Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 3.10

3.10-12

Pierre fonde son argumentation sur des textes de l’AT. Ainsi il cite maintenant le Ps 34.13-17, mais avec quelques modifications qui servent à mieux exprimer le but qu’il vise. La citation est introduite par la conjonction γάρ gar, « Car » ou En effet.

Le Psaume 34 semble être un des Psaumes préférés de Pierre, puisqu’il l’a déjà cité en 1 Pierre 2.3. En effet le recours à ce Psaume ne sert pas seulement à soutenir son argumentation, mais aussi à encourager les lecteurs/auditeurs de la lettre. En effet, ceux-ci étaient confrontés à toutes sortes de difficultés en raison de leur foi. Voir par exemple le 1 Pierre 3.12, « Car le Seigneur a les yeux fixés sur les fidèles, prêt à écouter leur prières » (Bible en français courant).

Comme Pierre cite ici le Ps 34.13-14, la Bible en français courant et la Parole de Vie ajoutent une information implicite : « voici ce qui est écrit : », « Les Livres Saints disent… ». Mais en grec le texte n’a pas cette formule, disant litt. « le car qui aime sa vie… ». La conjonction γάρ gar « car » ne figure pas dans ce psaume ni dans le texte hébreu ni dans la Septante. L’auteur l’aurait inséré dans la citation. Elle pourrait être rendue par « Car » (La Bible du Semeur), une expression affirmative, En effet (Traduction œcuménique de la Bible, Nouvelle Bible Segond, Bible en français courant) ou omise (Parole de Vie). Notons qu’en grec la conjonction se trouve au milieu de la citation, comme dans la Bible de Jérusalem (« Qui veut, en effet, aimer la vie ») et la Nouvelle Bible Segond (« Si, en effet, quelqu’un veut aimer la vie »). Les traducteurs devraient opter pour une formulation naturelle dans leur langue.

qui veut aimer la vie et voir des jours heureux : qui veut est un participe en grec, litt. : « celui voulant aimer la vie et voir de bons jours… » Le verbe veut introduit deux actions : aimer la vie et voir des jours heureux. La Bible de Jérusalem s’inspire de la forme interrogative du texte hébreu de l’AT : « Qui veut… » et la Parole de Vie formule aussi une question : « Est-ce que tu veux avoir une vie agréable et connaître des jours heureux ? Alors… » Mais ici, dans le NT, la forme n’est pas interrogative. Il vaut mieux présenter une affirmation, par exemple, « Si quelqu’un veut jouir de la vie et désire connaître des jours heureux… »

aimer ( ἀγαπάω agapaô) est utilisé ici au sens de « désirer avoir », « vouloir avoir », « jouir de », d’où « Celui qui veut jouir d’une vie agréable » (Bible en français courant) ou « Celui qui veut avoir une vie heureuse », « Celui qui veut vivre en étant heureux ».

la vie : dans le contexte de l’AT, il s’agit de la vie terrestre et des jours vécus ici-bas. Le texte du Psaume est une invitation adressée à quiconque veut vivre longtemps et heureux. En revanche, dans le présent verset, ces mots se situent dans la perspective chrétienne. C’est ainsi que vie peut être compris soit en tant que « vie présente », soit en tant que « vie éternelle » (voir 1 Pierre 3.7 et le commentaire de ce verset). Plusieurs versions françaises anticipent sur la mention de jours heureux en parlant déjà d’une « vie agréable » (Bible en français courant, Parole de Vie), autrement dit « une vie heureuse… »

et voir des jours heureux est parallèle à veut aimer la vie. Dans ce texte, le verbe voir a le sens de « vivre », « connaître » ou « obtenir ». Une traduction littérale sera naturelle dans certaines langues.

jours heureux : le terme jours se rapporte à une longue période de temps et non pas à des jours particuliers. Il s’agit, en fait, de toute une vie. heureux est littéralement « bons » (grec : ἀγαθός agathos), mais le traducteur devra trouver le mot qui convient dans ce contexte.

doit garder sa langue du mal et ses lèvres des paroles trompeuses : litt. « qu’il arrête la langue du mal et les lèvres pour ne pas dire de tromperie ». Il s’agit de deux injonctions parallèles qui se réfèrent toutes deux à des paroles malfaisantes.

garder sa langue du mal : garder est le verbe « arrêter » en grec. Le sens est qu’une personne doit faire cesser sa langue de dire du mal et ses lèvres de dire des paroles trompeuses. Mais dans beaucoup de langues, il faudra reformuler pour dire « il doit se garder de dire du mal des gens ».

langue et lèvres évoquent d’une manière figurée le fait de parler. Si ces images ne sont pas comprises dans la langue cible, on pourra dire que chacun « doit se garder de médire… » (Bible en français courant). La Parole de Vie présente cela sous forme de conseil : « …ne dis pas de mal des autres ».

Le mot mal est le même qu’en 1 Pierre 3.9. Il est opposé au mot grec « bon », rendu par heureux dans la proposition précédente. garder sa langue du mal ou « dire du mal des gens », signifie éviter des paroles dures et mal intentionnées adressées à des personnes pour les blesser et les humilier.

et ses lèvres des paroles trompeuses : la Traduction œcuménique de la Bible présente une ellipse en français, contrairement au grec (litt. « pour ne pas dire »). Ce vers est plus spécifique car il évoque une sorte de mal : la tromperie ou « mensonge ». Ce terme se trouve déjà en 1 Pierre 2.1, 1 Pierre 2.22. On pourra rendre l’expression par « il doit cesser de mentir » ou « éviter de tromper les gens en paroles ». La Parole de Vie peut aussi servir de modèle : « Évite les mensonges ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 5.1

5.1-11

Dans ce passage, Pierre se tourne de nouveau vers ses lecteurs, plus tellement à propos de leur vie personnelle en tant que chrétiens, mais plutôt en fonction de leur appartenance à une communauté. C’est ainsi qu’il s’adresse tout d’abord aux chefs de la communauté, en leur rappelant leurs responsabilités ( 1 Pierre 5.1). Il fait ensuite une rapide allusion aux jeunes membres de l’Église (5.5a). À partir de 5.5b et ce qui suit, il exhorte l’ensemble de la communauté : il recommande à tous d’être humbles (5.5b-7), puis vigilants et fermes ( 1 Pierre 5.8) et, finalement, il les incite à se souvenir de la fidélité de Dieu et de l’appui qu’ils peuvent trouver en lui ( 1 Pierre 5.10). Le dernier verset de cette section ( 1 Pierre 5.11) est une formule de louange célébrant la puissance éternelle de Dieu.

À travers ce passage, Pierre relève un certain nombre de contrastes concernant le comportement des dirigeants d’église (non pas… mais), mais aussi au sujet de Dieu : il s’oppose aux orgueilleux mais fait grâce aux humbles. La racine grecque pour humble apparaît trois fois ici (1 Pierre 5.5, 1 Pierre 5.6) et signale l’un des grands thèmes de ce passage.

Quelques biblistes notent une similitude entre cette section, en particulier 1 Pierre 5.1, et quelques passages des lettres à Timothée et à Tite, par exemple, 1 Tim 3.1-13 ; 5.17-19 ; Tite 1.5-9, ce qui conduit certains à conclure qu’il s’agit d’un code de conduite de l’Église primitive.

Le rapport entre cette section et la précédente n’est pas évident. En grec, 5.1 comporte la conjonction grecque οὖν oun traduite par donc dans la Traduction œcuménique de la Bible. Cette conjonction peut soit établir la relation avec ce qui précède, soit marquer le début d’une nouvelle section. Plusieurs versions reflètent cette seconde interprétation en omettant donc ou en le remplaçant par « maintenant » (Bible en français courant) ou « à présent » (La Bible du Semeur).

Si la première interprétation est adoptée, il convient de se demander quel est le rapport entre le passage précédent ( 1 Pierre 4.12) et celui-ci. Dans ce qui précède, l’accent est mis sur le comportement des chrétiens, en particulier sur la nécessité de demeurer fermes dans la souffrance. Mais il y a très peu d’allusions à leur appartenance à une communauté organisée. La présente section évoque un élément déjà abordé en 1 Pierre 2.4, mais laissé de côté jusqu’ici. Maintenant Pierre traite plus en détail l’organisation de l’Église. En fait les idées sont liées : pour que les chrétiens puissent triompher des souffrances et des difficultés qu’ils rencontrent, il leur faut des chefs capables de les guider dans de telles circonstances. Ils ont besoin d’être fortifiés par leur appartenance à une communauté bien organisée. Ainsi le lien entre la présente section qui contient plusieurs exhortations aux différents membres de l’Église et la précédente est plus étroit qu’il n’y paraît à première vue.

J’exhorte ou « Je m’adresse » (Bible en français courant) rend le verbe qui est souvent traduit par « encourager ». Dans certaines langues, l’insistance sera exprimée à travers des expressions idiomatiques.

Pour donc ou « maintenant » (Bible en français courant), voir ci-dessus dans l’introduction à ce passage.

les anciens sont les « anciens d’Église » (Bible en français courant). Le terme ancien (grec : πρεσβύτερος presbuteros) est fréquemment utilisé dans le NT pour les chefs de l’Église (Act 11.30 ; 14.23 ; 1 Tim 5.17-19 ; Tite 1.5 ; 2 Jean 1 ; 3 Jean 1). Cette pratique vient du judaïsme où les chefs civils ou religieux étaient désignés par ce titre parce qu’ils étaient choisis parmi les membres les plus âgés d’une famille ou d’une synagogue. Voir, par exemple, Marc 8.31 ; 11.27 ; 14.43,53 ; 15.1. L’âge devait jouer un rôle, mais le trait le plus important ici, c’est la capacité de diriger et non pas le fait d’être âgé. Dans certaines langues, le même terme évoque les deux : l’âge et la fonction de dirigeant. Il faudrait éviter des mots trop forts, comme « celui qui commande », car il s’agit plutôt des responsables de l’Église, chargés d’accomplir des tâches précises. Dans certaines langues, on dira « conseiller » ou « dirigeant ».

les anciens qui sont parmi vous : ceci sous-entend qu’il en y avait plusieurs. Dans certaines langues, cette expression peut figurer en début de phrase, comme dans la Bible de Jérusalem : « Les anciens qui sont parmi nous, je les exhorte ».

moi qui suis ancien avec eux : Pierre semble faire un jeu de mots, en disant qu’il s’adresse aux anciens, lui qui est aussi ancien parmi eux. En grec il s’agit de deux formes très proches : πρεσβύτερος presbuteros et συμπρεσβύτερος sumpresbuteros. Spicq pense qu’« il leur est associé comme un collègue ou confrère, sur un pied d’égalité, dans la même charge » (p. 165). Mais, en fait, Il y a probablement un peu d’ironie ici, car par son statut, Pierre a certainement plus d’autorité que ceux à qui il s’adresse. En 1 Pierre 1.1, Pierre s’est présenté comme apôtre, tandis qu’ici et dans ce qui suit, il rappelle les qualifications lui permettant de faire ces remarques. D’abord il emploie le terme ancien, ensuite, témoin, et après il décrit son lien avec la gloire du Christ, passée ou future. Pour alléger le style, la Bible en français courant commence une nouvelle phrase ici (« Je suis ancien moi aussi »). Il sera bon d’essayer d’exprimer le ton ici, en restant plus proche du texte grec.

témoin des souffrances du Christ est la deuxième qualification par laquelle Pierre se caractérise. Le mot témoin (grec : μάρτυς martus) peut être compris de deux façons, soit un témoin oculaire de ces souffrances, soit un témoin qui apporte un témoignage concernant celles-ci. Si la première interprétation est adoptée, on pourra dire « De mes propres yeux, j’ai vu le Christ souffrir ». Ceci est possible puisque Pierre était présent à Jérusalem pendant la crucifixion (Jean 20.6). Mais, aucun texte biblique fait cas de sa présence au pied de la croix. Si la deuxième interprétation est suivie, il peut s’agir de ce que ces souffrances impliquent pour Pierre ou tous les croyants. La Bible en français courant relève en note les deux possibilités : « soit au sens de celui qui a vu le Christ souffrir, soit au sens de celui qui accepte de souffrir pour annoncer le Christ ». En fait, le terme grec pour témoin en est venu aussi à désigner une personne qui a souffert et est morte à cause de sa foi en Jésus-Christ. C’est ainsi que le terme grec μάρτυς martus rendu ici par témoin a donné en français le mot « martyr ».

Comme plus haut, souffrances du Christ se réfère aux souffrances et à la mort de Jésus sur la croix. Voir 1 Pierre 2.24 ; 1 Pierre 3.18 et le commentaire de 1 Pierre 4.1. S’il s’agit de témoin oculaire, on pourra dire « j’ai vu comment le Christ a souffert » ou « quand le Christ a souffert, j’étais présent, je le voyais ». En revanche, si témoin est compris au sens de celui qui rend témoignage des souffrances du Christ, on pourra dire « je témoigne devant les aux autres comment le Christ a souffert ».

moi qui ai part à la gloire qui va être révélée est la troisième qualification mentionnée par Pierre à son sujet. Le texte dit littéralement « moi aussi participant à la gloire devant être révélée ». Certains commentateurs estiment qu’avec « participant », Pierre se réfère à une expérience qu’il a vécue dans le passé, en particulier lors de la scène de la transfiguration où il fut témoin de la glorification de Jésus (Matt 17.1-9 ; Marc 9.2-10 ; Luc 9.28-36). C’est cette gloire qui sera révélée, « manifestée », « apparente », d’une manière claire au moment de sa seconde venue. Par contre, d’autres commentateurs considèrent qu’il s’agit d’une réalité vécue actuellement : l’auteur et ses lecteurs ont déjà part à la gloire qui sera bientôt révélée à tout le monde. Plusieurs versions mettent ainsi l’accent sur un proche avenir : « et j’aurai part à la gloire qui va être révélée » (Bible en français courant) ; « et je dois participer à la gloire qui va paraître », (Parole de Vie). Voir aussi 1 Pierre 4.13.

part à : le mot grec κοινωνός koinônos, s’utilise dans plusieurs contextes dans le NT, et les traductions françaises peuvent suggérer qu’il s’agit d’une démarche agressive où quelqu’un veut s’approprier quelque chose par la force. Mais dans plusieurs contextes, le mot grec exprime la solidarité ou le partenariat avec quelqu’un. Ici, Pierre n’insiste pas sur son droit d’avoir un part à la gloire, mais il se réjouit de ce que « une part me sera donnée » ou « Dieu me fera participer » dans la gloire qui va être révélée. On pourra dire « moi à qui Dieu donne part à la gloire… ».

la gloire qui va être révélée : pour gloire, voir 1 Pierre 1.7. Il peut s’agir ici de la gloire du Christ, qui sera bientôt pleinement révélée lors de sa seconde venue (1 Pierre 4.13) ou de la gloire des croyants quand la fin arrivera. Dans tous les cas, les croyants vont avoir part à la gloire du Christ lorsqu’il reviendra (comp. Matt 19.27-29 ; 1 Thess 4.14-17). En opposition à leur situation actuelle où ils subissent l’humiliation, la persécution et des souffrances diverses, ceux qui croient en lui connaîtront la gloire.

qui va être révélée semble mettre l’accent sur la brièveté du temps qui reste avant le retour du Christ, ainsi « qui est sur le point d’être révélée ». Le verbe révéler est encore une fois le terme qui donne en français le mot « apocalypse ». Voir 1 Pierre 1.5,1 Pierre 1.12. L’agent de cette révélation peut être le Christ ou Dieu, bien que l’expression puisse être traduite comme un passif impersonnel : « qui sera bientôt visible » ou « manifestée ». Si le passif doit être tourné à l’actif, Dieu sera l’agent le mieux indiqué : « la gloire que Dieu fera voir aux gens » ou « la grandeur du Christ que Dieu montrera à tout le monde ».

La Bible en français courant revient à la notion d’exhortation du début de ce verset en ajoutant à la fin « Voici ce que je leur demande ». Mais les autres versions françaises se limitent au texte et cet ajout ne semble pas nécessaire.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 1.5

En grec, ce verset fait partie de la phrase commencée en 1 Pierre 1.3. Mais pour plus de clarté et pour un style plus naturel en français, la Bible en français courant coupe cette longue phrase à plusieurs endroits. Il relie ce verset à ce qui précède : « Dieu vous les réserve dans les cieux, * (à) vous que sa puissance… »

à vous que la puissance de Dieu garde : Dieu garde les croyants sur la terre jusqu’au moment où ils bénéficieront de l’héritage qui leur est réservé. Le verbe grec pour garder est un terme militaire pour parler d’une ville protégée de ses ennemis. Ici, il est employé pour indiquer la protection accordée aux croyants contre tout danger. Cette protection leur est assurée par la puissance de Dieu.

la puissance de Dieu : c’est Dieu lui-même qui protège les croyants et il est capable de le faire parce qu’il est tout puissant. On pourra dire « Dieu est puissant et il vous garde en sécurité ». La version allemande Die Gute Nachricht est très claire : « Dieu… vous protégera grâce à sa puissance ». Il ne s’agit pas seulement de force physique : puissance implique un sens plus large : la capacité que Dieu a de préserver son peuple. Pour les premiers lecteurs de la lettre, cette affirmation avait une grande importance car ils étaient menacés par toutes sortes de difficultés et d’épreuves qui, selon les croyances juives traditionnelles, devaient avoir lieu avant la fin du monde.

par la foi : un autre élément relatif à la sécurité des chrétiens est leur foi. Selon quelques commentateurs, la foi serait celle dont parle Hébr 11.1 : « Mettre sa foi en Dieu, c’est être sûr de ce que l’on espère, c’est être conscient de la réalité de ce que l’on ne voit pas » (Bible en français courant). Dans ce sens, la foi désigne la ferme conviction ou la certitude que Dieu demeure fidèle à ses promesses. Malgré toutes les difficultés présentes, son triomphe final est assuré. Cependant, la plupart des commentateurs comprennent que la foi ici est plus que le fait de croire une vérité d’ordre théologique ou religieux. Elle suppose une relation étroite avec Dieu ou Jésus-Christ, un engagement et une confiance totale à leur égard. C’est dans le cadre d’une telle relation qu’il est possible pour Dieu de protéger les chrétiens. Ici et ailleurs dans le NT, il est parfois difficile de définir ce qui relève de Dieu et ce qui relève du croyant. Certains voient ici la puissance de Dieu comme facteur de la protection, et la foi provenant du croyant lui-même. Pour être effective, l’action de Dieu dans la vie du croyant demande la réceptivité de la part de ce dernier. C’est dans ce sens que la puissance de Dieu peut être comprise comme l’instrument de la protection accordée aux chrétiens, tandis que la foi est la condition permettant la réalisation de cette protection, ce qui permettra de dire « parce que vous croyez » ou « parce que vous mettez votre confiance en Jésus-Christ ».

pour le salut prêt à se révéler au moment de la fin : les croyants sont gardés pour le salut. Pour certains, le salut (grec : σωτηρία sôtêria) reprendrait l’idée de l’héritage, mentionné en 1 Pierre 1.4. Ainsi l’héritage serait la communion actuelle dont le croyant jouit grâce à sa relation avec Dieu et tout ce qui l’accompagne : délivrance du pouvoir du mal, possession de la vie éternelle, etc. Par contre, d’autres y voient un développement par rapport à ce qui précède. Ainsi le mot salut évoquerait en plus l’accomplissement final du plan de Dieu en faveur de son peuple et du monde entier. Ce salut comprend alors le triomphe définitif de la vérité et du bien, ainsi que la reconnaissance par tous de la royauté de Dieu et de son règne sur l’univers. Il s’agit du salut promis aux Juifs, mais devenu universel (Luc 1.70-71 ; Act 4.12), le salut incarné en Jésus-Christ et apporté par lui. Se basant sur le texte qui suit, c’est cette dernière interprétation qui semble correcte. Dans quelques langues, il ne sera pas facile de trouver un équivalent pour ce terme clé, mais on pourra parler de « délivrance » ou de « libération ». On pourra dire ici : « Dieu vous garde par sa puissance, vous qui croyez, afin que vous puissiez connaître pleinement le salut » ou « la délivrance ». Utilisant des tournures verbales, on pourra dire « (vous allez savoir) comment Dieu va délivrer (toute chose) ».

prêt à se révéler signifie que pour Pierre et les destinataires de sa lettre, le temps est proche où ce salut se manifestera totalement. Le verbe grec ἀποκαλύπτω apokaluptô, se révéler, utilisé ici est lié au nom correspondant à « apocalypse » en français. La Parole de Vie tourne l’expression à l’actif à l’aide d’un pronom indéfini : « Ce salut, on le connaîtra à la fin des temps ». On pourra aussi expliciter l’agent : « Dieu est prêt à révéler cela à la fin des temps » ou « Dieu est prêt à révéler à la fin des temps comment il va délivrer (toutes choses) ».

au moment de la fin : le moment de cette « révélation » est défini comme le moment de la fin, litt. « moment dernier ». Le mot grec utilisé ici pour moment (grec : καιρός kairos) indique un moment fixe, en opposition à un autre mot pour le temps, Χρόνος chronos, qui indique plutôt le déroulement du temps. La plupart des commentateurs estiment que l’auteur fait allusion ici à la seconde venue du Christ, marquant la réalisation de toutes les promesses de Dieu dans le cadre de son règne. La première lettre de Pierre affirme donc que cet événement est sur le point d’arriver.

Dans certaines cultures, le temps n’a pas de fin et il sera difficile de parler de moment de la fin ou de « fin des temps » (Bible en français courant). De plus, il s’agit d’un moment précis. Certains traducteurs opteront pour « à la fin des siècles », mais une solution plus satisfaisante sera dans quelques langues « au dernier jour » ou « au jour final ». Mais il ne faudrait pas laisser entendre qu’il s’agit là de la fin définitive du monde, car le texte se réfère à la fin d’une époque et au début d’un nouvel ordre des choses.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 2.13-14

2.13-17

Le premier domaine pratique que l’auteur aborde est celui du comportement des chrétiens par rapport aux autorités. Les lecteurs sont exhortés à se soumettre aux autorités et à respecter les représentants du pouvoir, que ce soit l’empereur, les gouverneurs de province, etc. La perspective est semblable à celle de Paul dans Rom 13.1-7, sauf qu’ici Dieu n’est pas mentionné comme source de l’autorité politique.

Au vu de cette exhortation, plusieurs commentateurs estiment qu’à l’époque de la rédaction de la lettre, les destinataires n’étaient pas persécutés par les autorités. Selon eux, les épreuves et persécutions évoquées dans la lettre auraient été dues aux non-croyants. Mais d’autres pensent, au contraire, que les chrétiens de cette époque étaient effectivement persécutés par les autorités. Cette exhortation à obéir aux autorités serait justifiée en raison de la proximité de la fin du monde. Si les gouvernements allaient bientôt disparaître, pour le peu de temps qui restait, les chrétiens devaient accepter la situation politique et sociale telle qu’elle existait, au lieu de s’efforcer de la transformer. Voir, par exemple, 1 Pierre 4.7. Toutefois, la première interprétation semble plus probable. Spicq dit à ce sujet : « il s’agit de ces vexations, critiques, railleries, mauvais procédés… dont les chrétiens… ont été victimes dès l’origine de la part de leurs concitoyens païens… » (p. 19).

En fait, le NT présente plusieurs façons de considérer les autorités politiques. Par exemple, dans le livre des Actes, l’auteur relève à plusieurs reprises non seulement que les autorités défendent le bon droit des chrétiens (Act 18.14 ; 21.31-35), mais aussi le fait que l’Église et ses serviteurs ne sont pas opposés aux autorités (Act 25.11 ; 28.19). Mais dans le livre de l’Apocalypse, en particulier au ch. 13 ou en 17.1-6, l’image qui est donnée du pouvoir romain est celle d’une bête démoniaque, qui veut prendre la place de Dieu, en voulant obliger les chrétiens à adorer l’empereur. De tels textes montrent que l’attitude des chrétiens face aux autorités dépend de la situation en question. C’est ainsi que dans l’introduction de la Traduction œcuménique de la Bible à 1 Pierre, il est dit « l’état d’esprit reflété par l’épître est bien différent de celui de l’Apocalypse où l’État est présenté de façon évidente comme persécuteur. Rien de pareil dans 1 Pierre, qui enseigne encore le respect à l’égard des autorités… et relève en particulier leur aspect positif ».

En grec, les versets 1 Pierre 2.13 ne forment qu’une seule phrase, mais pour des raisons de clarté du style, la plupart des versions les répartissent en plusieurs phrases.

Soyez soumis est en grec un impératif aoriste. Le même ordre se retrouve en 1 Pierre 2.18 et 1 Pierre 3.1 sous la forme d’un participe, qui a la valeur d’un impératif. Le verbe se soumettre implique, en plus de l’idée de soumission proprement dite, celle de reconnaître les autorités, ce qui demande du respect et une certaine obéissance. C’est pourquoi certaines versions optent pour « Obéissez », « Soyez obéissants » ou « Acceptez l’autorité… »

toute institution humaine : le mot rendu par institution (grec : κτίσις ktisis) n’est utilisé qu’ici dans l’ensemble de la lettre, mais il se retrouve ailleurs dans le NT où il a parfois le sens de « création » (Rom 1.20 ; 8.19-22 ; 2 Pi 3.4) et parfois celui de « créature » (Rom 1.25 ; 8.39 ; 2 Cor 5.17 ; Col 1.15,23). Certains traducteurs proposent ici « toute créature humaine » (La Bible du Semeur) ou « tout être humain ». Mais la plupart des biblistes y voient un autre sens. Le mot peut être rendu en traduction en se référant :
• d’une manière générale à toute institution humaine, c’est-à-dire à des « institutions de la société humaine », comprenant tout ce que la lettre mentionne dans la suite du ch. 2 et au ch. 3, à savoir autorités, serviteurs et maîtres, couples ;
• plus spécifiquement aux autorités, ainsi « à toute autorité humaine » (Bible en français courant) ;
• à une combinaison des deux premières possibilités, par exemple « acceptez l’autorité de toute institution humaine ».

Le contexte immédiat ( 1 Pierre 2.13) favorise plutôt la deuxième interprétation. Au lieu d’exprimer ces notions par des noms (« à toute autorité humaine », Bible en français courant), on pourra utiliser des tournures verbales telles que « se soumettre à une autorité », « obéir à une autorité » ou « à une personne qui détient l’autorité ». Cela donnera par exemple « obéissez à tous ceux qui détiennent l’autorité », « à ceux qui ont le droit de gouverner », « à ceux qui ont le pouvoir de commander aux autres ».

à cause du Seigneur : telle est la raison qui motive la soumission. Ici, comme souvent dans les épîtres, le Seigneur désigne le Christ. De même que Jésus-Christ a été respectueux de l’autorité établie, de même les chrétiens devraient faire preuve d’une attitude semblable. Voir Matt 22.21. Les lecteurs sont donc exhortés à suivre l’exemple du Seigneur. On pourra dire « à cause de ce que le Seigneur a fait » ou « afin de suivre l’exemple du Seigneur ». Mais l’expression peut aussi être un appel à honorer le Seigneur par des actes, en particulier dans les rapports avec les non-chrétiens. Si cette interprétation est adoptée, on dira « afin d’honorer le Seigneur ». La La Bible du Semeur propose une autre possibilité : « pour l’amour du Seigneur ».

soit au roi : l’auteur mentionne maintenant les autorités auxquelles les chrétiens doivent se soumettre. Le mot roi désigne ici en fait « l’empereur » (Bible en français courant, Good News Bible, Die Gute Nachricht). Comp. Jean 19.15 ; Act 17.7 ; Apoc 17.9,12. Dans certaines langues, il n’y a pas de mot pour roi, dans ce cas on parlera de « grand chef » ou de « grand propriétaire ».

en sa qualité de souverain : litt. « (celui) comme étant supérieur », c’est-à-dire celui « qui a le pouvoir suprême » (Bible en français courant). L’empereur détient ce « pouvoir suprême », non pas par rapport au Seigneur, mais par rapport aux autres autorités. Sa supériorité n’est pas due aux qualités de sa personne, mais à ses fonctions à la tête de l’empire. On pourra rendre cela par « le chef le plus important, qui a autorité sur tous les autres » ou « qui commande à tous ».

aux gouverneurs : le terme grec se réfère normalement à des hauts fonctionnaires, subordonnés à l’empereur, comprenant ceux qui gouvernaient les provinces de l’empire romain, mais aussi des chefs en un sens plus général. Comme dit le texte ici, ceux-ci ont été délégués par l’empereur. Il sera parfois utile de répéter le verbe soumis : « soyez également soumis aux gouverneurs ».

délégués par lui : littéralement « envoyés par lui » (Bible en français courant, Segond Révisée, Osty-Trinquet, Bible de Jérusalem), ce qui implique que leur pouvoir d’agir leur a été confié par l’empereur. Dans certaines langues, on dira qu’ils sont « placés » ou « établis ».

pour punir les malfaiteurs et louer les gens de bien : le but de la fonction confiée aux gouverneurs est définie ainsi à la fois négativement et positivement. Voir aussi Rom 13.3-4.

pour punir les malfaiteurs : le texte grec dit « pour punition des malfaiteurs ». La majorité des langues ont un verbe pour punir ou emploient un terme comme « payer ». Il ne s’agit pas seulement de faire souffrir les malfaiteurs. Ils doivent « payer » pour ce qu’ils ont fait.

Pour malfaiteurs, voir 1 Pierre 2.12. Certaines versions rendent le mot par « criminels », mais dans certaines langues ce sera simplement « ceux qui font le mal » (Parole de Vie).

et louer les gens de bien : la conjonction δέ de, rendue par et marque en fait un contraste : « mais » (Nouvelle Bible Segond). Les traducteurs utiliseront donc la conjonction qui convient dans ce contexte. Il s’agit maintenant de la deuxième tâche des gouverneurs, cette fois-ci positive. Cette proposition fait probablement allusion aux récompenses que l’État accordait à des gens en signe de reconnaissance pour leurs mérites ou les services rendus à la communauté. Dans l’empire romain, de telles louanges étaient gravées sur des monuments et sur des couronnes de victoire. Voir aussi Act 22.27-29. On pourrait parler d’« honorer » ou de « féliciter ceux qui font le bien » (Bible en français courant, Parole de Vie, Bible de Jérusalem), ou encore de les « récompenser ». La La Bible du Semeur propose « approuver les gens honnêtes ».

les gens de bien rend un seul mot du grec mais qui se décompose en « faiseurs de bien », c’est-à-dire, « ceux qui font ce qui est juste ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 3.21

C’était l’image du baptême : après avoir évoqué les événements qui se sont déroulés du temps de Noé, Pierre en vient maintenant au présent. Il désire montrer en quoi ces événements ont une valeur significative pour la situation actuelle des destinataires de sa lettre. C’est ainsi qu’il reprend un des faits et l’interprète comme une image se rapportant à un aspect de la vie chrétienne. En cela, il se conforme à une pratique courante chez les auteurs du NT et chez d’autres interprètes bibliques de l’époque, qui consistait à citer des objets, des événements et des personnes de l’AT pour montrer leur rapport avec des concepts chrétiens. De telles images étaient censées annoncer par avance, de façon imparfaite, des réalités révélées une fois le Messie venu. Dans le NT, on pourra citer comme exemples de cette pratique les parallélismes
• Élie – Jean-Baptiste (Matt 11.14 ; 17.12-13),
• Jonas – le Christ (Luc 11.29-32),
• Adam – le Christ (Rom 5.12-21),
• Israël dans le désert, l’eau et la manne – baptême et sainte cène (1 Cor 10.1-11).

C’était : en grec ce verset débute par les mots « qui aussi », mais on pourra se demander, dans le récit du déluge, qu’est-ce que l’image en question ? Au moins trois possibilités sont à envisager :
1. L’image pourrait être l’eau du déluge, qui préfigure l’eau du baptême. De même que Noé et sa famille ont été sauvés par l’eau du déluge, qui a soulevé l’arche, de même les chrétiens sont sauvés par l’eau du baptême. C’est ainsi qu’une version propose « Cette eau était le symbole auquel correspond l’eau du baptême ».
2. Mais l’image pourrait aussi renvoyer à la série d’événements mentionnés en 1 Pierre 3.20 : la construction de l’arche, l’entrée des huit personnes là-dedans, et le fait qu’elles ont été sauvées. Dans ce cas, la réalité évoquée n’est pas seulement l’eau du baptême, mais tout le processus du baptême. Une version a proposé une paraphrase dans ce sens : « c’est là une parfaite illustration de la façon dont vous avez été admis à la sécurité de “l’arche” chrétienne grâce au baptême ».
3. Enfin, pour certains interprètes, l’image se rapporte à Noé et sa famille, et la situation qu’elle préfigure est celle des chrétiens. Le verset signifierait que, puisque Noé et sa famille ont été sauvés par l’eau, les chrétiens à leur tour seront sauvés par l’eau du baptême. Cette interprétation se justifie si le pronom relatif grec « qui » au début du verset est considéré comme relié à vous et non à baptême. La construction du texte original grec n’exclut pas cette possibilité, mais à notre connaissance, aucune version ne l’a adoptée.

La plupart des versions demeurent ambiguës à l’égard du référent de C’était. Mais dans certaines langues, il sera nécessaire de préciser à quoi Pierre fait allusion. Si c’est le cas, on pourra expliciter cela en disant « l’eau se rapporte au baptême » ou « ce qui est arrivé à Noé et sa famille se rapporte au baptême ». La Bible de Jérusalem propose « Ce qui y correspond, c’est le baptême qui vous sauve ». La La Bible du Semeur offre un bon modèle en disant : « ces événements préfiguraient le baptême ». Les traducteurs devraient chercher des expressions appropriées pour en parler, en disant peut-être « c’est une sorte d’image », « cela nous rappelle », « cela fait penser à… »

baptême : comme il est question d’une image, de nombreuses langues exigent une tournure verbale du genre « c’est comme être baptisé ». Le choix du terme pour traduire baptême ou « baptiser » s’avère parfois très difficile. D’abord, il faudra prendre garde à ne pas susciter de controverse par un terme qui exclurait les formes propres à certaines traditions ecclésiastiques. On dispose parfois d’un terme assez large pour englober plusieurs manières de baptiser, souvent un mot emprunté au français ou à une autre langue. Dans certaines langues, ce sera une expression idiomatique comme « entrer dans l’eau » ou « jeter l’eau », qui n’a plus son sens littéral. Il s’agit, bien sur, d’un « rite de l’eau » ou « un rite effectué au moyen d’eau », mais il ne faudrait pas que l’expression soit comprise comme un rite parmi d’autres. Il s’agit d’un acte et d’un rite très spécifique.

qui vous sauve maintenant : ces mots décrivent l’effet du baptême. sauver représente un verbe lié à celui trouvé en 1 Pierre 3.20, mais sans le préfixe διὰ dia « à travers ». Voir aussi 1 Pierre 1.5, 1 Pierre 1.9 (« salut »).

L’adverbe maintenant renvoie à la nouvelle étape de l’histoire en opposition à l’ancienne, c’est-à-dire à l’époque du Christ et de son Église par rapport aux temps qui ont précédé. Il attire l’attention des lecteurs sur une époque précise, celle où le baptême est pratiqué. L’adverbe fait ressortir le fait que Dieu a un nouveau plan pour sauver l’humanité.

Tel qu’il se présente, le texte fait du baptême (ou de l’eau du baptême) l’agent qui sauve. Cependant, une lecture attentive de l’ensemble du verset montre que qui vous sauve doit sans doute être mis en relation avec par la résurrection de Jésus Christ à la fin du verset (comp. 1 Pierre 1.3). C’est ce que font ressortir nettement la Traduction œcuménique de la Bible (il vous sauve par la résurrection de Jésus Christ) et la Bible en français courant (« il vous sauve grâce à la résurrection de Jésus-Christ »). Une autre version propose « c’est la résurrection de Jésus Christ qui rend possible ce processus de salut ». Compris de cette manière, le baptême n’est plus considéré comme l’agent du salut, mais comme son instrument, par exemple « l’eau du baptême au travers duquel vous êtes amenés au salut ». L’agent implicite est toujours Dieu (comp. 1 Pierre 1.3). En d’autres mots, c’est parce que le Christ est ressuscité d’entre les morts que le baptême est devenu le moyen au travers duquel Dieu fait connaître son intervention salutaire. Si le Christ n’était pas ressuscité, le baptême serait seulement un symbole de mort et non aussi de vie. Mais puisque le Christ a été réellement ramené de la mort à la vie, les chrétiens peuvent alors se relever de l’eau du baptême pour entrer dans une vie nouvelle (comp. Rom 6.1-11).

Pour éviter de donner l’impression que la proposition qui vous sauve maintenant signifie que le baptême est l’agent direct du salut, il sera important de le présenter plus explicitement comme un moyen, par exemple « c’est par le baptême que vous savez comment Dieu vous sauve maintenant ». On pourra dire, par exemple, « au moyen du baptême, Dieu vous sauve maintenant grâce au fait que Jésus-Christ est ressuscité ».

il n’est pas la purification des souillures du corps, mais l’engagement envers Dieu d’une bonne conscience ; il vous sauve par la résurrection de Jésus Christ : le sens du baptême est présenté tout d’abord négativement, puis positivement.

il n’est pas la purification des souillures du corps : litt. « non pas de la chair l’enlèvement d’une saleté ». En effet, dans l’AT, il y avait beaucoup de rites de purification qui permettaient aux gens d’entrer dans le temple ou de faire certains sacrifices. Il fallait être pur pour s’approcher de Dieu. Pierre souligne ici que le rite du baptême (qui utilise l’eau) n’a pas pour but de rendre quelqu’un propre d’un point de vue physique.

purification : le verbe grec rendu ici ne paraît qu’ici et dans 2 Pi 1.14. Le sens premier du verbe est « enlever ». Dans 2 Pi 1.14, Pierre parle d’« enlever la tente », une expression figurée pour sa mort proche. Dans ce présent contexte, Pierre parle d’« enlever les saletés du corps ». Le mot « saletés » ou souillures ne figure qu’ici dans tout le NT, mais le mot « corps » (grec : σαρκὸς sarkos) est très fréquent. Ici il s’agit du corps humain. Pierre veut dire que le baptême n’a rien à faire avec la propreté du corps en tant que tel. La Parole de Vie l’exprime clairement : « Le sens du baptême n’est pas d’enlever les saletés du corps ». Alors, au lieu de parler de purification, terme technique lié au rituel, il vaut mieux trouver une expression courante comme « débarrasser le corps de la saleté ». On pourra aussi dire plus explicitement : « Le baptême, ce n’est pas le fait de laver le corps » ou « d’enlever la saleté du corps ». Certains commentateurs supposent qu’il y a ici un contraste voulu entre le baptême chrétien d’une part, et d’autre part, des rituels qui ressemblaient beaucoup au baptême (voir la note de la Traduction œcuménique de la Bible) pratiqués par les Juifs ou les adhérents des religions dites « à mystères » du Proche-Orient qui mettaient l’accent sur la purification externe. Mais le texte ici n’en parle pas et les traducteurs ne devraient pas tenir compte de ces hypothèses dans leur traduction.

mais l’engagement envers Dieu d’une bonne conscience : Pierre montre maintenant le sens positif du baptême. C’est un acte qui présente ou symbolise l’engagement d’une personne envers Dieu. En fait, le mot grec rendu par engagement ne se trouve qu’ici dans le NT. Il a deux sens possibles. Il signifie habituellement « interrogation » ou « question ». Il pourrait alors se référer aux questions adressées à la personne sur le point d’être baptisée, ainsi qu’à ses réponses. C’est peut-être ce qui explique la traduction de la Parole de Vie : être baptisé, c’est « répondre à l’appel de Dieu ». La Bible en français courant est similaire : c’est « demander à Dieu une conscience purifiée ». Voir aussi Matt 16.1 et Ps 136.3. d’une bonne conscience est une expression au génitif en grec, qui peut être comprise dans deux sens : soit de la bonne conscience du baptisé qui lui dicte son engagement envers Dieu, ainsi « s’engager envers Dieu avec une conscience pure » (La Bible du Semeur) ; soit d’un engagement envers Dieu de garder une bonne conscience. L’adjectif bonne a un sens général, mais ici peut impliquer l’idée de « pure », ainsi une « conscience purifiée » (Bible en français courant). L’auteur semblerait alors exprimer le contraste entre les rites de purification extérieure et la notion du baptême chrétien, un symbole visible d’une purification intérieure. La signification d’une bonne conscience pourrait aussi être rendue par « nous n’avons rien à nous reprocher » ou positivement : « nous sommes sincères » ou « confiants ».

Puisque l’expression engagement envers Dieu d’une bonne conscience est ambiguë, le traducteur devra choisir parmi diverses interprétations et rendre le texte d’une manière naturelle dans sa langue, par exemple, « mais le baptême signifie que nous faisons une promesse à Dieu avec une bonne conscience » ou suivant l’interprétation alternative, « mais le baptême signifie s’adresser à Dieu pour que nous puissions avoir une bonne conscience ».

il vous sauve par la résurrection de Jésus Christ : pour sauve, voir ci-dessus. Pour résurrection, voir 1 Pierre 1.3. Dans le texte grec cette expression est au génitif, qui peut indiquer un moyen. Mais il y a d’autres possibilités. La Bible en français courant et la Parole de Vie en voient une cause : « Il vous sauve grâce à la résurrection de Jésus-Christ » ; « Le baptême vous sauve, parce que Jésus-Christ s’est levé de la mort », ce qui semble plus logique.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 5.12

5.12-14
Conclusion et salutations

L’auteur conclut maintenant sa lettre par quelques salutations. Conformément à une pratique courante à l’époque, il se peut que Pierre ait repris la plume de son secrétaire pour écrire lui-même les derniers mots de cette lettre, bien que cela ne soit pas dit explicitement ici.

Je vous ai écrit ces quelques mots par Silvain : pour la première fois Pierre explique que pour sa lettre, il a eu recours à l’aide d’un de ses compagnons, Silvain qui servait de « secrétaire ». Silvain est la forme latine (Silvanus) de « Silas ». Comme aucun autre personnage de ce nom n’est mentionné dans le reste du NT, il semble que c’est la même personne nommée ailleurs, Silas (Act 15.22-40 ; 18.5 ; 2 Cor 1.19 ; 1 Thess 1.1 ; 2 Thess 1.1.), mais rien dans la lettre ne le confirme.

ces quelques mots est litt. ὀλίγων oligôn, « en peu ». Bien que longue, on pourrait parler de « cette courte lettre » (Bible en français courant, Good News Bible, Contemporary English Version). Les traductions de Darby et de la La Bible du Semeur disent « Je vous ai écrit (assez) brièvement ». Ceci suppose que Pierre aurait pu écrire une lettre beaucoup plus longue !

par Silvain est une tournure ambiguë en grec. Elle peut être interprétée au moins de trois façons différentes :
1. Silvain était le secrétaire qui a mis par écrit ce que Pierre lui dictait.
2. Silvain a rédigé la lettre, en y incorporant les propres idées de Pierre, mais sans que le texte lui en soit dicté.
3. Silvain est chargé de transmettre la lettre que Pierre lui-même a écrite.

Il est difficile de trancher. Quelques traductions choisissent la troisième interprétation en disant, « Je vous envoie cette lettre par Silvain ». Une note de la Bible Osty-Trinquet combine les propositions en disant : « C’est lui [Silvain] qui doit remettre la lettre aux communautés intéressées, après avoir peut-être servi de secrétaire à Pierre ». Mais la plupart des versions optent soit pour la première interprétation, soit pour la seconde, par exemple « Je vous ai écrit… avec l’aide de Silas » (Bible en français courant). « Silvain m’a aidé à écrire cette courte lettre » (Contemporary English Version), « Par Silvain… je vous ai écrit » (La Bible du Semeur), « Je vous écris… par Silas » (Parole de Vie). En effet, cette pratique est bien connue et expliquera pourquoi le grec de cette lettre ne semble pas celui d’un ancien pêcheur. Voir Intro.

que je considère comme un frère fidèle : cette remarque ne veut pas dire que d’autres sous-estiment cette personne. En fait, cette affirmation est destinée à souligner l’estime que Pierre éprouve pour Silvain, de sorte qu’on pourra dire « que je sais être… » ou « dont je suis certain qu’il est… »

un frère fidèle est une traduction littérale, mais frère est employé dans le même sens que celui suggéré par « amour fraternel » en 1 Pierre 1.22 ou 1 Pierre 3.8. Le terme désigne un « frère dans la foi », d’où « frère chrétien » (Good News Bible).

fidèle peut être mis en relation avec Pierre (ainsi « frère en qui je peux avoir confiance ») ou avec Dieu et le Christ (ainsi « un frère dont je suis certain de la foi en Dieu » ou « en Jésus-Christ »). Cependant, il est probable que dans ce contexte l’adjectif fidèle comporte plutôt l’idée de « digne de confiance », ainsi « en qui j’ai confiance » ou « en qui on peut avoir confiance ».

pour vous exhorter : cette exhortation se réfère au contenu de la lettre qui, dans son ensemble, vise à encourager (grec : παρακαλέω parakaleô) les croyants. La Parole de Vie dit « Je vous envoie cette lettre pour vous donner du courage ». La Bible en français courant commence une nouvelle phrase ici : « Je l’ai fait pour vous encourager ». Dans certaines langues, il sera nécessaire de préciser l’objet de cet « encouragement », par exemple, « J’ai désiré vous encourager à persévérer dans la foi ».

et vous attester : le verbe grec ἐπιμαρτυρέω epimartureô signifie « confirmer par un témoignage ». Ainsi « pour vous dire » (Parole de Vie) est trop faible par rapport au grec. Il s’agit de témoigner de la vérité d’un fait ou attester qu’une chose est vraie. Le verbe peut se référer à l’autorité de Pierre en tant qu’apôtre (1 Pierre 1.1) et au fait qu’il est lui-même un témoin des souffrances du Christ (voir 1 Pierre 5.1). On pourra dire « déclarer » ou « affirmer avec force ». Cependant il ne semble pas s’agir de « jurer » comme au tribunal et cette traduction devra être évitée.

que c’est à la véritable grâce de Dieu que vous êtes attachés : voici le contenu de ce qui est attesté. Le texte grec est plus court et dit litt « celle-ci est la véritable grâce de Dieu dans laquelle vous vous tenez ».

La Bible de Jérusalem et l’Osty-Trinquet rendent les premiers mots « que telle est la vraie grâce de Dieu » Le pronom démonstratif « celle-ci » peut évoquer le contenu de l’ensemble de la lettre ou se référer seulement au contenu du 1 Pierre 5.10. Mais du moment que les verbes exhorter et attester sont mis en relation avec toute la lettre, la première interprétation semble plus probable. La note de la Traduction œcuménique de la Bible dit « Ce verset définit le contenu et le but de toute la lettre : encouragement dans la foi et exhortation à tenir bon malgré les épreuves dans la certitude que Dieu réalise son dessein de grâce ».

la véritable grâce de Dieu est une traduction littérale du grec. Le mot grâce peut être compris comme au 1 Pierre 5.10, au sens de l’amour divin immérité. Ainsi tous les actes de Dieu mentionnés au 1 Pierre 5.10 sont des expressions réelles de son amour et de sa bonté. De ce point de vue, la véritable grâce de Dieu peut être rendue par « ce que Dieu a fait pour vous est une preuve véritable de son amour » ou « prouve vraiment sa bonté à votre égard ». Selon une autre interprétation, grâce aurait ici le sens de « don » et l’expression signifierait « toutes vos souffrances et peines sont vraiment un don de Dieu », c’est-à-dire, une manière que Dieu utilise pour bénir les chrétiens. Ainsi la Parole de Vie propose « voilà le vrai don de Dieu ». Mais cette interprétation semble moins probable. Il vaut mieux opter pour la première interprétation en disant, par exemple, « tout ce que je vous ai écrit concerne vraiment la bonté de Dieu ».

En effet l’adjectif ἀληθής alêthês peut aussi être compris de plusieurs manières, soit comme adverbe, par exemple « tout ce que j’ai écrit peut vraiment vous amener à connaître la grande bonté de Dieu », soit comme un adjectif, où l’on parlera de « la vraie grâce de Dieu » (Nouvelle Bible Segond).

C’est dans cette grâce que litt. « vous tenez ferme », ou « à laquelle, en fait, vous êtes attachés ». Le verbe est le même utilisé lorsqu’on décrit quelqu’un qui se tient debout, mais ici le sens est plus fort : « demeurer ferme », etc. Ces mots peuvent constituer un simple constat ou rappel adressé aux lecteurs. Mais la forme du verbe grec est interprétée dans plusieurs versions comme un impératif. Il s’agira alors d’une exhortation : « demeurez-y » (Osty-Trinquet), « tenez-vous-y » (Bible de Jérusalem), « restez attachés à ce don » (Parole de Vie), « Demeurez fermes en elle » (c’est-à-dire, la grâce de Dieu, Good News Bible), « Demeurez fermement dans cette grâce » (Die Gute Nachricht). Il s’agit de « tenir ferme » et de persévérer jusqu’à la fin, quoi qu’il arrive. C’est au moins l’une des interprétations qui peuvent être adoptées.

Mais il y a d’autres interprétations possibles. La préposition grecque εἰς eis a comme premier le sens premier « vers » ou « vers laquelle ». Dans cette lettre, elle est souvent utilisée pour introduire l’idée d’un but ou d’une raison, ainsi « en vue de laquelle demeurez fermes ». Mais Carrez et Morel (p. 81) disent que cette préposition « remplace très souvent en (dans)… » Ainsi elle indiquerait le milieu dans lequel il faut demeurer ferme, comme dans la Nouvelle Bible Segond : « c’est bien dans la vraie grâce de Dieu que vous vous tenez ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 1.16

Pierre cite ici un extrait du livre du Lévitique (19.2). Voir aussi Lév 11.44 ; 20.26. Dans son contexte original, l’exhortation concernait le peuple d’Israël, tandis qu’ici elle s’adresse aux chrétiens. Pour Pierre, les chrétiens sont le nouveau peuple de Dieu et l’Église est le nouvel Israël. Pour alléger le style, la Bible en français courant commence une nouvelle phrase ici.

parce qu’il est écrit est une façon typique dans le NT pour introduire des citations de l’AT. Le texte grec est littéralement « parce qu’il a été écrit », mais plusieurs versions précisent cela en parlant des « Livres Saints » ou de « l’Écriture » (Bible en français courant). La Parole de Vie dit : « parce qu’il est écrit dans les Livres Saints », et la La Bible du Semeur va plus loin en évoquant Dieu : « Car voici ce que Dieu dit dans l’Écriture ».

Soyez saints, car je suis saint : la Traduction œcuménique de la Bible met ces mots en italiques pour montrer qu’il s’agit d’une citation de l’Ancien Testament (Lév 19.2). Les traducteurs pourront suivre cette solution ou mettre la citation entre guillemets comme dans la Bible en français courant. En grec, le verbe « être » est au futur (litt. « vous serez saints », Segond Révisée, Bible de Jérusalem, Osty-Trinquet), une forme couramment utilisée dans la Bible pour des commandements. Voir, par exemple, le rappel des deux commandements les plus importants en Matt 22.37,38. Mais dans la majorité des langues, l’équivalent sera un impératif ou une forme comme « vous devez être saints » (Die Gute Nachricht). soyez saints, car je suis saint peut être rendu tel quel ou par « soyez propres car je suis propre », « soyez purs car je suis pur » ou « soyez séparés du mal car je suis séparé du mal ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 2.25

Car vous étiez égarés comme des brebis : Pierre cite une fois de plus le prophète Ésaïe. Voir És 53.6. Comme en 1 Pierre 2.10, l’auteur rappelle à ses lecteurs quelle était leur situation avant de devenir chrétiens.

Car rend la conjonction γάρ gar du grec, traduite dans la majorité des versions. La Parole de Vie la rend par l’emphatique « Oui ». Certaines versions anglaises, dont la Good News Bible et la Contemporary English Version, l’omettent. En lisant leur traduction à haute voix, les traducteurs pourront trouver la transition qui convient le mieux dans leur langue.

vous étiez égarés comme des brebis : dans les évangiles, le même verbe grec rendu par égarés est utilisé dans la parabole de la brebis perdue (Matt 18.12). On pourrait donc parler de brebis qui ont « perdu leur chemin », « se sont perdues ». Dans de nombreuses langues, on placera la comparaison au début de la phrase : « Comme des brebis, vous vous êtes perdus ». Mais il sera parfois nécessaire d’être plus explicite : « Vous vous êtes trompés de chemin » ou « vous êtes partis sur le mauvais chemin, comme des moutons perdus ».

mais maintenant vous vous êtes tournés vers le berger : la conjonction grecque ἀλλά alla, mais exprime un fort contraste, et les traducteurs devraient tenir compte de ce fait. Le maintenant qui suit souligne ce contraste important dans la vie des chrétiens avant leur conversion et après.

vous vous êtes tournés : le verbe grec est au passif aoriste, mais plusieurs versions le rendent à l’actif : « vous êtes retournés » (La Bible du Semeur), « vous êtes revenus » (Parole de Vie). La Bible en français courant s’en tient au passif : « vous avez été ramenés ». On aurait pu expliciter un agent sous-entendu (Dieu vous a ramenés), mais ceci affaiblira le rôle joué par celui qui décide de quitter le mauvais chemin pour suivre Dieu. se tourner désigne premièrement un acte physique, mais le verbe a ici le sens de « se donner à », « se confier à », « s’en remettre aux soins de ». Cependant, comme il s’agit d’un langage figuré, si possible, il vaut mieux garder l’image.

vers le berger semble signifier « auprès du berger ». Au Proche-Orient les moutons suivent le berger, mais dans d’autres parties du monde les moutons vont devant lui. Ceci n’a pas d’incidence sur la traduction, puisque d’après ce texte, les moutons reviennent au berger.

le berger et le gardien de vos âmes : Pierre utilise deux expressions pouvant se référer à Dieu ou au Christ. Dans le contexte d’une citation de l’AT, on pensera d’abord à Dieu, mais Jésus a dit clairement « Je suis le bon berger » (Jean 10.11), ce qui justifie la seconde possibilité. La conjonction et n’implique pas que le berger et le gardien désignent deux personnes distinctes.

Le titre de berger utilisé ici, prolonge l’image des brebis égarées. Beaucoup de langues ne posséderont pas de mot spécifique pour berger, mais on pourra parler du « chef des animaux », « celui qui dirige les animaux ».

gardien de vos âmes : le mot grec traduit par gardien est celui dont est dérivé le français « évêque ». Il n’est pas utilisé ici dans un sens technique ou ecclésiastique, désignant un personnage chargé d’une responsabilité importante dans le gouvernement de l’Église, mais au sens propre de gardien : « celui qui veille sur » (Bible en français courant) ou « qui protège » (Parole de Vie). Il sera possible de dire « celui qui vous conduit et vous protège » (Die Gute Nachricht).

de vos âmes se rapporte à des personnes, le mot âme mettant parfois l’accent sur la personne entière. Voir 1 Pierre 1.9 et 1 Pierre 1.22 pour « âme ». La Bible en français courant propose « qui veille sur vous », et la Parole de Vie « qui protège vos vies ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.