4.12-19
Bonheur promis aux persécutés
Les biblistes ne sont pas tous d’accord en ce qui concerne l’emplacement de cette section dans la lettre, mais ces différences n’affectent en rien la traduction. Les traducteurs doivent suivre le texte tel qu’il se présente dans le texte canonique. On peut remarquer que les écrits ici s’accordent, quand même, avec l’objectif général de la lettre, surtout en ce qui concerne les encouragements adressés aux chrétiens qui subissent de nombreuses difficultés à cause de leur foi. Considérée dans cette perspective, la section semble récapituler les thèmes déjà présentés dans la lettre, parmi lesquels les souffrances que subissent les chrétiens ( 1 Pierre 4.12, 1 Pierre 4.19), le Christ (1 Pierre 4.13) et l’imminence du jugement ( 1 Pierre 4.17).
Bien-aimés : pour cette expression basée sur le mot « amour », voir 1 Pierre 2.11. Cette façon de s’adresser aux lecteurs convient bien ici pour plusieurs raisons. D’abord, c’est la façon typique pour l’auteur d’introduire une nouvelle section. Pierre est sur le point d’aborder de nouveau le problème de la souffrance et ainsi il attire l’attention de ses lecteurs. En même temps, elle réaffirme la relation étroite qui existe entre l’auteur et ses destinataires. Ici, comme en 1 Pierre 2.11, Bien-aimés est rendu en Bible en français courant et en La Bible du Semeur par « Mes chers amis », et dans la Parole de Vie par « Amis très chers ». On pourrait aussi dire « Vous, mes amis » ou « mes frères si chers ».
ne trouvez pas étrange : les lecteurs sont tout d’abord exhortés à ne pas être surpris par ce qui leur arrive. Le verbe grec traduit par trouver étrange est le même qu’au 1 Pierre 4.4. Il est possible que la persécution fasse déjà partie de l’expérience quotidienne des chrétiens ou qu’elle se soit intensifiée de façon inattendue. Dans les deux cas, on pourrait dire « ne vous étonnez pas » (Bible en français courant) ou « Ne soyez pas surpris » (Parole de Vie).
d’être dans la fournaise de l’épreuve est litt. « l’incendie (qui est) parmi vous comme épreuve ». L’image du feu est souvent utilisée pour décrire une persécution ou souffrance particulièrement forte. la fournaise rend un terme grec rarement utilisé dans la Bible. Il désigne soit la destruction par le feu (Apoc 18.9,18 et Amos 4.9, version grecque), soit la purification par le feu de métaux précieux (Prov 27.21, aussi en grec). En tenant compte de 1 Pierre 1.6 et de la mention de l’épreuve, ce second sens semble s’imposer ici. Les souffrances subies par les chrétiens sont comparées de façon imagée à la manière dont des métaux comme l’argent et l’or sont exposés au feu pour être débarrassés de toute impureté. Souligner ainsi les souffrances des chrétiens s’accorde bien avec l’accent mis par la lettre sur la proche fin des temps. En effet, la fin du monde est plusieurs fois évoquée dans le NT en relation avec un feu ardent : 1 Pierre 1.7 ; 1 Cor 3.13 ; Apoc 8.5,7.
Certains y voient une allusion aux persécutions subies par certains chrétiens condamnés à être brûlés à cause de leur foi, mais rien dans le texte ne justifie cette interprétation littérale. Dans certaines langues, on pourra garder l’image en disant, par exemple, « ne soyez pas étonnés parce que vous êtes en plein feu de l’épreuve » ou en faisant une comparaison : « ne soyez pas surpris par les épreuves qui vous font souffrir, comme un feu qui brûle ».
épreuve : il s’agit du même mot qui se trouve dans le « Notre Père », rendu souvent par « tentation ». Mais ici il se réfère aux souffrances, la mise à l’épreuve de la foi de la communauté. Si nécessaire, on pourra parler de « la façon dont votre foi est éprouvée ».
comme s’il vous arrivait quelque chose d’anormal : le mot grec rendu ici par quelque chose d’anormal est de la même racine que le verbe trouvez étrange du début du verset. Certains commentateurs pensent qu’il est possible que des chrétiens d’origine non juive devaient trouver anormal de souffrir pour leur foi. Par contre, pour des Juifs, souffrir n’avait rien de surprenant, car l’histoire de leur peuple abondait en défaites, exils et souffrances diverses. La leçon ici, c’est que la souffrance n’est pas étrangère au sort des chrétiens. On pourra dire « Ne pensez pas être les seuls à qui cela arrive ».
La Parole de Vie offre un bon modèle, même si certains la jugeront trop explicite : « Amis très chers, vous êtes dans le feu de la souffrance. Ne soyez pas surpris, ce n’est pas étonnant ! Ce feu va montrer ce que vous valez », c’est-à-dire « si votre foi est solide ».
Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
