Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 4.19

Ce verset sert de conclusion à la discussion sur la souffrance, en assurant les lecteurs/auditeurs de la lettre qu’ils sont en sécurité sous la protection de Dieu.

Ainsi (grec : ὥστε καί hôste kai) est un élément de transition qui pourra être rendu par « Tout cela signifie », « Ce que je veux dire, c’est que… », « Ce que j’affirme, c’est que… ».

que ceux qui souffrent selon la volonté de Dieu : pour une référence similaire à la volonté de Dieu, voir 1 Pierre 2.15 et 1 Pierre 3.17. La préposition selon (grec : κατά kata) donnera plusieurs sens, renvoyant à ceux qui souffrent « parce qu’ils obéissent à la volonté de Dieu » (La Bible du Semeur), « en faisant ce que Dieu veut » (Parole de Vie).

remettent leur âme au fidèle Créateur : le verbe remettent ou « confient » (Osty-Trinquet) comporte l’idée de placer quelque chose complètement et sans réserve sous la protection de quelqu’un d’autre.

leur âme est au pluriel en grec « leurs âmes » (Bible de Jérusalem). Comme en 1 Pierre 1.9, 1 Pierre 1.22 et 1 Pierre 2.11, le mot âme désigne la personne entière. Ainsi on peut dire que ces gens doivent « se remettre eux-mêmes entre les mains du Créateur » (Bible en français courant) ou « confier leur vie à leur Créateur ».

Le fidèle Créateur désigne Dieu, mais il vaut mieux garder l’expression originale ici : « celui qui les a créés » ou « celui qui les a faits ». Pour être plus précis, on parler de « se remettre entre les mains de Dieu, qui les a créés ».

Fidèle est un adjectif de la même racine que « foi », mais il peut englober plusieurs sens. Il peut indiquer que les croyants peuvent avoir confiance en Dieu. Dieu est « digne de confiance ». La Bible en français courant propose « fidèle à ses promesses », c’est-à-dire « il fait toujours ce qu’il dit », mais on pourra aussi parler de « Dieu sur qui on peut toujours compter ».

en faisant le bien rend un nom en grec qui veut dire « la réalisation du bien ». Comme dans la Traduction œcuménique de la Bible et la Parole de Vie, cet élément en grec se trouve à la fin du verset, mais la Bible en français courant le met au début : : ils « continuent à pratiquer le bien et se remettent eux-mêmes entre les mains du Créateur, qui est fidèle à ses promesses ». Lorsque les croyants persévèrent à faire le bien malgré les difficultés, ils prouvent qu’ils se confient entièrement en Dieu. Pour en faisant le bien, voir 1 Pierre 2.15, 1 Pierre 2.20 ; 1 Pierre 3.6, 1 Pierre 3.11. Ici comme précédemment, cela signifie faire de bonnes actions en faveur des autres. Dans certains cas on pourra exprimer le lien entre les propositions, par exemple, « doivent faire du bien aux autres et, de cette manière, prouver qu’ils se confient entièrement en leur Créateur qui lui est fidèle ». Voir aussi la Contemporary English Version, qui remplace la troisième personne du pluriel par la seconde : « Si vous souffrez en obéissant à Dieu, vous devez avoir une complète confiance en votre fidèle Créateur et continuer à faire ce qui est bien ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 1.4

La traduction littérale de ce verset est « pour un héritage incorruptible et sans souillure et sans flétrissure, ayant été réservé pour vous dans les cieux ».

pour rend une conjonction grecque εἰς eis, qui apparaît dans le verset précédent. Ici comme là, elle exprime l’idée de but, rendue en Bible en français courant par « en attendant ». La répétition de la même préposition suggère que les propositions sont parallèles :
il (Dieu) nous a fait renaître :
pour une espérance vivante (1 Pierre 1.3)
pour un héritage… (1 Pierre 1.4)

Si cette interprétation est adoptée, on pourra dire « Parce que nous avons une espérance vivante, nous attendons (donc) l’héritage ». Mais d’autres interprétations sont possibles : héritage peut être mis en rapport avec la vie nouvelle, par exemple, « Parce que nous avons une vie nouvelle, nous pouvons attendre l’héritage ». Best l’exprime ainsi : « La nouvelle naissance implique l’entrée dans une nouvelle famille et par conséquent la possibilité d’obtenir un nouvel héritage » (p. 76). Cependant, la plupart des commentateurs adoptent l’interprétation où l’héritage serait la conséquence de l’espérance (1 Pierre 1.3), une solution recommandée aux traducteurs.

Dans le NT, le mot héritage (grec : κληρονομίαν klêronomian) a un sens littéral ou figuré. Parfois il désigne les biens ou les possessions laissés aux descendants de quelqu’un lorsque celui-ci décède (Luc 12.13). Mais au sens figuré, le mot joue un rôle important en rapport avec le don du salut accordé par Dieu à son peuple. Voir Rom 8.17 ; Gal 4.7. Dans l’AT le terme héritage désigne souvent la terre promise, le pays de Canaan, tandis que dans le NT, il renvoie souvent au Royaume promis aux croyants. Voir Matt 25.34. Mais dans d’autres textes la notion d’héritage est élargie pour désigner le Seigneur lui-même. Voir, par exemple, Ps 16.5 ; 73.26. Certains passages (Col 3.24 ; Hébr 1.14 ; 9.15) semblent suggérer que l’héritage est la fidélité de Dieu à ses promesses et les bénédictions qui en résultent. Dans ce verset, le terme n’implique pas la mort de quelqu’un mais plutôt les « biens que Dieu réserve aux siens » (Bible en français courant) ou les « biens que Dieu garde pour nous » (Parole de Vie). Il sera aussi possible de parler des « bénédictions que Dieu a promises à son peuple ».

qui ne se peut corrompre, ni souiller, ni flétrir : pour bien montrer que cet héritage ne consiste pas en biens matériels, l’auteur le définit au moyen de trois adjectifs grecs négatifs « incorruptible », « sans souillure » et « sans flétrissure ». En grec les trois mots se ressemblent et créent un effet sonore remarquable : ἄφθαρτον καὶ ἀμίαντον καὶ ἀμάραντον aphtharton kai amianton kai amaranton. Ils expriment ensemble les qualités de quelque chose qui ne peut être touchée ni par la mort, ni par le mal et ni par la dégradation due au temps qui s’écoule.

qui ne se peut corrompre rend le premier adjectif grec, « incorruptible », qui décrit quelque chose d’impérissable, « qui ne peut disparaître », « qui ne peut se détruire » (La Bible du Semeur). Dans certaines langues, on pourra dire « qui ne peut pas pourrir ».

qui ne se peut… ni souiller : le second adjectif, « sans souillure », a le sens de « sans tache », « pur », d’où « ni être salis » (Bible en français courant, Parole de Vie), « ni se salir » (La Bible du Semeur). Il ne se réfère pas ici à la pureté rituelle, mais au fait que cet héritage n’est pas souillé par le mal, que ce soit d’ordre moral ou spirituel. On pourra dire « ne peut pas se salir » ou « devenir impur ».

qui ne se peut… ni flétrir : le troisième adjectif du grec, « sans flétrissure », peut qualifier une fleur dont la beauté ne disparaît pas ou ne se fane pas. L’idée pourrait être exprimée de manières diverses : « ne pas perdre son éclat » (Bible en français courant), « ne pas perdre sa beauté » (La Bible du Semeur). On pourra aussi dire « ne peut pas disparaître » ou « ne disparaîtra pas ».

cet héritage vous est réservé dans les cieux : après le « nous » inclusif du 1 Pierre 1.3, l’auteur s’adresse directement à ses lecteurs (vous). La Bible en français courant tourne la proposition passive à l’actif, avec Dieu comme sujet : « Dieu vous les réserve dans les cieux ». La La Bible du Semeur est similaire : « Il le tient en réserve pour vous dans les cieux ».

réserver : il faut relever deux choses au sujet du verbe τετηρημένην tetêrêmenên. Premièrement, il implique l’idée que Dieu veille sur l’héritage qu’il tient en lieu sûr pour les siens. Deuxièmement, le verbe grec, un participe passé (litt. « ayant été réservé »), suggère que l’héritage est toujours réel et actuel. Ainsi la Traduction œcuménique de la Bible et la Bible en français courant utilisent le présent : vous est réservé ; « Dieu vous les réserve ». Mais dans certaines langues, cette idée sera exprimée par un futur, par exemple « car nous posséderons un héritage » ou « car nous savons que nous aurons un héritage ».

cieux correspond au mot pluriel du grec οὐρανοῖς ouranois, reflétant le terme hébreu, toujours au pluriel, qui désigne le ciel où Dieu demeure : « Dieu là-haut dans les cieux » (Jos 2.11) ou « le Dieu des cieux » (Néh 1.4). Ce terme peut être rendu par un singulier, en accord avec l’usage dans les langues cibles.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 2.12

Ayez une belle conduite parmi les païens : d’une exhortation négative (1 Pierre 2.11), l’auteur passe maintenant à une exhortation positive. La vie des chrétiens doit se caractériser par une belle ou « une bonne conduite » (Bible en français courant). Mais cette « bonne conduite » n’est pas recommandée pour le seul avantage des chrétiens ; elle doit se vivre au profit des non-chrétiens ou des païens. En effet, c’est grâce à la « bonne conduite » des croyants que les païens peuvent être amenés à reconnaître la bonté de Dieu. Ce verset ressemble beaucoup à la déclaration de Jésus rapportée en Matt 5.16. Il semble logique que l’auteur de la lettre ait connu cette parole et s’en soit inspiré.

Ayez rend un participe du grec, ce qui donne littéralement « ayant votre conduite belle parmi les païens ». Mais ce participe a une valeur d’impératif comme dans beaucoup de versions françaises. Ayez une belle conduite peut être exprimé de diverses façons, par exemple « Comportez-vous bien », « Conduisez-vous bien ».

Pour conduite ou « se conduire », voir 1 Pierre 1.15 et 1 Pierre 1.17. Ici comme ailleurs, le mot se rapporte au comportement de chacun en général et pas seulement à des pratiques religieuses. On pourra aussi rendre cela par « votre façon de vivre parmi les non-croyants ».

L’adjectif traduit par belle dans la Traduction œcuménique de la Bible est utilisé deux fois dans ce verset : « bonne conduite… bonnes actions » (Bible en français courant). Il a une connotation d’ordre moral. Une bonne conduite est celle qui est en accord avec la volonté de Dieu et à laquelle les incroyants ne trouvent rien à critiquer. Les traducteurs chercheront une expression qui exprime le mieux cette idée, par exemple « irréprochable », « sans faute ». Dans certaines langues, on dira « marchez d’une manière juste » ou « droite » ou « de telle sorte que les gens n’aient rien à critiquer ». Cette belle conduite est non seulement bonne en soi, mais bonne aux yeux des autres. Une autre possibilité sera « Menez une vie qui est soit bonne » ou « Vivez d’une façon irréprochable ».

parmi les païens : cette bonne conduite doit être évidente aux yeux de tous, surtout des non-croyants. Le terme païen (ἔθνος ethnos) a plusieurs sens en grec. Il peut renvoyer aux nations en général (souvent la traduction de Darby ou à un peuple, comme en 1 Pierre 2.9. Mais surtout dans les épîtres de Paul et de Pierre, il est souvent employé pour désigner les non-Juifs. Mais comme Pierre est en train de parler du nouveau peuple de Dieu, dans le présent contexte il s’agit des non-chrétiens. Voir 1 Pierre 2.9.

afin que, sur le point même où ils vous calomnient comme malfaiteurs, ils soient éclairés : Pierre montre ainsi que le but de cette belle conduite est d’éclairer les gens pour que, finalement, ils glorifient Dieu.

afin que : la conjonction ἵνα hina introduit une proposition de but. Dans certaines langues, on commencera une nouvelle phrase, par exemple « Vous devez faire ainsi pour que… ».

sur le point même où ils vous calomnient : certains commentateurs y voient un sens concessif (« bien qu’ils vous calomnient »), mais ce n’est pas nécessairement le cas. D’autres interprètent cette proposition comme une conditionnelle : « même si » (Bible en français courant, Contemporary English Version) : « s’ils vous accusent » (Parole de Vie). En grec, sur le point même est littéralement « en cela », que la Contemporary English Version rend par « là où », suggérant des cas particuliers d’accusations portées contre des chrétiens.

ils vous calomnient comme malfaiteurs : ils se réfère aux non-croyants et vous aux chrétiens.

calomnient : le verbe grec signifie « porter des accusations contre » quelqu’un, que ce soit devant un tribunal ou non. Les non-croyants prononcent des propos malveillants contre les chrétiens. Ici les chrétiens sont accusé (« faussement », La Bible du Semeur). Voir dans ce sens « s’ils médisent de vous » (Bible en français courant). L’idée de calomnier sera facile à rendre dans la majorité des langues.

ils soient éclairés par vos bonnes œuvres : le but de cette bonne conduite, c’est que les gens changent d’avis à propos des croyants. Ils doivent être éclairés sur le vrai caractère des chrétiens. éclairés rend un participe présent en grec, « contemplant », qui dénote non seulement le fait de voir ou d’observer, mais aussi celui de réfléchir et de se faire une juste opinion de ce qu’on a vu. Dans certaines langues, on dirait « que leurs yeux soient ouverts et qu’ils comprennent… »

par vos bonnes œuvres : il s’agit des « bonnes actions » (Bible en français courant, Parole de Vie, La Bible du Semeur) faites par les chrétiens. Dans certaines langues, on pourra rendre cela par « ils devraient admettre que ce que vous faites est bon », « …que vous agissez bien », « …que la façon dont vous vous conduisez est bonne ». La Bible en français courant met en évidence un élément de nécessité en disant « ils seront obligés de reconnaître… »

et glorifient Dieu : et ne figure pas dans le texte grec, mais peut être retenue dans la traduction, exprimant une valeur consécutive, par exemple « et ainsi » (Parole de Vie) ou « et en conséquence ».

glorifient Dieu : le verbe en grec de la même racine que le mot gloire. Voir 1 Pierre 1.7. L’idée est que non seulement les non-croyants vont reconnaître la présence de Dieu dans la vie de ces chrétiens, mais qu’ils vont le glorifier ou le « louer » (Bible en français courant, La Bible du Semeur). Dans certaines langues, « ils vont rendre grand le nom de Dieu » ou « ils vont dire que ce que Dieu a fait est bon ».

au jour de sa venue : littéralement « au jour de (la) visite », avec Dieu comme agent implicite en grec. Cette expression est ambiguë. Elle peut être une allusion au dernier jour, celui du jugement, ou à n’importe quel moment où les païens seront amenés à croire à la vérité de la Bonne Nouvelle et à se convertir. La La Bible du Semeur va dans ce sens, disant qu’ils « loueront Dieu le jour où il interviendra dans leur vie ». Mais le contexte général de la lettre, avec l’accent mis sur la fin des temps, favorise la première interprétation. C’est ce qui explique pourquoi certaines versions mettent une lettre majuscule au mot Jour (Good News Bible).

venue : ce terme est employé dans la Bible avec plusieurs connotations. Souvent et surtout dans l’AT, il se réfère à la venue de Dieu pour juger et punir les êtres humains. Voir par exemple Ex 32.34 ; És 10.3 ; Jér 6.15 ; 10.15. Mais ailleurs, le mot présente une valeur positive, indiquant que Dieu va intervenir pour sauver, libérer et bénir. Voir par exemple Gen 50.24,25 ; Ex 3.16 ; Job 10.12 ; Luc 19.44. Cette seconde interprétation de la venue de Dieu convient mieux dans le présent contexte, puisque les païens loueront Dieu en ce jour-là. C’est ce qu’indique une note de la Traduction œcuménique de la Bible : « Ici, comme ailleurs dans le NT, le sens est favorable [cf. Luc 1.68 ; 7.16 ; 19.44] ». Certaines versions utilisent une tournure verbale en disant « le jour où il viendra » (Bible en français courant). Si nécessaire, on pourra choisir l’une des interprétations dans le texte et mettre l’autre dans une note, par exemple « le jour où Dieu viendra pour juger les gens » ou « pour bénir les siens ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 3.20

Pierre ajoute maintenant une précision concernant ces esprits et se réfère à certains événements du temps de Noé.

aux rebelles d’autrefois définit les esprits en prison : littéralement « (à ceux) ayant refusé de croire » ou « ayant désobéi ». Le verbe grec est le même qu’en 1 Pierre 2.8 et 1 Pierre 3.1. Le complément du verbe n’est pas exprimé, mais il s’agit implicitement de Dieu. Ainsi on parle de ceux qui « se sont opposés à Dieu » (Bible en français courant) ou « ceux qui ont désobéi à Dieu » (Parole de Vie). Beaucoup de langues auront un mot pour rebelles. Sinon, on pourra reprendre le terme esprits de 3.18 et dire : « C’étaient les esprits qui n’avaient pas obéi à Dieu » ou « Ces esprits étaient ceux qui se révoltaient contre Dieu ».

d’autrefois : l’adverbe grec correspondant désigne en général un moment indéfini du passé, mais il se réfère ici à l’époque de Noé.

quand se prolongeait la patience de Dieu aux jours où Noé construisait l’arche : cette traduction reflète l’ordre du grec, mais dans la majorité des langues le sujet précédera le verbe : « lorsque la patience de Dieu se prolongeait… ». On pourra aussi dire « pendant que Dieu se patientait… ».

patience : ici le mot est personnifié. Il est clair que ce n’est pas la patience qui « attendait », mais Dieu qui attendait avec patience. C’est ainsi que la Bible en français courant propose « quand il (Dieu) attendait avec patience », et la La Bible du Semeur est similaire : « alors que Dieu faisait preuve de patience ». On pourra aussi changer l’ordre des propositions, par exemple, « Pendant que Noé construisait l’arche, Dieu restait patient… »

Ce verset renvoie au récit du Déluge raconté dans le livre de la Genèse, en particulier au chapitre 6. En 1 Pierre 6.3, Dieu déclare que « désormais ils (les humains) ne vivront pas plus de cent vingt ans », en opposition à la durée de vie exceptionnelle de certains personnages mentionnés au début de la Genèse. Des commentateurs juifs y ont vu un signe de la patience de Dieu : il accorderait aux humains un délai prolongé pour se repentir avant le jugement. Il est possible que ceci reflète un écho de cette croyance, car ce thème fait partie de certains enseignements de l’Église primitive. Voir, par exemple, Rom 2.4 ; 2 Pi 3.9. L’évocation de la patience de Dieu peut suggérer alors l’idée que ces esprits ont l’occasion de se repentir avant d’être frappés par le jugement de Dieu. Mais à l’époque de Noé, Dieu n’a pas attendu indéfiniment : il a attendu jusqu’à ce que Noé ait fini de construire l’arche, laquelle était précisément un moyen d’échapper à la condamnation divine. Tant que durait la construction de l’arche, il était encore temps pour les gens de se repentir et d’obéir à Dieu. Une traduction comme celle de la Bible en français courant, « quand il attendait avec patience à l’époque où Noé construisait l’arche », pourrait donner la fausse impression que l’unique préoccupation de Dieu était de voir Noé achever l’arche. En réalité, la patience de Dieu se manifestait à l’égard des contemporains de Noé. Il sera peut-être nécessaire d’expliciter cette idée, en disant, par exemple, « Dieu attendait patiemment que les gens se repentent durant les jours où Noé construisait son bateau » ou « Dieu était patient et ne jugeait pas les gens pendant les jours où Noé construisait son bateau ».

aux jours où Noé construisait l’arche : aux jours se réfère à une période de temps et non à un certain nombre de jours de vingt-quatre heures.

Pour Noé, les traducteurs pourront se référer à Gen 6–9 et devraient prendre soin de translittérer ce nom partout de la même manière, que ce soit dans l’Ancien ou dans le Nouveau Testament.

l’arche désigne le grand bateau que Noé a dû construire. Depuis fort longtemps, l’arche a été considérée par les chrétiens comme un symbole de l’Église. Si le livre de la Genèse est déjà traduit, il faut utiliser le même terme employé pour arche. Dans certaines langues, on aura une seule manière de parler de l’arche : « la grande pirogue ».

dans laquelle peu de gens, huit personnes, furent sauvés par l’eau : peu de gens est la première information sur ces gens qui furent sauvés, précisée ensuite par huit personnes. Le grec a littéralement « huit âmes », se référer à des êtres humains.

huit : ce chiffre modeste évoque la gravité du jugement de Dieu. Il avait accordé l’occasion de se repentir aux contemporains de Noé, mais ceux-ci ne l’ont pas saisie. Ils ont refusé d’entrer dans l’arche qui les aurait sauvés. En effet, seuls peu de gens ont pénétré dans l’arche en profitant ainsi de la protection qu’elle leur accordait. Ces huit personnes comprenaient Noé et sa femme, leurs trois fils (La Bible du Semeur, Cham et Japhet) et leurs épouses. Il y a là un rappel adressé aux chrétiens : même s’ils n’étaient qu’une faible minorité à l’époque, ils pouvaient échapper au jugement de Dieu, tout comme Noé et sa famille. Ce rappel confirme ainsi l’amour de Dieu et sa volonté de sauver l’humanité.

Dans l’Église ancienne, certains ont attribué une valeur symbolique au chiffre huit. Ils l’ont mis en rapport avec le huitième jour, c’est-à-dire le dimanche, célébré par les chrétiens comme celui de la résurrection du Christ. Dans ce cas, ce chiffre évoquerait la grandeur et la portée universelle de l’amour de Dieu : Noé et sa famille évoqueraient par avance la totalité de ceux destinés à être sauvés dans la nouvelle arche, l’Église, grâce à la croix du Christ. Toutefois, d’autres commentateurs n’acceptent pas l’idée de la valeur symbolique du chiffre huit ici. Par exemple, Best déclare : « Rien ne prouve suffisamment qu’il faille considérer “huit” comme un nombre symbolique » (p. 146). L’essentiel consiste à discerner dans le présent contexte l’opposition entre le petit nombre de gens sauvés et la foule de ceux qui n’ont pas su profiter de la patience de Dieu.

peu de gens et huit personnes renvoient au même groupe de personnes. On pourra dire « Peu de personnes sont entrées dans l’arche : elles n’étaient que huit ». La Bible en français courant commence une nouvelle phrase ici : « Un petit nombre de personnes, huit en tout, entrèrent dans l’arche… »

furent sauvés : le verbe grec διασῴζω diasôsô n’apparaît que huit fois dans le NT, se référant parfois à la guérison physique (Matt 14.36), parfois à la délivrance d’un danger physique (Act 23.24). Ici il semble se référer à la délivrance du déluge, mais en même temps, il évoque le salut accordé par Dieu, dont le baptême est le symbole.

par l’eau : la préposition grecque διὰ dia est ambiguë. Elle peut avoir le sens de par ou « à travers », variante que la Traduction œcuménique de la Bible et la Bible en français courant indiquent en note. Il y a donc plusieurs interprétations possibles : « Dieu les a sauvés de l’eau » ou « Dieu les a secourus au moyen de l’eau. ». L’allusion au baptême qui suit en 1 Pierre 3.21 doit être prise en compte. Ainsi, certains pensent que, de même que Noé et sa famille ont été sauvés par l’eau qui a soulevé l’arche en la mettant, elle et ses occupants, en sécurité, de même, l’eau du baptême est un signe du salut accordé aux chrétiens. Une version l’exprime ainsi : « l’eau les transporta et les sauva ». Certains spécialistes estiment que l’ambiguïté est voulue ici, mais d’autres préfèrent opter pour l’une des possibilités dans le texte et présenter l’autre en note, comme le font la Traduction œcuménique de la Bible et la Bible en français courant.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 5.11

La section se termine de façon appropriée par la louange adressée à Dieu.

A lui la domination : le pronom renvoie à Dieu qui est nommé au début du 1 Pierre 5.10. La traduction de la Traduction œcuménique de la Bible suit le grec de très près, c’est-à-dire il n’y a pas de verbe. Mais la majorité des langues auront besoin d’en fournir un, comme la Bible en français courant : « A lui soit la puissance ».

Domination : le terme grec est le même qu’en 1 Pierre 4.11. Il comporte les idées de « force », « pouvoir », « souveraineté » et « puissance » (Bible en français courant, Bible de Jérusalem, La Bible du Semeur, Parole de Vie). La référence à la domination de Dieu signifie que Dieu règne. Si une traduction comme « A lui soit la puissance » n’est pas naturelle, on pourra évoquer un souhait : « Que Dieu règne » ou, s’il n’y a pas d’autres solutions, affirmer « Dieu règne pour toujours ».

pour les siècles ou, d’après plusieurs manuscrits anciens, « pour les siècles des siècles » (Osty-Trinquet), est la même expression qu’en 1 Pierre 4.11. Le sens est « pour toujours » ou « à jamais ». La variante « siècles des siècles » n’est pas retenue dans la version grecque de l’ABU, mais s’ils le désirent, les traducteurs peuvent la mentionner en note.

Le mot Amen est placé dans le NT en général à la fin d’une prière ou de la louange adressée à Dieu. Il évoque le désir que ce qui vient d’être dit puisse être réalisé. Il peut aussi exprimer que l’assurance est vraie et se réalisera. Il peut être rendu par « Il en est ainsi » ou « Qu’il en soit ainsi ». Voir 1 Pierre 4.11.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 1.15

Dans ce verset, la Traduction œcuménique de la Bible suit l’ordre du texte grec, qui place le rappel de la sainteté divine avant l’exhortation à s’en inspirer. Cependant plusieurs versions récentes, dont la Bible en français courant, intervertissent cet ordre pour rendre la phrase plus naturelle.

mais : la conjonction ἀλλά alla, marque un contraste fort. Les lecteurs ne doivent plus prendre exemple sur leur manière précédente de vivre, mais sur le caractère de Dieu. La force de la conjonction peut être rendue par une expression comme « Au contraire » (La Bible du Semeur) ou par une expression plus longue : « au lieu de laisser la place à vos désirs ».

de même que celui qui vous a appelés est saint est littéralement « selon celui vous ayant appelés (qui est) saint ». Dans le NT, c’est Dieu qui est considéré comme celui qui appelle les gens à croire au Christ et à faire partie de la communauté chrétienne, comme remarque Bénétreau : « Dieu a pris l’initiative d’intervenir dans leur existence » (p. 100). La Bible en français courant et la Parole de Vie explicitent ceci en disant « tout comme Dieu qui vous a appelés… » ; « Dieu vous a appelés… ». Ces mots se réfèrent sans doute à l’époque où les lecteurs de la lettre se sont convertis à la foi chrétienne. Dans certaines langues il faudrait préciser ce qu’implique appeler, par exemple, « appeler à lui appartenir ».

saint (grec : ἅγιος hagios) est l’un des termes bibliques les plus difficiles à traduire, car son sens dépend du contexte. La sainteté suppose l’intégrité morale, la droiture, ainsi que le rejet de tout mal et de tout péché. Il implique aussi le souci de pratiquer tout ce qui est bon et agréable aux yeux de Dieu. Appliquée à Dieu, la sainteté met en évidence sa perfection morale, sa bonté parfaite, et par conséquent, son horreur de tout ce qui est mauvais. Parfois on peut rendre l’adjectif saint par des expressions comme « séparé pour Dieu » ou « consacré à Dieu ». Mais dans le présent verset, s’appliquant à Dieu et à ses élus, il prend un sens moral et presque rituel : « propre », « pur ». Dieu est « autre », séparé de tout mal, de tout péché. C’est dans ce sens que les croyants devraient l’imiter. Si possible, les traducteurs devraient trouver un terme qui convienne à la fois pour Dieu et pour son peuple. On pourra dire « Dieu, qui vous a appelés, est tout à fait propre ». On pourra aussi exprimer l’idée sous une forme négative, « (comme) il n’y a aucun mal en lui, vous aussi ne devez avoir aucun mal en vous ».

vous aussi devenez saints dans toute votre conduite : vous aussi insiste sur le fait que les croyants doivent agir dans le même sens que Dieu leur Père.

devenez saints est à l’impératif. Bien que le verbe grec soit littéralement devenez, il est possible de dire « soyez saints » (Bible en français courant). Être saint, c’est être mis à l’écart des influences de ce monde pour être consacré à Dieu seul. Dans ce sens, la sainteté implique surtout une relation. Les gens sont saints dans la mesure où ils sont choisis par Dieu pour lui appartenir et former son peuple. Mais la sainteté, c’est aussi être conscient d’appartenir à Dieu et de vivre cette relation avec lui dans l’obéissance à sa volonté. Appliquée à Dieu, la sainteté met en évidence sa perfection morale, sa bonté parfaite, et par conséquent son horreur de tout ce qui est mauvais. C’est ce trait de Dieu qui doit être à la base de la sainteté des chrétiens. Au lieu d’être esclaves du péché et du mal, ils doivent se consacrer à Dieu, en lui obéissant de façon persévérante. Être saint dans toute sa conduite revient donc à haïr le mal, à s’abstenir de toute mauvaise action et à se conformer à la volonté divine en toute circonstance.

dans toute votre conduite : le mot conduite (grec : ἀναστροφή anastrophê) englobe toutes les actions entreprises dans la vie personnelle, communautaire ou sociale. On pourra aussi dire « dans votre façon de vous comporter » ou « dans tout ce que vous faites ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 2.24

lui qui, dans son propre corps, a porté nos péchés sur le bois : cette proposition continue la phrase du verset précédent. Elle fait allusion à És 53.4 et précise ce que dit 1 Pierre 2.21 : « le Christ aussi a souffert pour vous ». Voir également És 53.11. L’ordre est différent en grec : « qui nos péchés lui-même a porté dans son corps sur le bois ».

lui qui rend le pronom relatif du grec, qui, se référant à Jésus-Christ. La Bible en français courant commence une nouvelle phrase ici : « Dans son propre corps, il… »

dans son propre corps évoque les souffrances de Jésus-Christ sur la croix. Le mot corps n’est pas « chair » (σαρχ sarx) ici en grec, mais σῶμα sôma, le même mot utilisé par l’apôtre Paul à propos du « corps du Christ ». propre est un ajout, mais semble bien rendre l’emphase du texte, littéralement « lui-même a porté dans son corps ».

a porté nos péchés sur le bois : le verbe grec pour porter est utilisé de diverses manières dans le NT. Dans les évangiles, il est employé lorsque Jésus est en train d’emmener ses disciples sur la montagne (Matt 17.1 ; Marc 9.2), mais aussi quand Jésus lui-même est « emporté au ciel » (Luc 24.51). Ici, au sens figuré, Jésus porte la culpabilité de nos péchés. L’idée exprimée ici est que, grâce à la mort du Christ sur la croix, les péchés des humains sont enlevés, c’est-à-dire pardonnés. Spicq note que « le verbe se dit des prêtres qui portent une victime sur l’autel pour l’offrir en sacrifice (Lév 14.20 ; 1 Mac 4.53) » (p. 112 ; voir aussi Hébr 7.27 ; Jacq 2.21). Par conséquent, la traduction « a présenté » ou « a apporté nos péchés à la croix » peut se justifier. Quoi qu’il en soit, les souffrances du Christ sont en relation avec les péchés des humains. A la croix, Jésus a subi les accusations, la condamnation et la malédiction associées à nos péchés. C’est donc en mettant leur foi dans le Christ crucifié que les humains obtiennent le pardon pour leurs péchés.

nos péchés : pour péchés, voir 1 Pierre 2.22. Il faut noter le recours au pronom inclusif de la première personne du pluriel (nos, nous), alors que la deuxième personne du pluriel est employée dans tout le reste du passage. L’œuvre salutaire du Christ sur la croix n’est pas destinée seulement aux serviteurs (interpellés dès 1 Pierre 2.18) ou aux chrétiens, mais aussi à tous les êtres humains. Pour être très explicite, on pourra dire « il a porté la culpabilité qui résultait de nos mauvaises actions ».

sur le bois signifie dans ce contexte « sur la croix » (Bible en français courant) ou « Sur le bois de la croix » (Parole de Vie). Le terme grec peut désigner un « arbre », mais il a été utilisé dans la littérature grecque profane et dans l’AT pour évoquer un poteau de torture ou un « gibet » (Osty-Trinquet). Voir, par exemple, Deut 21.22-23. Dans les évangiles, il s’agit des « bâtons » utilisés par la foule lors de l’arrestation de Jésus (Matt 26.47 ; Marc 14.43) , mais dans les autres écrits du NT, il est souvent employé pour la croix où Jésus a été crucifié : Act 5.30 ; 10.39 ; 13.29 ; Gal 3.13.

afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice : afin que introduit le but de l’œuvre du Christ réalisée en notre faveur sur la croix. Deux étapes dans la vie du chrétien sont relevées ici : mourir à nos péchés et vivre pour la justice.

morts à nos péchés : en grec, morts est un participe à l’aoriste. L’idée de mourir à quelque chose est une façon figurée d’exprimer la délivrance du pouvoir ou de la domination de cette chose. Ainsi, mourir à nos péchés signifie être libéré de leur pouvoir, ainsi que du désir de les commettre. Le sens est de ne plus céder à la pulsion du péché. Certaines versions ont remplacé l’image par une tournure plus claire, par exemple « C’est pourquoi nous avons cessé de vivre pour le péché » (Parole de Vie). Cependant, morts à nos péchés est une expression clé, non seulement chez Pierre, mais encore ailleurs dans les écrits du NT. Il faudra chercher les moyens de garder l’image, en disant, par exemple, « afin que nous mourions, pour ainsi dire, en ce qui concerne le péché » ou « afin qu’en ce qui concerne le péché, nous puissions être comme morts ». Ici Mourir à nos péchés est présenté comme un préalable à notre entrée dans la vie nouvelle en Christ.

afin que… nous vivions pour la justice : pour les croyants la mort du Christ sur la croix a comme conséquence une rupture par rapport au péché, menant à une nouvelle vie caractérisée par la justice. Le texte grec utilise un subjonctif aoriste pour « que nous vivions… »

pour la justice : dans les lettres de Paul, le mot justice se réfère souvent à l’action que Dieu entreprend pour rétablir les humains dans une juste relation avec lui. Voir, par exemple, Rom 1.17. Mais ailleurs, comme ici, il est utilisé en un sens moral, c’est-à-dire qu’il s’applique à la façon dont les chrétiens doivent vivre et agir. Cette nuance peut être rendue de diverses façons : « que nous vivions d’une vie juste » (Bible en français courant), « nous menions une vie juste » (La Bible du Semeur), « et nous pouvons mener une vie qui plaît à Dieu » (Parole de Vie).

lui dont les meurtrissures vous ont guéris : litt. « par la meurtrissure duquel vous avez été guéris ». Voir És 53.5. lui dont se réfère ici encore au Christ. La Bible en français courant et la Parole de Vie commencent une nouvelle phrase à cet endroit : « C’est par ses blessures… »

les meurtrissures : le mot grec évoque une déchirure de la peau ou une blessure d’où coule du sang, et plus spécifiquement les marques laissées sur le corps d’une personne battue à coups de fouet. A l’époque, il n’était pas rare que des esclaves soient ainsi battus, et il est rappelé aux esclaves chrétiens que Jésus lui-même a souffert de cette façon. Voir Matt 27.26 ; Marc 15.15. En grec le mot est au singulier mais avec un sens collectif. Ce mot ne semble pas se limiter aux marques laissées sur le corps d’une personne battue, mais aux effets des souffrances qui en résultent.

vous ont guéris : Pierre reprend ici la deuxième personne du pluriel, vous, en s’adressant de nouveau directement aux serviteurs ou esclaves qui souffrent à cause de la cruauté de leurs maîtres. Cependant, ici encore apparaît l’idée que Jésus a vécu ses souffrances en faveur des autres. Dans ce sens, vous peut englober tous les chrétiens.

guéris : bien que le mot meurtrissures se rapporte aux blessures physiques, cette guérison concerne le domaine moral et spirituel. En théologie on parle de la mort substitutive du Christ. Ses blessures nous permettent d’avoir accès à la guérison, c’est-à-dire au salut. C’est ainsi que la traduction pourrait être « vous avez été guéris parce qu’il a été blessé », « à cause des blessures dont il a souffert », ou « Ses souffrances ont fait que vous êtes guéris ».

Le premier sens du mot guéris est « ramenés à la santé », mais dans beaucoup de langues, le mot a un sens plus large : être guéri physiquement et être sauvé d’un danger. Si c’est le cas, ce mot rendra bien le sens figuré ici. Le mot guéris est au passif en grec : « vous avez été guéris » (Bible en français courant), mais peut être tourné à l’actif : « C’est par ses blessures qu’il vous a guéris » (Parole de Vie).

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 4.9

Pratiquez l’hospitalité les uns envers les autres : pratiquez l’hospitalité rend l’adjectif grec « hospitaliers » avec valeur d’impératif, ainsi « Soyez hospitaliers » (Bible en français courant, Osty-Trinquet).

l’hospitalité est d’abord l’acte de recevoir avec joie chez soi des étrangers ou des visiteurs. Le mot a aussi un sens plus large de « bienveillance » ou de « générosité ». Dans plusieurs cultures du monde et surtout dans le monde ancien, l’hospitalité est une valeur de base. A l’époque où Pierre rédigeait sa lettre, l’hospitalité était particulièrement importante car les évangélistes devaient se déplacer d’un endroit à l’autre et dépendaient des chrétiens locaux pour leur logement et nourriture. D’autre part, les chrétiens étaient souvent privés de l’aide de leurs parents ou leurs amis non-croyants, car ceux-ci les rejetaient. Ils devaient compter sur leurs frères en la foi pour subvenir à leurs besoins essentiels. De plus, comme il n’y avait pas de bâtiments servant d’église, les chrétiens se réunissaient dans les maisons privées. Voir, par exemple, Rom 16.5 ; 1 Cor 16.19 ; Col 4.15. Il était alors important qu’ils soient hospitaliers les uns envers les autres. On pourra dire « Accueillez-vous les uns les autres », « Recevez-vous les uns les autres dans vos maisons » (Parole de Vie), ou plus spécifiquement, « Accueillez chez vous vos frères et sœurs (en Christ) ».

sans murmurer : la pratique de l’hospitalité est parfois une tâche exigeante et fatigante. C’est pourquoi Pierre ajoute « sans plainte » ou « murmure ». Le terme grec suggère l’idée de protestation ou de déplaisir. La La Bible du Semeur et la Parole de Vie disent « sans vous plaindre ». On pourra aussi dire « Ouvrez vos maisons les uns aux autres. Ne vous en plaignez pas ».

Une telle allusion à la situation locale fournit une transition naturelle vers les exhortations de Pierre concernant les devoirs communautaires qui suivent.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.