Commentaire sur la traduction de 2 Timothée 3.17

En grec la phrase continue, exprimant le but de l’enseignement des Écritures saintes. La proposition est introduite par la conjonction subordonnée ἵνα hina, afin que. La Parole de Vie commence une nouvelle phrase, en reprenant le sujet du 2 Tim 3.16 : « Grâce aux Livres Saints… » On pourra aussi utiliser une expression plus longue, telle que « Ceci aura pour résultat que l’homme de Dieu sera… »

afin que l’homme de Dieu soit accompli : en parlant d’un homme de Dieu, Paul pense peut-être à Timothée, comme il le dit en 1 Tim 6.11. Mais il est clair que cette vérité s’applique à tout homme de Dieu, c’est à dire, à chaque croyant, mais surtout aux responsables d’Église. Dans certaines langues, il peut être préférable de traduire « un homme de Dieu » ou même « les serviteurs de Dieu », Le mot grec rendu par homme est ἄνθρωπος anthrôpos, qui s’applique aussi bien aux femmes qu’aux hommes. Il semble s’agir de toute personne consacrée au service de Dieu.

accompli, en grec, ἄρτιος artios, veut dire : « capable », « compétent » ou « préparé ». Le mot est accentué par sa position au début de cette proposition subordonnée. On pourrait aussi dire cette personne est « qualifiée ». Si, cependant, l’homme de Dieu réfère spécifiquement a les dirigeants d’église.

équipé pour toute œuvre bonne : ces mots sont à l’envers en grec, litt. « pour toute œuvre bonne équipé » et semblent définir ou compléter le mot « accompli ». En fait, le mot équipé, un participe passé, est lié à l’adjectif accompli. Les traducteurs devraient chercher une manière d’exprimer cette emphase. La Parole de Vie exprime bien l’idée : « l’homme de Dieu sera parfaitement préparé et formé pour faire tout ce qui est bien ».

pour toute œuvre bonne peut avoir un sens général, mais dans ce contexte, il pourra aussi renvoyer à diverses tâches de ministère. On pourrait dire « Les serviteurs de Dieu seront pleinement qualifiés et formés pour faire toutes sortes de bonnes actions (dans/pour l’Église) ». Pour œuvre bonne, voir 2 Tim 2.21.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de 2 Timothée 4.16

Paul revient ici sur son sentiment d’abandon, disant tous m’ont abandonné, et offre un regard sur son passé.

La première fois que j’ai présenté ma défense est littéralement « dans ma première défense » ou « apologie ». Les biblistes y voient deux interprétations possibles, l’une désignant le procès de Paul à Rome, dont il est question à la fin des Actes, et l’autre renvoyant à une audience préliminaire, à peu près équivalente à la lecture de l’acte d’accusation dans un tribunal moderne. Si c’est la première, Paul se serait défendu avec succès et aurait été ensuite relâché, peut-être pour entreprendre un autre voyage d’évangélisation vers l’Espagne. Voir Rom 15.28.

que j’ai présenté ma défense : les traducteurs devraient utiliser un vocabulaire utilisé dans leur propre système judiciaire. La Parole de Vie dit « La première fois que je me suis défendu au tribunal ». Le texte ne donne aucun détail concernant cette accusation et cette défense.

personne ne m’a assisté est litt. « personne pour moi n’est arrivé », avec un verbe qui a souvent le sens de « s’approcher », « arriver », « apparaître ». Voir Matt 3.1 ; Luc 12.51 ; Hébr 9.11. Dans ce contexte, le sens semble être que personne n’est venu « en aide », personne « ne m’a aidé » (Parole de Vie) ou « m’a soutenu » (Bible de Jérusalem). Mais le sens pourrait être dans le contexte d’un procès, « personne n’est comparu comme témoin pour ma défense ». Encore une fois comme nous ignorons le contexte exact de ces propos, il vaudrait mieux ne pas fournir des détails non explicites dans le texte.

tous m’ont abandonné : la Traduction œcuménique de la Bible a omis un mot important, ἀλλά alla, « mais ». Dans certaines langues, un deux-points servira de transition. Pour abandonner, voir 2 Tim 4.10. Il sera bon d’utiliser le même terme ici pour garder l’insistance de Paul.

Qu’il ne leur en soit pas tenu rigueur : encore une fois (voir 2 Tim 4.14), lorsque Paul est confronté par la méchanceté, il ne cherche pas à se venger. Ici au lieu d’affirmer que Dieu les punira, l’apôtre va jusqu’à demander au Seigneur de ne pas tenir compte de leur mauvais comportement, littéralement « ne pas à eux qu’il puisse être compté ». Certaines versions ajoutent l’agent et exprime le passif par un actif : « Que Dieu ne les punisse pas ! » (Parole de Vie), « que Dieu ne leur en tienne pas compte » (Bible en français courant). Paul sous-entend ici l’action de Dieu (et/ou de Jésus Christ) lors du jugement dernier (2 Tim 4.8).

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de 2 Timothée 4.1

4.1-5

La lettre de Paul à Timothée tire à sa fin et montre une certaine urgence. Conscient de sa mort imminente ( 2 Tim 4.6), l’apôtre Paul ne cesse de pousser Timothée vers un engagement plus fort à proclamer et défendre la Bonne Nouvelle. Encore une fois Paul alterne entre des affirmations moins personnelles et des interpellations plus personnelles. Dans 2 Tim 4.1 Paul encourage Timothée à exercer fidèlement son ministère. 2 Tim 4.3 décrit les gens qui détournent les croyants, tandis qu’en 2 Tim 4.5 Paul revient à des conseils plus personnels pour Timothée.
La Traduction œcuménique de la Bible offre le sous-titre « Proclame la Parole », mais on pourra être plus spécifique en disant « Paul appelle/encourage Timothée à demeurer ferme » ou même « à continuer le ministère ».

Le langage ici qui ressemble à celui du 1 Tim 5.21, est très solennel, rappelant même le langage prophétique de l’AT où les témoins sont appelés à la barre et des vœux sont faits. Ainsi Paul commence par une interpellation très forte, Je t’adjure en présence de Dieu et du Christ Jésus. Ses propos ici diffèrent un peu de ceux en 1 Tim 5.21, car ici Paul décrit trois aspects de l’œuvre de Jésus Christ.

Pour adjurer, voir 2 Tim 2.14. La Bible en français courant propose « Je te le demande solennellement », et la Parole de Vie : « Voici ce que je te demande avec force devant Dieu et devant le Christ Jésus ». Si possible les traducteurs devraient utiliser un langage formel dans leur langue, qui pourrait être utilisé dans de telles circonstances.

Pour Christ Jésus, voir 1 Tim 1.1. en présence de Dieu et Christ Jésus… évoque le contexte d’un procès, un contexte formel où les témoins sont appelés devant un tribunal. Ce style rappelle un peu celui des écrits prophétiques dans l’AT.

Le reste du verset parle de trois événements : le jugement à venir, la manifestation et le règne de Jésus-Christ. Certains, prenant peut-être la manifestation comme la venue sur terre ou l’incarnation proposent d’inverser l’ordre de ces mots : « manifestation… jugement… règne ». Mais manifestation peut aussi être compris comme « l’Apparition », c’est-à-dire, la deuxième venue de Jésus Christ. Il est possible, en fait, que Paul pense à trois aspects d’un même événement. La croyance que Jésus reviendrait pour juger le monde fait partie de la « bonne doctrine » de Paul et des premiers chrétiens. Voir, par exemple, Act 10.42 ; 1 Pi 4.5.

qui viendra juger les vivants et les morts : dans ce contexte juger signifie déterminer l’innocence ou la culpabilité de quelqu’un, et par la suite déclarer une sentence, soit une récompenser ou une punition. Jésus viendra pour juger les vivants et les morts. On pourra rendre explicite « des personnes vivantes et mortes » ou utiliser des expressions verbales : « ceux qui sont déjà morts et ceux qui vivent encore ».

au nom de sa manifestation et de son Règne est litt. « par sa manifestation et par son règne ». Pour manifestation, voir 1 Tim 6.14 ; 2 Tim 1.10. Plusieurs versions parlent de « l’Apparition », avec ou sans lettre majuscule (Bible de Jérusalem, La Bible du Semeur), un terme utilisé dans l’Église pour se référer à la deuxième venue de Jésus. La La Bible du Semeur parle de « sa venue ». Mais d’autres utilisent une expression verbale, par exemple, « jusqu’au jour où notre Seigneur Jésus (ap)paraîtra » (Bible en français courant, Parole de Vie).

Bien que le mot βασιλεία basileia, règne soit très fréquent dans les Évangiles (Matt 3.2) et les autres écrits de Paul, c’est la seule fois qu’il est attesté dans les Pastorales. Le terme est lié au mot « roi » et donc parle du règne de Jésus à la fin des temps ou à son Royaume où il règne comme roi. Lorsque Jésus lui-même en parle (Matt 4.17), cela évoque l’arrivée du Messie et l’annonce de la Bonne nouvelle. Mais lorsque Paul en parle, le mot semble renvoyer à un temps futur où Jésus régnera au-dessus de tout l’univers.

Certains proposent d’inverser ces propos, par exemple, « Comme Christ Jésus viendra pour régner comme roi et pour juger (tous) les morts et les vivants, je t’adjure, avec Dieu et Christ comme témoins, de… »

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de 2 Timothée 4.17

Paul n’en veut pas à ceux qui l’ont abandonné, car il voit que Dieu l’a toujours soutenu. Le verset commence par la conjonction δέ de, omise dans la Traduction œcuménique de la Bible, mais bien rendue par « Mais » dans plusieurs versions (Bible en français courant, Parole de Vie). Ici la conjonction semble exprimer un vrai contraste entre ceux qui assistent Paul et ceux qui ne le font pas.

Le Seigneur, lui, m’a assisté est litt. « le Seigneur pour moi a été auprès », où c’est le « moi » et non le lui qui est accentué. L’expression grecque pourrait avoir un sens juridique, évoquant l’image du Seigneur Jésus qui accompagne Paul devant le juge, comme l’indique la Parole de Vie : « Mais le Seigneur, lui, était auprès de moi ». La plupart des versions optent pour le sens plus général.

il m’a revêtu de force est littéralement « et il m’a fortifié » (Bible en français courant), où le verbe ressemble au mot « dynamite » en français. On pourrait dire « il m’a donné sa force » (Parole de Vie) ; « m’a rendu puissant » (Nouvelle Bible Segond) ; « m’a rempli de force » (Bible de Jérusalem). Voir 1 Tim 1.12 ; 2 Tim 2.1.

afin que par moi le message fût pleinement proclamé : la conjonction ἵνα hina indique soit le but de l’action (« pour que »), soit le résultat (« de sorte que », Bible en français courant). La Parole de Vie rend d’une manière assez dynamique l’idée : « Alors j’ai pu annoncer jusqu’au bout la Bonne Nouvelle ».

Le mot rendu par message, en grec κήρυγμα kêrugma, correspond à une proclamation ou une annonce par un héraut. Voir 1 Tim 2.2 ; 2 Tim 1.11. Il s’agit sûrement de l’Évangile, du message au sujet de Jésus Christ.

par moi… fût pleinement proclamé : pour moi ou « à travers moi » est en position emphatique. faire proclamer pleinement rend un seul verbe en grec. Voir 2 Tim 4.5.

et qu’il fût entendu de tous les païens : Paul précise qu’il vise « tous ceux qui ne sont pas juifs ». Pour païens, voir 1 Tim 2.7. Les biblistes pensent que tous est probablement une exagération. Les Juifs étaient nombreux à Rome, mais constituaient une minorité. Certains pensent qu’il s’agit de non-Juifs qui assistaient au procès de Paul.

Et j’ai été délivré de la gueule du lion : la remarque est introduite par la conjonction καί kai et semble renvoyer à un moment où Paul doit se défendre ou faire la défense de l’Évangile, apparemment tout seul. La formulation est au passif, mais la Bible en français courant restructure la phrase pour dire qu’« il m’a délivré… » Comparer 2 Tim 4.16. Pour délivré, voir 2 Tim 3.11.

de la gueule du lion : l’image, inspirée peut-être par Ps 22.14,21, sera facile à comprendre dans presque toutes les cultures. Sinon on pourrait parler d’un « danger mortel ». A de nombreuses reprises, Paul était dans des situations très dangereuses où sa vie était clairement en danger.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de 2 Timothée 4.2

Ce verset comprend cinq impératifs (sur une série de neuf) qui indiquent à Timothée comment il devrait se comporter à l’égard de la communauté chrétienne et surtout à l’égard des opposants.

proclame la Parole : le même verbe décrit Jean le Baptiste en train de proclamer ou annoncer publiquement l’arrivée du Messie (Marc 1.7). Voir aussi 1 Tim 3.16. Ici la Bible en français courant dit « prêche », un terme souvent utilisé dans les églises de nos jours, mais qui ne figure pas dans le texte grec ici.

la Parole désigne le message venant de la part de Dieu, comme en 1 Tim 4.5. Il ne s’agit pas des Écritures saintes en tant que telles. La Bible en français courant parle explicitement de « la parole de Dieu », mais beaucoup de versions disent Parole tout court. Il s’agit certainement de l’Évangile, le message au sujet de Jésus Christ. La lettre majuscule à Parole retenue dans certaines versions ne correspond à rien dans le texte grec et n’aide pas la compréhension lors d’une lecture à haute voix.

insiste à temps et à contretemps : le verbe ἐφίστημι ephistêmi a plusieurs sens surtout dans les livres de Luc-Actes : « se tenir à côté », « se tenir prêt de » (Luc 2.9 ; 4.39), « aborder » (Act 4.1). Dans ce contexte, le sens est d’« intervenir » (Nouvelle Bible Segond) ou d’insister (Traduction œcuménique de la Bible, La Bible du Semeur, Bible de Jérusalem, Parole de Vie). On pourrait aussi dire « persistez ». La Bible en français courant associe ce verbe à ce qui précède : « prêche la parole de Dieu avec insistance », mais il semble mieux de rendre ce verbe comme un impératif à part, comme dans la Traduction œcuménique de la Bible.

à temps et à contretemps rend une expression idiomatique en grec, littéralement « bon-temps, sans-temps », basé sur le mot καιρός kairos. L’association de ces mots créent un certain rythme ou rime en grec : εὐκαίρως ἀκαίρως eukairôs akairôs. Le sens est « si le moment est opportun ou pas », « que l’occasion soit favorable ou non » (Bible en français courant, La Bible du Semeur). La Parole de Vie voit plus le côté négatif, « insiste toujours, même si ce n’est pas le moment », mais il vaudrait mieux exprimer l’idée et l’effet sonore si possible. La Traduction œcuménique de la Bible, avec à temps et à contretemps fournit donc un bon exemple. Dans certaines langues, il vaudrait mieux inverser les propositions, « que le moment soit convenable ou non, insiste toujours ».

reprends veut dire « réprimander », comme lorsque les disciples réprimandent les enfants qui s’approchent de Jésus. Là Jésus s’oppose à cette façon d’agir, mais ici Paul demande à Timothée de reprendre ceux qui s’opposent à la Parole de Dieu. Voir 1 Tim 5.20 ; Tite 1.9.

menace a un sens proche de reprendre, mais semble plus fort. C’est le mot employé dans les Évangiles pour décrire Jésus en train de menacer la tempête ou de parler sévèrement aux esprits mauvais (Matt 17.18). Voir aussi Marc 1.25 ; 3.12 ; 8.30,32,33 et Jude 9.

Pour exhorte, voir 1 Tim 1.3 ; 1 Tim 4.13. Ici la Parole de Vie dit « encourage ». Les deux premiers verbes, reprends et menace, sont plutôt négatifs. Ici Paul montre que, lorsqu’on critique ou réprimande les gens, il faudrait aussi les encourager.

toujours avec patience et souci d’enseigner est littéralement « en toute patience et enseignement ». Ces mots sont sujets à plusieurs interprétations. D’abord il n’est pas clair si les mots « en toute patience » se rapportent aux cinq impératifs de ce verset, à certains d’entre eux (reprends, menace, exhorte) ou seulement au dernier verbe, exhorte. Certaines versions en anglais associent le mot patience à tous les impératifs : « fais tout avec patience, prenant soin d’enseigner ». La Parole de Vie associe l’expression au dernier verbe, disant « encourage avec beaucoup de patience, en cherchant toujours à enseigner ». Mais plusieurs versions lient patience à l’enseignement : « en enseignant avec une patience parfaite » (Bible en français courant), « en te montrant toujours patient dans ton enseignement » (Nouvelle Bible Segond).

Dans certaines langues, il faudrait rendre explicite qui reçoit la proclamation, qui est repris, menacé, etc. On pourrait dire, par exemple, « proclame la parole de Dieu aux gens…. réprimande-les », etc.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de 2 Timothée 4.18

Paul vient de parler d’être délivré de la gueule du lion (2 Tim 4.17) et il continue dans la même veine, exprimant sa confiance totale en Dieu. Il reprend le verbe ῥύομαι rhuomai, délivrer, qu’il met en relief au début de la phrase, litt. « délivrera moi le Seigneur de toute œuvre mauvaise ». Pour délivrera, voir 2 Tim 3.11 ; 2 Tim 4.17.

de toute entreprise perverse est littéralement ἔργον πονηρός ergon ponêros, « de toute œuvre mauvaise » (Nouvelle Bible Segond), mais certains disent simplement « de tout mal » (Bible en français courant, Parole de Vie). Sur la notion du « mal », voir 1 Tim 6.4 et 2 Tim 3.13. Le contexte indique la délivrance des attaques des adversaires. Bien que l’interprétation « toute œuvre du Malin » soit grammaticalement possible, aucune version ne semble adopter ce sens.

et me sauvera pour son Royaume céleste : le verbe sauver suit et souligne le verbe délivrer. Mais ici Paul est délivré de quelque chose et sauvé en vue de ou pour quelque chose : le Royaume du ciel. Pour sauver, voir l’Introduction et 2 Tim 1.9.

Le Royaume céleste renvoie le plus souvent au « Royaume de Dieu » plutôt que de celui du Christ, mais dans ce verset, les deux personnes sont difficiles à distinguer, tant leur action est coordonnée. Ici, le Royaume est envisagé, non dans son sens premier, abstrait, de « règne » (2 Tim 4.1), mais plutôt sous un aspect plus concret, d’une communauté qui vit sous le règne ou la direction de Dieu. L’auteur exprime donc sa confiance que le Seigneur, l’ayant délivré de ses adversaires terrestres, lui réservera une place dans son Royaume céleste. On pourrait alors traduire : « pour appartenir à son Royaume céleste ». La Bible de Jérusalem dit que le Seigneur « me sauvera en me gardant pour son Royaume céleste ». Sur l’emploi des majuscules, voir 2 Tim 1.12.

Le mot céleste rend un adjectif qui est mis en relief en grec. L’emphase semble être sur un temps futur lorsque les croyants seront au ciel avec leur Sauveur.

A lui soit la gloire dans les siècles des siècles ! : en grec ces mots décrivent le Seigneur, litt. « auquel [est] la gloire pour les âges des âges ». Voir 1 Tim 1.17, qui est très semblable. Il peut être nécessaire d’ajouter un verbe, par exemple « A lui soit/donné rendu la gloire ».

Pour Amen, voir 1 Tim 1.17.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de 2 Timothée 4.3

Paul décrit maintenant le comportement de ceux qui ne supporteront pas les enseignements authentiques. Les quatre verbes sont au futur. Voir aussi 2 Tim 3.1.

Viendra un temps, en effet est littéralement « car sera un moment quand… » La conjonction γάρ gar pourra introduire la raison pour laquelle Timothée doit insister à temps et à contretemps. Ainsi plusieurs versions (Bible en français courant, Nouvelle Bible Segond, La Bible du Semeur, Bible de Jérusalem) disent « car ». Mais Paul développe aussi ce qu’il vient de dire, menant certaines versions à dire plutôt en effet.

Viendra un temps pourra être rendu d’une manière idiomatique dans la langue cible, « un moment viendra » (Parole de Vie) ou même « bientôt » ou « un jour ». Paul utilise souvent le mot καιρός kairos, temps, dans les Pastorales et dans ses autres lettres, par exemple, 1 Tim 2.6 ; Rom 5.6 ; 1 Cor 7.5 ; 2 Cor 6.2 ; Gal 6.9, etc.

certains ne supporteront plus la saine doctrine est littéralement « le sain enseignement ils ne supporteront pas ». Pour la saine doctrine, voir 1 Tim 1.10. Dans plusieurs langues il faudrait rendre explicite « les gens » (Bible en français courant), « les hommes » (Bible de Jérusalem, La Bible du Semeur). Mais on pourrait aussi être plus spécifique, « ces gens ».

supporter : le verbe grec, qui veut dire « accepter » se trouve souvent dans un contexte négatif : « supportons les peines » (1 Cor 4.12) ; « supporter la folie d’un autre » (2 Cor 11.1). Même l’expression « supportons les uns les autres dans l’amour » (Éph 4.2) exprime un défi. Dans ce contexte – la seule occurrence du verbe dans les Pastorales – il implique que ces gens rejettent ou ne peuvent pas supporter d’entendre la Bonne Nouvelle. La Bible en français courant et la Parole de Vie disent qu’ils « ne voudront plus écouter » l’enseignement juste ou authentique.

mais au gré de leurs propres désirs : mais rend la conjonction de contraste fort, ἀλλά alla. La Bible de Jérusalem dit « mais au contraire ».

au gré de leurs propres désirs est littéralement « selon leurs propres convoitises ». La Bible en français courant et la Parole de Vie rendent cette expression par une phrase indépendante, « ils suivront plutôt leurs désirs ».

Pour désirs, voir 1 Tim 6.9. En grec ce terme a souvent un sens négatif. La Bible de Jérusalem parle de « leurs passions ».

et l’oreille leur démangeant, s’entoureront de quantité de maîtres : la Traduction œcuménique de la Bible restructure le reste du verset, qui dit littéralement « pour eux ils entasseront enseignants, étant démangé l’oreille ». Il s’agit d’une expression idiomatique ou figurée qui décrit des gens qui sont curieux et veulent entendre ce qui leur plaît. La démangeaison représente cette envie d’être servi par des enseignements qui leur convient. Voir la description des Athéniens en Act 17.21. Si nécessaire, les traducteurs chercheront d’autres images ou expressions idiomatiques pour remplacer ce langage figure ici.

s’entoureront de quantité de maîtres : le verbe parle de l’accumulation ou l’entassement de choses de plus en plus nombreuses. La forme simple de ce verbe composé est attesté en 2 Tim 3.6. On pourrait dire « ils se font entourés par », « ils aiment accumuler beaucoup de… »

quantité de maîtres est tout simplement maîtres en grec, la notion de quantité de, étant compris dans le verbe. Voir 1 Tim 2.7 ; 2 Tim 1.11. Dans les Évangiles, le mot renvoie souvent à Jésus (Matt 8.19 ; 9.11, etc.). Le terme est lié à la racine « enseigner ».

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de 2 Timothée 4.19

4.19-22

Certains voient ce passage très bref comme une section à part, « Salutations finales ». Mais Paul ne fait que continuer ses commentaires. Néanmoins la section est caractérisée par :
• des salutations adressées à des tiers (2 Tim 4.19),
• le partage de certaines nouvelles (2 Tim 4.20), similaires à d’autres ( 2 Tim 4.10),
• encore des conseils pour Timothée (4.21a), comme en 2 Tim 4.15,
• salutations de la part des autres (4.21b),
• bénédictions à Timothée (4.22a) et à la communauté chrétienne d’Éphèse (4.23b).

Si l’on opte pour un sous-titre ici, on pourrait dire tout simplement : « Paul termine sa lettre » ou « Salutations finales ».

Salue Prisca et Aquilas, ainsi que la famille d’Onésiphore : dans beaucoup de cultures, la transmission des salutations est cruciale. Les traducteurs trouveront certainement une expression idiomatique pour exprimer la notion de saluer dans leur langue.

Prisca et Aquilas sont des collaborateurs proches de Paul. Ce couple avait pour travail la fabrication et la réparation des tentes. Voir Act 18.2,18,19,26 ; Rom 16.3 ; 1 Cor 16.19. Contrairement à la tendance générale de cette époque, la femme Prisca est souvent citée avant son mari, Aquilas. Pour le nom Prisca, il y a plusieurs variantes en grec (par exemple, « Priscille », dans la Traduction œcuménique de la Bible en 18.2ss), mais certaines versions essaient d’harmoniser le nom pour ne pas confondre les lecteurs.

Sur la famille d’Onésiphore, voir 2 Tim 1.16. famille est littéralement « maison » (Nouvelle Bible Segond), c’est-à-dire, « Onésiphore et tous ceux qui habitent chez lui ». La famille rend le mot « maison ». Voir 1 Tim 3.4.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.