Commentaire sur la traduction de l'Ecclésiaste 2.26

Oui, il donne à l’homme qui lui plaît sagesse, science et joie : Oui, qui rend le mot hébreu כִּי kî, peut introduire une raison ou marquer l’emphase. Ici la majorité des versions optent pour ce dernier emploi, en disant Oui ou « En effet ». Exceptionnellement la Bible de Jérusalem l’omet et la Nouvelle Bible Segond maintient « car ».

il donne à l’homme qui lui plaît est littéralement « à אָדָם ʾâdâm qui (est) bon devant lui il donne ». il renvoie à Dieu qui est mentionné à la fin du verset. Beaucoup de langues préféreront le nommer ici, comme dans la Parole de Vie : « Oui, à l’homme qui est bon à ses yeux, Dieu donne… »

En hébreu, donne exprime une vérité générale.

Comme ailleurs, אָדָם ʾâdâm, l’homme, désigne toute l’humanité.

Pour sagesse, voir Introduction au commentaire de traduction de l’Ecclésiaste et Ecc 1.13. Pour sagesse et science, voir Ecc 1.16.

Normalement Qohéleth n’associe pas la joie directement à la sagesse et la connaissance. Mais ici il note que Dieu offre ces trois choses aux gens qui lui plaisent. Pour joie, voir Ecc 1.15.

mais au pécheur il donne comme occupation de rassembler et d’amasser, pour donner à celui qui plaît à Dieu : mais introduit un contraste important. Il vaudrait mieux alors rendre la conjonction וְ we par une conjonction contrastive et non par un simple « et » (Bible de Jérusalem). Ici Qohéleth annonce une vérité générale, mais il faudrait avouer que ces propos semblent un peu contradictoires par rapport à ses autres constats. Ailleurs Qohéleth dit que le sage et l’insensé ont le même sort, mais ici il met en relief le fait que celui qui plaît à Dieu est favorisé.

pécheur : c’est la première fois que ce terme clé paraît dans ce livre, mais pas la dernière (voir Ecc 5.5 ; Ecc 7.20, Ecc 7.26 ; Ecc 8.2 ; Ecc 9.2, Ecc 9.18). Le mot péché désigne une faute commise à l’égard d’un autre. En Nombres (NUM.15.27), le terme חטא hṭʾ, « péché », est aussi utilisé dans le contexte de faute involontaire. Ce terme clé va souvent de paire avec « le juste », constituant son opposé. Voir, par exemple, Prov 13.22. Ici Qohéleth l’oppose à « celui qui plaît à Dieu ».

il donne comme occupation de rassembler et d’amasser pour donner à celui qui plaît à Dieu est une traduction assez littérale de l’hébreu. il désigne Dieu. Le verbe générique donner apparaît dans le verset pour la deuxième fois, mais certaines versions utilisent un verbe plus fort ici : « mais il impose comme occupation… » (La Bible du Semeur), « Mais il charge celui qui lui désobéit d’amasser… » (Parole de Vie). Il s’agit d’une tâche (Bible de Jérusalem). En Ecc 1.13, le mot עִנְיָן ʿinyân, « besogne », est qualifié de רַע râʿ, « mauvais », un sens qui semble sous-entendu ici.

rassembler et amasser sont synonymes mais dans certaines langues, un seul verbe suffira. Dans beaucoup de langues, il va falloir fournir un complément d’objet direct : « il lui donne la tâche de ramasser les choses », « les biens » (Bible en français courant, Parole de Vie), « les richesses ».

pour donner à celui qui plait à Dieu : dans d’autres passages Qohéleth évoque le fait qu’on peut travailler pour ne rien recevoir, ou pour tout perdre à sa mort. Mais ici la pensée est autre : Dieu fera travailler les méchants ou les injustes pour donner à ceux qui sont justes. L’expression celui qui plaît à Dieu (litt. « celui qui bon devant Dieu ») utilisée plus haut est maintenant rendue explicite par la mention de Dieu. Voir Introduction au commentaire de traduction de l’Ecclésiaste.

Cela aussi est vanité et poursuite de vent : pour vanité et poursuite de vent, voir Introduction au commentaire de traduction de l’Ecclésiaste, Ecc 1.2 et Ecc 1.14.

3.1-8

Après avoir examiné sa vie et fait un certain nombre de constats, Qohéleth offre un poème d’une grande finesse, qui raconte comment il y a un temps pour chaque chose sous le ciel. Ces vers sont devenus célèbres à travers le monde et ont été chantés par des chanteurs anciens et modernes. Le trait le plus frappant est peut-être la répétition du mot hébreu עֵת ʿét, « temps », répété plus de 25 fois dans ces versets. Il annonce le thème et crée un leitmotiv assez remarquable. Le temps fait partie des notions de l’école de sagesse, dont l’impact est aussi ressenti en Ps 1 où le juste est décrit comme un arbre qui donne son fruit « en son temps ».

Le poème est construit à partir de lignes parallèles synonymiques et antithétiques. Comme beaucoup de poèmes en hébreu, celui-ci s’ouvre et se termine par des chiasmes, un procédé stylistique qui joue un rôle très important dans la poésie hébraïque. Voir Introduction au commentaire de traduction de l’Ecclésiaste. Ainsi le début du poème (Ecc 3.1) se présente comme suit :
CH1 pour tout…
CH2 un moment
CH2 et un temps…
CH1 pour chaque chose sous le ciel

De même à la fin du poème (Ecc 3.8), la même structure réapparaît.

Le reste du poème présente aussi une structure complexe et bien travaillée basée sur des oppositions positives (+), négatives (-). Ainsi Ecc 3.2 et Ecc 3.7 « entourent » le reste du poème et présentent des oppositions (Loader, 1986) :

positives-négatives (Ecc 3.2) :
un temps pour naître, un temps pour mourir (+, -)
un temps pour planter, un temps pour arracher ce qui est planté (+, -)

et négatives – positives (Ecc 3.7) :

un temps pour déchirer, un temps pour coudre (-, +)
un temps pour se taire, un temps pour parler (-, +)

De même, au milieu du poème, le poète rassemble deux séries de lignes parallèles, d’abord 3.3-4, présentant l’ordre négatif-positif :

un temps pour tuer et un temps pour guérir (-, +)
un temps pour saper et un temps pour bâtir (-, +)
un temps pour pleurer et un temps pour rire (-, +)
un temps pour se lamenter et un temps pour danser (-, +)

et ensuite 3.5-6 présentant l’ordre inverse, positif-négatif :

un temps pour jeter des pierres et un temps pour amasser les pierres (+, -, voir discussion à Ecc 3.5)
un temps pour embrasser et un temps pour éviter d’embrasser (+, -)
un temps pour chercher et un temps pour perdre (+, -)
un temps pour garder et un temps pour jeter (+, -)

Ainsi on peut résumer la structure du poème comme suit :

CH1 A 3.1 chiasme
CH2 B 3.2 deux séries de positif-négatif
CH3 C 3.3-4 quatre séries de négatif-positif
CH3 C’ 3.5-6 quatre séries de positif-négatif
CH2 B’ 3.7 deux séries de négatif-positif
CH1 A’ 3.8 chiasme

À travers cette structure très marquée, le mot temps tamponne dans les oreilles de celui qui écoute ou qui lit le texte à haute voix. En hébreu l’expression est très concise, caractéristique de la poésie hébraïque. Les traducteurs pourront faire de leur mieux pour re-créer un poème dans leur langue, gardant le « goût » de l’original. Presque toutes les langues peuvent imiter le rythme binaire, même si les traducteurs devraient ajouter certains éléments pour la compréhension. Ainsi plusieurs versions en français sont obligées de dire « Il y a un moment pour X et un temps pour Y », ou encore plus explicitement « il y a un moment pour X et il y a un temps pour Y ».

Certaines versions (La Bible du Semeur) présentent 3.1-8 en prose, mais le texte est clairement poétique et une bonne traduction imitera ce style et cherchera à rendre aussi le rythme équilibré de chaque vers. Dans la majorité des langues, la répétition du mot temps sera appréciée et aidera à communiquer le message. Dans certaines langues, il sera important de conserver la conjonction וְ we, et, mais dans d’autres, le texte sera plus rythmique si celle-ci est supprimée : « un temps pour pleurer, un temps pour rire ». Dans plusieurs langues, il faudrait ajouter un complément d’objet dans certaines lignes, par exemple, « un temps pour garder une chose, un temps pour perdre une chose ». Les traducteurs pourront utiliser les procédés stylistiques dans leur propre langue pour re-créer la beauté du poème original.

Source: Zogbo, Lynell. L’Ecclésiaste – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de l'Ecclésiaste 4.10

Qohéleth continue sa discussion sur les avantages d’être deux au lieu d’un.

En effet, s’ils tombent, l’un relève l’autre. : ce verset commence par la conjonction כִּי kî, qui peut introduire une raison (« Car », Nouvelle Bible Segond) ou exprimer une emphase, En effet. En fait, plusieurs versions (Bible en français courant, Parole de Vie) omettent la conjonction ici. Voir Introduction au commentaire de traduction de l’Ecclésiaste.

s’ils tombent : il s’agit des deux personnes en question. Qohéleth ne spécifie pas ce qui a causé la chute de ces deux individus. Il s’agit d’une vérité générale. Ainsi certaines langues garderont le conditionnel « si », tandis que d’autres diront, « Quand ils tombent… »

l’un relève l’autre. est litt. « l’un fera lever son compagnon ». Les traducteurs trouveront une manière naturelle d’exprimer cette notion.

Mais malheur à celui qui est seul ! S’il tombe, il n’a pas de second pour le relever : ce dicton est moins long en hébreu, litt. « et malheur à lui l’un qui tombe et il n’y a pas un second pour le faire lever ». La reformulation de la Traduction œcuménique de la Bible rend bien le sens, mais il n’est pas nécessaire de la suivre. Le verset commence par une interjection qui veut dire « hélas pour lui ». Si la formule malheur à… ne convient pas dans la langue cible, les traducteurs pourront reformuler. Par exemple, la Parole de Vie dit « Celui qui est seul, est bien malheureux » et la Bible en français courant « …est bien à plaindre ».

seul : l’hébreu utilise le numéro אֶחָד ʾèḥâd,« un », litt. « lui l’un ».

La Traduction œcuménique de la Bible a reformulé : il n’a pas de second est litt. « et il n’y a pas deuxième pour le relever ». On pourrait être plus explicite en disant, « et s’il n’y a pas une deuxième personne ». On pourrait dire « Malheur à celui qui est seul. Quand il tombe, il n’a pas de compagnon pour le relever ».

Source: Zogbo, Lynell. L’Ecclésiaste – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de l'Ecclésiaste 6.6

Ce verset révèle une pensée profonde de Qohéleth. טוֹבָה ṭôvâh, le bonheur, est une chose précieuse, plus précieuse qu’une très longue vie. Ne pas trouver le bonheur dans cette vie est pour Qohéleth un très grand malheur. Ce passage est plein d’ironie et le traducteur pourrait chercher à imiter ce ton ici.

Même si celui-ci avait vécu deux fois mille ans : ici l’hébreu « et si » exprime une idée assez forte, Même si. Certaines versions optent pour d’autres expressions ironiques : « À quoi bon vivre deux fois mille ans… » (La Bible du Semeur). La Bible en français courant est similaire : « Ce n’est pas la peine de vivre, serait-ce jusqu’à deux fois mille ans… »

celui-ci semble renvoyer au bébé mort-né (Traduction œcuménique de la Bible, Nouvelle Bible Segond, Parole de Vie), même si plusieurs versions prennent cette phrase comme l’expression d’une vérité générale (La Bible du Semeur, Bible en français courant, ci-dessus).

deux fois mille ans est litt. « mille ans deux fois ». Cela équivaut à deux mille ans, mais ici l’auteur ne donne pas tout simplement un nombre mais il utilise littéralement une formulation stylistique d’exagération ; un peu comme « mille ans et encore une fois mille ans », une exagération bien exprimée dans la De Nieuwe Bijbelvertaling et la nouvelle traduction néerlandaise (2004). Certaines versions imitent l’expression hébraïque (Traduction œcuménique de la Bible, Nouvelle Bible Segond, La Bible du Semeur, Bible en français courant). Dans quelques langues on préférera exprimer cette expression par le chiffre 2000 (Parole de Vie), litt. « mille ans deux fois », ce qui vaut à deux mille ans. Ici l’auteur utilise le procédé stylistique d’exagération. Certaines versions imitent l’expression hébraïque (Traduction œcuménique de la Bible, Nouvelle Bible Segond La Bible du Semeur, Bible en français courant), mais dans beaucoup de langues, cette expression sera mieux exprimée par le chiffre 2000 (Parole de Vie). Dans certaines langues, la mention du chiffre précis ne sera pas naturelle et on pourrait utiliser d’autres moyens, par exemple, un idéophone : « même si cet homme vit très, très, très longtemps », « même si cet homme vit jusqu’ààà… »

il n’aurait pas goûté le bonheur est litt. « et le bien il ne voyait pas ». Pour cette expression, voir Ecc 2.1.

N’est-ce pas vers un lieu unique que tout va ? la question rhétorique est forte et exprime une affirmation importante : tous vont vers un lieu unique. Cette expression renvoie à la mort. Voir 3.20ss. Dans l’AT, il n’y avait pas de distinction entre le paradis et l’enfer. À la mort, tout le monde s’en va dans le Shéol, le séjour des morts.

tout va : le verbe הלך hlk, « aller », revient pour exprimer l’idée de « mourir ». Voir Ecc 6.4.

Cette question rhétorique signale la fin de cette section. Dans beaucoup de langues, la forme interrogative sera très efficace comme fin de poème. La La Bible du Semeur et la Parole de Vie rendent bien la force de ces propos : « Finalement, tous ne s’acheminent-ils pas vers le même lieu ? », « Finalement, est-ce que tout ne se termine pas par la mort ? » À côté, la traduction de la Bible en français courant semble assez plate : « Car toute vie aboutit à la mort », mais si une question rhétorique ne convient pas ici, les traducteurs pourront affirmer : « En fin de compte, tout humain finit par mourir ».

6.7-9

Certaines versions (Traduction œcuménique de la Bible, Nouvelle Bible Segond, La Bible du Semeur) voient une nouvelle section et y mettent un sous-titre qui parle de l’insatisfaction de l’être humain face à ses désirs. D’autres versions laissent couler le texte. En effet, il n’y a pas de lien logique entre Ecc 6.7 et Ecc 6.8. Néanmoins le mot נֶפֶשׁ nèfèš (Ecc 6.7, Ecc 6.9) semble servir d’inclusion qui définit cette unité. Dans la majorité des langues, il sera bon d’en faire un nouveau paragraphe ou une strophe à part.

Source: Zogbo, Lynell. L’Ecclésiaste – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de l'Ecclésiaste 7.26

Ce verset commence un nouveau thème : la fiabilité des hommes et des femmes, qui s’étend d’ici jusqu’au 1.29. La présence du pronom אֲנִי ʾanî, « moi », pourrait aussi suggérer une division légère ici. On pourrait, comme plusieurs versions (Traduction œcuménique de la Bible, La Bible du Semeur), commencer une nouvelle strophe ou paragraphe. Mais certains y voient un lien direct avec Ecc 7.25 : Qohéleth trouve horrible la méchanceté ainsi que les femmes séductrices. On pourrait aussi bien laisser couler le texte, « Et moi, je trouve… »

Il faudrait admettre que beaucoup de personnes lisent ces propos incorrectement en leur faisant dire plus que ce que l’auteur ne veut dire. Ici Qohéleth ne condamne pas toutes les femmes, mais celles qui « font tomber les hommes » (Parole de Vie). Bien qu’il se présente comme Salomon, un roi connu pour son grand nombre de femmes et de concubines (1 Rois 11.1), au lieu de se réjouir de ce fait (Ecc 2.8), ici Qohéleth dénonce celles qui « enchaînent » les hommes (des propos qui rejoignent Prov 2.16ss) :
Et je trouve, moi, plus amère que la mort
une femme quand elle est un traquenard…

Ce verset est caractérisé par plusieurs effets sonores. Les premiers mots sont marqués par l’allitération, avec la répétition du son m : וּמוֹצֶא …מַר מִמָּוֶת oûmôçè… mâr mîmmâwèt, « trouvant amer plus-que-la-mort ». Ensuite, dans le deuxième vers, on entend les sons fricatifs h et š, ainsi qu’une alternance de voyelles a… i… a… i : הָאִשָּׁה אֲשֶׁר־הִיא hâ-ʾiššâ ašer hîʾ…, litt. « la femme qui elle ». Qohéleth utilise une comparaison très forte, la femme était plus amère que la mort, et il utilise aussi trois mots différents pour parler des « pièges » que posent une telle femme. Tous ces procédés stylistiques expriment l’émotion forte ressentie par l’auteur.

Et je trouve, moi, plus amère que la mort : Qohéleth utilise le mot trouver (Ecc 3.11 ; Ecc 7.14, Ecc 7.24) pour exprimer les fruits de sa réflexion. Ici le verbe est un participe, mais qui pourra être exprimé par un présent (Traduction œcuménique de la Bible, La Bible du Semeur) ou un passé (Bible en français courant, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond). Beaucoup de versions en français proposent d’autres verbes : « découvrir », « constater ». Les traducteurs devraient choisir un verbe qui convient dans leur langue. La conjonction וְ we au début de la phrase peut être retenue (Et) ou omise dans la traduction (Bible de Jérusalem, Bible en français courant, Parole de Vie).

plus amère que la mort une femme quand elle est un traquenard. : la Traduction œcuménique de la Bible suit l’ordre des mots en hébreu mais on pourrait très bien inverser pour dire « la femme qui est un piège donne plus d’amertume que la mort » (Bible en français courant). Le point commun entre cette femme et la mort est que les deux sont מַר mâr, amers. Mais pour lui, c’est la femme qui tend des pièges qui représente le plus grand danger. Dans beaucoup de langues, le mot amer conviendra, mais on pourrait utiliser un autre mot comme « pénible ». La Parole de Vie rend explicite en disant qu’elle « cause une souffrance plus amère que la mort ».

Contrairement à ce que disent certains commentaires, Qohéleth ne qualifie pas toutes les femmes de pièges, mais condamne plutôt « celles qui sont des pièges ». traquenard rend un mot au pluriel en hébreu מְצוֹדִים meçôdîm, qui n’apparaît que 4 fois dans l’AT : ici et en Ecc 9.14, ainsi qu’en Job 19.6 et Prov 12.12. Il désigne un outil de chasse ou piège. Il est probablement utilisé ici car il ressemble au terme clé de ce passage : מצא mçʾ, « trouver ». Job l’utilise aussi d’une manière figurée avec une connotation négative, mais parlant de Dieu : « Dieu… m’a fait tomber dans son piège » (Job 19.6).

et son cœur un filet, ses mains des liens est litt. en hébreu « des filets son cœur, des liens ses mains ». Le défi pour le traducteur, ce sera de trouver trois termes pour traquenard, filets et liens (ou « chaînes »). Le חֵרֶם ḥérèm, filet, est normalement troué et utilisé pour attraper des bêtes ou des poissons. Liens renvoient aux cordes qui sont utilisées pour attacher quelqu’un comme les Philistins ont fait à Samson (Jug 15.14).

Bien que le cœur en hébreu représente le siège de l’intellect et de la volonté, ici il peut parler de l’émotion. Ainsi la Bible en français courant dit « Son amour est comme un filet… » et la Parole de Vie, « son amour est un piège ».

ses mains des liens est compris par plusieurs comme une référence aux bras qui encerclent l’homme, non pas pour l’embrasser mais pour le retenir. La Parole de Vie dit « ses bras sont comme des chaînes ».

Après ce constat, Qohéleth fait une remarque qui met en contraste le sort du juste par rapport à celui du pécheur face à cette femme.

celui qui plaît à Dieu lui échappera : comme plusieurs maximes de Qohéleth, la phrase commence par le mot טוֹב ṭôv, litt. « bon devant Dieu celui (qui) s’échappe d’elle », « elle » étant la femme qui pose des pièges à l’homme.

mais le pécheur se laissera prendre par elle, encore une fois, sous-entendu, cette femme qui tend des pièges pour l’homme. Pour pécheur, voir Ecc 2.26. Le verbe לכד lkd, qui signifie « capturer » ne figure qu’ici dans tout le livre, mais c’est un verbe très courant dans les livres de Josué et Juges lorsqu’on capture ou prend une ville.

De tels propos se trouvent dans d’autres endroits dans les Écritures Saintes, tout particulièrement dans le livre de Proverbes.:27

Source: Zogbo, Lynell. L’Ecclésiaste – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de l'Ecclésiaste 9.13

Ce verset réintroduit le thème de la sagesse, litt. « aussi ceci j’ai vu [la] sagesse sous le soleil et grande elle [était] pour moi ». Les versets qui suivent parleront de cette sagesse. Pour voir, voir Ecc 1.14. On pourrait dire « Ceci aussi j’ai vu » ou « Voici ce que j’ai (encore) observé ». Pour sous le soleil, voir Ecc 1.3.

Certaines versions prennent pas mal de liberté en rendant ces mots. Par exemple, la Bible en français courant propose : « j’ai fait une autre constatation, que j’ai jugée importante, sur le rôle de la sagesse ici-bas ». La phrase devrait introduire ce qui suit. Effectivement le mot « grand » en hébreu parle dans ce contexte de quelque chose de « frappant », « remarquable », « impressionnant », ou « important », comme dans la Traduction œcuménique de la Bible : …sagesse, une chose importante à mes yeux. On pourrait aussi dire « J’ai vu un cas de sagesse qui m’a vraiment frappé ».

Source: Zogbo, Lynell. L’Ecclésiaste – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de l'Ecclésiaste 11.7

11.7-10

Bien que cette mini-section se lie à ce qui précède par la répétition du terme clé טוֹב ṭôv, « bon », la majorité des biblistes lient ce passage à ce qui suit. Bien que cette section contienne deux styles de discours (3e et 2e personnes), elle est entourée d’une inclusion de sens (lumière et aurore, Ecc 11.7, Ecc 11.10), et le mot הֶבֶל hèvèl, vanité (Ecc 11.8, Ecc 11.10). En fait, plusieurs voient 11.7-8 comme l’introduction aux appels à la réjouissance en Ecc 11.9. Si ce passage est rendu en prose, il s’agira d’un nouveau paragraphe, mais il est fortement recommandé aux traducteurs d’essayer de rendre la poésie comme poésie dans leur langue, en conformité avec le skopos de leur traduction.
Douce est la lumière, c’est un plaisir pour les yeux de voir le soleil : le poème commence par ces lignes qui parlent du côté positif de la vie.

Douce est la lumière : la Traduction œcuménique de la Bible suit l’ordre de l’hébreu ici, et dans certaines langues on peut garder cette emphase. Le mot douce qui parle normalement d’un goût sucré comme le miel (Jug 14.14) décrit d’une manière imagée ce qui est agréable et plaisant. Voir aussi Ecc 5.8 où le mot décrit un doux sommeil. Même les commandements de Yahweh sont décrits ainsi (Ps 19.10-11). Sinon, les traducteurs pourront trouver un équivalent naturel dans leur langue, par exemple, « tellement agréable » ou « bon ».

lumière renvoie à la lumière naturelle, la lumière du soleil mentionnée plus loin. On pourrait aussi parler de la « lumière du jour » (Bible en français courant).

c’est un plaisir pour les yeux de voir le soleil est littéralement « il est bon (טוֹב ṭôv) pour les yeux de voir le soleil » (Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond). Mais quel est le sens exact de cette ligne ? Certaines versions anglaises disent « Rien sur la terre n’est plus beau que le soleil du matin », mais ce sens ne semble pas très probable. Le prochain verset parle des jours qu’un homme vit. Alors la Bible en français courant l’interprète plus généralement pour dire « il est agréable d’être vivant ». En effet, il n’est pas nécessaire de garder la référence aux yeux. Il est clair que Qohéleth fait une réflexion sur la vie. Les traducteurs pourront voir comment expliciter cette idée sans trop s’éloigner des expressions dans le texte. On pourrait dire, par exemple, « Quel bonheur de voir la lumière du jour ! Que c’est bien de vivre et de voir le soleil (briller) ! »

Le verbe voir et le nom yeux vont revenir en Ecc 11.9.

Source: Zogbo, Lynell. L’Ecclésiaste – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.