tite 2.2), des femmes âgées (2.3-4a), et des jeunes femmes (v. 4b-5). Bien que plusieurs offrent un sous-titre comme « Les vieillards » (Traduction œcuménique de la Bible) ou « Comment les vieux doivent se conduire », le titre doit être plus inclusif, par exemple, « Conseils pour les différentes classes d’âges ». En effet, dans de nombreuses cultures, ces catégories seront bien reconnues.

Notez que Tite 1.2 constitue une seule phrase en grec, mais dans presque toutes les langues, celle-ci sera divisée en plusieurs phrases dans la traduction.

En grec Pour toi est littéralement « mais toi », avec la conjonction δέ de. Il s’agit clairement d’un contraste entre Tite et les « faux docteurs ». Voir aussi 1 Tim 6.11 et 2 Tim 3.14. On pourrait rendre le grec littéralement ou dire « Quant à toi », « Toi, au contraire ».

enseigne est littéralement « parle » (Parole de Vie) ou « dis » (Nouvelle Bible Segond). Ici et en Tite 1.15, le contexte justifie la traduction enseigne.

ce qui est conforme à la saine doctrine : le verbe veut dire « ce qui convient à » ou « ce qui s’accorde avec ». Dans ce contexte on pourrait aussi dire « ce qui suit la saine doctrine ». Ailleurs le verbe a le sens d’« être approprié ». Voir 1 Cor 11.13 ; Éph 5.3 ; 1 Tim 2.10.

Pour saine doctrine, voir 1 Tim 1.10. On pourrait parler de « l’enseignement authentique » (La Bible du Semeur) ou « juste » (Parole de Vie).

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 2.12

En grec, la phrase continue avec un participe, « nous éduquant… » Mais la majorité de versions françaises commencent une nouvelle phrase, comme dans la Traduction œcuménique de la Bible, Elle nous enseigne… Le verbe, employé aussi en 1 Tim 1.20 et 2 Tim 2.25, comprend normalement la notion de formation et de discipline. En 2 Tim 2.25, ce sens est atténué par l’addition des mots « avec douceur ».

Elle dans la Traduction œcuménique de la Bible renvoie à l’agent ou celui qui enseigne. Il s’agit de la grâce de Dieu (Tite 2.11), personnifiée ici. Cette personnification peut poser problème dans certaines langues. Dans ce cas, on pourra dire : « C’est par sa grâce que Dieu nous enseigne… »

Elle nous enseigne à renoncer à l’impiété et aux désirs de ce monde : le verbe rendu par renoncer a souvent le sens de « nier » ou « renier » (Nouvelle Bible Segond), « dire “non” à » quelqu’un ou quelque chose. Le verbe a différentes nuances selon le contexte. Voir 1 Tim 5.8 ; 2 Tim 2.12, 2 Tim 2.13 ; 2 Tim 3.5. Dans ce contexte, la Parole de Vie propose « rejeter ».

Pour l’impiété, voir l’Intro et 2 Tim 2.16. L’impiété est en fait, le non-respect ou le mépris de choses sacrés ou religieuses. Ici il s’agit du « mépris de Dieu » (La Bible du Semeur). Dans ce verset le mot s’oppose à la piété, qui devrait caractériser la vie d’un croyant (Introduction aux lettres pastorales et 1 Tim 2.2) sera peut-être difficile de trouver une expression pour rendre cette idée. La traduction de la Bible en français courant, « une mauvaise conduite », semble focaliser trop sur les actes, tandis que la traduction de la Parole de Vie, « ce qui est mauvais » est trop général. Il ne s’agit pas d’une doctrine erronée, mais d’un état d’esprit ou attitude qui milite contre Dieu et tout ce qui est sacré.

désirs de ce monde : en grec le mot désirs n’est pas forcément mauvais. Dans certains contextes, il s’emploie à propos d’une ambition louable (1 Tim 3.1). Mais ici il est suivi d’un adjectif dérivé du nom κοσμικός kosmikos, monde, qui, dans ce contexte, a une connotation négative. En 2 Tim 4.10, le mot αἰών aiôn a une connotation similaire. Le démonstratif ce monde est sous-entendu, mais se justifie par les mots dans le temps présent qui suivent.f

pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété : la conjonction pour que ne figure pas en grec, mais semble justifiée par le verbe vivions à l’aoriste subjonctif en grec. Certaines versions commencent une nouvelle phrase en disant, « Ainsi nous pourrons mener… une vie…. ». Le texte grec a l’ordre inverse, par lequel les trois notions caractérisant la conduite chrétienne figurent avant le verbe.

La première notion n’est pas nouvelle : il s’agit de l’adverbe σωφρόνως sôphronôs, apparenté aux différentes formes de la racine déjà vue en 1 Tim 3.2 et dans cette lettre (Tite 1.8 ; Tite 2.2, Tite 2.5, Tite 2.6, Tite 2.12). Bien que la Traduction œcuménique de la Bible parle de réserve, le mot désigne encore une fois quelqu’un vit sa vie avec un certain « bons sens » ou réflexion.

Deuxièmement, nous devons vivre d’une manière juste, l’adverbe δικαίως dikaios, venant de la racine pour « justice ». Voir Tite 1.8.

La troisième notion est aussi exprimée par un adverbe, εὐσεβῶς eusebôs, « pieusement ». Voir Intro et 2 Tim 3.12.

La Bible en français courant et la Parole de Vie parlent d’une vie « raisonnable, juste et fidèle à Dieu ». Mais dans certaines langues, on pourra dire « …pour que nous vivions d’une manière sage/réfléchie, juste et pieuse ».

Le temps présent rend l’expression ἐν τῷ νῦν αἰῶνι en to nun aiôni, qui peut renvoyer à « ce monde d’aujourd’hui » (Bible en français courant, Parole de Vie) ou « le temps qu’on vit aujourd’hui » (Nouvelle Français courant). Ailleurs l’expression a une connotation négative (2 Tim 4.18), mais ici il est plus neutre.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 1.7

1.7-9

Après avoir parlé des qualifications de l’ancien (Tite 1.6), Paul dresse une liste de qualifications au sujet de ὁ ἐπίσκοπος ho episkopos, l’épiscope, autrement dit « le dirigeant », « le surveillant » (bishop, « évêque », dans plusieurs versions en anglais). A vrai dire, les biblistes sont divisés sur l’interprétation de ce passage. Certains y voient deux groupes distincts : les anciens et les épiscopes, tandis que d’autres pensent qu’il s’agit des mêmes personnes. En fait les listes pour ces deux se chevauchent, même si la liste des qualifications pour l’épiscope est beaucoup plus détaillée. Basé sur 1.7, certains exégètes pensent qu’il s’agit d’un seul groupe de personnes.

La division du texte pose aussi un problème. Bien que la La Bible du Semeur mette un nouveau paragraphe ici, beaucoup de versions (Traduction œcuménique de la Bible, Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem, Bible en français courant, Parole de Vie) laisse couler le texte, ce qui implique qu’en effet la descriptions des qualifications des anciens continue.

La conjonction γάρ gar, « car » introduit des nouvelles remarques sur les qualification de l’épiscope. Comme expliqué dans la discussion ci-dessus (Tite 1.7), les traducteurs devraient décider comment lier 1.7 à ce qui précède. La majorité y voient une continuation, avec une conjonction introduisant une raison pour renforcer ce qui précède (« Car ») ou un développement d’un thème déjà énoncé (en effet).

Le texte dit litt. « Car il faut que l’épiscope irréprochable être ». Ici l’épiscope est précédé d’un article défini, que certains prennent comme preuve qu’il s’agit du dirigeant principal des anciens. Cependant, d’autres y voient un sens collectif : « un dirigeant d’Église » (La Bible du Semeur, Bible en français courant), « En effet, un responsable d’Église doit être irréprochable » (Nouvelle Bible Segond). Ces traductions impliquent que Paul parle de tous les anciens. Mais par sa traduction « Le principal responsable de l’Église », la Parole de Vie semble anticiper l’organisation de l’Église que nous connaissons à partir du 2e siècle. Plus tard, il y aura un seul évêque dans chaque église, et plusieurs anciens qui, avec toute la communauté, devaient se soumettre à lui. Il faudrait choisir une interprétation et si nécessaire mettre d’autres possibilités en note. Notons que la majorité des versions en français voient épiscope presque comme un synonyme d’ ancien.

Pour le mot ἐπίσκοπος episkopos, épiscope, voir 1 Tim 3.2. Il s’agit d’une personne qui veille sur la communauté chrétienne (Act 20.28), la dirige ou la surveille (Phil 1.1). En 1 Pi 2.25, ce même titre est attribué à Jésus Christ, pour dire qu’il veille sur l’ensemble des chrétiens dispersés.

Les traducteurs devraient se rappeler qu’à l’époque où Paul a écrit cette lettre, les différentes fonctions dans les églises locales restaient floues. Il semble sage de ne pas translittérer ce mot comme dans la Traduction œcuménique de la Bible et la Nouvelle Bible Segond, mais de le traduire : « responsable » ou « dirigeant d’Église ».

Pour irréprochable : voir Tite 1.6. Dans ce qui suit, Paul donne une liste de défauts que le responsable ne devrait pas avoir. La Parole de Vie propose « il doit donc mener une vie sans faute », mais la nuance plus importante, c’est qu’on ne puisse pas accuser l’épiscope de faute, surtout d’avoir les faiblesses mentionnées par la suite.

en sa qualité d’intendant de Dieu : est litt. « comme intendant de Dieu ». Il est possible que le mot épiscope soit un titre, et l’intendant, une indication de son rôle ou fonction.

Le mot grec οἰκονόμος oikonomos, intendant donne en français le mot « économe ». Il s’agit d’une personne chargée de gérer les affaires ou la maison de quelqu’un. Celui-ci doit donc être « fidèle et intelligent » (Luc 12.42, voir aussi Luc 16.1-8). C’est aussi le titre de l’administrateur municipal romain mentionné en Rom 16.23, où la Bible en français courant le traduit par « trésorier ». Dans un sens étendu, Paul appelle les évangélistes, collectivement, des « intendants des mystères de Dieu » (1 Cor 4.1 Bible en français courant, « serviteurs… chargés de gérer les vérités secrètes de Dieu »). Voir aussi 1.2, Gal 4.2 et 1 Pi 4.10. On pourrait dire « en tant qu’intendant ». La Bible en français courant et la Parole de Vie reformulent et parlent de l’homme « chargé de s’occuper des affaires de Dieu ».

arrogant veut dire « orgueilleux » (Parole de Vie) ou « présomptueux » Le même terme est employé en 2 Pi 2.10 à propos des faux enseignants. La La Bible du Semeur dit « imbu de lui-même ». Les traducteurs pourront aussi utiliser une expression idiomatique. Voir aussi 2 Tim 3.2.

coléreux : ce mot décrit une personne qui se fâche souvent et rapidement. Paul dit que le dirigeant ne doit pas se mettre facilement en colère. Les traducteurs devraient ici aussi utiliser des expressions idiomatiques dans leur langue.

buveur : ce terme est employé seulement ici et en 1 Tim 3.3 dans la Bible grecque. La Nouvelle Bible Segond dit plus précisément « adonné au vin ». En effet, le terme grec dérive du mot « vin ». Cependant, surtout dans des régions où une autre boisson alcoolique, par exemple, le vin de palme, est plus courante, on peut employer un terme plus général et idiomatique, par exemple, « il ne doit être une personne que la boisson tue ».

batailleur : il s’agit de quelqu’un de « violent » (Nouvelle Bible Segond, Bible en français courant, Parole de Vie). Le terme grec est employé seulement ici et en 1 Tim 3.3. On pourrait aussi parler d’un « querelleur » (La Bible du Semeur).

avide de gains honteux : il s’agit d’un adjectif employé ici et dans 1 Tim 3.8, qui est composé de deux racines : « honte » et de « gain », En 1 Pi 5.2 la Bible en français courant traduit l’adverbe correspondant par « non par désir de vous enrichir ». La Parole de Vie propose : « Qu’il ne cherche pas à gagner de l’argent de façon malhonnête ».

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 3.8

Elle est digne de confiance, cette parole : cette expression est l’une des expressions communes aux lettres dites « Pastorales ». Voir 1 Tim 1.15 ; comparer 1 Tim 3.1 ; 1 Tim 4.9 ; 2 Tim 2.11. Mais chaque fois qu’elle paraît, il faudrait déterminer à quoi les mots renvoient : à ce qui précède ou à ce qui suit. Ici la plupart des commentateurs pensent qu’elle renvoie au contenu du Tite 3.4, et surtout la dernière affirmation concernant notre justification et notre héritage en Jésus-Christ. Si cette interprétation est adoptée, on pourrait rattacher ces mots au paragraphe précédent et ouvrir un nouveau paragraphe en 3.8b. Certaines versions vont jusqu’à mettre un sous-titre après 3.8a. Mais l’autre possibilité, c’est de rattacher ces mots à ce qui suit. L’emploi de la conjonction καί kai et (litt. « Fiable la parole, et concernant ces-choses je veux que tu insistes ») peut suggérer une telle exégèse. Le passage du singulier parole au pluriel « ces-choses » (Traduction œcuménique de la Bible ce sujet) semble tout à fait naturel ici. Aux traducteurs de faire leur choix d’interprétation.

je veux que tu sois tout à fait attentif à ce sujet : je renvoie à Paul, l’auteur et tu, à Tite. Le verbe est employé dans le même sens en 1 Tim 1.7. En fait Paul ne demande pas à Tite d’être attentif à l’enseignement précédent, mais plutôt, il lui demande d’insister (Bible en français courant, Parole de Vie, La Bible du Semeur) lorsqu’il enseigne.

à ce sujet rend un pronom pluriel en grec, « ces choses » (La Bible du Semeur). On pourrait aussi parler de « point », au singulier ou au pluriel, par exemple, « Je veux que tu insistes beaucoup sur ces points-là » (Bible en français courant), « je tiens à ce que, sur ce point, tu sois catégorique » (Bible de Jérusalem).

afin que tous ceux qui ont mis leur foi en Dieu s’applique à exceller dans les belles œuvres : Paul définit le but de ces instructions, introduisant ces propos encore une fois par ἵνα hina, afin que. La Parole de Vie coupe la phrase ici et commence par « Alors tous… qui croient… ».

ont mis leur foi : il s’agit d’un participe parfait en grec, basé sur le verbe πιστεύω pisteuô, « ceux ayant cru » en Dieu depuis un certain temps.

s’appliquent à exceller dans les belles œuvres : dans l’AT et les livres deutérocanoniques, le verbe s’appliquer a le sens de « penser avec attention à quelque chose », « se soucier de » ou « prendre soin de quelque chose ». Ainsi la Bible en français courant parle de « veiller à » et la Bible de Jérusalem, « avoir à cœur de ».

exceller veut dire « s’engager à fond ». Employé en 1 Tim 3.4-5,12 ; 5.17 dans le sens de « diriger », ce verbe désigne plutôt « accomplir » dans ce contexte.

Pour les belles œuvres, voir 1 Tim 2.10. La communauté chrétienne doit exceller dans leurs bonnes actions.

Voilà ce qui est beau et utile pour les hommes est littéralement, « ces choses sont belles et utiles pour les humains ». « Ces choses » sont les belles œuvres ou actions accomplies par les chrétiens.

beau rend le mot générique pour « bon », un sens qui conviendra mieux dans plusieurs langues : « Voilà qui est bon et utile à tous » (Nouvelle Français courant).

utile veut dire « profitable ». Il s’agit du mot proche du nom « Philémon ». Ces choses font du bien aux êtres humains.

Pour hommes, voir Tite 1.14 ; 1 Tim 2.1. Il s’agit de toute l’humanité, homme ou femme.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 2.2

Paul commence par les hommes âgés en présentant une liste de caractéristiques d’un croyant d’un certain âge. litt. « vieillards sobres être, respectables… ». Notez qu’ici le verbe être est un infinitif en grec, qui exprime un impératif. Les traducteurs devraient décider comment bien exprimer cette injonction. Plusieurs versions en français utilisent un subjonctif, comme la Traduction œcuménique de la Bible, Que les vieillards soient… Mais la Bible en français courant et la Parole de Vie sont plus explicites, « Dis » ou « Demande aux hommes âgés de… »

vieillards : dans certains contextes, le nom rendu par vieillards signifie « presbytres » (1 Tim 5.1), mais le contexte met l’accent sur l’âge des hommes en question, même si l’âge exact n’est pas spécifié. Dans la littérature classique, ce terme s’applique aux gens d’une soixantaine d’années. Tite 3.3 montre qu’ici, les femmes sont exclues. Il faudrait choisir un terme pour vieillards qui n’est pas péjoratif dans la langue cible. En français, on parle de « personnes âgées » ou « personnes du troisième âge ». Dans beaucoup de langues, une expression à connotation positive existe pour désigner les membres d’une classe d’âge supérieure. Ici le pluriel est utilisé pour parler de ce groupe d’hommes.

Pour sobres, voir 1 Tim 3.2, 1 Tim 3.11.

Pour dignes, voir 1 Tim 3.8, 1 Tim 3.11. Plusieurs versions disent « respectables ».

Pour pondérés, voir Tite 1.8 et 1 Tim 3.2. On pourrait dire « réfléchis » ou « raisonnables ».

pleins d’une foi saine, d’amour, de persévérance est littéralement « sains dans la foi, dans l’amour et dans la persévérance ». Ainsi le mot sain (« qui jouit d’une bonne santé ») modifie les trois mots qui suivent. Dans les Évangiles, le mot figure dans les propos de Jésus : « Ce ne sont pas ceux qui sont en bonne santé qui ont besoin d’un médecin… ». (Luc 5.31). Voir aussi 1 Tim 1.10. Souvent dans les Pastorales, Paul utilise ce mot pour qualifier les paroles (1 Tim 6.3), l’enseignement ou la doctrine (Tite 1.9 ; Tite 2.1 ; 2 Tim 4.3).

plein d’une foi saine est litt. « sain dans la foi », une expression déjà utilisée en Tite 1.13. Pour foi voir Introduction aux lettres pastorales et 1 Tim 1.2. Notez que les trois noms foi, amour et persévérance figurent aussi ensemble en 1 Tim 6.11 et en 2 Tim 3.10.

Pour amour, voir 1 Tim 1.5.

Pour persévérance, voir 1 Tim 6.11 ; 2 Tim 3.10.

Au lieu de suivre la Traduction œcuménique de la Bible, il vaudrait mieux associer le mot sain à chacun de ces noms. Ainsi la Parole de Vie dit que ces hommes âgés doivent être « solides dans la foi, dans l’amour et la patience ». La Bible en français courant propose « fermes dans la foi… », la Bible de Jérusalem « robustes dans la foi… », et la Nouvelle Français courant « véritable dans la foi, l’amour et la persévérance ». En fait, bien que le mot sain qualifie chacun des mots qui suivent, dans certaines langues, une telle traduction ne sera pas du tout naturelle. On pourrait alors reformuler pour dire « Leur foi devra être solide, leur amour fort, et leur persévérance sans faille ». On pourrait aussi utiliser des expressions verbales, par exemple, « Ils devraient garder la foi, aimer les autres (d’un vrai amour) et persévérer (malgré les épreuves) ».

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 2.13

La phrase en grec continue, et la majorité des versions françaises respectent cette présentation. Mais malgré la continuité, le focus passe du temps présent à l’avenir. Il s’agit de l’espérance chrétienne.

en attendant rend un participe grec. La Bible en français courant reformule en disant « C’est ainsi que nous devons attendre le bonheur… »

L’expression la bienheureuse espérance associe deux termes clé du NT, μακάριος makarios et ἐλπίς elpis. Le premier est l’adjectif que Jésus utilise lorsqu’il dit « Heureux celui qui » dans son sermon sur la montagne. Le second est le mot « espoir » ou espérance, une notion qui n’est pas toujours facile à exprimer dans certaines langues. Il ne s’agit pas seulement d’un souhait ou d’un désir, il s’agit d’une confiance que quelque chose arrivera. La La Bible du Semeur l’exprime bien : « en attendant que se réalise notre bienheureuse espérance ».

la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ : dans les Pastorales le mot grec rendu par manifestation renvoie soit à l’incarnation (2 Tim 1.10), soit, plus couramment, au jour de retour de Jésus-Christ (1 Tim 6.14 ; 2 Tim 4). Ici il s’agit de la deuxième utilisation. La Parole de Vie rend explicite la notion de « jour » en parlant du « merveilleux jour que nous espérons. Ce jour-là, notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ paraîtra dans sa gloire ».

En fait cette expression pose plusieurs problèmes pour l’exégète car la relation entre les mots en grec n’est pas claire. Le texte dit litt. « manifestation de la gloire du grand Dieu et Sauveur de nous Jésus Christ ». La question est de savoir si grand Dieu et Sauveur modifient tous les deux Jésus Christ. Certains s’opposent à cette interprétation car il n’est pas très courant dans le NT d’associer le terme Dieu à Jésus Christ. Néanmoins quelques affirmations directes de la divinité de Jésus Christ sont attestées, par exemple, Jean 20.28 et Rom 9.5. Il faut noter aussi qu’il semble invraisemblable que Paul pense au retour de Jésus-Christ et de Dieu le Père. La majorité des versions adoptent alors la lecture de la Traduction œcuménique de la Bible. L’autre interprétation serait de comprendre qu’il s’agit de deux expressions, où la gloire de Dieu le Père se manifesterait à travers l’Apparition de notre Sauveur Jésus-Christ. On parlera alors de « la gloire de notre grand Dieu et du Sauveur Jésus-Christ ». Bien que certaines versions discutent cette deuxième option en note, la quasi-totalité des versions adoptent la première interprétation.

la gloire est associée souvent à Dieu (1 Tim 1.11), mais parfois aussi à Jésus Christ (2 Tim 4.18). Pour gloire, voir 1 Tim 1.11, 1 Tim 1.17 ; 1 Tim 3.16 ; 2 Tim 2.13.

notre grand Dieu : c’est la seule occurrence de cette expression dans le NT. Dans ce contexte, grand renvoie à la grandeur du « nom » et non à la grandeur physique. Voir aussi l’Introduction aux Pastorales.

Sauveur Jésus Christ : selon la discussion ci-dessus, on pourrait aussi dire « notre grand Dieu et notre Sauveur Jésus Christ ». Voir la note de la Traduction œcuménique de la Bible. Pour Sauveur, voir Introduction aux lettres pastorales et 1 Tim 1.1.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de Tite 1.8

Paul se tourne maintenant vers les qualités positives que le dirigeant doit posséder (8-9a). En grec la liste des vices est nettement distinguée de celle des vertus par la conjonction contrastive forte ἀλλά alla, « mais ». Plusieurs versions l’omettent, mais il vaudrait mieux l’exprimer, par exemple, en disant, « Mais » ou « Au contraire, il doit être hospitalier… » En grec il n’y a pas de verbe « être », mais la majorité des versions l’insèrent, par exemple, « mais qu’il soit hospitalier » (Nouvelle Bible Segond) ou « Qu’il soit, au contraire, hospitalier » (La Bible du Semeur).

Hospitalier rend un nom composé signifiant « ami de l’étranger ». Voir 1 Tim 3.2. Si un tel terme n’existe pas dans la langue cible, on pourrait dire, comme la Parole de Vie, « Il doit bien recevoir les gens qui viennent chez lui ». Notez que ce mot et le mot qui suit se ressemblent en grec : φιλόξενον φιλάγαθον philoxenon philagathon.

ami du bien rend le mot composé grec qui désigne quelqu’un qui aime « ce qui est bien » (Bible en français courant), et qui, par extension, fait de bonnes actions.

pondéré décrit quelqu’un qui est « maître de soi », qui « se contrôle ». Voir 1 Tim 3.2. On pourrait dire « réfléchi » ou « raisonnable ».

juste : il s’agit de l’adjectif dérivé du nom « justice ». Le mot est employé dans d’autres contextes en 1 Tim 1.9 ; 2 Tim 4.8. Un responsable doit lui-même être un homme juste, mais il doit aussi être juste lorsqu’il prend des décisions qui affectent la communauté, surtout lorsqu’il faut trancher des différends au sein de l’église.

Pour saint, voir 1 Tim 2.8. Dans ce contexte, le mot décrit quelqu’un qui est entièrement consacré à Dieu et à la vie chrétienne.

maître de soi : il s’agit du seul emploi adjectival de cette racine dans le NT et même dans la Septante. Le nom correspondant, maîtrise de soi, s’emploie en Act 24.25 ; Gal 5.23 et deux fois en 2 Pi 1.6. Le verbe correspondant, « se maîtriser », est attesté en 1 Cor 7.9 ; 9.25, dans le contexte d’un athlète discipliné. La maîtrise de soi est une vertu louée aussi par des philosophes non chrétiens, tels qu’Aristote. C’est la contrepartie positive, entre autres, de la colère et de l’alcoolisme que Paul vient de condamner en Tite 1.7.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.