Introduction
Contrairement aux épîtres de Paul qui s’adressent aux chrétiens qui se trouvaient dans un lieu précis, la première lettre de Pierre s’adresse à de nombreux chrétiens dispersés dans plusieurs provinces de l’empire romain. Avec les épîtres de Jacques, 2 Pierre, 1-3 Jean et Jude, l’épître de 1 Pierre fait partie des lettres dites « catholiques », c’est-à-dire universelles. Au lieu de se pencher sur des problèmes particuliers dans les communautés d’une ville (par exemple, Corinthe) ou d’une région (par exemple, la Galatie) comme l’apôtre Paul l’a fait, l’auteur offre un enseignement général à un public plus large. Les deux lettres de Pierre étaient probablement destinées à circuler dans plusieurs églises.
Cette série de lettres est importante, car elle nous fait découvrir un courant de pensée particulier du christianisme naissant. Dans le NT, la voix de Paul est importante, mais ce n’est pas la seule voix qui se fait entendre ! Néanmoins, que ce soient les épîtres de Paul ou de Pierre, tous ces écrits attestent un arrière-plan juif. C’est ainsi que les deux auteurs citent très fréquemment des textes de l’Ancien Testament. Mais comme les lettres de Paul, 1 Pierre suit des conventions du monde grec en ce qui concerne la forme de l’adresse : les salutations au début et à la fin de la lettre, et la louange ou la prière qui suit la salutation introductive.
Bien que certains biblistes mettent en doute l’identité réelle de l’auteur de 1 et 2 Pierre (voir ci-dessous), ces deux lettres sont traditionnellement traitées ensemble. La lettre de Jude fait partie de cet ensemble à cause de textes similaires. Il y a beaucoup de ressemblances entre les textes de 2 Pi 2 et 3.1-3 et ceux de Jude 4-13,17,18. Les biblistes ne sont pas d’accord pour dire lequel des deux écrits a influencé l’autre, mais la relation est incontestée.
L’auteur de 1 Pierre
Selon la tradition, c’est l’apôtre Pierre, l’un des disciples de Jésus, qui a écrit le texte de 1 et 2 Pierre.
En Matt 16.17, Pierre est désigné sous le nom de Simon Bar Jônia, « Simon, fils de Jonas ». Avec son frère, André, et d’autres, Simon est appelé à suivre Jésus et finit par devenir l’un des apôtres les plus connus. D’après les Évangiles, Pierre était de la ville de Bethsaïda (Jean 1.44). Il était probablement marié (Matt 8.14 ; 1 Cor 9.5) et pratiquait le métier de pêcheur (Matt 4.18).
Les Évangiles et les Actes des Apôtres racontent les hauts et les bas de la vie spirituelle de cet homme. C’est Pierre qui, lorsque le Seigneur est arrêté, l’abandonne et le renie trois fois (Matt 26.69-75). Mais c’est aussi lui qui reconnaît l’identité réelle de Jésus de Nazareth : « tu es le Messie », l’oint de Dieu (Luc 9.20). L’Évangile de Jean rapporte que Jésus a donné un nouveau nom à Simon, « Céphas », ce qui veut dire « rocher » ou « pierre » (Jean 1.43). Le Christ lui dit « Tu es Pierre et sur cette pierre… » (Matt 16.18). Les interprétations de cette déclaration sont diverses (voir note de la Traduction œcuménique de la Bible Matt 16.18). Pour les catholiques, ces mots sont à la base du système papal, avec Pierre Simon considéré comme le premier « pape ». D’après des récits anciens, Pierre, avancé en âge, a exercé un important ministère dans la ville de Rome et a été finalement mis à mort pour sa foi sous le règne de Néron vers 65 apr. J.-C.
Malgré le titre traditionnel de cette lettre, beaucoup de biblistes et de commentateurs soutiennent que ce n’est pas Pierre qui l’a écrite. Ils rappellent en particulier que Pierre était censé être l’apôtre des Juifs, et Paul, l’apôtre des non-Juifs (Gal 2.7), alors qu’ici l’auteur s’adresse essentiellement aux non-Juifs. De plus, ils mentionnent le fait que les régions citées en 1 Pierre 1.1 sont celles qui ont été évangélisées plutôt par Paul. Mais face à ces arguments, d’autres font remarquer que Pierre a quitté Jérusalem pour exercer un ministère de prédicateur itinérant. Actuellement, personne ne conteste qu’il ait fini ses jours à Rome. Si la lettre est effectivement de Pierre, elle pourrait dater du début des années 60.
Cependant, pour certains spécialistes le contenu de la lettre fait penser que sa rédaction date d’après la mort de Pierre. On aurait donc affaire à un auteur qui adopte le nom et la théologie de l’apôtre ou qui simplement utilise le pseudonyme de Pierre. Parmi les arguments en faveur de cette hypothèse, il y a le fait que la lettre est écrite dans un style et un grec de haut niveau. On pourrait se demander comment un simple pêcheur aurait-il pu écrire une telle lettre ? A ces arguments, d’autres répondent que, comme Paul, Pierre a eu recours à un secrétaire. En effet, à la fin de sa lettre, l’auteur dit : Je vous ai écrit ces quelques mots par Silvain, que je considère comme un frère fidèle (1 Pierre 5.12). Alors Pierre a-t-il dicté la lettre à Silvain ou a-t-il plutôt partagé ses idées avec celui-ci, et lui il aurait par la suite les a mises par écrit ? Cette seconde hypothèse semble convaincante et est défendue par plusieurs biblistes.
Notons aussi qu’au début de sa lettre, l’auteur cite son nom comme Pierre et qu’en 1 Pierre 5.1 il se dit témoin des souffrances du Christ. Ainsi dans le présent commentaire, Pierre sera désigné comme l’auteur de la lettre, conformément à la longue tradition de l’Église.
Destinataires
Selon 1 Pierre 1.1, Pierre adresse son message aux élus qui vivent en étrangers dans la dispersion, dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie, c’est-à-dire à ceux qui croient en Jésus-Christ et vivent dans ces provinces de l’empire romain.
Certains pensent les mots les élus…. désignent les Juifs convertis. Mais le fait que Pierre les caractérise en disant qu’autrefois ils vivaient au temps de leur ignorance (1 Pierre 1.14) peut suggérer qu’il s’agit plutôt de non-Juifs. Que l’audience cible soit juive ou non juive, Pierre appelle tous ses lecteurs/auditeurs à « passer de l’obscurité à sa merveilleuse lumière » (1 Pierre 2.9 Bible en français courant).
L’Asie ne renvoie pas au continent connu aujourd’hui sous ce nom, mais à la péninsule à l’extrême ouest de ce continent.
Thèmes et but de la lettre
Les thèmes principaux nous aident à comprendre le contexte dans lequel l’auteur a composé sa lettre et la situation dans laquelle les destinataires se trouvent. Dans 1 Pierre, il est question surtout :
• du statut des nouveaux convertis,
• des grandes souffrances qui menacent inévitablement ces nouveaux chrétiens,
• du rôle du Christ dans le monde et dans la vie des chrétiens,
• du comportement que tout chrétien doit adopter.
Les nouveaux convertis
En ce qui concerne le premier thème, Pierre confère aux nouveaux convertis des titres qui rehaussent leur statut. Ceux qui croient en Jésus-Christ font partie d’un nouveau peuple, saint et mis à part pour servir Dieu. Pierre explique clairement comment les gens qui n’étaient pas le peuple de Dieu sont devenus son peuple : ils ont été choisis (élus, 1.1), purifiés (1 Pierre 1.22), et libérés de leur ancienne manière de vivre (1 Pierre 1.18). Ils constituent maintenant la race élue, la communauté sacerdotale du roi, la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis pour … [proclamer] les hauts faits de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière… (1 Pierre 2.9).
Les souffrances des chrétiens
Dans sa lettre, Pierre se réfère plusieurs fois aux souffrances des chrétiens : 1 Pierre 1.6 ; 1 Pierre 2.19 ; 1 Pierre 3.13 ; 1 Pierre 4.12 ; 1 Pierre 5.8. Les personnes auxquelles il s’adresse font maintenant partie du peuple de Dieu, mais les communautés dans lesquelles elles se trouvent restent païennes et hostiles à l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Il était donc difficile pour ces chrétiens de vivre dans un tel milieu.
Plusieurs lecteurs étaient apparemment victimes de persécution. Mais qui étaient ceux qui persécutaient les croyants ? Faut-il penser à une persécution organisée par les autorités ? Certaines parties de la lettre pourraient être interprétées dans ce sens, en particulier 1 Pierre 4.12. Cependant, en 1 Pierre 2.13 Pierre exhorte les chrétiens à respecter les autorités, placées par Dieu « pour punir les malfaiteurs et féliciter ceux qui font le bien » ( 1 Pierre 2.13 Bible en français courant). Alors il est plus probable que la persécution venait du milieu des non-croyants : soit des païens qui se vouaient au culte des « mystères » (1 Pierre 1.3 ; 1 Pierre 3.21) et qui étaient contrariés de voir que les chrétiens ne plus participer à leur débauche, soit des membres de leurs propres familles ou d’anciens amis qui les méprisaient à cause de leur nouvelle foi.
Jésus-Christ, l’exemple pour le monde
Dans un contexte de souffrance, Pierre présente Jésus-Christ comme l’exemple par excellence d’une personne qui souffre injustement. Les chrétiens persécutés sont appelés à suivre cet exemple ( 1 Pierre 2.21 ; 1 Pierre 3.13). Le Christ est aussi présenté comme la « pierre de grande valeur » (La Bible du Semeur, « la pierre précieuse », « la pierre d’angle », « la pierre principale » de l’édifice construit par Dieu (1 Pierre 2.6). C’est grâce au Christ que le croyant pourrait naître de nouveau et recevoir un « héritage impérissable » (Nouvelle Bible Segond, c’est-à-dire le salut et la vie éternelle ( 1 Pierre 1.3).
Le comportement à adopter
Les exhortations concernant la conduite des croyants sont toutes fondées sur la vie et les enseignements de Jésus :
• « aimez-vous comme des frères » (1 Pierre 3.8),
• « Ne rendez pas le mal pour le mal, ou l’insulte pour l’insulte » (1 Pierre 3.9),
• « Réjouissez-vous… d’avoir part aux souffrances du Christ » (1 Pierre 4.13),
• « Si l’on vous insulte parce que vous êtes disciples du Christ, heureux êtes-vous » (1 Pierre 4.14).
Les conseils de Pierre sont aussi semblables à ceux de Paul en ce qui concerne le comportement à adopter auprès des autorités, de son maître ou de son patron, et de son conjoint. Pierre trace la voie à suivre dans la vie de tous les jours, que ce soit auprès des chrétiens ou non-chrétiens ( 1 Pierre 2.13 ; 1 Pierre 3.1 ; 1 Pierre 4.7).
Plan de la lettre
Il y a plusieurs façons d’esquisser le plan de 1 Pierre. Les commentateurs et les versions varient à ce sujet. Ci-dessous un exemple d’un plan possible :
1. Salutation 1 Pierre 1.1
2. Prière de reconnaissance 1 Pierre 1.3
a) Reconnaissance pour la vie nouvelle 1 Pierre 1.3
b) Exhortation à se réjouir même dans des situations difficiles 1 Pierre 1.6
c) Le salut annoncé par les prophètes de l’AT 1 Pierre 1.10
3. La vie chrétienne 1 Pierre 1.13–JON.2.10
a) La sainteté de Dieu, fondement d’une vie sainte 1 Pierre 1.13
b) Une conduite digne du sacrifice du Christ 1 Pierre 1.17
c) Les relations fraternelles entre croyants 1 Pierre 1.22–1 Pierre 2.3
d) La communauté chrétienne, nouveau peuple de Dieu 1 Pierre 2.4
4. Le comportement des chrétiens dans un milieu païen 1 Pierre 2.11–1 Pierre 3.22
a) Exhortation générale 1 Pierre 2.11
b) L’attitude chrétienne face aux autorités 1 Pierre 2.13
c) Le devoir des serviteurs face à leurs maîtres 1 Pierre 2.18
-Les serviteurs doivent se soumettre et supporter la souffrance 1 Pierre 2.18
-L’exemple du Christ en relation avec la souffrance 1 Pierre 2.21
d) Les devoirs réciproques des époux 1 Pierre 3.1
e) Vivre en bon accord dans la communauté 1 Pierre 3.8
f) Rester confiant malgré la persécution 1 Pierre 3.13
g) La victoire du Christ, source de confiance 1 Pierre 3.18
5. Souffrir et servir en chrétiens 1 Pierre 4.1
a) Être prêt à souffrir pour Jésus-Christ 1 Pierre 4.1
b) Le service chrétien 1 Pierre 4.7
c) Nouvelles paroles d’encouragement pour les chrétiens qui souffrent 1 Pierre 4.12
6. Recommandations adressées à l’Église 1 Pierre 5.1
a) Aux anciens, dirigeants des églises 5.1-5a
b) A l’ensemble de la communauté chrétienne 5.5b-11
7. Salutations finales et bénédiction 1 Pierre 5.12
Ainsi cette lettre témoigne d’intérêts à la fois théologiques et pastoraux. Elle rappelle à ses lecteurs/auditeurs la nécessité d’une consécration totale à Dieu. Si ceux-ci font réellement partie du peuple de Dieu, ils doivent le démontrer dans tout ce qu’ils font. Ils doivent mener une vie exemplaire, même au milieu d’épreuves.
Certains biblistes estiment que la lettre a pu être été rédigée en deux étapes :
• la première section (1 Pierre 1.1 à 1 Pierre 4.6) aurait été écrite avant les persécutions contre les chrétiens à Rome parce qu’elle parle positivement des autorités
• la deuxième section (1 Pierre 4.7 à 1 Pierre 5.14) aurait été rédigée à l’époque des graves persécutions lancées par ces autorités à Rome (appelée Babylone en 1 Pierre 5.13)
Bien que certains indices suggèrent une telle possibilité, la structure du texte ne confirme pas cette hypothèse. Qu’elle soit adoptée ou non, cela n’a pas d’incidence sur la traduction.
Problèmes de traduction
La première lettre de Pierre présente de nombreuses difficultés pour les traducteurs.
Phrases longues
L’auteur de 1 Pierre utilise des phrases grecques très longues et compliquées. Par exemple, 1.3-5 constitue une seule phrase en grec :
* Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ :
dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître
pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts,
* pour un héritage qui ne se peut corrompre, ni souiller, ni flétrir ;
cet héritage vous est réservé dans les cieux,
* à vous que la puissance de Dieu garde par la foi
pour le salut prêt à se révéler au moment de la fin.
Pour beaucoup de langues, il serait bon de transformer ces propositions en phrases indépendantes plus courtes, tout en veillant à garder chacune des idées exprimées. Pour des modèles de comment couper les phrases, voir la Bible en français courant et la Parole de Vie.
Expressions sans agent
Une autre difficulté de traduction concerne des expressions ambiguës. Par exemple, il est dit que les chrétiens sont élus et recevront un héritage, mais sans que le texte explicite l’agent de ces faits : élus par qui ?, un héritage venant de qui ? Dans le début de la lettre, ces problèmes sont très nombreux. En 1 Pierre 1.7, par exemple,
afin que la valeur éprouvée de votre foi – beaucoup plus précieuse que l’or périssable qui pourtant est éprouvé par le feu – obtienne louange, gloire et honneur lors de la révélation de Jésus Christ,
on pourra se demander « foi en qui ou quoi ? », « qui va révéler Jésus-Christ ? », etc. On pourra aussi poser les questions suivantes :
• 1.14 des enfants obéissants, à qui ? ;
• 1.18 vous avez été rachetés, par qui ? ;
• 1.20 avant la fondation du monde, fondée par qui ?
Dans plusieurs langues, dans de tels cas, il est important de rendre explicite qui est l’agent.
De même, lorsqu’il y a une forme passive avec un agent sous-entendu, celui-ci peut être explicité. Par exemple, « (vous êtes) la race choisie » (1 Pierre 2.9) pourrait être rendu par « Dieu vous a choisis », si nécessaire.
Termes clés et problèmes exégétiques
Une autre source de difficulté pour le traducteur est la présence dans le texte de nombreux termes techniques ou théologiques. Par exemple, en 1 Pierre 1.1 se trouvent les termes suivants : élus, dispersion, dessein (« prescience ») de Dieu, sanctification, aspersion du sang, grâce, et paix. Tous ces mots présentent de vrais défis pour les exégètes et pour les traducteurs. En outre, il y a des passages qui sont sujets à de grands débats quant à leur interprétation. C’est le cas de 1 Pierre 3.18 et de 1 Pierre 4.6 qui disent que le Christ est allé prêcher aux esprits en prison et que la bonne nouvelle a été annoncée même aux morts. Dans ces cas difficiles, le traducteur devrait suivre le texte tel qu’il se présente (sans omettre les parties difficiles à comprendre) et s’assurer que sa traduction se conforme aux interprétations acceptées par la majorité des versions et des commentateurs.
Parmi les termes clés figurent aussi les noms divins se référant à Dieu le Père, le Sauveur Jésus-Christ et le Saint Esprit :
Dieu : dans cette lettre Pierre utilise plus de trente fois le nom générique pour Dieu (grec : θεός theos). Presque toutes les langues ont un nom pour Dieu et sa traduction ne posera pas de problème. Mais les apôtres Pierre et Paul parlent aussi de Dieu le Père, surtout dans leurs salutations et leurs bénédictions. L’idée que Dieu est le Père de l’humanité et de son peuple est déjà présent dans l’AT (És 63.16 ; 64.7), mais ce nom est particulièrement fréquent dans les propos et les prières de Jésus dans les Évangiles (Matt 6.9,18 ; 18.14 ; Marc 11.25 ; Luc 11.13 ; Jean 10.15 ; 20.17). Certaines langues exigent l’emploi d’un pronom possessif, de sorte qu’on dira « Dieu notre Père ».
Jésus Christ : cette lettre de Pierre diffère de celles écrites par Paul, en ce que Pierre a tendance à presque toujours utiliser la forme Jésus Christ, un nom propre. En fait, bien que les versions françaises écrivent ce nom avec trait d’union (Jésus-Christ), cette marque ne paraît pas en grec et il vaut mieux l’éviter dans la traduction. Le nom Jésus vient de la racine hébraïque qui désigne « sauveur » (Matt 1.21) et le mot Christ, du mot « Messie » ou « oint », c’est-à-dire, celui que Dieu a choisi et a envoyé pour sauver son peuple. L’apôtre Paul a tendance à renverser ces mots, en parlant de « Christ Jésus », surtout au début de ses lettres (1 Cor 1.1,2,4 ; 2 Cor 1.1 ; 1 Tim 1.1 ; 2 Tim 1 ; 2, etc.), mais Pierre n’utilise pratiquement jamais cette forme. A cet effet, à un seul endroit (1 Pierre 5.10), « Christ Jésus » est attesté dans certains manuscrits anciens, mais la majorité de versions disent à cet endroit « Christ », sans note.
En fait, Pierre utilise fréquemment le mot Christ tout seul (1 Pierre 1.11, 1 Pierre 1.19 ; 1 Pierre 2.21 ; 1 Pierre 3.15, 1 Pierre 3.16, 1 Pierre 3.18 ; 1 Pierre 4.1, 1 Pierre 4.13, 1 Pierre 4.14 ; 1 Pierre 5.1, 1 Pierre 5.14), encore une fois comme un nom propre. Toutes les versions translittèrent ce mot : aucune ne semble traduire le mot Christ comme « le Messie ».
Un autre nom pour Jésus Christ dans cette lettre est le terme Seigneur. Il s’agit d’un titre qui désigne quelqu’un ayant une autorité sur les autres : un maître, un patron ou un propriétaire. Dans le NT ce terme peut désigner Dieu le Créateur, le Maître ou Jésus-Christ, ou encore une autre personne dotée d’autorité (Matt 6.24). Comme pour la traduction de Dieu le Père en « Dieu notre Père » dans certaines langues, cela va de même aussi pour le Seigneur rendu par « notre Seigneur ». On peut aussi parler de « celui qui nous commande », « notre chef ». Dans les deux lettres de Pierre, Jésus Christ est aussi appelé le Sauveur (2 Pi 1.11 ; 2.20 ; 3.2,18). Comme pour la traduction de « Dieu le Père » en « Dieu notre Père » dans certaines langues, cela va de même aussi pour « le Seigneur » rendu par « notre Seigneur ».
Quant à l’Esprit Saint, Pierre n’utilise cette expression qu’une seule fois dans la lettre (1 Pierre 1.12). Par contre, plusieurs autres expressions y figurent : Esprit tout court (1 Pierre 1.2 ; 1 Pierre 3.18 ; 1 Pierre 4.6), Esprit du Christ (1 Pierre 1.11), et enfin l’expression l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu (1 Pierre 4.14). Le mot esprit (grec : πνεῦμα pneuma) apparaît aussi dans d’autres contextes avec des sens variés qui seront traités sous le verset en question. S’il faut qualifier le mot Esprit, il vaut mieux parler de « l’Esprit de Dieu », qui est une expression propre à Pierre et plus général que « Saint Esprit », moins fréquent chez Pierre que chez Paul (2 Pi 1.21).
Les citations
Pierre cite de nombreux textes provenant de l’Ancien Testament, dont la majorité sont citées d’après la traduction grecque, la Septante (Septante). Ces citations proviennent des écrits prophétiques (És 40.6-8 ; 28.16 ; 43.20-21), des Psaumes (34.13-17) et encore d’autres livres. Au lieu de faire une traduction dynamique ou libre de ces citations, il vaudrait mieux rester proche du texte, en imitant, si possible, le style poétique.
Parfois pour de diverses raisons une citation pourrait être légèrement différente que le texte en hébreu. Il est important de suivre le texte grec et non pas forcer une harmonisation des textes dans l’Ancien et le Nouveau Testament.
Il est très important de signaler dans le texte d’une manière ou d’une autre qu’il s’agit de citations. Parfois celles-ci sont bien indiquées par l’auteur, par exemple, en 1 Pierre 1.16, la citation est introduite par les mots « car est-écrit [que]… », et en 1 Pierre 2.6, par les mots « car il se trouve dans l’Ecriture ». Mais dans d’autres endroits, comme en 1 Pierre 1.24, il n’y a qu’un mot comme car. Ailleurs il n’y a aucune indication de citation, mais l’auteur cite clairement un passage de l’Ancien Testament. Certaines versions comme la Traduction œcuménique de la Bible présentent les citations en italique, comme en 1 Pierre 2.3 ci-dessous :
Si vous avez goûté que le Seigneur est bon,
Approchez-vous de lui….
D’autres versions mettent des guillemets autour de la citation, comme par exemple, la Bible en français courant :
En effet « vous avez constaté combien le Seigneur est bon ». Approchez…
Pour rendre le mot « Écriture », il faudrait éviter d’utiliser des expressions comme « la parole de Dieu » ou « Bible ». Il faut noter qu’au temps de Pierre ce qui est écrit n’inclut pas encore le NT, de sorte que le terme utilisé ici ne doit pas comprendre toute la Bible. Certaines versions françaises mettent une lettre majuscule à « Écriture » ou « Saintes Écritures ». Les traducteurs devraient se conformer aux conventions de leur langue. Plusieurs versions, dont la Bible en français courant, utilisent un verbe comme « dire » ou « déclarer », mais puisqu’on parle de ce qu’on écrit, on pourra aussi dire « on lit dans les Écritures : ».
Comme la majorité des citations viennent des Psaumes ou des livres prophétiques, la plupart des versions présentent les citations sous forme poétique, avec des mises à la ligne successives.
Derniers conseils
Comme pour chaque livre à traduire, avant d’entamer la traduction, il est bon de lire le texte en entier dans plusieurs versions, surtout une variété de types de traduction. On pourrait lire la traduction dans une version plus formelle (Traduction œcuménique de la Bible, Nouvelle Bible Segond) et encore dans une version plus libre, comme la Bible en français courant et la Parole de Vie. Les traducteurs devraient aussi examiner et traiter toute une section à la fois, au lieu de traduire automatiquement verset par verset. Si les traducteurs connaissent le grec, il est bon aussi de regarder le texte en interlinéaire pour voir surtout l’ordre des mots et les emphases voulues par l’auteur. Il faudrait toujours garder à l’esprit que le dernier recours reste la version grecque du Nouveau Testament.
Bibliographie
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Goppelt, L., Der Erste Petrusbrief, Göttingen: Vandenhoeck & Ruprecht, 1978.
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Metzger, B. M., A Textual Commentary on the Greek New Testament, London / New York: United Bible Societies, 1971/19942.
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Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
