Introduction au commentaire de traduction de la première lettre de Pierre

Introduction

Contrairement aux épîtres de Paul qui s’adressent aux chrétiens qui se trouvaient dans un lieu précis, la première lettre de Pierre s’adresse à de nombreux chrétiens dispersés dans plusieurs provinces de l’empire romain. Avec les épîtres de Jacques, 2 Pierre, 1-3 Jean et Jude, l’épître de 1 Pierre fait partie des lettres dites « catholiques », c’est-à-dire universelles. Au lieu de se pencher sur des problèmes particuliers dans les communautés d’une ville (par exemple, Corinthe) ou d’une région (par exemple, la Galatie) comme l’apôtre Paul l’a fait, l’auteur offre un enseignement général à un public plus large. Les deux lettres de Pierre étaient probablement destinées à circuler dans plusieurs églises.

Cette série de lettres est importante, car elle nous fait découvrir un courant de pensée particulier du christianisme naissant. Dans le NT, la voix de Paul est importante, mais ce n’est pas la seule voix qui se fait entendre ! Néanmoins, que ce soient les épîtres de Paul ou de Pierre, tous ces écrits attestent un arrière-plan juif. C’est ainsi que les deux auteurs citent très fréquemment des textes de l’Ancien Testament. Mais comme les lettres de Paul, 1 Pierre suit des conventions du monde grec en ce qui concerne la forme de l’adresse : les salutations au début et à la fin de la lettre, et la louange ou la prière qui suit la salutation introductive.

Bien que certains biblistes mettent en doute l’identité réelle de l’auteur de 1 et 2 Pierre (voir ci-dessous), ces deux lettres sont traditionnellement traitées ensemble. La lettre de Jude fait partie de cet ensemble à cause de textes similaires. Il y a beaucoup de ressemblances entre les textes de 2 Pi 2 et 3.1-3 et ceux de Jude 4-13,17,18. Les biblistes ne sont pas d’accord pour dire lequel des deux écrits a influencé l’autre, mais la relation est incontestée.

L’auteur de 1 Pierre

Selon la tradition, c’est l’apôtre Pierre, l’un des disciples de Jésus, qui a écrit le texte de 1 et 2 Pierre.

En Matt 16.17, Pierre est désigné sous le nom de Simon Bar Jônia, « Simon, fils de Jonas ». Avec son frère, André, et d’autres, Simon est appelé à suivre Jésus et finit par devenir l’un des apôtres les plus connus. D’après les Évangiles, Pierre était de la ville de Bethsaïda (Jean 1.44). Il était probablement marié (Matt 8.14 ; 1 Cor 9.5) et pratiquait le métier de pêcheur (Matt 4.18).

Les Évangiles et les Actes des Apôtres racontent les hauts et les bas de la vie spirituelle de cet homme. C’est Pierre qui, lorsque le Seigneur est arrêté, l’abandonne et le renie trois fois (Matt 26.69-75). Mais c’est aussi lui qui reconnaît l’identité réelle de Jésus de Nazareth : « tu es le Messie », l’oint de Dieu (Luc 9.20). L’Évangile de Jean rapporte que Jésus a donné un nouveau nom à Simon, « Céphas », ce qui veut dire « rocher » ou « pierre » (Jean 1.43). Le Christ lui dit « Tu es Pierre et sur cette pierre… » (Matt 16.18). Les interprétations de cette déclaration sont diverses (voir note de la Traduction œcuménique de la Bible Matt 16.18). Pour les catholiques, ces mots sont à la base du système papal, avec Pierre Simon considéré comme le premier « pape ». D’après des récits anciens, Pierre, avancé en âge, a exercé un important ministère dans la ville de Rome et a été finalement mis à mort pour sa foi sous le règne de Néron vers 65 apr. J.-C.

Malgré le titre traditionnel de cette lettre, beaucoup de biblistes et de commentateurs soutiennent que ce n’est pas Pierre qui l’a écrite. Ils rappellent en particulier que Pierre était censé être l’apôtre des Juifs, et Paul, l’apôtre des non-Juifs (Gal 2.7), alors qu’ici l’auteur s’adresse essentiellement aux non-Juifs. De plus, ils mentionnent le fait que les régions citées en 1 Pierre 1.1 sont celles qui ont été évangélisées plutôt par Paul. Mais face à ces arguments, d’autres font remarquer que Pierre a quitté Jérusalem pour exercer un ministère de prédicateur itinérant. Actuellement, personne ne conteste qu’il ait fini ses jours à Rome. Si la lettre est effectivement de Pierre, elle pourrait dater du début des années 60.

Cependant, pour certains spécialistes le contenu de la lettre fait penser que sa rédaction date d’après la mort de Pierre. On aurait donc affaire à un auteur qui adopte le nom et la théologie de l’apôtre ou qui simplement utilise le pseudonyme de Pierre. Parmi les arguments en faveur de cette hypothèse, il y a le fait que la lettre est écrite dans un style et un grec de haut niveau. On pourrait se demander comment un simple pêcheur aurait-il pu écrire une telle lettre ? A ces arguments, d’autres répondent que, comme Paul, Pierre a eu recours à un secrétaire. En effet, à la fin de sa lettre, l’auteur dit : Je vous ai écrit ces quelques mots par Silvain, que je considère comme un frère fidèle (1 Pierre 5.12). Alors Pierre a-t-il dicté la lettre à Silvain ou a-t-il plutôt partagé ses idées avec celui-ci, et lui il aurait par la suite les a mises par écrit ? Cette seconde hypothèse semble convaincante et est défendue par plusieurs biblistes.

Notons aussi qu’au début de sa lettre, l’auteur cite son nom comme Pierre et qu’en 1 Pierre 5.1 il se dit témoin des souffrances du Christ. Ainsi dans le présent commentaire, Pierre sera désigné comme l’auteur de la lettre, conformément à la longue tradition de l’Église.

Destinataires

Selon 1 Pierre 1.1, Pierre adresse son message aux élus qui vivent en étrangers dans la dispersion, dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie, c’est-à-dire à ceux qui croient en Jésus-Christ et vivent dans ces provinces de l’empire romain.

Certains pensent les mots les élus…. désignent les Juifs convertis. Mais le fait que Pierre les caractérise en disant qu’autrefois ils vivaient au temps de leur ignorance (1 Pierre 1.14) peut suggérer qu’il s’agit plutôt de non-Juifs. Que l’audience cible soit juive ou non juive, Pierre appelle tous ses lecteurs/auditeurs à « passer de l’obscurité à sa merveilleuse lumière » (1 Pierre 2.9 Bible en français courant).

L’Asie ne renvoie pas au continent connu aujourd’hui sous ce nom, mais à la péninsule à l’extrême ouest de ce continent.

Thèmes et but de la lettre

Les thèmes principaux nous aident à comprendre le contexte dans lequel l’auteur a composé sa lettre et la situation dans laquelle les destinataires se trouvent. Dans 1 Pierre, il est question surtout :
• du statut des nouveaux convertis,
• des grandes souffrances qui menacent inévitablement ces nouveaux chrétiens,
• du rôle du Christ dans le monde et dans la vie des chrétiens,
• du comportement que tout chrétien doit adopter.

Les nouveaux convertis

En ce qui concerne le premier thème, Pierre confère aux nouveaux convertis des titres qui rehaussent leur statut. Ceux qui croient en Jésus-Christ font partie d’un nouveau peuple, saint et mis à part pour servir Dieu. Pierre explique clairement comment les gens qui n’étaient pas le peuple de Dieu sont devenus son peuple : ils ont été choisis (élus, 1.1), purifiés (1 Pierre 1.22), et libérés de leur ancienne manière de vivre (1 Pierre 1.18). Ils constituent maintenant la race élue, la communauté sacerdotale du roi, la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis pour … [proclamer] les hauts faits de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière… (1 Pierre 2.9).

Les souffrances des chrétiens

Dans sa lettre, Pierre se réfère plusieurs fois aux souffrances des chrétiens : 1 Pierre 1.6 ; 1 Pierre 2.19 ; 1 Pierre 3.13 ; 1 Pierre 4.12 ; 1 Pierre 5.8. Les personnes auxquelles il s’adresse font maintenant partie du peuple de Dieu, mais les communautés dans lesquelles elles se trouvent restent païennes et hostiles à l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Il était donc difficile pour ces chrétiens de vivre dans un tel milieu.

Plusieurs lecteurs étaient apparemment victimes de persécution. Mais qui étaient ceux qui persécutaient les croyants ? Faut-il penser à une persécution organisée par les autorités ? Certaines parties de la lettre pourraient être interprétées dans ce sens, en particulier 1 Pierre 4.12. Cependant, en 1 Pierre 2.13 Pierre exhorte les chrétiens à respecter les autorités, placées par Dieu « pour punir les malfaiteurs et féliciter ceux qui font le bien » ( 1 Pierre 2.13 Bible en français courant). Alors il est plus probable que la persécution venait du milieu des non-croyants : soit des païens qui se vouaient au culte des « mystères » (1 Pierre 1.3 ; 1 Pierre 3.21) et qui étaient contrariés de voir que les chrétiens ne plus participer à leur débauche, soit des membres de leurs propres familles ou d’anciens amis qui les méprisaient à cause de leur nouvelle foi.

Jésus-Christ, l’exemple pour le monde

Dans un contexte de souffrance, Pierre présente Jésus-Christ comme l’exemple par excellence d’une personne qui souffre injustement. Les chrétiens persécutés sont appelés à suivre cet exemple ( 1 Pierre 2.21 ; 1 Pierre 3.13). Le Christ est aussi présenté comme la « pierre de grande valeur » (La Bible du Semeur, « la pierre précieuse », « la pierre d’angle », « la pierre principale » de l’édifice construit par Dieu (1 Pierre 2.6). C’est grâce au Christ que le croyant pourrait naître de nouveau et recevoir un « héritage impérissable » (Nouvelle Bible Segond, c’est-à-dire le salut et la vie éternelle ( 1 Pierre 1.3).

Le comportement à adopter

Les exhortations concernant la conduite des croyants sont toutes fondées sur la vie et les enseignements de Jésus :
• « aimez-vous comme des frères » (1 Pierre 3.8),
• « Ne rendez pas le mal pour le mal, ou l’insulte pour l’insulte » (1 Pierre 3.9),
• « Réjouissez-vous… d’avoir part aux souffrances du Christ » (1 Pierre 4.13),
• « Si l’on vous insulte parce que vous êtes disciples du Christ, heureux êtes-vous » (1 Pierre 4.14).

Les conseils de Pierre sont aussi semblables à ceux de Paul en ce qui concerne le comportement à adopter auprès des autorités, de son maître ou de son patron, et de son conjoint. Pierre trace la voie à suivre dans la vie de tous les jours, que ce soit auprès des chrétiens ou non-chrétiens ( 1 Pierre 2.13 ; 1 Pierre 3.1 ; 1 Pierre 4.7).

Plan de la lettre

Il y a plusieurs façons d’esquisser le plan de 1 Pierre. Les commentateurs et les versions varient à ce sujet. Ci-dessous un exemple d’un plan possible :
1. Salutation 1 Pierre 1.1
2. Prière de reconnaissance 1 Pierre 1.3
  a) Reconnaissance pour la vie nouvelle 1 Pierre 1.3
  b) Exhortation à se réjouir même dans des situations difficiles 1 Pierre 1.6
  c) Le salut annoncé par les prophètes de l’AT 1 Pierre 1.10
3. La vie chrétienne 1 Pierre 1.13–JON.2.10
  a) La sainteté de Dieu, fondement d’une vie sainte 1 Pierre 1.13
  b) Une conduite digne du sacrifice du Christ 1 Pierre 1.17
  c) Les relations fraternelles entre croyants 1 Pierre 1.22–1 Pierre 2.3
  d) La communauté chrétienne, nouveau peuple de Dieu 1 Pierre 2.4
4. Le comportement des chrétiens dans un milieu païen 1 Pierre 2.11–1 Pierre 3.22
  a) Exhortation générale 1 Pierre 2.11
  b) L’attitude chrétienne face aux autorités 1 Pierre 2.13
  c) Le devoir des serviteurs face à leurs maîtres 1 Pierre 2.18
    -Les serviteurs doivent se soumettre et supporter la souffrance 1 Pierre 2.18
    -L’exemple du Christ en relation avec la souffrance 1 Pierre 2.21
  d) Les devoirs réciproques des époux 1 Pierre 3.1
  e) Vivre en bon accord dans la communauté 1 Pierre 3.8
  f) Rester confiant malgré la persécution 1 Pierre 3.13
  g) La victoire du Christ, source de confiance 1 Pierre 3.18
5. Souffrir et servir en chrétiens 1 Pierre 4.1
  a) Être prêt à souffrir pour Jésus-Christ 1 Pierre 4.1
  b) Le service chrétien 1 Pierre 4.7
  c) Nouvelles paroles d’encouragement pour les chrétiens qui souffrent 1 Pierre 4.12
6. Recommandations adressées à l’Église 1 Pierre 5.1
  a) Aux anciens, dirigeants des églises 5.1-5a
  b) A l’ensemble de la communauté chrétienne 5.5b-11
7. Salutations finales et bénédiction 1 Pierre 5.12

Ainsi cette lettre témoigne d’intérêts à la fois théologiques et pastoraux. Elle rappelle à ses lecteurs/auditeurs la nécessité d’une consécration totale à Dieu. Si ceux-ci font réellement partie du peuple de Dieu, ils doivent le démontrer dans tout ce qu’ils font. Ils doivent mener une vie exemplaire, même au milieu d’épreuves.

Certains biblistes estiment que la lettre a pu être été rédigée en deux étapes :
• la première section (1 Pierre 1.1 à 1 Pierre 4.6) aurait été écrite avant les persécutions contre les chrétiens à Rome parce qu’elle parle positivement des autorités
• la deuxième section (1 Pierre 4.7 à 1 Pierre 5.14) aurait été rédigée à l’époque des graves persécutions lancées par ces autorités à Rome (appelée Babylone en 1 Pierre 5.13)

Bien que certains indices suggèrent une telle possibilité, la structure du texte ne confirme pas cette hypothèse. Qu’elle soit adoptée ou non, cela n’a pas d’incidence sur la traduction.

Problèmes de traduction

La première lettre de Pierre présente de nombreuses difficultés pour les traducteurs.

Phrases longues

L’auteur de 1 Pierre utilise des phrases grecques très longues et compliquées. Par exemple, 1.3-5 constitue une seule phrase en grec :
* Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ :
dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître
pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts,
* pour un héritage qui ne se peut corrompre, ni souiller, ni flétrir ;
cet héritage vous est réservé dans les cieux,
* à vous que la puissance de Dieu garde par la foi
pour le salut prêt à se révéler au moment de la fin.

Pour beaucoup de langues, il serait bon de transformer ces propositions en phrases indépendantes plus courtes, tout en veillant à garder chacune des idées exprimées. Pour des modèles de comment couper les phrases, voir la Bible en français courant et la Parole de Vie.

Expressions sans agent

Une autre difficulté de traduction concerne des expressions ambiguës. Par exemple, il est dit que les chrétiens sont élus et recevront un héritage, mais sans que le texte explicite l’agent de ces faits : élus par qui ?, un héritage venant de qui ? Dans le début de la lettre, ces problèmes sont très nombreux. En 1 Pierre 1.7, par exemple,
afin que la valeur éprouvée de votre foi – beaucoup plus précieuse que l’or périssable qui pourtant est éprouvé par le feu – obtienne louange, gloire et honneur lors de la révélation de Jésus Christ,

on pourra se demander « foi en qui ou quoi ? », « qui va révéler Jésus-Christ ? », etc. On pourra aussi poser les questions suivantes :
• 1.14 des enfants obéissants, à qui ? ;
• 1.18 vous avez été rachetés, par qui ? ;
• 1.20 avant la fondation du monde, fondée par qui ?

Dans plusieurs langues, dans de tels cas, il est important de rendre explicite qui est l’agent.

De même, lorsqu’il y a une forme passive avec un agent sous-entendu, celui-ci peut être explicité. Par exemple, « (vous êtes) la race choisie » (1 Pierre 2.9) pourrait être rendu par « Dieu vous a choisis », si nécessaire.

Termes clés et problèmes exégétiques

Une autre source de difficulté pour le traducteur est la présence dans le texte de nombreux termes techniques ou théologiques. Par exemple, en 1 Pierre 1.1 se trouvent les termes suivants : élus, dispersion, dessein (« prescience ») de Dieu, sanctification, aspersion du sang, grâce, et paix. Tous ces mots présentent de vrais défis pour les exégètes et pour les traducteurs. En outre, il y a des passages qui sont sujets à de grands débats quant à leur interprétation. C’est le cas de 1 Pierre 3.18 et de 1 Pierre 4.6 qui disent que le Christ est allé prêcher aux esprits en prison et que la bonne nouvelle a été annoncée même aux morts. Dans ces cas difficiles, le traducteur devrait suivre le texte tel qu’il se présente (sans omettre les parties difficiles à comprendre) et s’assurer que sa traduction se conforme aux interprétations acceptées par la majorité des versions et des commentateurs.

Parmi les termes clés figurent aussi les noms divins se référant à Dieu le Père, le Sauveur Jésus-Christ et le Saint Esprit :

Dieu : dans cette lettre Pierre utilise plus de trente fois le nom générique pour Dieu (grec : θεός theos). Presque toutes les langues ont un nom pour Dieu et sa traduction ne posera pas de problème. Mais les apôtres Pierre et Paul parlent aussi de Dieu le Père, surtout dans leurs salutations et leurs bénédictions. L’idée que Dieu est le Père de l’humanité et de son peuple est déjà présent dans l’AT (És 63.16 ; 64.7), mais ce nom est particulièrement fréquent dans les propos et les prières de Jésus dans les Évangiles (Matt 6.9,18 ; 18.14 ; Marc 11.25 ; Luc 11.13 ; Jean 10.15 ; 20.17). Certaines langues exigent l’emploi d’un pronom possessif, de sorte qu’on dira « Dieu notre Père ».

Jésus Christ : cette lettre de Pierre diffère de celles écrites par Paul, en ce que Pierre a tendance à presque toujours utiliser la forme Jésus Christ, un nom propre. En fait, bien que les versions françaises écrivent ce nom avec trait d’union (Jésus-Christ), cette marque ne paraît pas en grec et il vaut mieux l’éviter dans la traduction. Le nom Jésus vient de la racine hébraïque qui désigne « sauveur » (Matt 1.21) et le mot Christ, du mot « Messie » ou « oint », c’est-à-dire, celui que Dieu a choisi et a envoyé pour sauver son peuple. L’apôtre Paul a tendance à renverser ces mots, en parlant de « Christ Jésus », surtout au début de ses lettres (1 Cor 1.1,2,4 ; 2 Cor 1.1 ; 1 Tim 1.1 ; 2 Tim 1 ; 2, etc.), mais Pierre n’utilise pratiquement jamais cette forme. A cet effet, à un seul endroit (1 Pierre 5.10), « Christ Jésus » est attesté dans certains manuscrits anciens, mais la majorité de versions disent à cet endroit « Christ », sans note.

En fait, Pierre utilise fréquemment le mot Christ tout seul (1 Pierre 1.11, 1 Pierre 1.19 ; 1 Pierre 2.21 ; 1 Pierre 3.15, 1 Pierre 3.16, 1 Pierre 3.18 ; 1 Pierre 4.1, 1 Pierre 4.13, 1 Pierre 4.14 ; 1 Pierre 5.1, 1 Pierre 5.14), encore une fois comme un nom propre. Toutes les versions translittèrent ce mot : aucune ne semble traduire le mot Christ comme « le Messie ».

Un autre nom pour Jésus Christ dans cette lettre est le terme Seigneur. Il s’agit d’un titre qui désigne quelqu’un ayant une autorité sur les autres : un maître, un patron ou un propriétaire. Dans le NT ce terme peut désigner Dieu le Créateur, le Maître ou Jésus-Christ, ou encore une autre personne dotée d’autorité (Matt 6.24). Comme pour la traduction de Dieu le Père en « Dieu notre Père » dans certaines langues, cela va de même aussi pour le Seigneur rendu par « notre Seigneur ». On peut aussi parler de « celui qui nous commande », « notre chef ». Dans les deux lettres de Pierre, Jésus Christ est aussi appelé le Sauveur (2 Pi 1.11 ; 2.20 ; 3.2,18). Comme pour la traduction de « Dieu le Père » en « Dieu notre Père » dans certaines langues, cela va de même aussi pour « le Seigneur » rendu par « notre Seigneur ».

Quant à l’Esprit Saint, Pierre n’utilise cette expression qu’une seule fois dans la lettre (1 Pierre 1.12). Par contre, plusieurs autres expressions y figurent : Esprit tout court (1 Pierre 1.2 ; 1 Pierre 3.18 ; 1 Pierre 4.6), Esprit du Christ (1 Pierre 1.11), et enfin l’expression l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu (1 Pierre 4.14). Le mot esprit (grec : πνεῦμα pneuma) apparaît aussi dans d’autres contextes avec des sens variés qui seront traités sous le verset en question. S’il faut qualifier le mot Esprit, il vaut mieux parler de « l’Esprit de Dieu », qui est une expression propre à Pierre et plus général que « Saint Esprit », moins fréquent chez Pierre que chez Paul (2 Pi 1.21).

Les citations

Pierre cite de nombreux textes provenant de l’Ancien Testament, dont la majorité sont citées d’après la traduction grecque, la Septante (Septante). Ces citations proviennent des écrits prophétiques (És 40.6-8 ; 28.16 ; 43.20-21), des Psaumes (34.13-17) et encore d’autres livres. Au lieu de faire une traduction dynamique ou libre de ces citations, il vaudrait mieux rester proche du texte, en imitant, si possible, le style poétique.

Parfois pour de diverses raisons une citation pourrait être légèrement différente que le texte en hébreu. Il est important de suivre le texte grec et non pas forcer une harmonisation des textes dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

Il est très important de signaler dans le texte d’une manière ou d’une autre qu’il s’agit de citations. Parfois celles-ci sont bien indiquées par l’auteur, par exemple, en 1 Pierre 1.16, la citation est introduite par les mots « car est-écrit [que]… », et en 1 Pierre 2.6, par les mots « car il se trouve dans l’Ecriture ». Mais dans d’autres endroits, comme en 1 Pierre 1.24, il n’y a qu’un mot comme car. Ailleurs il n’y a aucune indication de citation, mais l’auteur cite clairement un passage de l’Ancien Testament. Certaines versions comme la Traduction œcuménique de la Bible présentent les citations en italique, comme en 1 Pierre 2.3 ci-dessous :
Si vous avez goûté que le Seigneur est bon,
Approchez-vous de lui….

D’autres versions mettent des guillemets autour de la citation, comme par exemple, la Bible en français courant :
En effet « vous avez constaté combien le Seigneur est bon ». Approchez…

Pour rendre le mot « Écriture », il faudrait éviter d’utiliser des expressions comme « la parole de Dieu » ou « Bible ». Il faut noter qu’au temps de Pierre ce qui est écrit n’inclut pas encore le NT, de sorte que le terme utilisé ici ne doit pas comprendre toute la Bible. Certaines versions françaises mettent une lettre majuscule à « Écriture » ou « Saintes Écritures ». Les traducteurs devraient se conformer aux conventions de leur langue. Plusieurs versions, dont la Bible en français courant, utilisent un verbe comme « dire » ou « déclarer », mais puisqu’on parle de ce qu’on écrit, on pourra aussi dire « on lit dans les Écritures : ».

Comme la majorité des citations viennent des Psaumes ou des livres prophétiques, la plupart des versions présentent les citations sous forme poétique, avec des mises à la ligne successives.

Derniers conseils

Comme pour chaque livre à traduire, avant d’entamer la traduction, il est bon de lire le texte en entier dans plusieurs versions, surtout une variété de types de traduction. On pourrait lire la traduction dans une version plus formelle (Traduction œcuménique de la Bible, Nouvelle Bible Segond) et encore dans une version plus libre, comme la Bible en français courant et la Parole de Vie. Les traducteurs devraient aussi examiner et traiter toute une section à la fois, au lieu de traduire automatiquement verset par verset. Si les traducteurs connaissent le grec, il est bon aussi de regarder le texte en interlinéaire pour voir surtout l’ordre des mots et les emphases voulues par l’auteur. Il faudrait toujours garder à l’esprit que le dernier recours reste la version grecque du Nouveau Testament.

Bibliographie

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Cothenet, Éd., Première épître de Pierre, in: Les dernières épîtres, Hébreux, Jacques, Pierre, Jean, Jude, p. 145-172, Paris: Bayard / Centurion, 1997.
Goppelt, L., Der Erste Petrusbrief, Göttingen: Vandenhoeck & Ruprecht, 1978.
Margot, J.-C., Les épîtres de Pierre, Genève: Labor et Fides, 1960.
Metzger, B. M., A Textual Commentary on the Greek New Testament, London / New York: United Bible Societies, 1971/19942.
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Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 2.5

Pierre appelle les chrétiens à s’engager, à participer activement à la vie de l’Église, le corps du Christ et son œuvre.

Vous-mêmes comme des pierres vivantes : l’auteur s’adresse directement à ses lecteurs, en disant « et vous-mêmes ». La Bible en français courant traduit la conjonction grecque καί kai « et » par « aussi », ce qui souligne la ressemblance entre le Christ et ses fidèles, également caractérisés comme des pierres vivantes, tandis que la Traduction œcuménique de la Bible l’omet. La Good News Bible répète ici le verbe « Venez » du verset précédent pour accentuer le caractère impératif du texte. Si cette solution est adoptée, on pourra dire « Venez au Seigneur » ou « Venez au Seigneur pour être » ou « devenir comme des pierres vivantes ». De même que le Christ est une pierre vivante, de même les croyants sont comme des pierres vivantes, ce qui implique qu’ils ont part à la nature du Christ lui-même. Pour pierres vivantes, voir 1 Pierre 2.4.

entrez dans la construction de la Maison habitée par l’Esprit : littéralement « soyez construits (en une) maison spirituelle ». Comme des pierres vivantes, les chrétiens doivent prendre leur place dans la construction de la Maison spirituelle. En grec, « soyez construits » est un passif dont l’agent sous-entendu est Dieu. Plusieurs versions insèrent une transition, comme une version en espagnol, « Ainsi, Dieu fera de vous des pierres vivantes dans la construction de la maison spirituelle », ou dans la Parole de Vie : « Alors… vous servirez à construire… » Les traducteurs pourront aussi utiliser un impératif : « Prenez place… dans la construction » (Bible en français courant). Dans certaines langues, il conviendra d’utiliser des expressions idiomatiques telles que « laissez-vous bâtir en maison » (Osty-Trinquet) ou même « laissez Dieu vous utiliser dans la construction… »

la Maison habitée par l’Esprit : cette formulation de la Traduction œcuménique de la Bible offre une interprétation possible du grec « maison spirituelle ». Le mot rendu par Maison peut s’appliquer soit à une maison proprement dite, soit à une famille ou maisonnée (Act 10.2 ; 11.14 ; 1 Cor 1.16). Mais ce mot est qualifié par l’adjectif « spirituelle ». De plus, l’utilisation figurée des mots pierres vivantes montre bien qu’il est question d’un édifice « spirituel » ou d’un « temple » (Bible en français courant, La Bible du Semeur). En présentant l’Église comme un « temple », l’auteur souligne l’aspect collectif de la communauté chrétienne. Comp. Éph 2.21,22. Ce temple est dit « spirituel » (Bible en français courant), par contraste peut-être avec le temple « matériel » de Jérusalem. Toutefois, d’après la Traduction œcuménique de la Bible, c’est un « temple » édifié ou animé par le Saint-Esprit, ce que cette version précise en note : « l’Église bénéficie de l’action de l’Esprit Saint qui en assure la croissance ». L’Église, le « temple spirituel », se distingue alors du temple matériel d’Israël. Au lieu d’être le temple d’une nation particulière, le nouveau temple est ouvert à tous les peuples. Le « temple spirituel » est donc le vrai temple voulu par Dieu. Il n’est pas sujet à des limitations terrestres et il ne peut pas être détruit par des puissances de ce monde. Notez que la Traduction œcuménique de la Bible écrit « Maison » avec une lettre majuscule, mais ceci n’est pas le cas dans la majorité de versions, et n’est pas conseillé.

habitée par l’Esprit : cette traduction par la Traduction œcuménique de la Bible de « temple spirituel » n’est pas forcément le meilleur modèle à suivre. La majorité des versions françaises optent pour une traduction plus proche du grec qui présente un nom suivi d’un adjectif : « maison spirituelle » (Nouvelle Bible Segond), « édifice spirituel » (La Bible du Semeur), « temple spirituel » (Bible en français courant). Les chrétiens sont exhortés à faire partie du temple lui-même. Bien sûr, ils ne sont pas appelés à devenir des artisans ou maçons dans la construction de ce temple, mais ils doivent occuper leur place en tant que pierres vivantes dans la communauté chrétienne et dans l’œuvre de Dieu.

pour constituer une sainte communauté sacerdotale : littéralement « pour un sacerdoce saint » (Osty-Trinquet). Le mot sacerdoce exprime le fait d’être prêtre et sa fonction au sein du temple de Dieu. L’adjectif sainte évoque une relation précise avec Dieu : les chrétiens sont choisis par Dieu et lui sont consacrés. Voir aussi 1 Pierre 1.15. Ici le mot saint peut être rendu par « consacrés à Dieu » (Bible en français courant, La Bible du Semeur) ou, dans certaines langues, « au service de Dieu ». Quant à l’expression une sainte communauté sacerdotale, elle peut se référer soit aux fonctions des prêtres, soit à la communauté elle-même (Traduction œcuménique de la Bible, Parole de Vie). Voir aussi, dans le même sens, « un groupe (de prêtres) » (Bible en français courant, La Bible du Semeur). On pourra alors dire « vous servirez comme prêtres mis à part pour le service de Dieu ». La description de l’Église en ces termes souligne le caractère exceptionnel de la communauté, vue comme un ensemble. C’est ainsi que la Traduction œcuménique de la Bible dit en note « Le terme [sacerdotale ] évoque donc ici la fonction de toute l’Église et non l’office particulier de chaque chrétien ».

pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ : tel est le but attribué à cette communauté sacerdotale, c’est-à-dire la tâche confiée aux chrétiens en tant que prêtres. Ils sont censés offrir des sacrifices spirituels à Dieu.

sacrifices spirituels semble présenter un parallélisme avec la maison spirituelle du début du verset. Ces sacrifices spirituels contrastent avec les sacrifices physiques, par exemple des animaux offerts par les prêtres juifs. Mais rien dans le texte ne précise la nature exacte de ces sacrifices. L’adjectif spirituel semble indiquer que ces sacrifices sont inspirés par l’Esprit de Dieu. Il peut s’agir alors de louange (Hébr 13.15), de dons (Phil 4.18) ou de « la bienfaisance et l’entraide communautaire » (Hébr 13.16). Il sera difficile de rendre le mot sacrifice dans certaines langues, car le terme impliquerait la mort d’un animal. Si c’est le cas, il vaut mieux parler d’« offrandes » ou de « dons inspirés par l’Esprit de Dieu ».

agréables à Dieu pourra être « qui plaît à Dieu » ou « que Dieu aime ».

par Jésus Christ peut être relié soit à offrir soit à agréables. Dans le premier cas, cela signifie que Jésus-Christ est l’intermédiaire, et que ce n’est qu’en passant par lui que les croyants peuvent s’approcher de Dieu et lui offrir des sacrifices agréables. Certains traducteurs présenteront alors Jésus-Christ comme agent : « Jésus-Christ vous donne la possibilité d’offrir à Dieu des sacrifices spirituels qui lui sont agréables ». Dans le second cas, cela veut dire que les sacrifices ne sont agréables à Dieu que grâce au Christ, parce qu’ils sont offerts en son nom, ainsi « qui lui seront agréables par Jésus-Christ » (Bible en français courant), « qu’il (Dieu) pourra accepter favorablement par Jésus-Christ » (La Bible du Semeur), « Dieu les acceptera à cause de Jésus-Christ » (Parole de Vie) ou « ils seront agréables à Dieu à cause de ce que Jésus-Christ a fait ». Les deux interprétations sont possibles.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 3.13

3.13-17

Dans ce passage, Pierre revient au thème de la souffrance non méritée qu’il a déjà mentionnée à propos des esclaves chrétiens ( 1 Pierre 2.18, surtout 1 Pierre 2.19). Il applique ce thème maintenant à l’ensemble de la communauté chrétienne. Dans ce qui précède, Pierre a laissé entendre que ses lecteurs avaient à subir diverses sortes d’épreuves ou de difficultés (1 Pierre 1.6 ; 1 Pierre 2.12), même si la lettre ne précise pas d’où elles venaient. Mais, à la lumière de 1 Pierre 2.12, il se peut qu’elles aient été provoquées par des voisins ou des parents païens qui n’auraient pas supporté que leurs proches adhèrent à la foi chrétienne. Une autre cause de difficulté pouvait être due aux autorités, quoi qu’il ne soit jamais dit explicitement dans la lettre que le gouvernement ait lancé une persécution contre les chrétiens à cette époque.

Plusieurs versions commencent un nouveau paragraphe ou même une nouvelle section ici, mais la mention du mal et du bien montre le lien avec ce qui précède. Ce verset présente une question rhétorique dont la réponse sous-entendue est « Personne ».

Et qui vous fera du mal… est littéralement « Et qui faisant du mal à vous ? ». La conjonction Et ( καί kai) est un élément de transition qui peut être maintenu ou supprimé (Bible en français courant). La La Bible du Semeur propose « D’ailleurs », et la Nouvelle Bible Segond « donc » : « Qui donc pourra vous faire du mal… »

Le pronom vous au pluriel se rapporte à tous les lecteurs de la lettre.

fera du mal : en grec, cette idée est rendue par un seul verbe (κακόω kakoô), de la même racine que le mot mal (1 Pierre 3.12). Comme ailleurs, le mal contraste avec le bien. L’expression « faire du mal » peut désigner toutes sortes de façons de causer du tort à quelqu’un ou de le maltraiter. Mais au vu de ce qui précède, elle semble désigner les tourments permanents infligés aux chrétiens ou peut-être, dans un sens spirituel, la mise à l’épreuve de leur foi par les agissements de leurs adversaires. Il est possible que Pierre pense à certains groupes ou individus responsables de ce mal, mais l’accent semble plutôt mis sur le fait que les chrétiens n’ont pas à craindre qu’il leur « arrive quelque chose d’essentiellement ou de définitivement mauvais » dans la mesure où ils sont « zélés pour le bien » (Margot, p. 57-58 ; voir aussi Rom 8.38s.).

Comme le contexte ne précise pas quel groupe ou quel individu est susceptible de « faire du mal » ou « du tort » aux chrétiens, la question rhétorique de ce verset pourrait être rendue par « Quelqu’un vous fera-t-il du mal si vous êtes zélés pour faire le bien ? » Dans certaines langues, une telle question rhétorique pourra être accompagnée de sa réponse : « Personne ». On pourra aussi opter pour une tournure négative, marquant une certitude : « Assurément, personne ne vous fera de mal si vous êtes zélés pour faire le bien ». Mais si possible, il vaut mieux garder la question rhétorique, car le prochain verset admet la possibilité que certains personnes leur feront du mal.

si vous vous montrez zélés pour le bien : litt. « si vous êtes… » ou « devenez des zélateurs du bien ». Paul utilise une expression similaire en Tite 2.14 : « zélés pour faire des actions bonnes » (Bible en français courant). Dans beaucoup de langues, les propositions conditionnelles évoquant des situations réelles ou éventuelles se placement en position initiale, par exemple, « Si vous vous montrez zélés pour le bien, qui va vous faire du mal ? ».

vous vous montrez : il s’agit en grec du verbe « être » ou « devenir ». Être zélé pour quelque chose, c’est désirer cela ardemment, le rechercher « de tout son cœur » (Parole de Vie). La Nouvelle Bible Segond exprime cela avec force : « si vous vous passionnez pour le bien », c’est-à-dire, « si vous désirez vraiment pratiquer le bien » ou « si de toute votre force vous essayez de faire ce qui est bon ».

Le bien est le mot ἀγαθός agathos en grec, désignant le bien au sens absolu, contrastant avec le mal. Mais beaucoup y voient une référence aux actes faits de bonne foi ou pour le bien des autres. Dans le verset qui suit, l’idée de ce bien sera nuancée et combinée avec l’idée de la justice.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 5.4

Ce verset indique les conséquences de l’obéissance des anciens aux exhortations qui viennent de leur être adressées. Si ces anciens agissent conformément à ce qui leur est demandé, ils recevront la couronne de gloire lorsque paraîtra le souverain berger. Le verset est introduit par la conjonction καί kai, rendue dans la Traduction œcuménique de la Bible par Et, et dans certaines versions, par « Alors » ou « Ainsi ».

Le titre de souverain berger ou de « Chef des bergers » (Bible en français courant, La Bible du Semeur, Parole de Vie) s’applique au Christ. Celui-ci a déjà été désigné comme « berger » en 1 Pierre 2.25. Mais du moment que les anciens de l’Église sont aussi présentés comme les bergers du troupeau de Dieu (1 Pierre 5.2 Bible en français courant), il est normal que Christ soit désigné maintenant comme le souverain berger, litt. « l’archi-berger ». C’est le chef de tous (Hébr 13.20, « le grand berger des brebis », Bible en français courant), y compris de tous les anciens. Ce titre doit également rappeler aux anciens qu’ils ne doivent pas agir de façon indépendante ou de leur propre volonté, mais avec la conscience de devoir un jour en rendre compte au souverain berger. Le titre signifie « le berger qui est au-dessus » ou « le chef qui est à la tête de tous ». Dans certaines langues on dira « le berger des bergers » ou « le berger de » ou qui « dépasse tous ».

quand paraîtra le souverain berger parle de la deuxième venue de Jésus-Christ. En grec, paraîtra est un participe passif aoriste indiquant un temps passé, litt. « étant manifesté ». Mais, dans la traduction il est plus naturel de le rendre par un futur à l’actif, comme le font la Traduction œcuménique de la Bible, la Bible en français courant et d’autres versions : « viendra » (Parole de Vie), « reviendra » (Contemporary English Version). Dans le NT, le verbe est utilisé pour la venue du Christ dans le monde (1 Pierre 1.20 ; 1 Tim 3.16) et aussi pour sa seconde venue (Col 3.4 ; 1 Jean 2.28), ce qui est le cas ici. L’auteur a déjà fait allusion à cette seconde venue (1 Pierre 1.7, 1 Pierre 1.13 ; 1 Pierre 4.13). Comme ailleurs dans la lettre, le retour du Christ est considéré comme très proche (1 Pierre 4.7).

vous recevrez la couronne de gloire : vous se réfère aux anciens, les bergers du troupeau. Pour vous recevrez dans certaines langues, on rendra explicite l’agent, soit « Dieu vous donnera une couronne », soit « Le Christ vous donnera la récompense glorieuse ».

la couronne de gloire qui ne se flétrit pas : en 1 Cor 9.25, le mot rendu par couronne se réfère à une couronne de fleurs ou de feuillages qu’on offrait aux athlètes victorieux, comme on offre des médailles à l’époque actuelle. Il s’agissait d’un symbole de leur victoire. Ici le mot est utilisé au sens figuré pour désigner une récompense.

Le complément de gloire est soit une qualification de la couronne, qui peut être rendue par l’adjectif « glorieuse » (Bible en français courant), soit une désignation de la couronne elle-même, c’est-à-dire c’est la couronne qui est la gloire. A ce propos, Bénétreau dit, « L’expression “couronne de gloire”… signifie “une couronne faite de gloire”, la gloire étant elle-même la récompense » (p. 271). Compris dans ce second sens, le mot gloire peut désigner la gloire divine, c’est-à-dire la grandeur et la puissance du Christ, qu’il révélera lors de son retour et à laquelle les chrétiens participeront (voir 1 Pierre 5.1). Dans certaines langues si le mot couronne évoque la royauté et non une récompense accordée à un vainqueur, on pourra parler de « la glorieuse récompense » ou « le prix glorieux ».

qui ne se flétrit pas : le grec emploie un adjectif de même racine que celui utilisé en 1 Pierre 1.4, ἀμαράντινος amarantinos, dérivé du nom d’une fleur « amarante », censée ne pas se flétrir. Cette sorte de fleur était facilement ranimée avec un peu d’eau et était donc un symbole d’immortalité. qui ne se flétrit pas est relié à couronne dans le texte grec (comme dans la Bible en français courant), mais par extension il pourra aussi qualifier la gloire, c’est-à-dire « une gloire qui ne se flétrit pas ». La Bible en français courant dit « qui ne perdra jamais son éclat ». Si couronne est traduit par « prix » ou « récompense », on pourra dire « qui durera toujours » ou « qui ne se gâtera jamais ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 1.8

Ce verset apporte une précision quant aux destinataires de la lettre : ils n’ont pas vu Jésus, c’est-à-dire, ils n’ont pas été témoins de sa vie sur la terre. Malgré cela, ils l’aiment. La La Bible du Semeur et la Parole de Vie ajoutent une conjonction qui marque ce contraste : « pourtant vous l’aimez ». Voir aussi la Bible en français courant : « bien que vous ne l’ayez pas vu ». Pour des raisons de clarté et de style, la Bible en français courant commence une nouvelle phrase ici. On notera que le verset commence par deux propositions parallèles :
qui ne (l’) ayant pas vu, vous l’aimez,
en qui maintenant ne (le) voyant pas, vous croyez.

Lui que vous aimez sans l’avoir vu : la longue phrase qui débute en grec en 1. 3 se poursuit ici, littéralement « qui ne (l’) ayant pas vu, vous (l’) aimez ».

Lui se réfère à Jésus-Christ, cité dans le verset précédent.

En grec, le verbe aimez (grec : ἀγαπάω agapaô) est au présent et pourrait être compris soit comme un indicatif, soit comme un impératif, « aimez-le ». Mais il a plus probablement la valeur d’un indicatif vous l’aimez, comme dans toutes les versions françaises. Il s’agit alors de la constatation d’un fait et non d’un ordre. Le temps présent indique à la fois que ces gens aiment déjà le Christ et qu’ils persévèrent dans cet amour. Dans les langues du monde, il y a souvent plusieurs mots pour désigner différentes sortes d’amour : l’amour de parents pour leurs enfants, l’amour d’enfants pour leurs parents, l’amour entre époux, l’amour entre amis, et l’amour sexuel, etc. Ici les traducteurs pourront utiliser un verbe qui décrit l’amour entre amis ou peut-être l’amour entre parents et enfants. Il faudra éviter d’employer un terme évoquant des relations ou des préoccupations d’ordre sexuel.

sans l’avoir vu : quelques manuscrits ont « sans l’avoir connu », mais le texte le mieux attesté dans les manuscrits anciens est celui comportant le verbe voir, repris par toutes les versions françaises. En grec sans l’avoir vu est un participe qui sera exprimé dans certaines langues par des propositions concessives, par exemple, « bien que vous ne l’ayez pas vu, vous l’aimez, et bien que vous ne le voyiez pas encore, vous croyez en lui ». Voir la Bible en français courant. Mais d’autres langues n’ont pas de telles propositions subordonnées, et on suivra plutôt le grec : « vous ne l’avez jamais vu, mais vous l’aimez (quand même) ».

en qui vous croyez : en grec, le verbe croire est un participe présent, marquant une durée. La La Bible du Semeur propose « en plaçant votre confiance en lui ». Ces gens continuent à croire au Christ ou à avoir confiance en lui.

sans le voir encore : il ne s’agit pas d’une répétition, mais d’une opposition entre la situation du passé (sans l’avoir vu) et la situation actuelle (sans le voir encore). Le Christ n’est pas encore visible aux yeux des lecteurs/auditeurs, et pourtant ils mettent leur foi en lui. Certaines versions présentent une traduction assez littérale : « vous ne le voyez pas maintenant, et pourtant… » (Parole de Vie) ; « Maintenant même vous ne le voyez pas, mais… » (Nouvelle Bible Segond), ce qui montre que Jésus n’est pas actuellement présent aux yeux des destinataires de la lettre. D’autres soulignent le fait que le Christ n’est pas encore de retour : sans le voir encore, « bien que vous ne le voyiez pas encore » (Bible en français courant). Les traducteurs opteront pour l’une des interprétations.

aussi rend la conjonction grecque δέ de, qui peut avoir plusieurs sens : « mais », « ainsi », etc. La Bible en français courant et la Parole de Vie disent « c’est pourquoi », une autre possibilité. Mais ici, la conjonction semble introduire une information légèrement contrastive. Ainsi on pourra dire « cependant » ou « mais vous tressaillez de joie ».

tressaillez-vous d’une joie ineffable et glorieuse est l’expression d’une joie indescriptible. Elle est une conséquence directe de la foi au Christ. Pour tressaillez de joie, voir 1 Pierre 1.6. Le verbe et son complément d’objet direct ne proviennent pas de la même racine en grec, mais les deux mots accompagnés des deux adjectifs ineffable et glorieuse, expriment une joie intense et inexprimable. La Parole de Vie dit « c’est pourquoi vous êtes remplis d’une grande joie ». Dans certaines langues des mots de la même racine peuvent être utilisés comme dans la Bible en français courant : « vous vous réjouissez d’une joie glorieuse ».

Le mot grec rendu par ineffable ne se trouve qu’ici dans toute la Bible. Il suggère l’idée que cette joie se situe au-delà de toute expression ou description humaine. Elle est tout simplement « inexprimable ». La La Bible du Semeur dit « qu’aucune parole ne saurait exprimer », et la Parole de Vie, parle d’« une joie si grande qu’on ne peut même pas en parler ». On pourra aussi dire « Votre joie est tellement grande, il n’y a pas de mots ». La Nouvelle Bible Segond propose « vous êtes transportés d’une joie indicible et glorieuse ».

glorieuse rend un participe passif, « ayant été glorifiée », de la même racine que le mot gloire (1 Pierre 1.7). On pourra dire « pleine de gloire ». Si, dans certaines langues, le mot glorieuse ne convient pas pour décrire la joie, on peut parler d’une « très grande joie ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 2.17

Ce verset sert de conclusion à la section 1 Pierre 2.13. Il se compose de quatre recommandations à l’impératif. Les deux premières ont une valeur générale, tandis que les deux dernières sont spécifiques. Il est aussi à remarquer que le verbe honorer forme une enveloppe ou inclusion dans ce verset, ainsi mettant en exergue les deux commandements les plus importants : aimez vos frères et craignez Dieu.

Honorez tous les hommes : littéralement « honorez tous ». Le mot tous comprend tous les habitants de la terre, de toute race, de toute croyance, des deux sexes et de n’importe quel statut social. Ainsi, en un ordre bref, Pierre exhorte les chrétiens à renverser toutes les barrières compromettant les relations humaines, que ces barrières soient d’ordre racial, religieux, sexiste, politique ou social. Honorer quelqu’un (grec : τιμάω timaô), c’est le traiter comme il convient, avec le respect dû à un être humain, d’où « Respectez tous les êtres humains » (Bible en français courant) et « Ayez du respect pour tout le monde » (Parole de Vie). Certaines langues disposent d’expressions idiomatiques qui peuvent être utilisées ici.

aimez vos frères : alors qu’il exhorte ses lecteurs à respecter tout le monde, Pierre leur demande en plus d’aimer (littéralement) « la fraternité », ἀδελφότης adelphotês, un terme peu usuel en grec, qui ne figure dans le NT qu’en 1 Pierre (ici et en 1 Pierre 5.9). La Bible en français courant propose « vos frères en la foi », et la Parole de Vie « vos frères et vos sœurs chrétiens ». Voir 1 Pierre 1.22. Il est facile de comprendre que le terme se réfère aux membres de la communauté chrétienne. Un équivalent sera alors « aimez ceux qui comme vous croient au Christ ».

Pour aimer, s’il y a plusieurs termes pour ce verbe dans certaines langues, il conviendra de choisir l’expression se rapportant à l’amour pour des parents (au sens large) ou des amis.

craignez Dieu, honorez le roi : ces deux dernières exhortations sont un rappel de Prov 24.21. Toutefois, Pierre établit une distinction entre l’attitude chrétienne envers Dieu et celle envers le roi ou « l’empereur ». craignez est une traduction littérale du grec φοβέω phobeô, mais le verbe n’a pas une valeur exclusivement négative, au sens d’« avoir peur ». En fait, ce verbe suggère plutôt le sentiment positif dont le chrétien doit témoigner face à Dieu : un sentiment de profond respect, de soumission. Cependant, « adorez Dieu » (Bible en français courant, La Bible du Semeur) ne rend pas l’idée ici.

Pour honorez, voir au début du verset, même verbe. L’expression utilisée ici doit être moins forte que celle utilisée pour Dieu.

Pour roi, voir 1 Pierre 2.9.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 4.2

Ce verset décrit comment le chrétien doit vivre en imitant le Christ. Le « Dès maintenant » de la Bible en français courant, bien qu’implicite, ne figure pas dans le texte grec. La phrase commencée en 1 Pierre 4.1 continue ici, comme dans la Traduction œcuménique de la Bible et commence par une négation très forte, littéralement « pour ne plus (vivre selon) les convoitises des hommes mais (vivre selon) la volonté de Dieu dans le temps qui reste à vivre dans la chair ». La Traduction œcuménique de la Bible et la Bible en français courant invertissent l’ordre des propositions en grec. En fait, cette proposition décrit ce que c’est que de rompre avec le péché. Ainsi, au lieu de couper la phrase comme la Bible en français courant, la La Bible du Semeur fait suivre la pensée : « a rompu avec le péché afin de ne plus vivre… » Le contraste de comportement est fondamental, marqué dans la Bible en français courant par « Dès maintenant ». Si les traducteurs veulent commencer une nouvelle phrase, ils pourront traduire ce verset comme une sorte de conséquence, en disant, par exemple « En conséquence de cela » ou même « C’est pourquoi ».

pour vivre le temps qui lui reste à passer dans la chair : la Traduction œcuménique de la Bible ajoute les mots vivre et lui pour rendre la phrase compréhensible. lui se réfère au chrétien adressé en 1 Pierre 4.1. Mais notez qu’il est tout à fait possible que l’auteur s’adresse soit aux lecteurs de sa lettre, soit aux chrétiens en général. Il est légitime de passer de la troisième personne du singulier à la deuxième personne du pluriel, pour montrer le caractère de l’exhortation, comme en Bible en français courant (« vous devez donc…) » ou la Parole de Vie (« ne suivez pas… »)

le temps qui reste à passer dans la chair : la Parole de Vie parle du « temps qui vous reste à vivre sur la terre ». Cette proposition implique que la vie sur terre ne durera plus très longtemps, puisque la fin du monde peut survenir à n’importe quel moment, une notion qui joue un rôle important dans la lettre. Voir 1 Pierre 1.5, 1 Pierre 1.7 ; 1 Pierre 4.7. L’expression dans la chair est utilisée dans un sens différent de celle du 1 Pierre 4.1. Ici, elle se rapporte à la vie humaine sur la terre, comme dans la Bible en français courant : « le reste de votre vie terrestre ». La Bible en français courant peut servir de modèle ou on pourra dire « vous devez passer le reste de vos jours dans ce monde à… »

non plus selon les convoitises des hommes, mais selon la volonté de Dieu : cette proposition exprime une fois de plus une opposition forte soulignée dans la lettre, à savoir, l’opposition entre la conduite des gens avant et après leur conversion à la foi chrétienne. Comp. 1 Pierre 1.4, 1 Pierre 1.18 ; 1 Pierre 2.1, 1 Pierre 2.9, 1 Pierre 2.24. Avant de devenir chrétiens, ils étaient dominés par les « désirs humains » (Bible en français courant), expression qui ailleurs peut avoir un sens neutre, mais qui ici est utilisée négativement. Comp. 1 Pierre 1.14 ; 1 Pierre 2.11.

En revanche, après leur conversion, c’est la volonté de Dieu qui doit les diriger. Certains commentateurs estiment qu’il y a un contraste voulu entre le pluriel « désirs humains » et le singulier volonté de Dieu. Cela signifie que les chrétiens connaissent maintenant une unité d’orientation dans leur vie, tandis que les « désirs » des non-chrétiens les attirent dans toutes sortes de directions.

La traduction de non plus selon les convoitises des hommes pourra être « non pas pour vivre selon ce que les hommes désirent eux-mêmes » ou « non pas vivre selon ce que le (votre) cœur désire ».

selon la volonté de Dieu pourra être restructuré comme suit : « vous devez vous laisser diriger par / suivre la volonté de Dieu » ou « vous devez mener une vie en accord avec ce que Dieu attend de vous ». La Bible en français courant met en évidence selon la volonté de Dieu en intervertissant l’ordre des deux éléments ici, ainsi « selon la volonté de Dieu et non selon les désirs humains ». La version Good News Bible rend bien l’idée en parlant d’être « dominés par la volonté de Dieu et non par des désirs humains ».

Dans certaines langues, il va falloir être plus explicite, par exemple, « Pendant le temps qu’il vous reste à vivre, vous ne devez pas continuer de chercher à réaliser vos désirs (mauvais). Au contraire, il faut vivre selon la volonté de Dieu ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 1.19

mais par le sang précieux… du Christ : la conjonction mais (grec : ἀλλά alla) marque un contraste fort que certains rendent par mais et d’autres même par « Non » (La Bible du Semeur, Bible en français courant). En effet, après avoir dit de façon négative ce qui ne pouvait pas assurer la libération des croyants (choses périssables, argent, or), Pierre montre maintenant de façon positive sur quoi se fonde cette libération : le sang précieux de Jésus-Christ, versé en sacrifice pour les péchés de l’humanité. Dans certaines langues, on pourra répéter l’expression verbale du 1.18 : « vous avez été délivrés par le sang précieux du Christ » (Bible en français courant), « Mais il vous a libéré avec le sang précieux du Christ » (Parole de Vie).

sang précieux : l’arrière-plan est la pratique du sacrifice chez les Juifs au temps de l’AT. Pendant leur esclavage en Egypte le sang d’un agneau sans tâche a été mis sur les portes des Hébreux et l’ange, voyant ce sang, les a épargnés de la mort (Ex 12.5-7). Les Juifs avaient l’habitude chaque année de fêter ce jour par le sacrifice d’un mouton. C’est la fête de la Pâque (Ex 12.11). Le livre de Lévitique explique en détail les différents sacrifices, surtout les sacrifices pour le péché, où le sang de la victime était offert à Dieu pour obtenir son pardon. Voir Lév 16.14-16. Dans cette perspective, le sang… du Christ se rapporte au sacrifice qu’il a offert sur la croix, le sacrifice de son corps et de son sang, afin que les humains puissent être délivrés une fois pour toutes de leur vaine manière de vivre (1 Pierre 1.18). Voir aussi Hébr 9.12,14. Certaines versions substituent le mot « sacrifice » à la place de sang, mais à cause du rôle du sang dans la rédemption des croyants, la majorité des versions retiennent le mot ici. On pourra à la limite dire « nous sommes rachetés par la mort sacrificielle de Christ, versant son sang précieux… » En effet, dans plusieurs cultures du monde, le sacrifice de sang dans les rites de réconciliation ou de purification est bien connu et servira de « pont » vers une meilleure compréhension de l’Évangile.

précieux : l’adjectif est apparenté au mot « honneur ». En Act 5.34, il décrit un Juif respecté. En 1 Cor 3.12, Paul l’utilise pour décrire l’or et l’argent. Mais ici Pierre l’utilise pour souligner la valeur inestimable du sang versé pour nous. Le sacrifice libérateur a coûté la vie à Jésus-Christ. Par le don de sa vie, Christ a payé le prix de notre salut. Alors, ce sang est « cher », « coûteux », il a « beaucoup de valeur ». Mais dans certaines langues on ne parler pas de sang en termes commerciaux. Ainsi les traducteurs devraient trouver un terme qui convient dans ce contexte.

comme d’un agneau sans défaut et sans tache, celui du Christ : la traduction de la Traduction œcuménique de la Bible suit le grec, qui est assez bref. Ce texte fait allusion aux pratiques sacrificielles juives où l’animal souvent offert était un agneau. Voir, par exemple, Ex 12.5 ; 29.38 ; Lév 22.17-25. Ailleurs dans le NT, Jésus est présenté comme l’agneau de Dieu (Jean 1.29,36 ; 1 Cor 5.7 ; Apoc 5.6,12), justement parce qu’il est le sacrifice ultime qui enlève le péché du monde.

sans défaut et sans tâche : dans l’AT, l’offrande offerte à Dieu devait toujours être parfaite, sans défaut et sans tâche. Ainsi la Bible en français courant rend l’idée plus explicite en parlant du « sang précieux du Christ, sacrifié comme un agneau sans défaut et sans tache ». S’il n’est pas possible de trouver deux expressions, une seule expression suffira, par exemple, que « il était comme un agneau qui n’avait absolument aucun défaut » ou « comme un agneau qui n’avait en lui rien d’imparfait ».

celui du Christ : ceci veut dire « le sang du Christ », que les traducteurs peuvent rendre explicite. La Traduction œcuménique de la Bible suit l’ordre du grec, qui place ces mots à la fin du verset. Certains traducteurs jugeront mieux d’annoncer le nom de Christ avant la fin de l’énoncé.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.