Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 5.3

Ce verset présente la troisième opposition : N’exercez pas un pouvoir autoritaire…, mais devenez les modèles…

exercez un pouvoir autoritaire rend le participe d’un verbe signifiant « se rendre maître de », « dominer sur », « réduire en son pouvoir ». Le même verbe est utilisé en Marc 10.42 lorsque Jésus déclare , « Vous le savez, ceux qu’on regarde comme les chefs des peuples les commandent en maîtres » (Bible en français courant) ou « …les tiennent sous leur pouvoir » (Traduction œcuménique de la Bible). Ensuite, Jésus ajoute : « Mais cela ne se passe pas ainsi parmi vous. Au contraire, si l’un de vous veut être grand, il doit être votre serviteur » (1 Pierre 10.43 Bible en français courant). Ces paroles de Jésus peuvent avoir fait partie de l’enseignement donné aux premiers chrétiens et elles semblent être à l’arrière-plan de cette exhortation de Pierre adressée aux chefs de l’Église. L’idée est que même si, dans leur fonction de dirigeant, ces chefs disposent d’une certaine autorité, ils ne doivent pas en faire l’aspect déterminant de leur relation avec les membres de la communauté. La Bible en français courant dit « Ne cherchez pas à dominer » et la Bible de Jérusalem, « non pas en faisant les seigneurs ». Autrement dit, ils ne doivent pas être des tyrans, c’est-à-dire « des chefs durs ». Les traducteurs trouveront certainement une expression idiomatique dans leur langue qui exprime l’idée d’être autoritaire ou le fait d’abuser de son pouvoir, par exemple, « N’agissez pas en grands chefs ».

Le texte grec dit littéralement « ne dominez pas les lots ». Les traductions de la Traduction œcuménique de la Bible et de la Bible en français courant sont très longues. En effet, ils rendent le seul mot grec (« des lots ») par plusieurs mots : sur ceux qui vous sont échus en partage. Au singulier, le mot désigne un objet servant au tirage au sort, puis, par extension, le résultat du tirage au sort, à savoir, la part obtenue de cette façon. Comp. Matt 27.35 ; Act 1.26. Ici, appliqué à des personnes, le terme désigne ceux qui sont confiés à certaines personnes, d’où « ceux qui ont été confiés à votre garde » (Bible en français courant) ou « à vos soins » (La Bible du Semeur). Le texte laisse entendre qu’à chaque ancien a été attribuée la responsabilité d’un groupe ou d’une communauté particulière. Si l’agent doit être exprimé, on pourra dire « ceux que Dieu vous a confiés » (Parole de Vie) ou « ceux que Dieu vous a confiés pour que vous en preniez soin ».

mais devenez les modèles du troupeau : au lieu d’être les « seigneurs » ou les « tyrans » de ceux qu’ils ont en charge, les anciens sont exhortés à en être les modèles. Ce terme se réfère clairement à la façon de vivre et, avant tout, à la façon d’agir comme responsables de l’Église. L’idée est qu’ils doivent se comporter de manière à stimuler la foi de chaque croyant. Le sens des mots les modèles du troupeau demandera parfois à être reformulé, par exemple « conduisez-vous de telle manière que les croyants puissent vous imiter » ou « désirent vous imiter ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 1.7

afin que : ce verset indique le but des épreuves subies par les chrétiens. Certaines versions explicitent cette idée, en commençant une nouvelle phrase par « La raison pour laquelle vous souffrez est… » ou « La raison pour laquelle vous subissez des peines… » La La Bible du Semeur et la Parole de Vie expriment bien le but de ces épreuves : « celles-ci servent à éprouver la valeur de votre foi » ; « Ces difficultés servent à montrer la qualité de votre foi ».

la valeur éprouvée de votre foi : le terme grec éprouvée implique non seulement le fait de tester quelque chose, mais aussi le fait de révéler sa valeur ou son authenticité. C’est ainsi que la mise à l’épreuve de la foi des chrétiens a pour but de révéler si leur foi est authentique ou non. On pourra parler de « la preuve que votre foi au Christ est réelle » ou « la preuve que vous avez réellement confiance en Dieu ». Par la suite Pierre compare ces épreuves au processus de la purification de l’or. Il serait préférable, si possible, d’employer pour « l’épreuve de la foi » une expression semblable à celle utilisée pour l’or, par exemple, « tester ». Mais ceci ne sera pas possible dans toutes les langues. Les traducteurs pourront aussi reformuler pour faire sortir la comparaison : « l’or est chauffé très fort pour le purifier » ou « …pour voir s’il est authentique. De même, votre foi en Dieu doit subir des tests pour prouver qu’elle est authentique ».

votre foi : le mot foi (grec : πίστις pistis) peut être compris dans le sens de confiance en Dieu (ou en Jésus-Christ), ou peut-être, mieux ici, dans le sens de « fidélité à l’égard de Dieu » (Best, p. 78). Cependant, la plupart des versions modernes, dont la Traduction œcuménique de la Bible et la Bible en français courant, en restent à la traduction habituelle de foi. Voir 1 Pierre 1.5.

– beaucoup plus précieuse que l’or périssable qui pourtant est éprouvé par le feu – : la mise à l’épreuve de la foi est comparée à la façon dont l’or est purifié : l’or doit passer par le feu pour être débarrassé de ses impuretés. Ce processus est évoqué pour parler d’un test spirituel, et l’or et l’argent sont souvent utilisés comme image de la foi. Voir, par exemple, Zach 13.9 ; Mal 3.3 ; Ps 66.10 ; Prov 17.3 ; 27.21. Pierre affirme que la foi a plus de valeur et dure plus longtemps que même l’or le plus pur éprouvé par le feu.

beaucoup plus précieuse que l’or périssable : la Traduction œcuménique de la Bible met cette précision entre tirets. Pour simplifier cette phrase et pour plus de clarté, la Bible en français courant la restructure : « L’or lui-même… est pourtant éprouvé par le feu ; de même votre foi… » Mais on pourra aussi dire « votre foi a plus de valeur que l’or ». En comparant la foi à l’or, Pierre montre que la foi est précieuse. Cet adjectif décrit les choses de grande valeur comme « la perle précieuse » de la parabole en Matt 13.46 et comme le parfum que Marie, sœur de Lazare, prend pour verser sur les pieds de Jésus (Jean 12.3). La formulation de la Traduction œcuménique de la Bible, s’avérera difficile dans certaines langues. On pourra alors dire « votre confiance en Dieu a beaucoup plus de valeur que l’or ».

or : c’est l’un des métaux les plus chers du monde. Presque toutes les langues auront un mot pour désigner ce métal. Dans les cas rares où le mot n’existe pas, les traducteurs seront obligés d’utiliser un mot d’emprunt, de translittérer le mot, ou de dire « la chose la plus chère » ou « le métal le plus cher (du monde) ».

or périssable qui pourtant est éprouvé par le feu :
périssable : cette racine a souvent le sens de « détruire » ou de « perdre la vie » (Marc 8.35), mais en Luc 5.37, le verbe décrit les outres de vin qui peuvent « se gâter » en éclatant. Bien qu’il soit impossible de détruire un métal comme l’or, dans certaines cultures, l’or peut se gâter ou être souillé. Il vaudrait mieux alors adopter ce deuxième sens, comme la Parole de Vie qui dit « L’or peut s’abîmer… »
qui pourtant est éprouvé par le feu rend un participe passif « mais par le feu étant éprouvé ». Le verbe éprouvé est de la même racine que l’expression valeur éprouvée ci-dessus. On pourra parler de « purifier l’or » ou de le « rendre propre ». Dans beaucoup de langues, il faudrait tourner cette proposition à l’actif. La Parole de Vie est très claire : « L’or peut s’abîmer, pourtant on le met dans le feu, pour voir s’il est pur ».

afin que la valeur éprouvée de la foi… obtienne louange, gloire et honneur lors de la révélation de Jésus Christ : le but des tests ou des épreuves de la foi, c’est que sa valeur soit prouvée, et qu’elle obtienne louange, gloire et honneur. Le grec a littéralement « qu’elle soit trouvée pour (en vue de) louange et gloire et honneur ». Bien que Pierre dise que la foi va obtenir louange, gloire et honneur, il s’agit sans doute de la personne avec la foi qui recevra louange, gloire et honneur au jour de la révélation de Jésus Christ. La Parole de Vie dit : « Alors, quand Jésus-Christ paraîtra, vous recevrez honneur, louange et gloire, à cause de la qualité de votre foi ».

obtienne rend un verbe passif en grec « être trouvé » et certaines versions restent près du grec : « se trouve être un sujet de louange » (Segond Révisée), « devienne un sujet de louange » (Bible de Jérusalem), « vous assure louange » (Osty-Trinquet). Mais le sens ici est que la personne « recevra » (dans certaines langues, « verra ») louange, gloire et honneur. Ainsi, la Bible en français courant coupe la phrase et dit : « C’est ainsi que vous pourrez recevoir louange… » La Parole de Vie est similaire (voir ci-dessus). On pourra aussi reformuler le verset en utilisant une comparaison explicite : « De la même façon… » ou « D’une manière semblable… » Certains rendent explicite que c’est Dieu, la source de ces louanges, ainsi « Dieu vous accordera louange » ou « Dieu vous récompensera par l’honneur… » (Die Gute Nachricht). D’autres pensent que ces trois choses deviennent apparentes aux yeux de Dieu, ainsi la La Bible du Semeur : « Elle vous vaudra louange, gloire et honneur aux yeux de Dieu ».

louange, gloire, et honneur : les trois termes ont pour but d’accentuer l’importance de la récompense promise aux fidèles. En effet, Jésus promet qu’il va partager sa gloire avec ses disciples : « vous qui m’avez suivi, vous siégerez vous aussi sur douze trônes… » (Matt 19.28). L’apôtre Paul aussi parle de cette gloire future : « Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire » (Col 3.4).

louange : le mot grec ἔπαινος epainos, peut désigner la louange rendue aux hommes ou à Dieu (Rom 2.29). Dans ce contexte, on pourrait dire « Dieu va vous féliciter » ou, dans certaines langues, « saluer ».

gloire : ce terme clé δόξα doxa, décrit la gloire de Dieu mais aussi celle des hommes. Ici il désigne la grandeur ou la splendeur. Dans beaucoup de langues, on dira « votre nom sera grand ».

honneur : parfois le mot τιμή timê, désigne une somme d’argent (Matt 27.6 ; 1 Cor 6.20), mais ici, en parallèle avec louange et gloire, il désigne le respect accordé à une chose, une personne ou à Dieu (1 Tim 1.17). Dans beaucoup de langues, comme pour « gloire », on va se référer au nom, par exemple, « on va agrandir votre nom ».

La paire louange et gloire se trouve en Phil 1.11, tandis que la paire gloire et honneur se trouve en Rom 2.7,10 ; 1 Tim 1.17 ; Hébr 2.9. Si dans la langue cible, il y a des mots pour ces trois termes, il faudrait les rendre dans la traduction. Mais dans certaines langues, il faudrait réduire louange, gloire, et honneur à une ou deux expressions. Dans d’autres, il faudrait les remplacer par des verbes, ce qui donnera, par exemple, « alors Dieu vous félicitera, vous rendra glorieux et vous honorera ».

lors de la révélation de Jésus Christ est une traduction littérale du grec. L’expression peut être une allusion au jour « où Jésus-Christ reviendra » (Contemporary English Version). Mais le mot révélation semble mettre l’accent plutôt sur le fait que Jésus-Christ se manifestera à tous pour montrer ou manifester qui il est véritablement. En fait, le texte grec est ambigu, car le mot révélation peut être compris soit au sens passif, soit au sens réfléchi : le Christ sera-t-il révélé par quelqu’un d’autre ou se révélera-t-il lui-même ? Si le premier sens est retenu, le traducteur peut dire : « quand Dieu révélera Jésus-Christ » ou « fera apparaître Jésus-Christ ». Mais le sens réfléchi semble préférable, car lors de sa seconde venue, c’est Jésus-Christ lui-même qui se fera reconnaître. Ainsi la version allemande Die Gute Nachricht propose « au jour où Jésus-Christ se révélera dans sa gloire ». Dans certaines langues, on pourrait dire « quand Jésus-Christ se manifestera et se fera connaître (réellement) ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 2.16

Pierre vient de donner des conseils aux chrétiens en ce qui concerne les autorités et il recommande un certain respect et même une certaine soumission vis à vis de ces personnes. Mais en même temps, il encourage les croyants à se comporter en hommes libres.

Comportez-vous en hommes libres : en grec il n’y a pas de verbe, car le texte dit seulement « comme libres ». Néanmoins les versions françaises en général présentent un verbe à l’impératif : comportez-vous, « conduisez-vous » (Bible en français courant, Parole de Vie), « Agissez » (Bible de Jérusalem, Osty-Trinquet) ou « soyez » (Nouvelle Bible Segond). Mais le grec permettrait d’employer un indicatif : « Vous vous conduisez comme des hommes libres », ce qui signifierait que Pierre constate un état de fait. Cependant, l’emploi de l’impératif se justifie dans ce contexte centré sur l’exhortation.

en hommes libres : il ne s’agit pas seulement des hommes, mais de « personnes » (Parole de Vie) des deux sexes.

libres : bien que soumis aux autorités, les chrétiens sont libres d’un point de vue spirituel, car libérés de leur péchés et de leur ancien style de vie par le Christ. Jésus lui-même a dit vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres (Jean 8.32). Il y a un contraste frappant dans ce verset entre la notion d’être libre et en même temps, d’être esclave du Christ.

sans utiliser la liberté comme un voile pour votre méchanceté : litt. « n’ayant pas la liberté comme un voile de la méchanceté ». En fait les chrétiens sont libres de plusieurs points de vue. Non seulement libérés de leurs péchés, ils sont libres des contraintes de la loi juive. Mais ils ne devraient pas s’en vanter et utiliser leur liberté à des mauvaises fins. Plusieurs autres auteurs du NT mettent les croyants en garde contre le risque d’abuser de leur liberté en Christ. Voir, par exemple, les propos de Paul en Gal 5.1,13, et comp. 1 Cor 10.23. Pierre exhorte donc ses lecteurs et auditeurs à ne pas prendre leur liberté comme un prétexte servant à couvrir de mauvaises actions.

sans utiliser la liberté comme un voile : le participe « n’ayant pas » peut être rendu par des verbes comme utiliser ou « faire de ». Dans certaines langues, on pourra commencer une nouvelle phrase à cet endroit, par exemple « Il ne faut pas que vous preniez votre liberté comme… » ou « Vous ne devez pas utiliser votre liberté comme un voile ».

liberté : ce mot reprend l’idée d’être libres. Être libre, c’est ne pas être prisonnier d’un comportement quelconque ou y être contraint.

comme un voile : le mot ἐπικάλυμμα epikalumma ne se trouve qu’ici dans tout le NT. Certains pensent qu’il s’agirait d’une sorte de manteau ou de grande robe. Mais l’important est de considérer que cet objet « couvre » (Bible en français courant) ou cache quelque chose. La Parole de Vie exprime cela par « votre liberté ne doit pas devenir une couverture pour cacher des actes mauvais ». Si ce langage imagé n’est pas compris ou pas naturel, on pourra dire « votre liberté ne doit pas cacher » ou « excuser votre méchanceté », « vos mauvais actes ».

Pour méchanceté, voir 1 Pierre 2.1. Dans le présent verset, le terme peut se référer d’une façon générale à toutes sortes d’actions mauvaises ou, peut-être, plus spécifiquement, au refus d’agir selon les devoirs d’un bon citoyen. Au lieu de ce mot abstrait, on pourra parler d’« actions mauvaises ».

mais agissez en serviteurs de Dieu : la fin du verset met en évidence l’un des aspects les plus étonnants de la vie chrétienne, à savoir que les chrétiens sont libres et pourtant « esclaves » de Dieu. En effet le mot grec rendu par serviteurs est δοῦλοι douloi, « esclaves ». Cette affirmation implique qu’un gouvernement n’est jamais le maître absolu des chrétiens, puisqu’ils sont avant tout des serviteurs du Dieu Tout Puissant.

mais (grec : ἀλλά alla) rend une conjonction marquant une forte opposition et les traducteurs devraient exprimer clairement le contraste qu’elle implique.

agissez en ne se trouve pas en grec, mais un tel verbe sera nécessaire dans la majorité des langues. On pourra dire « soyez » (Nouvelle Bible Segond) ou « Conduisez-vous » (Parole de Vie).

serviteurs de Dieu est littéralement « esclaves de Dieu » (Nouvelle Bible Segond, Osty-Trinquet), mais dans certaines langues, serviteurs sera préférable, car « esclaves » aurait une connotation négative qui ne convient pas ici. Dans ce contexte, l’idée est que les chrétiens dépendent en premier lieu de Dieu, leur maître, et non pas des êtres humains. Une possibilité sera « mais agissez comme des gens qui servent Dieu ». Mais dans certaines langues, une traduction plus littérale sera comprise et aura un impact assez fort : « Ne prenez pas votre liberté pour cacher vos mauvais actes. Au contraire, agissez comme les esclaves de Dieu (que vous êtes ». En effet, ceux qui sont ainsi liés à Dieu ne pourront pas faire preuve de méchanceté.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 4.1

4.1-6

La rupture avec le péché

Cette section tire les conséquences pratiques pour les croyants des souffrances du Christ. En partant du fait que le Christ a souffert et qu’il est mort pour les pécheurs (1 Pierre 3.18), Pierre exhorte ses lecteurs à manifester dans leur vie la même attitude que le Christ a eue. Au lieu de suivre l’exemple des non-croyants qui les entourent, ils doivent suivre l’exemple du Christ.

Ainsi, puisque le Christ a souffert est littéralement « Christ donc ayant souffert ». La conjonction οὖν oun en grec (« donc ») établit la relation avec la section précédente, en particulier avec 1 Pierre 3.18. La traduction de la Traduction œcuménique de la Bible, Ainsi puisque, exprime bien ce lien. Dans certaines langues, on dira « Comme le Christ a souffert », « Étant donné que le Christ a souffert ».

Pour le Christ, voir 1 Pierre 1.19 ; 1 Pierre 2.12 ; 1 Pierre 3.16, 1 Pierre 3.18.

Pour souffert, voir 2.19s. Ce verset rappelle 3.18a, et certains manuscrits anciens de ce texte ajoutent ici « pour nous » ou « pour vous ». Mais le comité de l’ABU pour le NT grec écarte ces deux variantes textuelles, les considérant comme des ajouts des copistes (Metzger, p. 694).

a souffert dans la chair rappelle également 1 Pierre 3.18, mis à mort en sa chair. L’expression met en évidence l’aspect physique des souffrances du Christ. Il est fort probable que les chrétiens à qui Pierre s’adresse souffraient aussi « dans leur corps ». Ainsi la Bible en français courant, la La Bible du Semeur et la Parole de Vie disent « a souffert dans son corps », et la Good News Bible parle de la « souffrance physique ». Dans un sens plus large, il pourrait s’agir de ses souffrances en tant qu’être humain, c’est-à-dire les souffrances subies durant sa vie terrestre, d’où par exemple « a souffert dans cette vie ». Mais en raison du lien avec 1 Pierre 3.18, il est plus probable qu’elle évoque un aspect particulier de ces souffrances, à savoir, sa mort sur la croix.

vous aussi armez-vous de la même conviction : en ce qui concerne leur attitude envers les souffrances, les chrétiens sont appelés à suivre l’exemple du Christ. Ils doivent adopter la même attitude que le Christ a manifestée.

armez-vous est un langage figuré tiré du monde militaire, comme d’autres images du même type fréquentes dans le NT. Voir, par exemple, Rom 6.13 ; 13.12 ; 2 Cor 6.7 ; 10.4 ; Éph 6.11-17 ; 1 Thess 5.8 et aussi dans l’AT, És 59.17. s’armer signifie s’équiper des moyens nécessaires pour être prêt à agir ou à atteindre un but particulier. Comme des soldats allant à la bataille, les chrétiens doivent « se préparer activement », « être bien préparés ».

de la même conviction : le mot conviction (ἔννοια ennoia) parle de la façon de penser ou de la disposition d’esprit d’une personne. En Hébr 4.12, il est souvent rendu « les pensées » ou « les sentiments du cœur ». Ici l’apôtre demande aux chrétiens d’avoir la même attitude que le Christ. On pourrait dire « soyez prêts à penser de la même manière que le Christ ». Mais les traducteurs devraient chercher à rendre le langage figuré de ce passage, en utilisant, si possible, des expressions du contexte militaire.

celui qui a souffert dans la chair a rompu avec le péché : plusieurs commentateurs pensent qu’il s’agit d’un dicton ou proverbe, connu de l’apôtre et de ses lecteurs. Certains pensent que la souffrance élimine le désir ou la tendance à commettre le péché. D’autres font un rapprochement avec l’expérience chrétienne du baptême : souffrir serait utilisé ici au sens figuré, faisant allusion à l’image de la « mort » avec le Christ lors du baptême. Si elle est morte, la personne n’a plus rien à faire avec le péché. A cet effet, Spicq note « le baptisé, ayant été crucifié avec le Christ, se considère comme mort au péché » (p. 143s). Mais bien que cela soit possible, le texte ne justifie pas une traduction dans ce sens. Il vaut mieux dire, par exemple, « quiconque souffre physiquement (sous–entendu, comme le Christ a souffert), a tourné le dos au péché et n’a plus aucun désir de continuer à pécher ». En effet, comme Margot l’affirme : « la souffrance acceptée dans la foi est le signe de la transformation qui s’est opérée dans la vie du croyant » (p. 68).

Introduite par la conjonction grecque ὅτι hoti « car », cette proposition affirme une vérité générale ou indique comment les chrétiens mis à l’épreuve devraient agir. Les traducteurs devraient prendre soin de ne pas donner l’impression que le Christ est en vue ici. Bien que Jésus ait souffert dans la chair, il n’a jamais péché. Ici, Pierre est en train d’exhorter les chrétiens à imiter le Christ. La Parole de Vie rend cette pensée explicite en ajoutant au texte : « le chrétien qui souffre dans son corps a laissé le péché ».

Pour rendre la conjonction ὅτι hoti (exprimée dans la Traduction œcuménique de la Bible par deux points), beaucoup de versions disent « car » d (Bible en français courant, Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem). La La Bible du Semeur propose « En effet », et la Bible de Jérusalem, « à savoir ». La Parole de Vie déplace « vous aussi » et ajoute une proposition emphatique pour introduire le dicton : « Le Christ a souffert dans son corps. Alors, vous aussi, soyez sûrs d’une chose… : »

Pour souffert dans la chair, voir ci-dessus.

a rompu avec le péché : le sens du verbe grec παύω pauô varie selon sa forme grammaticale. Si elle est prise comme réfléchi (voix moyenne), elle impliquerait une ferme volonté de « cesser de pécher ». La personne aura « décidé à de ne plus pécher ». Mais si le verbe est pris au passif, l’expression veut dire « a été délivré du pouvoir du péché ». La majorité des versions optent pour la première interprétation : « a fini avec le péché » (Nouvelle Bible Segond, Bible en français courant), « a laissé le péché » (Parole de Vie). Cette personne n’a plus aucun contact avec le péché.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 5.14

Saluez-vous les uns les autres d’un baiser fraternel : cette salutation chrétienne apparaît sous une forme semblable dans plusieurs des lettres de Paul. Voir Rom 16.16 ; 1 Cor 16.20 ; 2 Cor 13.12 ; 1 Thess 5.26. Beaucoup en déduisent qu’il s’agit d’une formule courante dans les premières églises. Selon les commentateurs, il faut y voir une pratique des chrétiens qui s’embrassaient les uns les autres lors de leurs rencontres communautaires, soit au moment de se quitter, soit lors de la lecture d’une lettre d’un apôtre. Ce geste était le signe de leur communion entre frères et sœurs en Christ, et des liens spirituels profonds qui les attachaient les uns aux autres.

d’un baiser fraternel est littéralement « d’un baiser d’amour ». L’apôtre Paul parle ailleurs d’un « saint baiser » (1 Cor 16.20). Il s’agit d’une salutation courante à l’époque dans les premières communautés chrétiennes. Pour rendre cette expression, les traducteurs devraient considérer leur contexte social et éviter de suggérer un baiser échangé par des amoureux. Dans certaines langues, baiser fraternel (Traduction œcuménique de la Bible, La Bible du Semeur) ou « affectueux » (Bible en français courant, Osty-Trinquet) conviendra mieux. Certains proposent « baiser d’amour fraternel ». Dans certaines cultures, il n’y a pas de terme pour baiser mais plutôt pour « embrasser » dans le sens de « s’étreindre » ou « s’enlacer ». Ce mot pourra être utilisé ici. Une autre solution sera de généraliser en disant, par exemple, « Saluez-vous avec amour les uns les autres en tant que frères et sœurs en Christ », « Saluez-vous les uns les autres affectueusement en amis chrétiens ». Certaines traductions proposent « se serrer la main » mais cette expression risque de déformer l’historicité du texte. Si l’expression choque, il vaut mieux ajouter une note pour expliquer cette coutume ancienne.

Paix à vous tous qui êtes en Christ est la bénédiction qui conclut la lettre. Pour Paix, voir 1 Pierre 1.2. La source de cette paix est Dieu, alors on pourra dire plus explicitement « Que Dieu vous donne la paix, vous tous qui… » ou formuler une prière comme « Je prie pour que vous tous qui appartenez au Christ connaissiez la paix ».

vous tous qui êtes en Christ est litt. « vous tous, ceux en Christ ». Pour en Christ, voir 1 Pierre 3.16. Plusieurs versions préfèrent rendre explicite : « vous tous qui appartenez au Christ » (Bible en français courant), « vous tous qui êtes unis au Christ » (La Bible du Semeur), « vous tous qui êtes unis dans le Christ » (Parole de Vie). Tous les destinataires de la lettre appartiennent au Christ et sont unis à lui. Par conséquent, il faudra veiller dans la traduction à ne pas donner l’impression que parmi ceux qui sont salués, certains n’appartiennent pas au Christ, dans le sens de « tous ceux d’entre vous qui sont unis au Christ ». Cette mention de l’appartenance au Christ apporte une conclusion appropriée à la fin de la lettre, car elle rappelle aux lecteurs que leur nouvelle sphère d’existence se situe dans la relation avec le Christ et qu’elle est déterminée par elle.

Certains manuscrits anciens ajoutent « Amen » à la fin de ce verset, mais cette variante n’est pas bien attestée. La majorité des versions modernes ne la reproduisent pas dans le texte, mais un certain nombre d’entre elles la mentionnent en note (Bible de Jérusalem, Osty-Trinquet, Contemporary English Version).

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 1.18

En grec, ce verset est la suite de la phrase commencée en 1 Pierre 1.17. L’auteur vient d’exhorter ses lecteurs à honorer Dieu par leur conduite. Il ajoute maintenant une raison de plus d’agir ainsi.

sachant que rend le participe grec qui introduit cette pensée. Le message de Pierre qui suit est bien connu des chrétiens, puisque cela fait partie des enseignements fondamentaux de tout chrétien. Dans certaines langues, on commencera une nouvelle phrase, comme en Bible en français courant qui ajoute les mots « en effet ».

ce n’est point par des choses périssables, argent ou or que vous avez été rachetés : Pierre cite trois éléments qui contraste avec la chose la plus précieuse, le sang du rédempteur (1 Pierre 1.2). Il s’agit des choses périssables, une expression générale qui pourra se comprendre seule ou comme une introduction à ce qui suit : l’argent et l’or.

périssables se réfère à tout ce qui « passe » dans ce monde. Ailleurs l’apôtre Paul utilise le même mot φθαρτός phthartos pour parler de l’homme « mortel ». La notion peut être rendue de diverses manières : « des choses qui peuvent s’abîmer » (Parole de Vie), « quelque chose qui peut être détruit » (Good News Translation), ou les choses qui « perdent leur valeur » (Die Gute Nachricht). Le mot choisi devrait s’appliquer aux deux éléments l’argent et l’or. Selon certaines cultures, l’or ne peut être détruit, mais peut être sali ou perdre sa valeur en raison de fluctuations économiques. L’accent est sur le fait que ces éléments « passent » : on les laisse derrière soi lorsqu’on meurt. Comparé au sang précieux (1 Pierre 1.19), ces choses considérées avec tant de valeur dans ce monde ne valent rien.

argent est un métal précieux, un peu moins cher que l’or, mais utilisé comme monnaie et aussi dans la fabrication des bijoux. Il ne faut pas confondre ce mot avec l’argent (francs, dollars, etc.). Dans certaines langues, on parle d’« or blanc ».

Pour or, voir 1 Pierre 1.7.

que vous avez été rachetés : le verbe grec λυτροω lutroô signifie « payer une rançon » pour libérer quelqu’un. Il n’est utilisé dans le NT qu’ici, et en Luc 24.21 et Tite 2.14. Cependant deux substantifs de même racine apparaissent ailleurs dans le NT : l’un en Matt 20.28 et Marc 10.45, et l’autre en Luc 1.68 ; 2.38 et Hébr 9.12. En grec non biblique, ce verbe se réfère au paiement d’une certaine somme d’argent en échange de la libération d’esclaves ou de prisonniers de guerre. Dans la version grecque de l’AT, la Septante, les mots de même racine se rapportent au rachat d’un animal, d’une personne ou d’une propriété (Ex 13.13 ; Lév 25.25,26,48,49). Beaucoup de cultures connaissent la pratique d’offrir quelque chose ou une personne « en gage », qui pourra par la suite être racheté. D’une manière figurée, le même terme décrit l’intervention puissante de Dieu visant à délivrer les Israélites de l’esclavage d’Égypte. A partir de ces utilisations de l’AT, les auteurs du NT l’utilisent pour évoquer la façon dont Dieu libère les humains de l’esclavage du mal et du péché. Spicq note qu’il « ne s’agit pas tant d’achat que d’affranchissement » (p. 66). Cette notion de libération est mise en évidence dans plusieurs versions :
• « vous avez été délivrés » (Bible en français courant)
• « Vous avez été libérés » (La Bible du Semeur)
• « vous avez été affranchis » (Bible de Jérusalem)

Le verbe grec est au passif, une forme adoptée par la plupart des versions. Mais on peut restructurer à l’actif, explicitant Dieu ou le Christ comme agent. Cependant, opter pour Dieu est préférable, car la libération des humains est habituellement attribuée à Dieu dans le NT. On pourra dire alors « Dieu vous a libérés » ou « rachetés ». Certaines versions rendent explicitent la notion de rançon ou prix : « à quel prix vous avez été délivrés » (Bible en français courant), « ce qui a été payé pour vous libérer » (Good News Translation). La Parole de Vie en fait une affirmation « Dieu a payé un grand prix ». A la question « à qui la rançon est-elle payée ? », le texte du NT reste silencieux. Bien que ce point ait suscité beaucoup de débats théologiques, les traducteurs devraient suivre le texte tel quel, sans essayer de répondre à cette question.

de la vaine manière de vivre spécifie de quoi les croyants en Christ sont délivrés. Ils sont libérés de leur ancienne vie, litt. « de la vaine conduite ». Il s’agit de la même racine que le verbe en 1 Pierre 1.17. Pierre déclare ce comportement quotidien avant la conversionvain. Dans beaucoup de langues, la façon de se comporter est exprimée à partir d’une métaphore : « le chemin que vous suiviez… »

vaine rend l’adjectif grec μάταιος mataios, souvent appliqué aux idoles. Il pourrait donc se référer à l’idolâtrie des lecteurs avant leur conversion. Cependant, il semble signifier ici que leur manière de vivre était dépourvue de sens et d’espérance : « insensée » (Bible en français courant), « futile » (La Bible du Semeur), « allant nulle part ». En effet, l’ancienne vie sans Christ mène à la perdition, tandis que la nouvelle vie mène au salut et à la vie éternelle. En effet cette ancienne manière de vivre les avait réduits en esclavage. Dans ce sens on pourra peut-être dire « votre vaine manière de vivre vous a rendus esclaves, mais Dieu vous a libérés de cette vie ».

héritée de vos pères : Pierre dit que cette manière de vivre, qui est vaine est héritée de leurs pères. Il fait référence aux traditions du passé pratiquées par les ancêtres. Qualifier cette vie de vaine sera choquant et même provoquant, si Pierre s’adressait aux Juifs convertis. Mais les discours de Pierre dans le livre des Actes des apôtres montrent la même attitude. Si, par contre, il s’adressait aux chrétiens d’origine non juive, ceci sera une référence aux pratiques païennes. Mais le texte ne donne pas de détails ici et les traducteurs devraient rendre le texte tel quel.

Le traducteur pourra reformuler ou réordonner les multiples propositions dans ce verset, mais sans changer le sens.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 3.2

Ce verset commence par un participe aoriste « ayant observé » ou « ayant considéré ». Mais dans certaines langues, il vaut mieux commencer une nouvelle phrase ici. Voir la Bible en français courant qui termine 1 Pierre 3.1 par deux points ( :) et commence ensuite une nouvelle proposition.

en considérant : en 1 Pierre 2.12, le même verbe grec est employé, « en contemplant », « en observant » ou « en voyant ». Plusieurs versions françaises remplacent le participe en considérant par une proposition telle que « il leur suffira de voir… » (Bible en français courant) ou « En effet, il verra… » (Parole de Vie). De plus, certaines versions introduisent une conjonction pour exprimer une relation sous-entendue : « car ils verront… »

votre conduite pure, respectueuse : litt. « votre conduite pure dans la crainte ». Pour conduite, voir 1 Pierre 3.1. Certains traducteurs préfèrent dire « votre vie pure et respectueuse ».

L’adjectif pure peut se référer mais ne se limite pas à la conduite sexuelle ou à la fidélité envers son mari. Le mot se réfère à la pureté en général. Paul l’utilise dans sa première lettre à Timothée lorsqu’il lui dit « Ne participe pas aux péchés des autres. Toi-même, garde-toi pur » (1 Tim 5.22). Selon Best, il s’agit d’une conduite « bonne, sincère, honnête et agréable » (p. 125).

Pour respectueuse, le grec a litt. « dans la crainte ». En hébreu et en grec, le mot « crainte » communique souvent l’idée de respect. Cette expression permet de penser que la conduite pure s’enracine dans ou est motivée par le respect, c’est-à-dire le respect à l’égard de Dieu (1 Pierre 1.17). Bien qu’on puisse comprendre le respect de Dieu, la majorité des versions y voient du respect pour son mari.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 4.12

4.12-19

Bonheur promis aux persécutés

Les biblistes ne sont pas tous d’accord en ce qui concerne l’emplacement de cette section dans la lettre, mais ces différences n’affectent en rien la traduction. Les traducteurs doivent suivre le texte tel qu’il se présente dans le texte canonique. On peut remarquer que les écrits ici s’accordent, quand même, avec l’objectif général de la lettre, surtout en ce qui concerne les encouragements adressés aux chrétiens qui subissent de nombreuses difficultés à cause de leur foi. Considérée dans cette perspective, la section semble récapituler les thèmes déjà présentés dans la lettre, parmi lesquels les souffrances que subissent les chrétiens ( 1 Pierre 4.12, 1 Pierre 4.19), le Christ (1 Pierre 4.13) et l’imminence du jugement ( 1 Pierre 4.17).

Bien-aimés : pour cette expression basée sur le mot « amour », voir 1 Pierre 2.11. Cette façon de s’adresser aux lecteurs convient bien ici pour plusieurs raisons. D’abord, c’est la façon typique pour l’auteur d’introduire une nouvelle section. Pierre est sur le point d’aborder de nouveau le problème de la souffrance et ainsi il attire l’attention de ses lecteurs. En même temps, elle réaffirme la relation étroite qui existe entre l’auteur et ses destinataires. Ici, comme en 1 Pierre 2.11, Bien-aimés est rendu en Bible en français courant et en La Bible du Semeur par « Mes chers amis », et dans la Parole de Vie par « Amis très chers ». On pourrait aussi dire « Vous, mes amis » ou « mes frères si chers ».

ne trouvez pas étrange : les lecteurs sont tout d’abord exhortés à ne pas être surpris par ce qui leur arrive. Le verbe grec traduit par trouver étrange est le même qu’au 1 Pierre 4.4. Il est possible que la persécution fasse déjà partie de l’expérience quotidienne des chrétiens ou qu’elle se soit intensifiée de façon inattendue. Dans les deux cas, on pourrait dire « ne vous étonnez pas » (Bible en français courant) ou « Ne soyez pas surpris » (Parole de Vie).

d’être dans la fournaise de l’épreuve est litt. « l’incendie (qui est) parmi vous comme épreuve ». L’image du feu est souvent utilisée pour décrire une persécution ou souffrance particulièrement forte. la fournaise rend un terme grec rarement utilisé dans la Bible. Il désigne soit la destruction par le feu (Apoc 18.9,18 et Amos 4.9, version grecque), soit la purification par le feu de métaux précieux (Prov 27.21, aussi en grec). En tenant compte de 1 Pierre 1.6 et de la mention de l’épreuve, ce second sens semble s’imposer ici. Les souffrances subies par les chrétiens sont comparées de façon imagée à la manière dont des métaux comme l’argent et l’or sont exposés au feu pour être débarrassés de toute impureté. Souligner ainsi les souffrances des chrétiens s’accorde bien avec l’accent mis par la lettre sur la proche fin des temps. En effet, la fin du monde est plusieurs fois évoquée dans le NT en relation avec un feu ardent : 1 Pierre 1.7 ; 1 Cor 3.13 ; Apoc 8.5,7.

Certains y voient une allusion aux persécutions subies par certains chrétiens condamnés à être brûlés à cause de leur foi, mais rien dans le texte ne justifie cette interprétation littérale. Dans certaines langues, on pourra garder l’image en disant, par exemple, « ne soyez pas étonnés parce que vous êtes en plein feu de l’épreuve » ou en faisant une comparaison : « ne soyez pas surpris par les épreuves qui vous font souffrir, comme un feu qui brûle ».

épreuve : il s’agit du même mot qui se trouve dans le « Notre Père », rendu souvent par « tentation ». Mais ici il se réfère aux souffrances, la mise à l’épreuve de la foi de la communauté. Si nécessaire, on pourra parler de « la façon dont votre foi est éprouvée ».

comme s’il vous arrivait quelque chose d’anormal : le mot grec rendu ici par quelque chose d’anormal est de la même racine que le verbe trouvez étrange du début du verset. Certains commentateurs pensent qu’il est possible que des chrétiens d’origine non juive devaient trouver anormal de souffrir pour leur foi. Par contre, pour des Juifs, souffrir n’avait rien de surprenant, car l’histoire de leur peuple abondait en défaites, exils et souffrances diverses. La leçon ici, c’est que la souffrance n’est pas étrangère au sort des chrétiens. On pourra dire « Ne pensez pas être les seuls à qui cela arrive ».

La Parole de Vie offre un bon modèle, même si certains la jugeront trop explicite : « Amis très chers, vous êtes dans le feu de la souffrance. Ne soyez pas surpris, ce n’est pas étonnant ! Ce feu va montrer ce que vous valez », c’est-à-dire « si votre foi est solide ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.