Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 4.6

Dans le verset précédent, Pierre mentionne le jugement qui attend les vivants et les morts. Le présent verset reprend ces deux éléments pour les incorporer dans une affirmation, mais celle-ci pose certains problèmes pour l’interprétation. En effet, les biblistes ne sont pas d’accord sur le sens de la proposition qui parle de la bonne nouvelle… annoncée aux morts.

C’est pour cela, en effet rend quatre mots grecs (εἰς τοῦτο γὰρ καὶ eis touto gar kai, litt. « à cause de ceci car aussi ») qui marquent la relation entre 1 Pierre 4.5 et 1 Pierre 4.6. L’expression renvoie probablement à l’ensemble du 1 Pierre 4.5. On pourra dire « C’est dans ce but » ou « Voilà pourquoi » (Bible en français courant).

même aux morts la bonne nouvelle a été annoncée : la traduction de la Traduction œcuménique de la Bible suit l’ordre des éléments du texte grec. La Bible en français courant intervertit cet ordre, afin de placer le complément même aux morts après le sujet et le verbe, ainsi : « Voilà pourquoi la Bonne Nouvelle a été annoncée même aux morts ». Cette traduction facilite la transition vers la proposition qui suit, afin que jugés selon les hommes… Malgré sa structure assez simple, le sens de la proposition reste à déterminer.

même aux morts : il est difficile de savoir qui sont les morts dont Pierre parle ici. Il peut s’agir soit des gens qui sont réellement morts, soit de ceux qui sont spirituellement morts comme en Éph 2.1. Le problème de l’identification des morts est lié à l’expression du temps. Certains pensent qu’il s’agit des morts en général, c’est-à-dire tous les êtres humains, mais l’apôtre dit que la bonne nouvelle a été annoncée aux morts, à un moment précis du passé. D’autres pensent qu’il s’agit de certains personnages de l’AT. Dans ce cas, la bonne nouvelle leur aurait été annoncée dans le séjour des morts pour qu’ils puissent croire au Christ. Mais cela signifierait que le mot les morts ici n’auraient pas le même sens qu’au verset précédent. Il est aussi possible qu’il s’agit de gens qui, bien que morts maintenant, ont eu l’occasion d’entendre la Bonne Nouvelle de leur vivant. D’autres encore suggèrent qu’il s’agit de tous ceux qui seront morts avant le retour de Christ. Dans certains contextes (surtout lorsqu’il s’agit d’une Bible d’études) ces différentes interprétations pourront être présentées. Mais pour d’autres versions, il vaut mieux rendre le texte tel quel.

la bonne nouvelle a été annoncée est littéralement « il a été évangélisé ». En grec il s’agit d’un seul verbe au passif aoriste. Le temps du verbe suggère que l’annonce a été faite dans le passé à un moment et à un lieu précis. L’agent du passif n’est pas explicité : il peut s’agir soit d’évangélistes (prédicateurs chrétiens), soit du Christ lui-même. Mais s’il s’agissait d’évangélistes, on s’attendra plutôt à un verbe au présent. C’est pourquoi il semble plus probable que l’annonce soit faite par le Christ. Voir aussi 1 Pierre 3.19. Ainsi on pourra dire « le Christ a annoncé la Bonne Nouvelle même aux morts » ou « …a parlé de la Bonne Nouvelle même aux morts ». Cependant ailleurs dans cette lettre (1 Pierre 1.25) et dans le NT (Gal 1.11), le même verbe est employé à l’actif ou au passif. Mais dans ces passages, le Christ est plutôt l’objet de cette annonce de l’Évangile et non comme le sujet, par exemple, Act 5.42 ; 8.35 ; 11.20 ; Gal 1.16.

Pour bonne nouvelle, voir 1 Pierre 1.25.

afin que, jugés selon les hommes dans la chair, ils vivent selon Dieu par l’Esprit : cette partie du verset comporte des oppositions importantes. Le verbe jugés implique la condamnation et la mort, ce qui s’oppose clairement au verbe vivre. L’acte des hommes dans la chair s’oppose à l’acte de Dieu par l’Esprit.

afin que (ἵνα hina) introduit le but de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Dieu veut que les gens aient la vie et vivent selon sa volonté grâce au Saint Esprit.

jugés selon les hommes dans la chair : dans 1 Pierre 4.5, le jugement se rapporte au jugement dernier, mais ici il y a d’autres interprétations possibles. jugés pourra renvoyer à ce que les gens subissent de leur vivant, par exemple, lorsqu’ils sont persécutés ou calomniés par d’autres personnes. Mais le mot peut aussi renvoyer à la mort, considérée comme une forme de jugement, car c’est la conséquence du péché. Voir, par exemple, Rom 5.12 et 6.23 où « le salaire du péché, c’est la mort » (Traduction œcuménique de la Bible). Si l’on opte pour la première interprétation, dans la chair se rapporterait au contexte de ce jugement, c’est-à-dire, « dans leur vie sur la terre ». Mais si jugés se réfère à la mort (en opposition à la vie), dans la chair désignerait l’existence physique des gens en opposition à leur existence spirituelle. La Bible en français courant opte pour « bien que jugés quant à leur existence terrestre, comme tous les humains », et la Parole de Vie est similaire : « Ils ont été jugés selon ce qu’ils ont fait, comme tous les humains ».

vivent selon Dieu par l’Esprit : bien que morts physiquement, ces gens ont la possibilité de vivre spirituellement. La Bible en français courant dit « ils ont maintenant la possibilité, grâce à l’Esprit, de vivre de la vie de Dieu ». Le verbe grec pour vivent (ζάω zaô) est différent de celui employé en 1 Pierre 4.2. Là le terme évoque la vie de tous les jours, tandis qu’ici il se rapporte à la vie véritable, éternelle, une vie qui est un don de Dieu et qui résulte d’une juste relation avec lui.

selon Dieu : l’expression vivre selon Dieu peut avoir plusieurs sens. Elle peut signifier vivre en présence de Dieu, c’est-à-dire auprès de lui, ou vivre en accord avec sa volonté. Il est possible qu’il y ait une opposition entre dans la chair et selon Dieu, c’est-à-dire « selon l’existence humaine – selon la vie de Dieu ». Tandis que ces gens sont morts comme tous les êtres humains, ils peuvent vivre maintenant, en profitant de la vie venant de Dieu. Une vérité implicite est que cette vie venant de Dieu dépasse tout ce que de simples mortels peuvent imaginer. Les traducteurs pourront s’inspirer de la Bible en français courant (« ils ont maintenant la possibilité, grâce à l’Esprit, de vivre la vie de Dieu ») ou de la Parole de Vie (« Mais maintenant, grâce à l’Esprit Saint, ils peuvent vivre selon Dieu »).

par l’Esprit : il s’agit de l’Esprit de Dieu. Il vaut mieux se limiter à cette expression, car si Pierre voulait parler du « Saint-Esprit », il aurait pu le faire. On pourra peut-être dire « ils peuvent vivre d’une vie animée par l’Esprit de Dieu ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 1.23

En grec, ce verset est la suite de la phrase commencée au 1 Pierre 1.22. La conséquence d’avoir été engendrés à nouveau, c’est de s’aimer les uns les autres. Pour une raison de style, la Bible en français courant commence une nouvelle phrase ici. L’expression « En effet », n’est pas présente en grec mais indique une relation de cause par rapport à ce qui précède. Il est possible d’expliciter davantage cette relation en disant par exemple « Vous devez vous aimer les uns les autres parce que… »

vous qui avez été engendrés à nouveau rend un participe grec : « ayant été engendrés à nouveau ». engendrés à nouveau ou « nés de nouveau » (Bible en français courant) suggère l’opposition entre la naissance spirituelle et la naissance physique, comme en Jean 3.1-8. La La Bible du Semeur propose « vous êtes nés à une vie nouvelle ». On pourra introduire un agent, si nécessaire : « comme Dieu vous a fait naître à nouveau ».

par une semence non pas corruptible, mais incorruptible : la métaphore de la naissance continue ici avec la mention de semence. En dehors des textes bibliques, le terme est utilisé dans un contexte agricole, en parlant, par exemple, de semer un champ. Pierre l’utilise ici au sens figuré, pour parler de la procréation. Il met en opposition deux sortes de procréation : celle qui se fait à partir de la semence corruptible, c’est-à-dire, la naissance humaine qui est physique, et celle qui est le résultat de la semence incorruptible, c’est-à-dire spirituelle. Paul fait la même distinction en Rom 1.23 et en 1 Cor 15.42, etc.

Être né de semence… corruptible désigne l’origine humaine, la naissance physique, qui implique des parents mortels. Le mot corruptible veut dire « périssable », « mortel », « qui meurt ». Ainsi la La Bible du Semeur dit « non d’un homme mortel » et la Bible en français courant est similaire : « nés de nouveau, non de pères mortels… » Pierre oppose cette naissance physique à la naissance spirituelle, qui n’est possible que grâce à l’intervention d’un être immortel : Dieu. Dans certaines langues, ce genre de structure, par une semence non pas corruptible, sera difficile, voire impossible. Dans beaucoup de langues, il faudra recommencer une nouvelle phrase « Ce ne sont pas par des parents humains que vous êtes nés de nouveau … »

mais incorruptible : mais rend la conjonction grecque ἀλλά alla, exprimant un contraste très fort. Il y a une ellipse ici et dans certaines langues, il faudrait rendre explicite les mots qui manquent : « mais vous êtes nés de nouveau grâce à une semence incorruptible… » Pour incorruptible, il faudra trouver un terme qui est l’opposé de corruptible, pour créer un vrai contraste, par exemple, « mortel » ⟷ « immortel », « qui meurt » ⟷ « qui ne meurt jamais ».

par la parole de Dieu vivante et permanente : la nouvelle naissance est un don de Dieu. Pierre affirme que c’est « par le moyen de » ou « grâce à » la parole de Dieu que les croyants ont cette nouvelle vie. La Parole de Vie fait de la parole de Dieu l’agent de la nouvelle naissance : « La parole de Dieu vous a fait naître de nouveau », mais la majorité des versions préfèrent exprimer l’idée comme un moyen.

la parole de Dieu ne désigne pas la Bible connue de nos jours. Le grec dit litt. « parole vivante de Dieu et qui demeure ». Ces mots semblent parallèles à la vérité qui vient d’être citée (1 Pierre 1.22). Si c’est le cas, il s’agira alors d’une référence à l’Évangile, c’est-à-dire, la Bonne Nouvelle. Mais dans d’autres contextes, le mot parole (grec : λόγος logos) se réfère à Jésus-Christ lui-même. La Parole de Vie semble aller dans ce sens en mettant une lettre majuscule à parole. Néanmoins la majorité des versions ne suivent pas cette interprétation.

vivante et permanente : les deux participes grecs « vivant » et « restant » sont au masculin, littéralement « parole vivant de Dieu restant ». Ces adjectifs pourront donc se rapporter tous les deux à Dieu, tous les deux à parole, ou l’un à parole et l’autre à Dieu. Michaels note à cet effet que le mot vivant convient mieux à Dieu (voir Act 14.15 ; 1 Thess 1.9 ; Hébr 9.14), tandis que le mot permanent ou « restant » convient mieux à parole. Dans la Septante, les deux participes décrivent Dieu en Dan 6.27 (p. 76-77). Mais ici la majorité des versions françaises (Traduction œcuménique de la Bible, Bible en français courant, Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem) rapportent les deux adjectifs à la parole.

vivante : si cet adjectif s’applique à Dieu, la traduction va de soi, « Dieu qui est vivant ». Mais s’il modifie parole, la traduction sera plus difficile. Certains maintiennent qu’il ne veut pas dire « parole qui procure la vie » ou « qui fait vivre » mais désigne plutôt la parole « qui est vivante en elle-même ». Voir 1 Pierre 1.3 ou Pierre parle d’une espérance vivante.

permanente provient du verbe μένω menô, « demeurer », « rester ». Voir 1 Pierre 1.25. S’il se rapporte à Dieu, on peut dire « éternel » ou « qui ne meurt jamais », mais s’il se réfère à la parole, un adjectif comme permanent ou des expressions comme « qui ne change jamais » ou « est toujours valable » conviendront mieux. Notez que cette racine se retrouvera dans la citation qui suit (1 Pierre 1.25).

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 3.7

Dans les six versets précédents, Pierre s’adresse aux femmes mariées. Maintenant il s’adresse aux maris en leur disant comment ils doivent traiter leurs femmes.

Vous les maris : il s’agit des époux, que Pierre interpelle directement. Si ce vocatif n’est pas approprié, on pourra dire « Quant aux hommes mariés, ils doivent/vous devez… »

de même rend le mot grec qui figure en 1 Pierre 3.1, qui signifie « pareillement », « de la même manière ». Mais il est clair que Pierre ne va pas donner aux époux les mêmes conseils qu’aux épouses. En particulier il ne demande pas aux maris de se soumettre à leurs femmes. Les traducteurs devraient donc utiliser une transition qui conviendra dans ce contexte où le discours s’adresse à un autre groupe de personnes et leur donne un conseil similaire mais pas identique. Dans certaines langues, ce sera « Quant à vous, maris… », « Et vous les maris… » (Parole de Vie).

menez la vie commune rend le verbe grec συνοικέω sunoikeô qui ne se trouve qu’ici dans le NT. Il s’agit d’un participe qui signifie « habitant… » ou « vivant ensemble ». Pour la Traduction œcuménique de la Bible et la majorité des versions, ce participe a une valeur d’impératif. Le complément sous-entendu est « avec vos femmes », d’où « vivez avec vos femmes » (Bible en français courant, La Bible du Semeur). Ce verbe implique les divers aspects de la vie conjugale, y compris, mais non exclusivement, les relations sexuelles. menez la vie commune est idiomatique en français, mais dans beaucoup de langues, ce sera simplement « vivez ensemble avec vos femmes » ou « …auprès de vos femmes… »

en tenant compte de la nature plus délicate de vos femmes est litt. « selon la connaissance comme un instrument plus faible le féminin ». Le mot grec pour « connaissance » ou « compréhension » (Bible de Jérusalem) a normalement un sens plus général, mais ici il a un sens particulier. Cette « connaissance » doit conduire les hommes à considérer leurs femmes comme ayant une nature plus délicate que la leur. On pourra dire « (Vous maris), vous devez comprendre que… »

la nature plus délicate : le mot grec traduit par nature a divers sens. Il se réfère souvent à un objet ou à un récipient, un ustensile, mais il se peut qu’il s’utilisait d’une manière figurée dans le langage courant. En effet, ici, comme en 1 Thess 4.4, il se rapporte spécifiquement à la femme. Plusieurs versions emploient plutôt le mot « être » : « un être plus faible » (Osty-Trinquet), « un être plus fragile, la femme » (Bible de Jérusalem).

délicate rend le mot grec ἀσθενής asthenês qui qualifie souvent quelqu’un qui est « malade » ou « infirme » (Matt 25.43 ; Luc 9.2 ; Act 4.9), mais il a aussi le sens de « faible » ou de « sans force » (Matt 26.41 ; Rom 5.6). Dans le présent verset, il semble évoquer la fragilité, mais le texte ne précise pas en quoi la femme est un être plus faible que l’homme : physiquement, intellectuellement ou spirituellement ? Bénétreau relève deux pistes : « A deux titres au moins, des handicaps, pour la femme du 1er siècle, étaient évidents : au point de vue social et juridique, d’une part, dans le domaine de la force musculaire, d’autre part… » (p. 175) Dans certaines langues, ce sera peut-être « elles ne sont pas aussi fortes que les hommes », mais les traducteurs devraient prendre garde de ne pas utiliser une expression ou un terme péjoratif qui suggère l’infériorité. Un exemple pourrait être « vivant ensemble avec votre femme, prenez soin d’elle » ou « traitez-la bien, car vous savez que les femmes sont plus fragiles (que vous) ».

montrez-leur du respect : littéralement « accordant… » ou « montrant honneur », avec un participe ayant valeur d’impératif.

respect : litt. « honneur ». Le terme grec τιμή timê est habituellement pour exprimer le respect du aux gens forts et puissants (Voir 1 Pierre 1.7 ; 1 Pierre 2.7). Ici Pierre exhorte les maris à faire preuve d’un grand respect à l’égard de leurs femmes. Pierre va évoquer les raisons de ce respect dans ce qui suit. La Bible de Jérusalem dit « accordez-lui sa part d’honneur ». On pourra dire « traitez-les avec respect » (Bible en français courant, La Bible du Semeur, Parole de Vie) ou, plus simplement, « respectez-les ». Mais il sera aussi intéressant de garder le mot « honneur » (où le mot choisi en 1 Pierre 1.7 ; 1 Pierre 2.7) justement pour souligner cette injonction importante.

puisqu’elles doivent hériter avec vous la grâce de la vie présente la raison pour laquelle les femmes sont dignes du respect de leurs maris : Dieu a créé l’homme et la femme, et tous les deux ont accès au salut en Jésus-Christ. Pierre appelle donc les hommes à respecter leurs femmes comme « cohéritières de la grâce ».

hériter avec vous est un seul mot en grec, « cohéritières ». Le verbe hériter est utilisé habituellement pour des personnes qui obtiennent les biens de leurs parents après la mort de ceux-ci. Mais ici, comme dans d’autres passages du NT, hériter est employé au sens large de « recevoir » quelque chose, d’où « comme vous, elles recevront le don de la vraie vie » (Parole de Vie). La Bible en français courant explicite l’agent sous-entendu, Dieu, pour dire : « elles doivent recevoir avec vous le don de la vraie vie de la part de Dieu ».

grâce de la vie : c’est la seule fois que cette expression est utilisée dans le NT. Le mot χάρις charis grâce est un terme clé du NT et sa signification varie selon les contextes. En 1 Pierre 1.2 il a le sens de bienveillance ou de bénédiction, mais ici il a plutôt celui d’un don librement accordé. L’expression grâce de la vie semble se rapporter au don du salut et plus particulièrement de la vie éternelle offerte à l’humanité en Jésus-Christ.

la vie semble désigner la « vie nouvelle » (voir 1 Pierre 1.3 et le commentaire de ce verset), la « vraie vie » (Bible en français courant, Parole de Vie), la « vie éternelle » ou, plus spécifiquement, le « salut » dont il est question en 1 Pierre 1.5. Il est vrai que certains commentateurs pensent que ce « don de la vie » se référait à la possibilité de procréer, c’est-à-dire au privilège accordé aux maris et à leurs femmes d’avoir des enfants. Mais une telle interprétation ne se justifie pas ici. Pierre entend plutôt que les femmes, tout comme leurs maris, recevront la vie comme don que Dieu leur accorde gratuitement. On pourra alors dire « respectez-les car vous recevrez ensemble le don de la vie de la part de Dieu » ou « Accordez-lui l’honneur (qui lui convienne) car Dieu donne à chacun de vous la vie gratuitement ».

afin que rien n’entrave vos prières : Pierre fournit une seconde raison pour laquelle les maris doivent respecter leurs femmes. Selon lui, s’ils ne le font pas, leurs prières ne seront pas reçues par Dieu. Cette idée est en rapport avec un enseignement de Jésus-Christ (Matt 5.23-24) : « Si donc tu viens à l’autel présenter ton offrande à Dieu et que là tu te souviennes que ton frère a une raison de t’en vouloir, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord faire la paix avec ton frère ; puis reviens et présente ton offrande à Dieu ».

afin que (grec : εἰς eis) introduit cette seconde raison et pourra aussi être rendu par « pour que ». Pour plus de clarté, la Bible en français courant commence une nouvelle phrase ici, en l’introduisant par « Agissez ainsi afin que… » Dans certaines langues, il faudra préciser cela en disant « Vivez de cette manière avec vos femmes pour que… », « Traitez vos femmes de cette façon afin que… » ou « Vous les maris, vous devez faire cela afin que… »

que rien n’entrave vos prières exprime la conséquence si les maris ne respectent pas leurs femmes. Les hommes doivent respecter leurs femmes pour que leurs prières ne soient pas « empêchées » ou « bloquées ». Le mot rien n’est pas précisé dans le texte. La Nouvelle Bible Segond propose « pour que rien ne fasse obstacle à vos prières ». Les traducteurs devraient assurer que le lien entre l’attitude de respect et la réussite des prières soit clair. La Parole de Vie dit « Traitez-les avec respect… afin que rien ne fasse obstacle à vos prières ». Autrement dit, « Si vous ne traitez pas vos femmes avec respect, vos prières ne seront pas efficaces ».

vos prières : le pronom possessif vos peut se référer aux maris seuls ou à la fois aux maris et aux femmes. Dans le premier cas, Pierre voudrait dire que les maris ne peuvent faire monter vers Dieu des prières agréables que s’ils ont de bonnes relations avec leurs femmes. Dans le second cas, le sens serait que le mari et sa femme ne peuvent pas prier de la bonne manière, séparément ou ensemble, si les relations entre eux sont mauvaises. Bien qu’il soit impossible de trancher d’une manière absolue entre les deux interprétations, la première est préférée, car Pierre s’adresse ici aux maris. Cependant, Spicq opte pour la seconde : « L’ultime motivation : “afin que rien ne vienne stopper vos prières” réunit les deux conjoints… face à Dieu » (p. 125). L’idée implicite du texte est que la relation avec Dieu dépend dans une certaine mesure de la relation que le croyant entretient avec les autres, surtout son épouse. Comp. 1 Jean 4.20-21.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 4.17

C’est le moment, en effet, où le jugement commence : Pierre revient au thème du jugement qu’il a déjà abordé précédemment (1 Pierre 1.17 ; 1 Pierre 2.23 ; 1 Pierre 4.5). L’auteur du jugement n’est pas désigné explicitement, ce peut être soit le Christ, soit, plus probablement, Dieu. La Bible en français courant met une majuscule à Jugement, pour en indiquer le caractère spécifique.

Ce jugement commence par la maison de Dieu, c’est-à-dire par « le peuple de Dieu » (Bible en français courant, La Bible du Semeur).

Pour maison, voir 1 Pierre 2.5. Dans l’AT le mot maison ne renvoie pas toujours à un bâtiment, mais souvent à une famille qui habite ensemble. Ainsi « la maison de Jacob » parle de cette famille ou clan. A l’arrière-plan de l’idée du jugement de la maison de Dieu, il peut y avoir un texte comme Mal 3.1-5, où il est dit que le Seigneur intervient pour purifier son temple et les descendants de Lévi. Mais l’affirmation que le jugement de Dieu commence par son peuple apparaît dans d’autres textes de l’AT : Jér 25.29 ; Ézék 9.6.

la maison de Dieu renvoie au peuple de Dieu, mais de quel peuple s’agit-il ? S’il s’agit d’une citation directe de l’AT (comme impliqué au moins dans la version la La Bible du Semeur), il s’agira des Juifs. Mais comme Pierre applique le vocabulaire de l’AT au nouveau peuple de Dieu, il peut s’agir des chrétiens. Ceci semble confirmé par les mots qui suivent, s’il début par nous – nous les chrétiens d’aujourd’hui. Mais face à l’incertitude, il vaudrait mieux garder l’ambiguité ici.

La relation entre ce jugement et les souffrances des chrétiens d’Asie Mineure n’est pas précisée. Il est possible que pour Pierre les persécutions ou épreuves subies par ces chrétiens fassent déjà partie du jugement annoncé, peut-être en tant que malheurs prédits pour la période précédant le retour du Christ. Comp. 1 Pierre 4.13 et Marc 13.8-13. Mais dans le cas où le jugement n’a pas encore commencé, on pourra dire « Dieu va bientôt commencer à juger les humains, en commençant par son propre peuple ». La Bible en français courant met l’accent sur l’actualité de ce jugement, en disant : « le Jugement commence, et c’est le peuple de Dieu qui est jugé d’abord ». Bien sur, un tel modèle pourra être tourné à l’actif, « …Dieu jugera d’abord son peuple ».

or, s’il débute par nous, quelle sera la fin de ceux qui refusent de croire à l’Évangile de Dieu : Pierre insiste maintenant sur la gravité du jugement qui va tomber sur ceux qui ne croient pas à la Bonne Nouvelle.

or rend la conjonction grecque δέ de, qui introduit un contraste entre le jugement subi par le peuple de Dieu et celui subi par les non-croyants.

s’il débute par nous : cette proposition reprend l’idée qui vient d’être émise : le jugement va commencer par le peuple de Dieu.

nous doit être compris au sens inclusif car il se réfère à chaque membre du peuple de Dieu, la nouvelle race d’adorateurs qui croient en et suivent Jésus-Christ. Pierre s’y voit comme une partie de ce nouveau peuple de Dieu.

quelle sera la fin de ceux qui refusent de croire à l’Évangile de Dieu : ces mots présentent une question rhétorique, dont la réponse est sous-entendue : leur fin sera horrible. L’idée est que le peuple de Dieu n’échappera pas au jugement terrible de Dieu, mais le jugement des non-croyants sera encore plus terrible. Ainsi à la question, quelle sera la fin ?, la réponse sous entend une comparaison : leur fin sera plus horrible que la nôtre (nous qui croyons à l’Évangile).

ceux qui refusent de croire est litt. « ceux qui n’obéissent pas » (Segond Révisée). Pour le verbe grec correspondant, voir 1 Pierre 2.8 ; 1 Pierre 3.1, 1 Pierre 3.20.

l’Évangile de Dieu peut signifier soit « la Bonne Nouvelle au sujet de Dieu », soit « la Bonne Nouvelle qui vient de Dieu ». Cette seconde possibilité a été retenue par quelques traductions, par exemple « la Bonne Nouvelle que Dieu a envoyée », « la Bonne Nouvelle qui est celle de Dieu », « le message qui vient de Dieu ». Les traducteurs pourront légitimement s’inspirer de ces formulations ou dire simplement « la Bonne Nouvelle de Dieu » (Bible en français courant).

Dans certaines langues, il sera nécessaire de restructurer la seconde partie du verset en affirmation, par exemple, « si Dieu commence par juger sévèrement ceux qui croient en lui, son jugement sera certainement encore plus terrible pour ceux qui refusent de croire à la Bonne Nouvelle de Dieu ». Mais dans la majorité des langues, la question rhétorique sera comprise et elle rendrait bien la force de ce message.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 1.2

Ce verset caractérise les destinataires de la lettre sur trois points :
1. ils ont été choisis « conformément au plan » de « Dieu le Père » (Bible en français courant) ,
2. ils ont été « mis à part, grâce à l’Esprit Saint » (Bible en français courant), et
3. s’ils ont été mis à part, c’est pour obéir à Jésus Christ et être purifiés par son sang.

Certains commentateurs font remarquer le caractère trinitaire de ce verset, avec la mention du Père, du Fils, Jésus Christ, et de l’Esprit Saint (bien qu’elle ne se présente pas dans l’ordre traditionnel ici).

Le mot élus ou « choisis » du verset précédent est sous-entendu en grec, mais plusieurs versions françaises le rendent explicitement ici. Pour élus, voir 1 Pierre 1.1. Le mot « choisis » doit s’accorder avec ce qui a déjà été employé en 1 Pierre 1.1 : « aux élus » (Traduction œcuménique de la Bible) ou « ceux que Dieu a choisis » (Bible en français courant).

selon le dessein de Dieu le Père est littéralement « selon (la) prescience de Dieu (le) Père » (grec : πρόγνωσιν prognôsin). Voir aussi Segond Révisée, Bible de Jérusalem et Osty-Trinquet. Le mot grec traduit par « prescience » est difficile à interpréter. Il peut signifier le fait de « connaître par avance ». Dans ce cas, Pierre voudrait dire que Dieu a toujours su qu’il choisirait ces gens et qu’il l’a fait au moment venu. Cependant, pour de nombreux commentateurs, le mot implique l’intention de Dieu et le but qu’il visait. C’est ce sens qui apparaît dans la Traduction œcuménique de la Bible, selon le dessein de Dieu, et la Bible en français courant, « conformément au plan… » Dans la même perspective, le terme grec exprime l’idée de « fixer » ou « décider par avance ». Ce que Dieu a connu auparavant, il fait en sorte que cela arrive sûrement. L’accent est mis sur le fait que Dieu « a décidé par avance de choisir », ce qui est légèrement différent de « vous a choisis par avance » (Parole de Vie, La Bible du Semeur). A l’actif, on dirait « selon ce qu’il désirait accomplir », « ce qu’il a décidé d’accomplir » ou « comme Dieu a décidé par avance (concernant ce qui devait arriver) ».

Dans de nombreuses langues, la construction passive élus selon le dessein de Dieu le Père devra être tournée à l’actif, comme dans la Bible en français courant où Dieu le Père devient le sujet du verbe « choisir » : « Dieu, le Père, vous a choisis conformément au plan qu’il a établi d’avance ».

par la sanctification de l’Esprit : la sanctification (grec : ἁγιασμῷ hagiasmôy), peut se référer au fait de rendre saint ou de devenir saint, au sens moral. C’est ainsi qu’une traduction propose « vous qui êtes sur la voie de la sainteté grâce à la puissance de l’Esprit ». Mais le mot peut aussi évoquer la façon dont quelqu’un est intégré dans le peuple de Dieu, grâce à l’action du Saint-Esprit. Ainsi la Parole de Vie dit « Il (Dieu) a fait de vous son peuple saint par son Esprit ». La Bible en français courant suggère aussi « il vous a mis à part, grâce à l’Esprit Saint ». Dans ce cas, la sanctification n’est pas comprise dans une perspective morale, mais en un sens religieux, comme une consécration au service de Dieu. La La Bible du Semeur suit cette interprétation en disant « vous lui avez été consacrés par l’Esprit ». Si la sanctification est comprise comme impliquant une relation particulière avec Dieu, il sera possible de dire « Par son Esprit, Dieu a fait de vous son peuple » ou « l’Esprit a fait de vous le peuple de Dieu » ou « vous a consacrés à Dieu ».

Esprit : le mot Esprit (grec : πνεύματος pneumatos) désigne le Saint-Esprit, « l’Esprit Saint » (Bible en français courant). Le choix d’un mot pour Esprit, en parlant du Saint-Esprit, peut poser de nombreux problèmes. En effet, certains termes pour « esprit » risquent de se rapporter uniquement à un aspect d’un être humain qui lui survit après la mort. Or, des termes de ce genre sont inappropriés pour désigner l’Esprit de Dieu. Le terme « esprit » en grec suggère avant tout l’élément non physique d’une personne ayant le pouvoir de penser, vouloir et réaliser des actions. Certains traducteurs veulent rendre systématiquement Esprit par « Saint-Esprit ». Mais il vaudrait mieux utiliser l’expression « Esprit de Dieu » là où le mot Esprit figure tout seul dans la lettre, car Pierre n’utilise pas souvent l’expression « Saint-Esprit ». Il faudrait aussi veiller à ne pas donner l’impression que Dieu possède à la fois un « mauvais Esprit » et un « bon Esprit ».

Quel est la nature de cette sanctification et quel est le rapport entre l’œuvre du Saint-Esprit et celle du Père ? La sanctification des croyants peut être comprise comme le but du choix que Dieu a fait : « que Dieu le Père… a choisis pour être sanctifiés par son Esprit ». Mais la sanctification peut être aussi interprétée comme faisant partie d’un processus : « vous avez été choisis conformément au plan de Dieu et constitué en un peuple saint par son Esprit » (Good News Bible). La Bible en français courant dit « Dieu le Père vous a choisis… il vous a mis à part, grâce à l’Esprit Saint ». Enfin, certains considèrent la sanctification comme l’instrument de l’appel, ainsi élus… par la sanctification de l’Esprit. Mais il semblerait qu’après le « choix » initial intervient la suite du processus, la sanctification, une consécration constante au service de Dieu.

pour obéir à Jésus Christ et avoir part à l’aspersion de son sang : la relation entre ces mots et ce qui précède est comprise de diverses façons. Pour les uns, ces mots dépendent de « l’élection » ou du « choix » par Dieu. Ainsi les chrétiens sont élus… pour obéir. Pour d’autres, ils sont une conséquence de la sanctification : « vous lui avez été consacrés par l’Esprit, pour obéir à Jésus-Christ » (La Bible du Semeur). Pour d’autres encore, ils sont en rapport à la fois avec le fait d’être « choisis » par Dieu et le fait d’être sanctifiés par l’Esprit : « Le signe de l’élection voulue par Dieu, c’est la “sanctification” par l’Esprit et “l’obéissance à Jésus-Christ” » (Margot, p. 20), ainsi dans la Bible en français courant : « il (Dieu) vous a choisis… il vous a mis à part… pour que vous obéissiez à Jésus-Christ ». L’interprétation dépend de la façon dont on comprend la préposition grecque εἰς eis, « vers », « en vue de » qui introduit ces mots. Dans certains cas, elle indique le but, dans d’autres le résultat. Si le traducteur veut exprimer clairement la notion de but, il pourra dire « pour que vous puissiez obéir à Jésus-Christ » (voir la Bible en français courant). S’il opte pour l’idée de résultat ou de conséquence, un équivalent sera « de sorte que vous obéissez à Jésus-Christ et que vous êtes purifiés par son sang » ou « cela fait que vous obéissez à Jésus-Christ » C’est la notion de but qui est recommandée aux traducteurs ici.

obéir à Jésus Christ ne posera pas de problème dans la majorité des langues. Parfois le verbe « écouter » peut exprimer l’idée d’obéir. On pourra aussi utiliser d’autres tournures, par exemple, « pour faire ce que Jésus-Christ vous dit de faire ».

et avoir part à l’aspersion de son sang relève d’un langage figuré qui pourrait être mis en rapport avec plusieurs passages de l’AT. Il évoque par exemple Ex 24.4-8, où il s’agit du sacrifice confirmant l’alliance de Dieu avec son peuple. Le sang de la victime sacrifiée est aspergé ou répandu deux fois : d’abord sur l’autel, qui exprime la présence de Dieu, et ensuite sur le peuple, pour marquer le lien étroit qui unit les deux partenaires de l’alliance. La notion de purification (Bible en français courant) et de pardon n’était pas directement mise en rapport avec ce sacrifice à l’origine, mais avec le temps, cette idée lui en était associée, comme reflétée dans plusieurs textes du NT, par exemple, Hébr 9.12-14.

son sang se réfère à la mort de Jésus sur la croix. Être purifié par son sang implique la participation aux bienfaits résultant de sa mort, à savoir, le pardon, la purification des péchés et une relation nouvelle avec Dieu. La Bible en français courant combine l’idée de la sanctification avec l’aspersion de son sang en disant « pour… que vous soyez purifiés par son sang ». Il serait possible de dire aussi « sa mort sacrificielle vous rendra purs » ou « par sa mort sacrificielle il (Jésus-Christ) vous rendra purs ». Mais dans beaucoup de langues, il sera préférable de garder le mot sang, car dans de nombreuses cultures le rôle du sang dans le pardon des fautes et la purification est primordial.

Que la grâce et la paix vous viennent en abondance : après s’être adressé à ses lecteurs en rappelant l’intervention divine en leur faveur, Pierre les salue au moyen d’une formule de bénédiction. Les deux termes, grâce et paix sont associés dans cette salutation qui, à en juger par sa présence dans d’autres lettres du NT, semble avoir été d’un usage traditionnel parmi les chrétiens. Au lieu d’utiliser des expressions longues pour expliquer la portée théologique de ces deux mots, il vaut mieux se rappeler qu’ils font partie d’une formule fixe de salutation ou de bénédiction.

La grâce rend le mot grec χάρις charis qui ici évoque l’amour, la faveur ou la bonté de Dieu dont les croyants bénéficient d’une manière imméritée. Dans certaines langues, on dira « Que Dieu vous manifeste son amour », « Que l’amour de Dieu soit avec vous » ou « Que Dieu vous montre sa faveur/bonté ».

Le mot paix (grec : εἰρήνη eirênê), correspond à un terme hébreu שָׁלוֹם šâlôm, qui implique un bien-être complet. Il s’agit de tout ce que Dieu accorde à son peuple pour qu’il puisse jouir d’une plénitude de vie. Beaucoup de langues auront un mot pour paix ou bien-être ou d’autres des expressions idiomatiques, par exemple, « cœur froid ».

vous viennent en abondance est littéralement « vous soient multipliées » (Osty-Trinquet). En 2 Pi 1.2 et Jude 2, le même verbe est utilisé dans la formule de bénédiction, ce qui en suggère le caractère traditionnel. Les destinataires de la lettre bénéficieront continuellement de la grâce et de la paix. La version allemande Die Gute Nachricht propose « Que la grâce et la paix soient avec vous dans une mesure toujours plus grande ».

Dans diverses langues, une bénédiction à la troisième personne sera tournée à l’actif, sous la forme d’une prière ou d’une requête. Dans la plupart des lettres de Paul, la source de la grâce et de la paix est indiquée (Dieu, le Christ, ou tous les deux). Elle n’est pas explicitée ici, mais pourra l’être : « Je prie que Dieu vous accorde sa grâce et sa paix avec abondance ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 2.10

Le sens des images ténèbres et lumière est précisé ici. Pierre met en opposition la situation précédente de ses lecteurs et leur condition actuelle : vous … n’étiez pas son peuple et maintenant … (vous) êtes le peuple de Dieu. Ces propos se fondent sur des passages du livre d’Osée (1 Pierre 1.6, 1 Pierre 1.9 ; 1 Pierre 2.1, 1 Pierre 2.3, 1 Pierre 2.25). En Osée 1.9, le fils d’Osée est appelé en hébreu « Lo-Ammi » (« pas mon peuple »), signe du mécontentement de Dieu à l’égard d’Israël. Puis en 1 Pierre 2.3 le nom est changé en « Ammi » (« mon peuple »). Pierre applique ces textes aux destinataires de la lettre. Auparavant, ils n’étaient pas le peuple de Dieu mais ils le sont maintenant. Pour alléger le style, la Bible en français courant commence une nouvelle phrase au début du verset.

vous qui jadis n’étiez pas son peuple : littéralement « vous qui jadis pas un peuple ». vous se réfère aux croyants auxquels Pierre s’adresse. Le texte exprime un double contraste entre jadis et maintenant, et le fait d’être ou ne pas être le peuple de Dieu.

jadis renvoie à une époque antérieure dans la vie des lecteurs et à un temps passé par rapport au moment où Pierre écrit sa lettre, c’est-à-dire maintenant. On pourra aussi dire « Autrefois » (Bible en français courant, Parole de Vie) ou « précédemment ».

vous… n’étiez pas son peuple : bien que le texte grec n’emploie pas le possessif (son peuple), cette traduction se justifie car elle anticipe ce qui suit : maintenant vous êtes le peuple de Dieu. Néanmoins, certaines versions suivent le texte original de près, par exemple « vous qui jadis n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu » (Bible de Jérusalem) ou « vous qui, autrefois, n’étiez pas un peuple, vous êtes maintenant le peuple de Dieu » (Nouvelle Bible Segond).

Pour peuple, voir 1 Pierre 2.9.

mais qui maintenant êtes le peuple de Dieu : mais marque l’opposition. peuple de Dieu peut être rendu de façon plus explicite par « peuple qui appartient à Dieu » ou « qui est pour Dieu ».

vous qui n’aviez pas obtenu miséricorde, mais qui maintenant avez obtenu miséricorde : cette nouvelle opposition est également empruntée au livre d’Osée. En Osée 1.6, la fille d’Osée est appelée « Lo-Rouhama » (« Non-aimée »), mais en 1 Pierre 2.3, son nom est changé en « Rouhama » (« Bien-aimée »).

vous qui n’aviez pas obtenu miséricorde : littéralement « (vous) qui n’ayant pas obtenu pitié », avec un participe parfait passif en grec. ne pas obtenir peut alors être rendu dans certaines langues par une expression au passif, par exemple « vous étiez privés de » (Bible en français courant) ou « vous étiez exclus de ». Mais une autre possibilité sera « vous qui n’aviez pas connu la compassion de Dieu » ou « vous n’aviez pas connu combien Dieu est compatissant ».

miséricorde : ce mot en grec implique « la compassion » (Bible en français courant), la « pitié » (Parole de Vie) ou « la bonté en faveur de ». Un tel sentiment s’exprime en actes concrets. La source de cette miséricorde est Dieu, et plusieurs versions précisent cela, ainsi « la compassion de Dieu » (Bible en français courant) ou « la miséricorde de Dieu ». La Parole de Vie utilise une tournure verbale : « Dieu n’avait pas pitié de vous », mais ceci ne rend pas le sens exact et pose des problèmes exégétiques. En effet, ce sont ces gens qui n’ont pas « trouvé » ou « bénéficié de » la miséricorde de Dieu. La La Bible du Semeur propose « la grâce de Dieu », mais le terme « grâce » a un sens trop large, qui s’écarte de la nuance du texte. Les traducteurs devraient chercher une solution nuancée qui ne fait pas de Dieu une divinité sans pitié.

mais qui maintenant avez obtenu miséricorde : littéralement « maintenant mais ayant obtenu miséricorde », avec de nouveau un participe passif en grec à l’aoriste. L’emploi de mais… maintenant indique un renversement de la situation et ce contraste doit être bien rendu dans la traduction.

avez obtenu miséricorde : le participe se réfère à l’état présent des croyants, résultat de ce qui s’est produit dans un proche passé, à savoir, leur conversion à Jésus-Christ. On pourra dire « mais maintenant elle (la compassion) vous a été accordée » (Bible en français courant), sous-entendu « par Dieu » (voir ci-dessus). Encore une fois, il faudra éviter l’idée que Dieu n’est pas un Dieu de compassion. Au lieu de suivre la Parole de Vie, on pourra dire « auparavant vous ne bénéficiez pas de la pitié de Dieu, mais maintenant, vous bénéficiez (pleinement) de sa pitié » (ou « de cela »).

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 3.18

3.18-22

Pierre se réfère de nouveau à l’œuvre du Christ, comme en 1 Pierre 2.21, pour exhorter les chrétiens à accepter leurs souffrances, même si celles-ci ne sont pas méritées. Dans ce passage, l’accent n’est pas mis uniquement sur la souffrance du Christ en tant qu’exemple à suivre, mais également sur le fait que ce que le Christ a réalisé en leur faveur les rend capables de souffrir, à leur tour, face à leurs adversaires. Trois aspects de l’œuvre salutaire du Christ sont relevés dans cette section :
1. Il a souffert pour les péchés des humains une fois pour toutes (1 Pierre 3.18).
2. Il est allé prêcher aux esprits emprisonnés ( 1 Pierre 3.19).
3. Il est ressuscité et a été élevé à la droite de Dieu (3.18b, 1 Pierre 3.22).

De nombreux biblistes estiment que ce passage comporte des emprunts à des confessions de foi utilisées dans l’Église du 1er siècle. Certains y discernent la présence d’un hymne chrétien, même s’il y a avis divergeant quant aux versets qui appartiendraient à cet hymne. Pour les uns, l’hymne comprendrait 1 Pierre 3.18, 1 Pierre 3.19 et 1 Pierre 3.22. Pour d’autres, il ne s’agirait que des v. 18 et 1 Pierre 3.22. Les traducteurs pourront disposer le texte sous une forme poétique, même si la plupart des versions présentent 1 Pierre 3.18 comme de la prose.

Ce verset contient beaucoup de vérités importantes pour les croyants. Il débute par deux conjonctions grecques, γάρ καί gar kai, « car aussi », qui relient ce verset à ce qui précède. Elles introduisent la raison pour laquelle – s’il faut souffrir – il vaut mieux souffrir à cause du bien que l’on fait. Plusieurs versions rendent ces conjonctions par En effet, mais on pourra aussi dire « Car » (Nouvelle Bible Segond). Une autre possibilité serait de répéter la fin de 3.17 : « Il vaut mieux souffrir en faisant le bien, car le Christ a souffert pour les péchés… » La Bible de Jérusalem omet ces deux conjonctions, mais c’est clair que l’auteur marque une transition importante ici. On pourra même dire « Il est clair que… » ou « Et vous savez bien que… » Les traducteurs devraient choisir une transition qui convient dans leur langue.

le Christ lui-même a souffert pour les péchés : en grec, cette proposition présente plusieurs problèmes textuels. Tout d’abord, de nombreux manuscrits anciens ont « est mort » au lieu de a souffert, et cette variante est préférée par plusieurs versions (Parole de Vie, Bible de Jérusalem, Good News Bible). Cependant, le Comité de l’ABU pour le NT grec opte, avec certaines réserves, pour a souffert. En effet, Pierre utilise le verbe souffrir onze fois dans sa lettre et ce verbe semble lié à la pensée exprimée au verset précédent. L’idée de mort figure dans la suite du verset (mis à mort en sa chair), mais le verbe grec pour « mourir » ne se retrouve nulle part ailleurs dans cette lettre. S’il est adopté ici, il introduirait une nouvelle idée de façon abrupte. En outre, au vu de l’expression pour les péchés, les copistes auraient plus facilement substitué « est mort » (grec : απἔθανεν apethanen) à a souffert (grec : ἔπαθεν epathen) que le contraire (Metzger, p. 692). Ainsi la majorité des versions gardent a souffert ici. S’ils le veulent, les traducteurs pourront indiquer la variante en note, comme dans la Traduction œcuménique de la Bible et la Bible en français courant.

Un second problème est dû au fait que certains manuscrits ajoutent « pour vous » ou « pour nous » après pour les péchés, et encore d’autres ont « pour nos péchés » ou « pour vos péchés ». Mais la plupart des versions ont écarté ces variantes-là, et le NT grec de l’ABU les mentionne simplement en note. Il est probable que ces variantes soient des explicitations dues à des copistes. Comme c’est souvent le cas, le texte court semble préférable au texte long, et il est recommandé de l’adopter ici.

le Christ lui-même : la majorité des versions françaises disent le Christ, tandis que certaines versions anglaises ont Christ, sans article. En effet, le grec n’a pas l’article, ce qui implique que le mot est utilisé comme un nom propre ici. Aucune version ne parle du Messie ou de l’Oint, et il est recommandé d’utiliser l’expression utilisée ailleurs. lui-même, non présent dans le texte grec, rend bien l’idée ici.

a souffert : voir ci-dessus la présentation du problème textuel à ce sujet. Ce verbe, adopté par la Traduction œcuménique de la Bible, la Bible en français courant et la Nouvelle Bible Segond ne posera pas de problème de traduction.

pour les péchés (litt. « au sujet des » ou « en ce qui concerne les péchés ») est une expression fréquemment utilisée dans l’AT, en général au singulier, à propos d’offrandes ou de sacrifices. Voir, par exemple, Lév 5.7 ; 6.23 ; 7.7 ; Ézék 43.2. Le Ps 39.7 en grec (hébreu 40.7) parle de sacrifices « au sujet du péché ». Les sacrifices pour les péchés dans l’AT devaient sans cesse être renouvelés, mais le sacrifice du Christ a été offert une fois pour toutes. En rendant le Christ lui-même a souffert pour les péchés, il faudrait éviter de suggérer que le Christ a souffert pour ses propres péchés ou parce que lui-même a péché. C’est pourquoi la Bible en français courant précise qu’il « a souffert pour les péchés des humains », et la Parole de Vie est similaire : « pour les péchés des êtres humains ».

une fois pour toutes : c’est un seul mot en grec qui n’apparaît qu’ici. L’affirmation que le Christ est mort une fois pour toutes pour nos péchés se retrouve dans d’autres écrits du NT : chez Paul dans Rom 6.10, et à plusieurs reprises dans l’épître aux Hébreux (1 Pierre 7.27 ; 1 Pierre 9.12, 1 Pierre 9.26, 1 Pierre 9.28 ; 1 Pierre 10.10). L’expression met l’accent sur deux idées étroitement liées : d’une part, le Christ est mort une seule fois et, d’autre part, sa mort est efficace en tout temps, une fois pour toutes. Les implications sont très importantes pour le croyant : la mort n’a plus de pouvoir sur le Christ, et comme sa mort constitue le sacrifice suprême, il n’est plus nécessaire d’offrir d’autres sacrifices pour les péchés. Le sens est donc que le Christ s’est sacrifié une fois et que rien de plus n’est exigé.

lui juste pour les injustes rend le grec presque littéralement : « juste pour injustes ». Comme en français, il s’agit de deux mots opposés : juste et injustes. L’adjectif juste met l’accent sur le fait que le Christ est sans péché (comp. 1 Pierre 2.22). Il est innocent face aux accusations qui lui ont valu la mort, comme souligné dans les Évangiles (Luc 23.14,15,47). Plusieurs versions mettent en évidence cette notion d’innocence, considérée comme primordiale dans ce texte (Bible en français courant, La Bible du Semeur, Parole de Vie).

Normalement les injustes se réfèrent aux non-croyants, mais dans ce contexte l’opposition se fait entre Jésus-Christ et l’humanité. Certaines versions expriment l’opposition entre juste et injustes en disant « sans péché » et « pécheurs », tandis que d’autres parlent plutôt « d’innocent » et de « coupables ». Un exemple serait alors « le Christ, lui qui n’était pas coupable, est mort pour ceux qui sont coupables ».

afin de vous présenter à Dieu : cette proposition exprime le but de la souffrance et de la mort du Christ. Un nouveau problème textuel se présente ici : au lieu de vous, certains anciens manuscrits ont nous, tandis qu’un autre omet le pronom. Le vous est retenu par plusieurs versions françaises (Traduction œcuménique de la Bible, Bible en français courant, La Bible du Semeur, Osty-Trinquet, Parole de Vie), avec parfois la variante « nous » en note (Traduction œcuménique de la Bible, Bible en français courant, La Bible du Semeur, de même que dans le NT grec de l’ABU). De son côté, la Bible de Jérusalem a « nous » dans le texte, sans signaler vous en note. Certains biblistes estiment que des copistes ont passé de la seconde personne du pluriel à la première, plutôt que le contraire, avec l’intention de donner un accent plus inclusif à ces paroles (Metzger, p. 693).

présenter rend le verbe grec προσάγω prosagô qui est rarement employé dans le NT. Il ne figure qu’ici et en Luc 9.41 ; Act 16.20 ; 27.27, ainsi que dans un ou deux manuscrits de Matt 18.24. En grec classique, le verbe était employé pour l’offrande de sacrifices, mais aussi à propos de gens amenés devant un tribunal ou à la cour d’un roi. Dans l’ancienne version grecque de l’AT, la Septante, il est utilisé pour la présentation de sacrifices à Dieu (Ex 29.10 ; Lév 1.2) ou pour la consécration de certaines personnes (Ex 29.4,8 ; 40.12 ; Lév 8.24 ; Nomb 8.9,10). Mais dans le présent verset, une allusion au tribunal ou aux sacrifices semble absente. Il faut plutôt voir dans l’emploi de ce verbe l’idée que le Christ rend l’accès à Dieu possible pour le croyant. C’est ainsi que la La Bible du Semeur et la Parole de Vie disent « afin de vous conduire à Dieu ». En fait, Jésus-Christ crée ou restaure une juste relation avec Dieu. Voir aussi Rom 5.2 ; Éph 2.18 ; 3.12, où le substantif de même racine que le verbe présenter exprime une idée semblable.

Pour des raisons de clarté, il est possible de changer l’ordre des propositions, en plaçant la notion de but avant les autres informations, par exemple « Le Christ a souffert afin de vous amener à Dieu. Il a souffert une fois pour toutes, pour les péchés des humains… »

lui mis à mort en sa chair, mais rendu à la vie par l’Esprit : la fin du verset décrit le sort du Christ en présentant une double opposition : mis à mort – rendu à la vie et en sa chair – par l’Esprit.

mis à mort se réfère à la mort du Christ sur la croix, avec des personnes non définies comme agents implicites de ce passif. Quant à rendu à la vie, l’expression se rapporte à la résurrection du Christ, avec Dieu comme agent implicite du passif. En effet, c’est Dieu qui l’a relevé d’entre les morts (comp. Jean 5.21 ; Rom 4.17 ; 8.11). Dans de nombreuses langues, les passifs seront tournés à l’actif, par exemple « les gens ont mis à mort le Christ, mais Dieu lui a rendu la vie… »

en sa chair … par son Esprit : en grec, les deux noms chair et Esprit pose un problème d’interprétation. A la forme grammaticale dite « datif », ces noms peuvent indiquer un moyen (« par »). Mais ce ne serait pas possible de dire « mis à mort par la chair ». Il vaut mieux donc y voir un datif de référence : « quant à la chair » et « quant à l’esprit (ou l’Esprit) ». Certains voient ici un contraste entre l’aspect physique du Christ (son corps ou sa chair) et son aspect spirituel, c’est-à-dire son esprit. Dans un sens plus général, cela voudrait dire que, tandis que le Christ a été mis à mort dans le domaine physique, il a été rendu à la vie dans le domaine spirituel. Cependant, une note de la Traduction œcuménique de la Bible apporte deux précisions au sujet du mot Esprit : « Allusion à l’intervention de l’Esprit dans la résurrection du Christ, ou allusion à la divinité du Christ ». La première possibilité, la plus probable, a été adoptée par la Bible en français courant qui a précisé « par le Saint-Esprit ».

Si l’on renonce à s’en tenir au parallélisme du grec, il serait possible de dire « les gens ont mis à mort le Christ en son corps humain, mais l’Esprit de Dieu lui a rendu la vie ». Si, par contre, des traducteurs désirent préserver strictement ce parallélisme, ils pourront dire « il est mort en ce qui concerne le corps, mais il vit en ce qui concerne l’esprit ». La solution la plus simple consistera à s’inspirer de la Bible en français courant : « Il a été mis à mort dans son corps humain, mais il a été rendu à la vie par le Saint Esprit ») ou de la Parole de Vie (« il a été tué dans son corps, mais l’Esprit Saint lui a rendu la vie »). Néanmoins il vaut mieux parler de « l’Esprit de Dieu », car Pierre n’utilise pas a pas utilisé ici l’expression « Esprit Saint » ou « Saint Esprit ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 5.9

Résistez-lui, fermes dans la foi : cette exhortation s’impose avec urgence en raison de l’activité constante du diable. Notez, cependant que les croyants ne sont pas appelés à combattre leurs persécuteurs, mais plutôt Satan. Voir aussi 1 Pierre 3.9 et 1 Pierre 4.13. En effet, si les croyants sont exhortés à résister, c’est « en demeurant fermes dans la foi » (Bible en français courant), autrement dit, en ne trahissant pas leur foi, malgré toutes les persécutions dont ils sont victimes. Il faudra que la traduction de Résistez-lui indique clairement qu’il s’agit de résister au diable. On pourrait dire « Ne cédez pas au diable » ou « Refusez d’écouter le diable ».

fermes dans la foi : comme ailleurs (1 Pierre 1.5, 1 Pierre 1.7,1 Pierre 1.9, 1 Pierre 1.21), le mot foi se réfère soit à leur confiance en Dieu et en Jésus-Christ, soit à l’ensemble des doctrines ou des croyances auxquelles les chrétiens adhèrent. La première interprétation est sans doute la bonne. De ce point de vue, demeurer fermes dans la foi veut dire que, malgré les persécutions, les croyants devraient garder une foi inébranlable en Dieu qui leur accordera une pleine délivrance à la fin, comme le montre le verset suivant. Dans certaines langues, l’expression positive fermes dans la foi ou « en demeurant fermes dans la foi » devra être rendue sous une forme négative, par exemple, « ne laissez pas s’affaiblir votre foi en Dieu ». Mais si possible, il vaut mieux rester près du texte : « gardez (bien) votre confiance en Dieu », « restez ancré dans votre foi ».

sachant que continue la première partie du verset, mais plusieurs versions préfèrent commencer une nouvelle proposition ou phrase ici : « car vous savez que… » (La Bible du Semeur), « Rappelez-vous que… » (Bible en français courant), « Vous le savez… » (Parole de Vie), « Vous savez fort bien que… »

les mêmes souffrances sont réservées à vos frères, dans le monde : pour souffrances, voir 1 Pierre 1.11.

sont réservées : comment comprendre ce verbe grec ἐπιτελέω epiteleô ? D’après son emploi dans la littérature grecque, trois possibilités se présentent :
1. « payer une taxe ». Ainsi une traduction propose « vos frères paient la même somme de souffrances ». Comp. « sont imposées » (Osty-Trinquet).
2. « réaliser un devoir religieux » qui donnera, par exemple, « le même genre de souffrance est exigé de vos frères ».
3. « supporter jusqu’au bout », « accomplir ». Spicq suggère le sens « mener à bien… accomplir à la perfection » (p. 175) et ainsi la Bible de Jérusalem propose « que la communauté des frères… supporte ».

En adoptant la dernière interprétation comme la plus probable, on peut parler des souffrances « que les frères doivent connaître/endurer jusqu’au bout » ou « par lesquels vos frères vont passer ». Plus simplement on peut dire que les frères vont « souffrir de la même manière que vous » ou « doivent affronter les mêmes souffrances que vous ».

à vos frères, dans le monde est littéralement « à votre fraternité dans le monde » (Osty-Trinquet). Le terme « fraternité » (ἀδελφότης adelphotês) désigne les frères et sœurs chrétiens. Voir 1 Pierre 1.22 ; 1 Pierre 2.17 ; 1 Pierre 3.8. La note Traduction œcuménique de la Bible dit : « Litt. à votre fraternité. Tous les chrétiens, dispersés dans le monde, ne forment qu’une seule famille ». Le mot frères n’exclut pas les femmes, d’où « vos frères et sœurs chrétiens » (Parole de Vie).

monde : certains biblistes pensent que le mot κόσμος kosmos fait référence ici à la partie de la création qui est mauvaise et s’oppose à Dieu (Jean 8.23 ; 1 Jean 5.19). Mais dans ce contexte, il vaut mieux comprendre ce terme dans son sens géographique, ainsi « dans le monde entier » (Bible en français courant, Parole de Vie), « partout dans le monde » ou « dans d’autres parties du monde ». Il se peut qu’à cette époque, les chrétiens d’Asie Mineure n’aient pas été les seuls à souffrir. La souffrance frappait les chrétiens en tous lieux. Ces propos sont donc évoqués pour encourager les destinataires de la lettre à supporter leurs souffrances en prenant conscience de leur solidarité avec les croyants de toutes les régions du monde.
Commentaire sur la traduction de l’Ecclésiaste 5.10-11

Pris littéralement, il semble s’agir d’une prière, qui finit par la particule Amen. Bien que certaines versions le présentent ainsi (notamment la Traduction œcuménique de la Bible, ainsi que la traduction en anglais New International Version), plusieurs versions en français et anglais inversent l’ordre grec pour commencer par la proposition subordonnée, « Quand vous aurez souffert un peu… » (Nouvelle Bible Segond). Même si ce changement aide dans la compréhension, il cache le caractère de ce passage. Si possible, il faudrait suivre l’ordre en grec de ce passage, ainsi que son genre.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.