3.10-12
Pierre fonde son argumentation sur des textes de l’AT. Ainsi il cite maintenant le Ps 34.13-17, mais avec quelques modifications qui servent à mieux exprimer le but qu’il vise. La citation est introduite par la conjonction γάρ gar, « Car » ou En effet.
Le Psaume 34 semble être un des Psaumes préférés de Pierre, puisqu’il l’a déjà cité en 1 Pierre 2.3. En effet le recours à ce Psaume ne sert pas seulement à soutenir son argumentation, mais aussi à encourager les lecteurs/auditeurs de la lettre. En effet, ceux-ci étaient confrontés à toutes sortes de difficultés en raison de leur foi. Voir par exemple le 1 Pierre 3.12, « Car le Seigneur a les yeux fixés sur les fidèles, prêt à écouter leur prières » (Bible en français courant).
Comme Pierre cite ici le Ps 34.13-14, la Bible en français courant et la Parole de Vie ajoutent une information implicite : « voici ce qui est écrit : », « Les Livres Saints disent… ». Mais en grec le texte n’a pas cette formule, disant litt. « le car qui aime sa vie… ». La conjonction γάρ gar « car » ne figure pas dans ce psaume ni dans le texte hébreu ni dans la Septante. L’auteur l’aurait inséré dans la citation. Elle pourrait être rendue par « Car » (La Bible du Semeur), une expression affirmative, En effet (Traduction œcuménique de la Bible, Nouvelle Bible Segond, Bible en français courant) ou omise (Parole de Vie). Notons qu’en grec la conjonction se trouve au milieu de la citation, comme dans la Bible de Jérusalem (« Qui veut, en effet, aimer la vie ») et la Nouvelle Bible Segond (« Si, en effet, quelqu’un veut aimer la vie »). Les traducteurs devraient opter pour une formulation naturelle dans leur langue.
qui veut aimer la vie et voir des jours heureux : qui veut est un participe en grec, litt. : « celui voulant aimer la vie et voir de bons jours… » Le verbe veut introduit deux actions : aimer la vie et voir des jours heureux. La Bible de Jérusalem s’inspire de la forme interrogative du texte hébreu de l’AT : « Qui veut… » et la Parole de Vie formule aussi une question : « Est-ce que tu veux avoir une vie agréable et connaître des jours heureux ? Alors… » Mais ici, dans le NT, la forme n’est pas interrogative. Il vaut mieux présenter une affirmation, par exemple, « Si quelqu’un veut jouir de la vie et désire connaître des jours heureux… »
aimer ( ἀγαπάω agapaô) est utilisé ici au sens de « désirer avoir », « vouloir avoir », « jouir de », d’où « Celui qui veut jouir d’une vie agréable » (Bible en français courant) ou « Celui qui veut avoir une vie heureuse », « Celui qui veut vivre en étant heureux ».
la vie : dans le contexte de l’AT, il s’agit de la vie terrestre et des jours vécus ici-bas. Le texte du Psaume est une invitation adressée à quiconque veut vivre longtemps et heureux. En revanche, dans le présent verset, ces mots se situent dans la perspective chrétienne. C’est ainsi que vie peut être compris soit en tant que « vie présente », soit en tant que « vie éternelle » (voir 1 Pierre 3.7 et le commentaire de ce verset). Plusieurs versions françaises anticipent sur la mention de jours heureux en parlant déjà d’une « vie agréable » (Bible en français courant, Parole de Vie), autrement dit « une vie heureuse… »
et voir des jours heureux est parallèle à veut aimer la vie. Dans ce texte, le verbe voir a le sens de « vivre », « connaître » ou « obtenir ». Une traduction littérale sera naturelle dans certaines langues.
jours heureux : le terme jours se rapporte à une longue période de temps et non pas à des jours particuliers. Il s’agit, en fait, de toute une vie. heureux est littéralement « bons » (grec : ἀγαθός agathos), mais le traducteur devra trouver le mot qui convient dans ce contexte.
doit garder sa langue du mal et ses lèvres des paroles trompeuses : litt. « qu’il arrête la langue du mal et les lèvres pour ne pas dire de tromperie ». Il s’agit de deux injonctions parallèles qui se réfèrent toutes deux à des paroles malfaisantes.
garder sa langue du mal : garder est le verbe « arrêter » en grec. Le sens est qu’une personne doit faire cesser sa langue de dire du mal et ses lèvres de dire des paroles trompeuses. Mais dans beaucoup de langues, il faudra reformuler pour dire « il doit se garder de dire du mal des gens ».
langue et lèvres évoquent d’une manière figurée le fait de parler. Si ces images ne sont pas comprises dans la langue cible, on pourra dire que chacun « doit se garder de médire… » (Bible en français courant). La Parole de Vie présente cela sous forme de conseil : « …ne dis pas de mal des autres ».
Le mot mal est le même qu’en 1 Pierre 3.9. Il est opposé au mot grec « bon », rendu par heureux dans la proposition précédente. garder sa langue du mal ou « dire du mal des gens », signifie éviter des paroles dures et mal intentionnées adressées à des personnes pour les blesser et les humilier.
et ses lèvres des paroles trompeuses : la Traduction œcuménique de la Bible présente une ellipse en français, contrairement au grec (litt. « pour ne pas dire »). Ce vers est plus spécifique car il évoque une sorte de mal : la tromperie ou « mensonge ». Ce terme se trouve déjà en 1 Pierre 2.1, 1 Pierre 2.22. On pourra rendre l’expression par « il doit cesser de mentir » ou « éviter de tromper les gens en paroles ». La Parole de Vie peut aussi servir de modèle : « Évite les mensonges ».
Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
