Dans les six versets précédents, Pierre s’adresse aux femmes mariées. Maintenant il s’adresse aux maris en leur disant comment ils doivent traiter leurs femmes.
Vous les maris : il s’agit des époux, que Pierre interpelle directement. Si ce vocatif n’est pas approprié, on pourra dire « Quant aux hommes mariés, ils doivent/vous devez… »
de même rend le mot grec qui figure en 1 Pierre 3.1, qui signifie « pareillement », « de la même manière ». Mais il est clair que Pierre ne va pas donner aux époux les mêmes conseils qu’aux épouses. En particulier il ne demande pas aux maris de se soumettre à leurs femmes. Les traducteurs devraient donc utiliser une transition qui conviendra dans ce contexte où le discours s’adresse à un autre groupe de personnes et leur donne un conseil similaire mais pas identique. Dans certaines langues, ce sera « Quant à vous, maris… », « Et vous les maris… » (Parole de Vie).
menez la vie commune rend le verbe grec συνοικέω sunoikeô qui ne se trouve qu’ici dans le NT. Il s’agit d’un participe qui signifie « habitant… » ou « vivant ensemble ». Pour la Traduction œcuménique de la Bible et la majorité des versions, ce participe a une valeur d’impératif. Le complément sous-entendu est « avec vos femmes », d’où « vivez avec vos femmes » (Bible en français courant, La Bible du Semeur). Ce verbe implique les divers aspects de la vie conjugale, y compris, mais non exclusivement, les relations sexuelles. menez la vie commune est idiomatique en français, mais dans beaucoup de langues, ce sera simplement « vivez ensemble avec vos femmes » ou « …auprès de vos femmes… »
en tenant compte de la nature plus délicate de vos femmes est litt. « selon la connaissance comme un instrument plus faible le féminin ». Le mot grec pour « connaissance » ou « compréhension » (Bible de Jérusalem) a normalement un sens plus général, mais ici il a un sens particulier. Cette « connaissance » doit conduire les hommes à considérer leurs femmes comme ayant une nature plus délicate que la leur. On pourra dire « (Vous maris), vous devez comprendre que… »
la nature plus délicate : le mot grec traduit par nature a divers sens. Il se réfère souvent à un objet ou à un récipient, un ustensile, mais il se peut qu’il s’utilisait d’une manière figurée dans le langage courant. En effet, ici, comme en 1 Thess 4.4, il se rapporte spécifiquement à la femme. Plusieurs versions emploient plutôt le mot « être » : « un être plus faible » (Osty-Trinquet), « un être plus fragile, la femme » (Bible de Jérusalem).
délicate rend le mot grec ἀσθενής asthenês qui qualifie souvent quelqu’un qui est « malade » ou « infirme » (Matt 25.43 ; Luc 9.2 ; Act 4.9), mais il a aussi le sens de « faible » ou de « sans force » (Matt 26.41 ; Rom 5.6). Dans le présent verset, il semble évoquer la fragilité, mais le texte ne précise pas en quoi la femme est un être plus faible que l’homme : physiquement, intellectuellement ou spirituellement ? Bénétreau relève deux pistes : « A deux titres au moins, des handicaps, pour la femme du 1er siècle, étaient évidents : au point de vue social et juridique, d’une part, dans le domaine de la force musculaire, d’autre part… » (p. 175) Dans certaines langues, ce sera peut-être « elles ne sont pas aussi fortes que les hommes », mais les traducteurs devraient prendre garde de ne pas utiliser une expression ou un terme péjoratif qui suggère l’infériorité. Un exemple pourrait être « vivant ensemble avec votre femme, prenez soin d’elle » ou « traitez-la bien, car vous savez que les femmes sont plus fragiles (que vous) ».
montrez-leur du respect : littéralement « accordant… » ou « montrant honneur », avec un participe ayant valeur d’impératif.
respect : litt. « honneur ». Le terme grec τιμή timê est habituellement pour exprimer le respect du aux gens forts et puissants (Voir 1 Pierre 1.7 ; 1 Pierre 2.7). Ici Pierre exhorte les maris à faire preuve d’un grand respect à l’égard de leurs femmes. Pierre va évoquer les raisons de ce respect dans ce qui suit. La Bible de Jérusalem dit « accordez-lui sa part d’honneur ». On pourra dire « traitez-les avec respect » (Bible en français courant, La Bible du Semeur, Parole de Vie) ou, plus simplement, « respectez-les ». Mais il sera aussi intéressant de garder le mot « honneur » (où le mot choisi en 1 Pierre 1.7 ; 1 Pierre 2.7) justement pour souligner cette injonction importante.
puisqu’elles doivent hériter avec vous la grâce de la vie présente la raison pour laquelle les femmes sont dignes du respect de leurs maris : Dieu a créé l’homme et la femme, et tous les deux ont accès au salut en Jésus-Christ. Pierre appelle donc les hommes à respecter leurs femmes comme « cohéritières de la grâce ».
hériter avec vous est un seul mot en grec, « cohéritières ». Le verbe hériter est utilisé habituellement pour des personnes qui obtiennent les biens de leurs parents après la mort de ceux-ci. Mais ici, comme dans d’autres passages du NT, hériter est employé au sens large de « recevoir » quelque chose, d’où « comme vous, elles recevront le don de la vraie vie » (Parole de Vie). La Bible en français courant explicite l’agent sous-entendu, Dieu, pour dire : « elles doivent recevoir avec vous le don de la vraie vie de la part de Dieu ».
grâce de la vie : c’est la seule fois que cette expression est utilisée dans le NT. Le mot χάρις charis grâce est un terme clé du NT et sa signification varie selon les contextes. En 1 Pierre 1.2 il a le sens de bienveillance ou de bénédiction, mais ici il a plutôt celui d’un don librement accordé. L’expression grâce de la vie semble se rapporter au don du salut et plus particulièrement de la vie éternelle offerte à l’humanité en Jésus-Christ.
la vie semble désigner la « vie nouvelle » (voir 1 Pierre 1.3 et le commentaire de ce verset), la « vraie vie » (Bible en français courant, Parole de Vie), la « vie éternelle » ou, plus spécifiquement, le « salut » dont il est question en 1 Pierre 1.5. Il est vrai que certains commentateurs pensent que ce « don de la vie » se référait à la possibilité de procréer, c’est-à-dire au privilège accordé aux maris et à leurs femmes d’avoir des enfants. Mais une telle interprétation ne se justifie pas ici. Pierre entend plutôt que les femmes, tout comme leurs maris, recevront la vie comme don que Dieu leur accorde gratuitement. On pourra alors dire « respectez-les car vous recevrez ensemble le don de la vie de la part de Dieu » ou « Accordez-lui l’honneur (qui lui convienne) car Dieu donne à chacun de vous la vie gratuitement ».
afin que rien n’entrave vos prières : Pierre fournit une seconde raison pour laquelle les maris doivent respecter leurs femmes. Selon lui, s’ils ne le font pas, leurs prières ne seront pas reçues par Dieu. Cette idée est en rapport avec un enseignement de Jésus-Christ (Matt 5.23-24) : « Si donc tu viens à l’autel présenter ton offrande à Dieu et que là tu te souviennes que ton frère a une raison de t’en vouloir, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord faire la paix avec ton frère ; puis reviens et présente ton offrande à Dieu ».
afin que (grec : εἰς eis) introduit cette seconde raison et pourra aussi être rendu par « pour que ». Pour plus de clarté, la Bible en français courant commence une nouvelle phrase ici, en l’introduisant par « Agissez ainsi afin que… » Dans certaines langues, il faudra préciser cela en disant « Vivez de cette manière avec vos femmes pour que… », « Traitez vos femmes de cette façon afin que… » ou « Vous les maris, vous devez faire cela afin que… »
que rien n’entrave vos prières exprime la conséquence si les maris ne respectent pas leurs femmes. Les hommes doivent respecter leurs femmes pour que leurs prières ne soient pas « empêchées » ou « bloquées ». Le mot rien n’est pas précisé dans le texte. La Nouvelle Bible Segond propose « pour que rien ne fasse obstacle à vos prières ». Les traducteurs devraient assurer que le lien entre l’attitude de respect et la réussite des prières soit clair. La Parole de Vie dit « Traitez-les avec respect… afin que rien ne fasse obstacle à vos prières ». Autrement dit, « Si vous ne traitez pas vos femmes avec respect, vos prières ne seront pas efficaces ».
vos prières : le pronom possessif vos peut se référer aux maris seuls ou à la fois aux maris et aux femmes. Dans le premier cas, Pierre voudrait dire que les maris ne peuvent faire monter vers Dieu des prières agréables que s’ils ont de bonnes relations avec leurs femmes. Dans le second cas, le sens serait que le mari et sa femme ne peuvent pas prier de la bonne manière, séparément ou ensemble, si les relations entre eux sont mauvaises. Bien qu’il soit impossible de trancher d’une manière absolue entre les deux interprétations, la première est préférée, car Pierre s’adresse ici aux maris. Cependant, Spicq opte pour la seconde : « L’ultime motivation : “afin que rien ne vienne stopper vos prières” réunit les deux conjoints… face à Dieu » (p. 125). L’idée implicite du texte est que la relation avec Dieu dépend dans une certaine mesure de la relation que le croyant entretient avec les autres, surtout son épouse. Comp. 1 Jean 4.20-21.
Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
