Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 1.8

Ce verset apporte une précision quant aux destinataires de la lettre : ils n’ont pas vu Jésus, c’est-à-dire, ils n’ont pas été témoins de sa vie sur la terre. Malgré cela, ils l’aiment. La La Bible du Semeur et la Parole de Vie ajoutent une conjonction qui marque ce contraste : « pourtant vous l’aimez ». Voir aussi la Bible en français courant : « bien que vous ne l’ayez pas vu ». Pour des raisons de clarté et de style, la Bible en français courant commence une nouvelle phrase ici. On notera que le verset commence par deux propositions parallèles :
qui ne (l’) ayant pas vu, vous l’aimez,
en qui maintenant ne (le) voyant pas, vous croyez.

Lui que vous aimez sans l’avoir vu : la longue phrase qui débute en grec en 1. 3 se poursuit ici, littéralement « qui ne (l’) ayant pas vu, vous (l’) aimez ».

Lui se réfère à Jésus-Christ, cité dans le verset précédent.

En grec, le verbe aimez (grec : ἀγαπάω agapaô) est au présent et pourrait être compris soit comme un indicatif, soit comme un impératif, « aimez-le ». Mais il a plus probablement la valeur d’un indicatif vous l’aimez, comme dans toutes les versions françaises. Il s’agit alors de la constatation d’un fait et non d’un ordre. Le temps présent indique à la fois que ces gens aiment déjà le Christ et qu’ils persévèrent dans cet amour. Dans les langues du monde, il y a souvent plusieurs mots pour désigner différentes sortes d’amour : l’amour de parents pour leurs enfants, l’amour d’enfants pour leurs parents, l’amour entre époux, l’amour entre amis, et l’amour sexuel, etc. Ici les traducteurs pourront utiliser un verbe qui décrit l’amour entre amis ou peut-être l’amour entre parents et enfants. Il faudra éviter d’employer un terme évoquant des relations ou des préoccupations d’ordre sexuel.

sans l’avoir vu : quelques manuscrits ont « sans l’avoir connu », mais le texte le mieux attesté dans les manuscrits anciens est celui comportant le verbe voir, repris par toutes les versions françaises. En grec sans l’avoir vu est un participe qui sera exprimé dans certaines langues par des propositions concessives, par exemple, « bien que vous ne l’ayez pas vu, vous l’aimez, et bien que vous ne le voyiez pas encore, vous croyez en lui ». Voir la Bible en français courant. Mais d’autres langues n’ont pas de telles propositions subordonnées, et on suivra plutôt le grec : « vous ne l’avez jamais vu, mais vous l’aimez (quand même) ».

en qui vous croyez : en grec, le verbe croire est un participe présent, marquant une durée. La La Bible du Semeur propose « en plaçant votre confiance en lui ». Ces gens continuent à croire au Christ ou à avoir confiance en lui.

sans le voir encore : il ne s’agit pas d’une répétition, mais d’une opposition entre la situation du passé (sans l’avoir vu) et la situation actuelle (sans le voir encore). Le Christ n’est pas encore visible aux yeux des lecteurs/auditeurs, et pourtant ils mettent leur foi en lui. Certaines versions présentent une traduction assez littérale : « vous ne le voyez pas maintenant, et pourtant… » (Parole de Vie) ; « Maintenant même vous ne le voyez pas, mais… » (Nouvelle Bible Segond), ce qui montre que Jésus n’est pas actuellement présent aux yeux des destinataires de la lettre. D’autres soulignent le fait que le Christ n’est pas encore de retour : sans le voir encore, « bien que vous ne le voyiez pas encore » (Bible en français courant). Les traducteurs opteront pour l’une des interprétations.

aussi rend la conjonction grecque δέ de, qui peut avoir plusieurs sens : « mais », « ainsi », etc. La Bible en français courant et la Parole de Vie disent « c’est pourquoi », une autre possibilité. Mais ici, la conjonction semble introduire une information légèrement contrastive. Ainsi on pourra dire « cependant » ou « mais vous tressaillez de joie ».

tressaillez-vous d’une joie ineffable et glorieuse est l’expression d’une joie indescriptible. Elle est une conséquence directe de la foi au Christ. Pour tressaillez de joie, voir 1 Pierre 1.6. Le verbe et son complément d’objet direct ne proviennent pas de la même racine en grec, mais les deux mots accompagnés des deux adjectifs ineffable et glorieuse, expriment une joie intense et inexprimable. La Parole de Vie dit « c’est pourquoi vous êtes remplis d’une grande joie ». Dans certaines langues des mots de la même racine peuvent être utilisés comme dans la Bible en français courant : « vous vous réjouissez d’une joie glorieuse ».

Le mot grec rendu par ineffable ne se trouve qu’ici dans toute la Bible. Il suggère l’idée que cette joie se situe au-delà de toute expression ou description humaine. Elle est tout simplement « inexprimable ». La La Bible du Semeur dit « qu’aucune parole ne saurait exprimer », et la Parole de Vie, parle d’« une joie si grande qu’on ne peut même pas en parler ». On pourra aussi dire « Votre joie est tellement grande, il n’y a pas de mots ». La Nouvelle Bible Segond propose « vous êtes transportés d’une joie indicible et glorieuse ».

glorieuse rend un participe passif, « ayant été glorifiée », de la même racine que le mot gloire (1 Pierre 1.7). On pourra dire « pleine de gloire ». Si, dans certaines langues, le mot glorieuse ne convient pas pour décrire la joie, on peut parler d’une « très grande joie ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 2.17

Ce verset sert de conclusion à la section 1 Pierre 2.13. Il se compose de quatre recommandations à l’impératif. Les deux premières ont une valeur générale, tandis que les deux dernières sont spécifiques. Il est aussi à remarquer que le verbe honorer forme une enveloppe ou inclusion dans ce verset, ainsi mettant en exergue les deux commandements les plus importants : aimez vos frères et craignez Dieu.

Honorez tous les hommes : littéralement « honorez tous ». Le mot tous comprend tous les habitants de la terre, de toute race, de toute croyance, des deux sexes et de n’importe quel statut social. Ainsi, en un ordre bref, Pierre exhorte les chrétiens à renverser toutes les barrières compromettant les relations humaines, que ces barrières soient d’ordre racial, religieux, sexiste, politique ou social. Honorer quelqu’un (grec : τιμάω timaô), c’est le traiter comme il convient, avec le respect dû à un être humain, d’où « Respectez tous les êtres humains » (Bible en français courant) et « Ayez du respect pour tout le monde » (Parole de Vie). Certaines langues disposent d’expressions idiomatiques qui peuvent être utilisées ici.

aimez vos frères : alors qu’il exhorte ses lecteurs à respecter tout le monde, Pierre leur demande en plus d’aimer (littéralement) « la fraternité », ἀδελφότης adelphotês, un terme peu usuel en grec, qui ne figure dans le NT qu’en 1 Pierre (ici et en 1 Pierre 5.9). La Bible en français courant propose « vos frères en la foi », et la Parole de Vie « vos frères et vos sœurs chrétiens ». Voir 1 Pierre 1.22. Il est facile de comprendre que le terme se réfère aux membres de la communauté chrétienne. Un équivalent sera alors « aimez ceux qui comme vous croient au Christ ».

Pour aimer, s’il y a plusieurs termes pour ce verbe dans certaines langues, il conviendra de choisir l’expression se rapportant à l’amour pour des parents (au sens large) ou des amis.

craignez Dieu, honorez le roi : ces deux dernières exhortations sont un rappel de Prov 24.21. Toutefois, Pierre établit une distinction entre l’attitude chrétienne envers Dieu et celle envers le roi ou « l’empereur ». craignez est une traduction littérale du grec φοβέω phobeô, mais le verbe n’a pas une valeur exclusivement négative, au sens d’« avoir peur ». En fait, ce verbe suggère plutôt le sentiment positif dont le chrétien doit témoigner face à Dieu : un sentiment de profond respect, de soumission. Cependant, « adorez Dieu » (Bible en français courant, La Bible du Semeur) ne rend pas l’idée ici.

Pour honorez, voir au début du verset, même verbe. L’expression utilisée ici doit être moins forte que celle utilisée pour Dieu.

Pour roi, voir 1 Pierre 2.9.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 4.2

Ce verset décrit comment le chrétien doit vivre en imitant le Christ. Le « Dès maintenant » de la Bible en français courant, bien qu’implicite, ne figure pas dans le texte grec. La phrase commencée en 1 Pierre 4.1 continue ici, comme dans la Traduction œcuménique de la Bible et commence par une négation très forte, littéralement « pour ne plus (vivre selon) les convoitises des hommes mais (vivre selon) la volonté de Dieu dans le temps qui reste à vivre dans la chair ». La Traduction œcuménique de la Bible et la Bible en français courant invertissent l’ordre des propositions en grec. En fait, cette proposition décrit ce que c’est que de rompre avec le péché. Ainsi, au lieu de couper la phrase comme la Bible en français courant, la La Bible du Semeur fait suivre la pensée : « a rompu avec le péché afin de ne plus vivre… » Le contraste de comportement est fondamental, marqué dans la Bible en français courant par « Dès maintenant ». Si les traducteurs veulent commencer une nouvelle phrase, ils pourront traduire ce verset comme une sorte de conséquence, en disant, par exemple « En conséquence de cela » ou même « C’est pourquoi ».

pour vivre le temps qui lui reste à passer dans la chair : la Traduction œcuménique de la Bible ajoute les mots vivre et lui pour rendre la phrase compréhensible. lui se réfère au chrétien adressé en 1 Pierre 4.1. Mais notez qu’il est tout à fait possible que l’auteur s’adresse soit aux lecteurs de sa lettre, soit aux chrétiens en général. Il est légitime de passer de la troisième personne du singulier à la deuxième personne du pluriel, pour montrer le caractère de l’exhortation, comme en Bible en français courant (« vous devez donc…) » ou la Parole de Vie (« ne suivez pas… »)

le temps qui reste à passer dans la chair : la Parole de Vie parle du « temps qui vous reste à vivre sur la terre ». Cette proposition implique que la vie sur terre ne durera plus très longtemps, puisque la fin du monde peut survenir à n’importe quel moment, une notion qui joue un rôle important dans la lettre. Voir 1 Pierre 1.5, 1 Pierre 1.7 ; 1 Pierre 4.7. L’expression dans la chair est utilisée dans un sens différent de celle du 1 Pierre 4.1. Ici, elle se rapporte à la vie humaine sur la terre, comme dans la Bible en français courant : « le reste de votre vie terrestre ». La Bible en français courant peut servir de modèle ou on pourra dire « vous devez passer le reste de vos jours dans ce monde à… »

non plus selon les convoitises des hommes, mais selon la volonté de Dieu : cette proposition exprime une fois de plus une opposition forte soulignée dans la lettre, à savoir, l’opposition entre la conduite des gens avant et après leur conversion à la foi chrétienne. Comp. 1 Pierre 1.4, 1 Pierre 1.18 ; 1 Pierre 2.1, 1 Pierre 2.9, 1 Pierre 2.24. Avant de devenir chrétiens, ils étaient dominés par les « désirs humains » (Bible en français courant), expression qui ailleurs peut avoir un sens neutre, mais qui ici est utilisée négativement. Comp. 1 Pierre 1.14 ; 1 Pierre 2.11.

En revanche, après leur conversion, c’est la volonté de Dieu qui doit les diriger. Certains commentateurs estiment qu’il y a un contraste voulu entre le pluriel « désirs humains » et le singulier volonté de Dieu. Cela signifie que les chrétiens connaissent maintenant une unité d’orientation dans leur vie, tandis que les « désirs » des non-chrétiens les attirent dans toutes sortes de directions.

La traduction de non plus selon les convoitises des hommes pourra être « non pas pour vivre selon ce que les hommes désirent eux-mêmes » ou « non pas vivre selon ce que le (votre) cœur désire ».

selon la volonté de Dieu pourra être restructuré comme suit : « vous devez vous laisser diriger par / suivre la volonté de Dieu » ou « vous devez mener une vie en accord avec ce que Dieu attend de vous ». La Bible en français courant met en évidence selon la volonté de Dieu en intervertissant l’ordre des deux éléments ici, ainsi « selon la volonté de Dieu et non selon les désirs humains ». La version Good News Bible rend bien l’idée en parlant d’être « dominés par la volonté de Dieu et non par des désirs humains ».

Dans certaines langues, il va falloir être plus explicite, par exemple, « Pendant le temps qu’il vous reste à vivre, vous ne devez pas continuer de chercher à réaliser vos désirs (mauvais). Au contraire, il faut vivre selon la volonté de Dieu ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 1.19

mais par le sang précieux… du Christ : la conjonction mais (grec : ἀλλά alla) marque un contraste fort que certains rendent par mais et d’autres même par « Non » (La Bible du Semeur, Bible en français courant). En effet, après avoir dit de façon négative ce qui ne pouvait pas assurer la libération des croyants (choses périssables, argent, or), Pierre montre maintenant de façon positive sur quoi se fonde cette libération : le sang précieux de Jésus-Christ, versé en sacrifice pour les péchés de l’humanité. Dans certaines langues, on pourra répéter l’expression verbale du 1.18 : « vous avez été délivrés par le sang précieux du Christ » (Bible en français courant), « Mais il vous a libéré avec le sang précieux du Christ » (Parole de Vie).

sang précieux : l’arrière-plan est la pratique du sacrifice chez les Juifs au temps de l’AT. Pendant leur esclavage en Egypte le sang d’un agneau sans tâche a été mis sur les portes des Hébreux et l’ange, voyant ce sang, les a épargnés de la mort (Ex 12.5-7). Les Juifs avaient l’habitude chaque année de fêter ce jour par le sacrifice d’un mouton. C’est la fête de la Pâque (Ex 12.11). Le livre de Lévitique explique en détail les différents sacrifices, surtout les sacrifices pour le péché, où le sang de la victime était offert à Dieu pour obtenir son pardon. Voir Lév 16.14-16. Dans cette perspective, le sang… du Christ se rapporte au sacrifice qu’il a offert sur la croix, le sacrifice de son corps et de son sang, afin que les humains puissent être délivrés une fois pour toutes de leur vaine manière de vivre (1 Pierre 1.18). Voir aussi Hébr 9.12,14. Certaines versions substituent le mot « sacrifice » à la place de sang, mais à cause du rôle du sang dans la rédemption des croyants, la majorité des versions retiennent le mot ici. On pourra à la limite dire « nous sommes rachetés par la mort sacrificielle de Christ, versant son sang précieux… » En effet, dans plusieurs cultures du monde, le sacrifice de sang dans les rites de réconciliation ou de purification est bien connu et servira de « pont » vers une meilleure compréhension de l’Évangile.

précieux : l’adjectif est apparenté au mot « honneur ». En Act 5.34, il décrit un Juif respecté. En 1 Cor 3.12, Paul l’utilise pour décrire l’or et l’argent. Mais ici Pierre l’utilise pour souligner la valeur inestimable du sang versé pour nous. Le sacrifice libérateur a coûté la vie à Jésus-Christ. Par le don de sa vie, Christ a payé le prix de notre salut. Alors, ce sang est « cher », « coûteux », il a « beaucoup de valeur ». Mais dans certaines langues on ne parler pas de sang en termes commerciaux. Ainsi les traducteurs devraient trouver un terme qui convient dans ce contexte.

comme d’un agneau sans défaut et sans tache, celui du Christ : la traduction de la Traduction œcuménique de la Bible suit le grec, qui est assez bref. Ce texte fait allusion aux pratiques sacrificielles juives où l’animal souvent offert était un agneau. Voir, par exemple, Ex 12.5 ; 29.38 ; Lév 22.17-25. Ailleurs dans le NT, Jésus est présenté comme l’agneau de Dieu (Jean 1.29,36 ; 1 Cor 5.7 ; Apoc 5.6,12), justement parce qu’il est le sacrifice ultime qui enlève le péché du monde.

sans défaut et sans tâche : dans l’AT, l’offrande offerte à Dieu devait toujours être parfaite, sans défaut et sans tâche. Ainsi la Bible en français courant rend l’idée plus explicite en parlant du « sang précieux du Christ, sacrifié comme un agneau sans défaut et sans tache ». S’il n’est pas possible de trouver deux expressions, une seule expression suffira, par exemple, que « il était comme un agneau qui n’avait absolument aucun défaut » ou « comme un agneau qui n’avait en lui rien d’imparfait ».

celui du Christ : ceci veut dire « le sang du Christ », que les traducteurs peuvent rendre explicite. La Traduction œcuménique de la Bible suit l’ordre du grec, qui place ces mots à la fin du verset. Certains traducteurs jugeront mieux d’annoncer le nom de Christ avant la fin de l’énoncé.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 3.3

3.3-4

Dans ces versets, Pierre oppose les aspects superficiels et profonds de la beauté féminine, la beauté extérieure, à la beauté de « l’être intérieur » (Bible en français courant).

Certaines personnes se servent de ce verset pour justifier l’interdiction de porter des bijoux, de jolis habits, etc. Mais en fait, le texte n’interdit pas aux femmes de soigner leur apparence. Il les incite plutôt à ne pas faire dépendre leur beauté de l’aspect extérieur, à ne pas se préoccuper en priorité de leur apparence. Voir, par exemple « recherchez non pas la beauté que donne une parure extérieure : cheveux habilement tressés… » (La Bible du Semeur), « Ne cherchez pas à vous rendre belles par des moyens extérieurs » (Bible en français courant) ou « Votre beauté ne doit pas être extérieure » (Parole de Vie).

Que votre parure ne soit pas extérieure : en grec, il s’agit d’un impératif à la troisième personne, rendu dans plusieurs versions françaises par un subjonctif. Il sera souvent possible de s’exprimer de cette façon, sinon, les traducteurs peuvent suivre la Bible en français courant qui utilise un impératif à la deuxième personne du pluriel : « Ne cherchez pas… » Dans certaines langues, on utilisera d’autres formes, par exemple « Les femmes ne doivent pas », « on ne doit pas… » ou « vous ne devez pas chercher… »

votre parure ne soit pas extérieure… : en grec le sujet est κόσμος kosmos, signifiant habituellement « le monde », mais ici il a le sens de « votre ornement », votre parure, « votre beauté », « votre façon de vous rendre belle ». Le mot se réfère à tout ce qui contribue à la beauté ou à l’élégance d’une personne. La Bible en français courant suggère « Ne cherchez pas à vous rendre belles… »

extérieure est en grec un adverbe, litt. « du dehors ») qui peut se référer aux trois éléments mentionnés par la suite : les cheveux, les bijoux et les habits. Le mot a le sens de l’extérieur physique en opposition à la vie intérieure ou spirituelle. Il se trouve par exemple dans les Évangiles lorsque Jésus reproche aux Pharisiens de se préoccuper de la propreté de l’extérieur des coupes ou des plats (Luc 11.39). Il s’agit de tout ce qui « frappe l’œil », tout ce qu’on voit, tout ce qui est superficiel. Les traducteurs auront probablement une façon idiomatique de mentionner l’extérieur contrastant avec l’intérieur d’une personne.

cheveux tressés, bijoux d’or, toilettes élégantes est une énumération de quelques-uns de ces moyens extérieurs de se faire belle.

cheveux tressés (litt. « tresse de cheveux ») se réfère aux coiffures très populaires parmi les femmes grecques et romaines, mais aussi bien connues dans le monde moderne, en particulier en Afrique. Les cheveux tressés sont très beaux, mais une présentation exagérée peut être considérée comme excessive. La traduction de la Bible en français courant « la façon d’arranger vos cheveux » ne communique pas cette allusion à une coiffure extravagante. De plus, dans plusieurs parties du monde, tresser les cheveux est plutôt une manière assez modeste d’arranger les cheveux. Dans ce cas, il vaudrait mieux expliciter l’idée en disant par exemple « coiffure compliquée » (Parole de Vie), ou peut-être « coiffures excessives ». On pourrait aussi parler de « coiffures qui attirent trop l’attention ».

bijoux d’or est litt. « cercles d’or » (Bible de Jérusalem, Osty-Trinquet). L’expression peut être interprétée au sens général de toutes sortes de bijoux d’or (Traduction œcuménique de la Bible, Bible en français courant) ou, dans un sens spécifique, des bijoux plus particuliers, tels que « bracelets » ou « colliers en or ». Mais, dans la traduction, il est préférable de s’en tenir à un terme général.

toilettes élégantes est litt. « (le) port de vêtements ». Le mot grec désigne n’importe quelle sorte de vêtements, mais dans ce contexte il s’agit de vêtements d’une grande qualité, qui attirent l’attention. Comme l’exhortation s’adresse à des femmes, un mot équivalant à « robes » conviendra dans certaines langues. Le mot « manteaux » (Segond Révisée) ne convient pas ici. Il sera important de préciser qu’il s’agit de robes « élégantes » (Parole de Vie), « luxueuses », « coûteuses » ou « de grand prix ». L’interdiction concerne l’excès dans la manière de se vêtir, et les traducteurs devraient prendre soin d’exprimer cette idée et ne pas laisser entendre que les femmes doivent s’abstenir de porter une robe ou diverses sortes d’habillement.

En fait, les trois éléments cités ici contrastent avec ce qui précède : c’est la pureté et la discrétion qui rendent une femme belle, et non pas « des coiffures fantaisistes, des bijoux d’or et des habits très coûteux ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 4.13

Mais rend la conjonction forte de contraste ἀλλά alla en grec. Au lieu de s’étonner face à leurs souffrances, les chrétiens devraient « plutôt se réjouir » (Bible en français courant). Pour marquer le contraste, on pourra reprendre une partie du verset précédent : « Ne soyez pas étonnés, mais réjouissez-vous » ou « Au lieu d’être surpris, réjouissez-vous… » Les chrétiens doivent être heureux quand ils souffrent pour leur foi, car ils ont part aux souffrances du Christ. Cette idée de la joie au milieu de la tristesse se trouve souvent dans les Psaumes et apparaît dans cette lettre déjà en 1 Pierre 1.6.

dans la mesure où vous avez part aux souffrances du Christ, réjouissez-vous : la Traduction œcuménique de la Bible reflète le grec mais la Bible en français courant, parmi d’autres versions, intervertit les propositions : « Réjouissez-vous plutôt d’avoir part aux souffrances du Christ ». Voir aussi Segond Révisée : « Au contraire, réjouissez-vous de participer aux souffrances du Christ ».

dans la mesure où rend un seul mot en grec. Le sens pourra aussi être rendu par une conjonction comme « puisque » qui introduit un fait réel. Plusieurs versions choisissent de l’omettre, comme la La Bible du Semeur qui dit, par exemple, « Au contraire, réjouissez-vous, car vous participez aux souffrances du Christ ». Une traduction comme celle de la Parole de Vie, « Si vraiment vous participez… » sera à éviter si elle implique un doute. Ce mot grec introduit en fait une supposition partagée par le locuteur et le destinataire.

vous avez part aux souffrances du Christ est litt. « dans la mesure où vous partagez (dans) les souffrances du Christ ». Le Christ est toujours présenté en tant qu’exemple ( 1 Pierre 2.21 ; 1 Pierre 3.18). mais ici, ce qu’il y a de nouveau, c’est qu’en souffrant, les croyants ont part aux souffrances du Christ. La note de la Traduction œcuménique de la Bible dit « Le verbe employé est très fort : le chrétien n’imite pas seulement l’exemple du Christ [1 Pierre 2.21], il partage ses souffrances ». Mais avoir part aux souffrances n’implique pas que les chrétiens souffrent de la même façon que le Christ : ils ne subissent pas des souffrances identiques, c’est-à-dire la crucifixion. Mais ils peuvent quand même être mal traités à cause de leur croyance et leurs actes posés en tant que chrétien. vous avez part aux souffrances du Christ ne veut pas dire non plus que les chrétiens participent à l’œuvre salutaire que le Christ accomplit en faveur des humains par ses souffrances et sa mort. Les traducteurs devraient veiller à ne pas communiquer ces nuances incorrectes. Certains biblistes voient dans cette expression une référence au baptême, au cours duquel les chrétiens passent symboliquement par une mort et une résurrection semblables à celles du Christ. Ainsi, comme membres de l’Église, c’est-à-dire, du corps de Christ, ils s’identifient au Christ même dans ses souffrances. Mais cette interprétation, même si elle est logique, n’est pas suivie par la majorité. D’autres voient encore dans ces souffrances une référence aux malheurs à venir à la fin des temps, lorsque le Messie va venir. Voir, par exemple, Marc 13.9 et 2 Thess 2.2-3. Cette interprétation a l’avantage de se conformer à la perspective de la fin des temps dans cette lettre. Face à ces difficultés d’interprétation, il est conseillé de chercher une traduction assez générale, par exemple, « vous souffrez comme le Christ a souffert » ou « vous suivez l’exemple de Christ, qui a lui aussi, souffert ».

Pour Christ, voir 1 Pierre 1.11. Ici en grec le mot Christ est précédé de l’article défini. La présence de cet article peut insister sur la fonction de titre, « du Messie ». L’expression signifierait alors « avoir part aux souffrances associées à la venue du Messie ». Mais aucune version n’adopte une telle interprétation.

afin que (ἵνα hina) introduit un but : les chrétiens vont à l’avenir éprouver la joie malgré la persécution.

lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse : beaucoup de versions intervertissent l’ordre des éléments, pour dire « afin que vous soyez également remplis d’une grande joie quand il révélera sa gloire à tous » (Bible en français courant), « afin d’être remplis de joie quand il paraîtra dans toute sa gloire » (La Bible du Semeur), « afin de vous réjouir aussi avec allégresse, lors de la révélation de sa gloire » (Segond Révisée). Mais dans beaucoup de langues, l’ordre du grec sera préférable.

lors de la révélation de sa gloire : il s’agit sans doute d’une allusion au retour du Christ, le mot révélation rendant le terme grec qui donne en français « l’apocalypse ». Le possessif sa se rapporte au Christ. Ainsi la Bible en français courant dit « quand il [le Christ] révélera sa gloire à tous ». Voir 1 Pierre 1.7, 1 Pierre 1.13.

gloire : voir 1 Pierre 1.21. Le mot a diverses significations dans le NT, selon les contextes. Ici gloire semble se référer au Christ lui-même manifestant sa puissance et sa grandeur lors de son retour. Ainsi on pourra dire « quand il reviendra avec puissance et grandeur », mais il est aussi possible de rendre le terme grec littéralement. La Bible en français courant dit « il révélera sa gloire » et la Contemporary English Version parle de « son glorieux retour ». Mais pour rendre l’idée explicite, on pourra dire « quand les gens verront combien il est merveilleux » ou « combien il est grand ».

vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse est litt. « vous vous réjouissiez en étant dans l’allégresse ». Les deux verbes grecs correspondants se trouvent déjà en Matt 5.12 : litt. « Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse ». L’expression suggère une joie extrême, ainsi « remplis d’une grande joie » (Bible en français courant), « heureux et pleins de joie » (Parole de Vie) ou « d’une joie extraordinaire ». Si les chrétiens demeurent joyeux malgré leurs souffrances, ils le seront d’autant plus lors du retour du Christ. S’il n’y a pas deux expressions dans la langue cible (joie et allégresse), on pourra exprimer l’intensité de cette joie : « afin que vous soyez très joyeux » ou « extrêmement content ». Une expression verbale sera aussi possible : « afin que vous vous réjouissiez beaucoup », « afin que votre bonheur abonde » ou, dans certaines langues, « dépasse ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 2.6

2.6-8

L’image du Christ comme pierre vivante est développée maintenant à l’aide de plusieurs citations de l’AT : És 28.16, Ps 118.22. Ces textes semblent avoir été utilisés très tôt par les prédicateurs chrétiens au sujet du Christ et dans le débat avec ceux qui l’ont rejeté. Les traducteurs présenteront les citations de l’Ancien Testament, en italique ou autrement, comme c’est leur habitude.
Car on trouve dans l’Écriture : ici l’auteur rend explicite le fait qu’il s’agit d’une citation de l’Écriture. Ici il s’agit d’És 28.16 avec quelques modifications. Comme les autres citations, celle-ci est introduite en grec par la conjonction διότι dioti, Car. Voir 1 Pierre 1.16, 1 Pierre 1.24 ; 1 Pierre 5.5. Le texte dit littéralement « Car il se trouve dans l’Écriture… ». On pourra suivre la Bible en français courant : « Car voici ce qui est dit dans l’Écriture », ou dire « Car on peut lire dans l’Écriture… ». Comme ailleurs, la Parole de Vie rend la conjonction par « En effet », ce qui peut aussi servir de modèle ici.

Voici je pose en Sion : le mot grec ἰδού idou, traduit par Voici, tout comme le terme hébreu correspondant dans le texte d’Ésaïe, a pour fonction d’attirer l’attention des lecteurs sur ce qui suit. Il peut être rendu par « Regardez » (Parole de Vie) ou par une expression similaire dans la langue cible.

Ici je se réfère à Dieu, mais l’emploi d’un pronom personnel sans antécédent soulèvera un problème dans certaines langues. Il faudra alors parfois expliciter l’antécédent sous-entendu : « Dieu dit : je pose… » S’il est impossible de garder le style direct, les traducteurs seront obligés de recourir au style indirect : « Dieu dit qu’il (va) poser… ». La Parole de Vie indique qu’il s’agit de Dieu d’une manière indirecte : « En effet, les Livres Saints disent de la part de Dieu : Regardez ! »

Sion : dans l’AT ce nom désigne d’abord le Mont Sion, un endroit spécifique de Jérusalem. Mais il a pris un sens religieux et symbolique pour désigner la cité de Dieu (És 60.14 ; Ps 48.2-4), c’est-à-dire là où Dieu demeure (És 8.18 ; Ps 74.2 ; 132.13 ; Ps 97.8). Ainsi És 51.16 dit : « en disant à Sion : Mon peuple c’est toi » (Traduction œcuménique de la Bible). C’est dans ce dernier sens, ainsi qu’au sens symbolique, que l’Église primitive semble avoir interprété le mot Sion ici, en estimant qu’il s’appliquait à la nouvelle Jérusalem, c’est-à-dire, au nouveau peuple de Dieu. Si nécessaire, on peut expliciter ce terme par « dans la ville de Sion ». Mais il sera bon aussi de noter dans le glossaire les diverses significations de ce nom.

une pierre angulaire : cette citation d’És 28.16 a été légèrement modifiée. Une omission à signaler est celle du mot « fondation » figurant dans l’AT : « une pierre de fondation ». Un commentateur suggère que ce mot aurait pu être omis parce qu’il fallait éviter de suggérer que la pierre angulaire fait partie de la fondation. En effet, une fondation est enterrée, et il serait donc impossible de trébucher sur elle. Néanmoins l’omission de ce mot ne semble pas significative.

L’expression une pierre angulaire désigne une pierre qui se trouve à l’angle de deux murs, là où ils se rejoignent. Les pierres angulaires jouaient un rôle important dans la construction et assuraient la stabilité du bâtiment. A la lumière du Ps 118.22, certains commentateurs comprennent qu’il s’agit de la principale pierre d’angle. C’est ainsi que la Parole de Vie dit « je la pose dans la ville de Sion comme pierre principale ». Mais, dans le texte grec, il n’y a pas d’article défini, et on peut donc y voir une pierre angulaire, avec l’article indéfini, comme dans la Traduction œcuménique de la Bible. Le plus grand problème pour les traducteurs sera plutôt de savoir comment rendre la pierre angulaire, surtout dans les sociétés qui ne connaissent pas cette façon de construire des maisons. Dans plusieurs sociétés, il y a un pilier de bois central qui soutient le toit, et aucune pierre n’est utilisée dans la construction d’une demeure. Dans de tels cas, il vaut mieux trouver un substitut culturel qui aidera le lecteur à comprendre de quoi il est question. On pourra aussi à cet effet y ajouter une illustration. La traduction s’avère d’autant plus difficile parce qu’il s’agit de vers poétiques. Les traducteurs devraient éviter des translittérations ou des expressions trop longues et compliquées.

choisie et précieuse : pour cette expression, voir 1 Pierre 2.4.

et celui qui met en elle sa confiance ne sera pas confondu : cette citation présente à la fois un aspect positif et un aspect négatif. Sous son angle positif, c’est un encouragement adressé aux chrétiens menacés par la persécution à continuer à placer leur confiance en Jésus-Christ. Quant à son aspect négatif, elle sous-entend une mise en garde destinée à ceux qui rejettent le Christ et qui seront convaincus de leurs torts.

celui qui met en elle sa confiance : littéralement « celui croyant en elle ». celui… se réfère à tous ceux qui écoutent la prédication chrétienne et placent leur confiance en Dieu. Dans certaines langues, on trouvera un terme correspondant à « quiconque » ou on pourra dire « toute personne qui… »

met sa confiance : comme ailleurs dans le NT, le verbe « croire » évoque une relation de confiance étroite avec quelqu’un.

en elle : en grec, il s’agit d’un pronom masculin se référant à la pierre angulaire. Les traducteurs utiliseront, bien sûr, les formes qui conviennent dans leurs langues. Certains seront tentés d’expliciter le texte en disant « quiconque met sa confiance dans le Seigneur, qui est la pierre d’angle », mais ce genre de solution est déconseillé. Lorsqu’on traduit des citations de l’Ancien Testament dans le Nouveau, il vaut mieux rester proche du texte original. Les lecteurs de ces citations profiteront d’un enseignement ou de commentaires leur permettant d’adopter leur propre interprétation à ce sujet.

ne sera pas confondu : en hébreu, le texte de l’AT a « ne se hâtera pas », mais dans le présent verset le sens du verbe grec est « avoir honte », « être déçu » ou « être confus », confondu. Le texte grec présente une double négation qui peut être rendue par « ne… jamais », par exemple, « ne sera jamais déçu » (Bible en français courant) ou « ne connaîtra jamais le déshonneur » (La Bible du Semeur).

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 3.14

Bien plus, au cas où vous auriez à souffrir : cette proposition commence par la conjonction de contraste très fort ἀλλά alla, litt. « Mais si aussi vous deviez souffrir… » Bien que ce soit une proposition conditionnelle en grec, il semble s’agir d’un fait réel ou au moins, attendu. La Bible en français courant dit « Même si vous avez à souffrir », sous-entendu « et je suis sûr que ce sera le cas ». Les traducteurs devraient donc utiliser des formes verbales qui expriment le fait que souffrir est une possibilité réelle.

auriez à souffrir rend un verbe grec au mode optatif qui n’est que rarement utilisé dans cette lettre (voir 1 Pierre 3.17) ou dans la littérature grecque de l’époque. Cette forme grammaticale peut suggérer une certaine discrétion de la part de Pierre pour évoquer les souffrances de ses lecteurs. Certains pensent qu’elle met en doute la possibilité que les gens auront à souffrir pour la justice. Ce que nous savons, d’après les enseignements de Pierre, c’est que les chrétiens souffrent – mais pas à cause du mal qu’ils feraient. Au contraire, ils doivent parfois souffrir malgré ou à cause du bien qu’ils font. Voir 1 Pierre 2.12,19s. ; 1 Pierre 4.12 ; 1 Pierre 5.9. En fait, les croyants doivent considérer comme un privilège le fait de souffrir pour ce qui est juste. On pourra dire « Même si les autres vous font souffrir » ou « …vous font du mal ».

pour la justice est littéralement « à cause de la justice ». Cette idée va dans le même sens que Matt 5.10. Pour justice, voir 1 Pierre 2.24. La Traduction œcuménique de la Bible définit en note la justice comme « la vie droite conforme aux enseignements du Christ ». Mais, d’après le contexte, le terme se réfère ici au bien que les justes font. Les croyants souffrent parfois à cause des actes justes qu’ils pratiquent. On pourra dire plus clairement « parce que vous faites ce qui est juste » (Bible en français courant), « parce que vous faites ce que vous devez faire », ou même « parce que vous faites ce que Dieu veut » (Die Gute Nachricht).

heureux êtes-vous : en grec, le terme μακάριος makarios (heureux), est le même que celui employé par Jésus dans les Béatitudes (Matt 5.3-11) et qui est souvent rendu par « bienheureux » ou « bénis soient ceux… » Il est habituellement utilisé pour évoquer les bienfaits accordés par une personne à une autre, surtout un être ayant un statut supérieur, qui lui permet d’attribuer de tels bienfaits à ceux dont il est responsable. Dans ce verset, c’est Dieu qui accorde la bénédiction, bien que ce soit implicite. La version Contemporary English Version, en anglais, exprime cela par « Dieu vous bénira ». Cette bénédiction est évoquée d’une manière générale, mais elle comprend le bonheur, le bien-être, la prospérité. La Parole de Vie propose « quel bonheur pour vous ». Certaines langues auront recours à une affirmation forte : « vous êtes vraiment heureux/bénis ». Bien qu’on parle dans beaucoup de cultures d’un « coup de chance », il semble plus convenable de parler des « bénédictions de Dieu ».

N’ayez d’eux aucune crainte : litt. « ne craignez pas la crainte d’eux ». Il s’agit d’une citation d’És 8.12, avec cette différence qu’en hébreu c’est « n’ayez pas sa crainte ». L’ancienne version grecque de l’AT que Pierre cite habituellement, a le singulier « (la crainte de) lui », tout comme l’hébreu. Cette forme se rapporte au peuple mentionné au début d’És 8.12. Pierre a remplacé ce singulier par un pluriel (d’eux). Est-ce qu’il avait sous les yeux un texte comportant ce pluriel ou l’a-t-il modifié intentionnellement en fonction de son exhortation ? Ou pense-t-il au sens collectif du mot « peuple » d’És 8.12a ? De toute façon, eux se réfère ici spécifiquement à ceux qui causaient toutes sortes de difficultés aux chrétiens. Il est vrai que certains traducteurs ont compris le pronom grec dans un sens neutre et impersonnel, évoquant des « maux », des « menaces ». Toutefois, la référence aux personnes (eux) est celui qui s’impose dans ce contexte et qui est adopté dans la plupart des versions.

Plutôt que de rendre « N’ayez aucune crainte des autres » (Bible en français courant) ou « Ne soyez pas effrayés par qui que ce soit » (Good News Bible), il sera légitime, à la lumière du contexte, de spécifier les personnes dont il s’agit, par exemple « N’ayez pas peur de ceux qui peuvent vous faire du mal » ou « …qui vous font souffrir ».

et ne soyez pas troublés ou « ne vous laissez pas troubler » (Bible en français courant) est la suite de la citation d’És 8.12, qui rappelle aussi des paroles du Christ rapportées dans les Évangiles, par exemple Jean 14.1. Le verbe grec utilisé ici signifie non seulement troubler, mais aussi « agiter », « bouleverser », « terrifier », « épouvanter ». L’idée peut aussi être exprimée de façon idiomatique.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.