Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 1.14

Pierre exhorte ses lecteurs à adopter un comportement qui convient à des chrétiens.

Comme des enfants obéissants est littéralement « comme des enfants d’obéissance ». Dans le langage biblique, « être enfant de quelque chose » est une expression idiomatique qui signifie être soumis à une exigence ou être déterminé par une certaine influence. Les « enfants d’obéissance » sont donc ceux qui obéissent ou qui doivent obéir. Il s’agit ici d’obéir soit à Jésus-Christ (comme dans 1 Pierre 1.2), soit à Dieu. A la lumière du verset qui suit, il est plus probable que ce soit Dieu, comme dans plusieurs versions récentes : « Obéissez à Dieu » (Bible en français courant, Parole de Vie), « Vivez en enfants obéissant à Dieu » (Die Gute Nachricht). L’aspect du verbe devrait indiquer une obéissance continuelle ou permanente.

ne vous conformez pas est littéralement « ne vous conformant pas », un participe ayant une valeur impérative, comme dans la Traduction œcuménique de la Bible et la Bible en français courant. Le même verbe se retrouve en Rom 12.2, lorsque Paul interpelle les croyants à ne pas vivre selon l’âge présent. Ici Pierre demande aux chrétiens de ne pas mener leur vie de la façon dont ils le faisaient avant de devenir chrétiens. Le verbe peut suggérer un contrôle hors de soi, ainsi « ne vous laissez pas contrôler par les convoitises d’autrefois » ou « ne laissez pas vos désirs façonner votre vie ». La traduction de la Bible en français courant, « ne faites pas ce que vous désirez vous-mêmes », semble un peu faible.

aux convoitises d’autrefois : le terme convoitises ou « désirs » (Bible en français courant) peut être compris dans un sens général. Mais dans le NT, il caractérise souvent de façon spécifique la conduite de quelqu’un qui vit séparé de Dieu. autrefois rend un adverbe grec πρότερον proteron, qui évoque les « anciens » ou « précédents désirs ».

du temps de votre ignorance se rapporte à l’époque où les destinataires de la lettre n’étaient pas encore chrétiens. Plusieurs biblistes considèrent qu’il y a là la preuve que la lettre a été écrite avant tout pour des non-Juifs, étant donné que le NT parle à plusieurs reprises de leur ignorance. Voir, par exemple, Act 17.30 ; Éph 4.18. Selon ces derniers, cette ignorance fait allusion à l’absence de connaissance de Dieu, ce qui ne s’appliquerait pas aux Juifs. Certaines versions disent alors « avant que vous connaissiez Dieu », en suggérant ainsi que la lettre était adressée à des non-Juifs. Cependant, pour d’autres, les destinataires sont d’origine mixte : juive comme païenne. Ils estiment que les Juifs ne connaissent pas le vrai Dieu, tel qu’il est révélé par Jésus-Christ. Quelques versions proposent donc « alors que vous ne connaissiez pas la vérité » (Die Gute Nachricht) ou « avant de connaître le Christ » (Parole de Vie), ce qui laisse entendre un cercle plus large de lecteurs. La Bible en français courant reste proche du texte grec, « quand vous étiez encore ignorants », mais on pourra être plus explicite « quand vous étiez encore ignorants à propos des choses de Dieu ».

Il est possible d’inverser l’ordre des propositions en disant, par exemple, « Alors que vous ignoriez les choses de Dieu, vous aviez certains désirs. Mais maintenant ces désirs ne doivent plus déterminer votre façon de vivre ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 2.23

La première partie de ce verset est une allusion à És 53.7 et s’enracine dans le récit de la passion de Jésus-Christ.

lui qui, insulté : pour ces insultes, voir Marc 14.65 ; 15.17-20,29-32 ; Luc 23.11,36-37 ; Jean 19.1-5. La Bible en français courant commence ici une nouvelle phrase : « Quand on l’a insulté… » Le participe insulté traduit un verbe grec qui évoque toutes sortes de paroles injurieuses adressées à quelqu’un.

ne rendait pas l’insulte : pour le silence de Jésus face aux insultes, voir Marc 14.61 ; 15.5 ; Luc 23.9 ; Jean 19.9. On pourra rendre cela par « Quand les gens l’ont insulté » ou « disaient des paroles méchantes à son sujet, il ne répondait pas avec des paroles méchantes ».

dans sa souffrance, ne menaçait pas : et par son rythme et par son sens, cette proposition est parallèle à la ligne précédente. dans sa souffrance rend un participe, « souffrant », qui se réfère à Jésus. Dans certaines langues, il faudra introduire un sujet, même avec un pronom impersonnel, ainsi « quand on l’a fait souffrir… » (Bible en français courant).

menaçait traduit un verbe grec qui évoque le fait de proférer des menaces pour empêcher quelqu’un de faire quelque chose. Le sujet de ce verbe est Jésus-Christ. On pourra dire « quand on l’a fait souffrir, il n’a pas formulé de menaces » (Bible en français courant), « Quand il a souffert, il n’a menacé personne » (Parole de Vie).

mais s’en remettait au juste Juge : la conjonction grecque δέ de, mais, marque le contraste dans le comportement de Jésus. Au lieu d’insulter et de menacer, il remettait sa vie entre les mains de Dieu.

Dans certaines versions, le verbe se remettre est rendu autrement, en parlant de confiance ou d’espérance : « il a mis sa confiance en Dieu » (Parole de Vie, La Bible du Semeur), « il a mis son espoir en Dieu » (Good News Bible), ce qui revient à dire à peu près la même chose. Beaucoup voient dans ce texte une allusion à la parole de Jésus-Christ sur la croix, « Père, je remets mon esprit entre tes mains » (Luc 23.46). Ce pourrait être « il s’est donné au juste Juge », mais certains traducteurs optent pour « mais il remettait sa cause » ou « sa défense entre les mains du juste Juge ».

au juste Juge rend une expression participiale : « celui jugeant justement » ou « avec droiture ». Dans la Traduction œcuménique de la Bible, une lettre majuscule est mise au mot Juge pour désigner Dieu, mais celle-ci n’est pas dans le texte grec et ne s’entend pas à la lecture à haute voix. Les traducteurs pourront expliciter ce que le texte sous-entend, en rendant explicite « Dieu » : « Dieu, le juge qui juge avec droiture » ou « Dieu qui juge avec justice » (Bible en français courant).

juste : en tant que Juge, Dieu est juste, c’est-à-dire que ses jugements et décisions sont toujours équitables. On pourra aussi rendre cela par « Dieu qui juge de façon juste ».

Il convient de dire quelques mots sur les formes aspectuelles des verbes de ce verset. En grec, ne rendait pas l’insulte est à l’imparfait. Comme en français, cet aspect peut suggérer une pratique habituelle ou une action qui s’est répétée plusieurs fois. De plus, ne menaçait pas et s’en remettait sont également à l’imparfait. Par contre, « celui jugeant » est un participe présent, forme qui implique que Dieu juge toujours de façon juste. Il est donc le juste Juge aussi bien dans le présent que dans le passé.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 5.9

La liste des adjectifs qualificatifs appliqués aux chrétiens est suivie de plusieurs participes qui décrivent d’une autre manière le bon comportement des croyants. Ce verset est caractérisé par un rythme spécial qui exprime bien la notion de réciprocité : mal pour le mal,… insulte pour l’insulte, … bénissez… bénédiction. Ce serait bien si les traducteurs peuvent imiter ce rythme.

Ne rendez pas le mal pour le mal, ou l’insulte pour l’insulte… : le texte grec présente un participe, littéralement « non rendant mal pour mal ou abus pour abus ». Il s’agit d’une forme à valeur d’impératif. Cette exhortation rappelle l’enseignement de Jésus rapporté en Matt 5.43-44 et Luc 6.27-28, ainsi que quelques passages des lettres de l’apôtre Paul (Rom 12.17 ; 1 Cor 4.12 et 1 Thess 5.15). Pierre a certainement repris des éléments traditionnels de la première communauté chrétienne.

Ne rendez pas le mal pour le mal est une mise en garde contre l’esprit de vengeance et de revanche. Le verbe grec ἀποδίδωμι apodidômi signifie « payer » ou « donner en retour ». Le mot mal est abstrait, mais évoque des actes mauvais ou méchants. Les chrétiens sont exhortés à ne pas céder au désir de se venger, à ne pas agir de la même manière que ceux qui leur ont fait du mal. Dans certaines langues, il faudra être plus explicite, par exemple « si quelqu’un te fait du mal, tu ne dois pas lui faire la même chose » ou « …lui faire du mal en retour ».

ou l’insulte pour l’insulte revient au thème abordé en 1 Pierre 2.23. Le mot grec pour insulte ne se trouve que trois fois dans le NT : deux fois ici et une fois en 1 Tim 5.14 où il est rendu dans la Traduction œcuménique de la Bible par « médisances ». Il indique des injures ou un langage insultant. Dans ce contexte, il s’agit probablement d’insultes proférées par des non-croyants contre les croyants. La Good News Bible parle ici de « malédiction » pour marquer le contraste avec l’idée de bénédiction qui suit, mais ceci ajoute une autre nuance qui n’est pas dans le texte grec.

Il est important que les traducteurs expriment clairement la relation de réciprocité du texte. Cette notion peut parfois nécessiter une restructuration, par exemple « Quand des gens vous font du mal, vous ne devez pas leur faire du mal. Quand ils vous insultent, vous ne devez pas les insulter », ou encore « Si une personne vous fait du mal, vous ne devez pas lui faire du mal en retour. Si quelqu’un vous insulte, vous ne devez pas insulter celui qui vous a insulté ».

au contraire, bénissez : litt. « mais au contraire, bénissant ». Deux mots en grec expriment un contraste fort que les traducteurs devraient essayer de rendre, par exemple, « Mais, au lieu de faire cela… » Les chrétiens sont exhortés à faire du bien, même à ceux qui les persécutent. On pourra aussi dire : « vous ne devez pas faire cela, mais vous devez… » Le verbe bénissez peut être compris comme le contraire de faire du mal et d’insulter, c’est-à-dire, faire du bien ou prononcer des paroles positives en réponse à ceux qui les persécutent ou les calomnient. Mais ce verbe peut aussi être interprété comme un appel à la bénédiction de Dieu. Dans ce cas les chrétiens sont invités non seulement à intercéder pour ceux qui font preuve de mauvais sentiments à leur égard, mais à les bénir, c’est-à-dire, à demander la bénédiction divine en leur faveur. Comme Spicq (p. 127) le précise : « bénir… c’est… appeler la grâce de Dieu… sur ce prochain hostile ». Une version propose « vous devez demander à Dieu de bénir les gens qui vous traitent mal ». Ce serait là un rappel direct de l’enseignement de Jésus rapporté en Matt 5.44 où il dit « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent ». La majorité de langues auront un mot pour « bénir (son prochain) ». Parfois l’agent doit être explicité : « vous devez demander à Dieu de les bénir » ou « …d’être bon envers eux ».

car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction : c’est à cela peut se référer à ce qui précède, c’est-à-dire au fait de « bénir les autres ». Le sens est alors « Dieu vous a appelés pour que vous accordiez une bénédiction aux autres. Si vous le faites, Dieu vous accordera également une bénédiction ». Comparer « c’est à cela » en 1 Pierre 2.21 et le commentaire de ce verset. Par contre, si c’est à cela se rapporte à ce qui suit, le sens est « car Dieu vous a appelés à recevoir une bénédiction de sa part ». Autrement dit, les croyants doivent bénir les autres parce que Dieu les a bénis. Mais la plupart des versions, dont la Traduction œcuménique de la Bible, rapportent c’est à cela à ce qui précède, avec afin que introduisant une conséquence. La citation du Psaume 34 présentée en 1 Pierre 3.10 favorise cette interprétation, la faveur de Dieu étant promise à ceux qui pratiquent le bien.

vous avez été appelés : dans le NT, le verbe appeler se réfère souvent au fait que Dieu invite son peuple à participer à la vie et aux bénédictions qu’il lui offre. C’est ainsi que l’agent sous-entendu du passif ici est Dieu, d’où à l’actif « Dieu vous a appelés ». De même, l’auteur sous-entendu de la bénédiction est Dieu. La Parole de Vie propose à ce sujet « En effet, quand Dieu vous a appelés, c’était pour vous donner une bénédiction ».

afin d’hériter la bénédiction : la conjonction ἵνα hina, introduit le but de cet appel qui est d’hériter la bénédiction . Voir 1 Pierre 3.7 et la citation de la Parole de Vie à cet endroit.

bénédiction : la Traduction œcuménique de la Bible parle en note des « biens incorruptibles réservés par Dieu à ceux qui pratiquent la miséricorde… », mais Pierre ne donne pas de détails. Ainsi les traducteurs devraient s’en tenir à un terme général.
Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 4.19

Ce verset sert de conclusion à la discussion sur la souffrance, en assurant les lecteurs/auditeurs de la lettre qu’ils sont en sécurité sous la protection de Dieu.

Ainsi (grec : ὥστε καί hôste kai) est un élément de transition qui pourra être rendu par « Tout cela signifie », « Ce que je veux dire, c’est que… », « Ce que j’affirme, c’est que… ».

que ceux qui souffrent selon la volonté de Dieu : pour une référence similaire à la volonté de Dieu, voir 1 Pierre 2.15 et 1 Pierre 3.17. La préposition selon (grec : κατά kata) donnera plusieurs sens, renvoyant à ceux qui souffrent « parce qu’ils obéissent à la volonté de Dieu » (La Bible du Semeur), « en faisant ce que Dieu veut » (Parole de Vie).

remettent leur âme au fidèle Créateur : le verbe remettent ou « confient » (Osty-Trinquet) comporte l’idée de placer quelque chose complètement et sans réserve sous la protection de quelqu’un d’autre.

leur âme est au pluriel en grec « leurs âmes » (Bible de Jérusalem). Comme en 1 Pierre 1.9, 1 Pierre 1.22 et 1 Pierre 2.11, le mot âme désigne la personne entière. Ainsi on peut dire que ces gens doivent « se remettre eux-mêmes entre les mains du Créateur » (Bible en français courant) ou « confier leur vie à leur Créateur ».

Le fidèle Créateur désigne Dieu, mais il vaut mieux garder l’expression originale ici : « celui qui les a créés » ou « celui qui les a faits ». Pour être plus précis, on parler de « se remettre entre les mains de Dieu, qui les a créés ».

Fidèle est un adjectif de la même racine que « foi », mais il peut englober plusieurs sens. Il peut indiquer que les croyants peuvent avoir confiance en Dieu. Dieu est « digne de confiance ». La Bible en français courant propose « fidèle à ses promesses », c’est-à-dire « il fait toujours ce qu’il dit », mais on pourra aussi parler de « Dieu sur qui on peut toujours compter ».

en faisant le bien rend un nom en grec qui veut dire « la réalisation du bien ». Comme dans la Traduction œcuménique de la Bible et la Parole de Vie, cet élément en grec se trouve à la fin du verset, mais la Bible en français courant le met au début : : ils « continuent à pratiquer le bien et se remettent eux-mêmes entre les mains du Créateur, qui est fidèle à ses promesses ». Lorsque les croyants persévèrent à faire le bien malgré les difficultés, ils prouvent qu’ils se confient entièrement en Dieu. Pour en faisant le bien, voir 1 Pierre 2.15, 1 Pierre 2.20 ; 1 Pierre 3.6, 1 Pierre 3.11. Ici comme précédemment, cela signifie faire de bonnes actions en faveur des autres. Dans certains cas on pourra exprimer le lien entre les propositions, par exemple, « doivent faire du bien aux autres et, de cette manière, prouver qu’ils se confient entièrement en leur Créateur qui lui est fidèle ». Voir aussi la Contemporary English Version, qui remplace la troisième personne du pluriel par la seconde : « Si vous souffrez en obéissant à Dieu, vous devez avoir une complète confiance en votre fidèle Créateur et continuer à faire ce qui est bien ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 2.1

2.1-3
s1 La pierre vivante et le peuple saint

Pour le découpage du texte de 1 Pierre 1.22–1 Pierre 2.10, voir l’Intro à cette section plus haut. Ces trois versets sont en relation avec le passage qui commence en 1 Pierre 1.22. Puisque les croyants ont été purifiés (1 Pierre 1.22), ils doivent cesser de commettre tout ce qui compromet la communion fraternelle et se préoccuper au contraire de tout ce qui favorise leur croissance dans la vie chrétienne.

La conjonction donc (grec : οὖν oun) relie étroitement ce verset à ce qui précède, marquant une conséquence de ce qui précède. Les traducteurs devraient chercher un mot de transition qui convient dans leur langue.

Rejetez… toute méchanceté : en grec, le verbe est un participe aoriste, « ayant rejeté », que la plupart des versions françaises rendent par un impératif. Dans le NT le verbe rejeter se présente en rapport avec diverses images : « se débarrasser de tout ce qui salit » (voir Jacq 1.21 ; 1 Pi 3.21) ou « se dépouiller de ce qui est ancien, comme lorsqu’on enlève de vieux vêtements » (voir Éph 4.22 ; Col 3.8-10 ; Rom 13.12). L’expression est utilisée ici comme ailleurs en tant qu’exhortation à cesser de faire ce qui est considéré comme mauvais. On peut recourir à des tournures idiomatiques, telles que « se dévêtir de », « jeter de côté », « débarrassez-vous », « mettez fin à », « abandonnez » ou plus simplement, « arrêtez de faire tout ce qui est… ». Ce verbe est suivi de la mention de cinq défauts que le chrétien doit rejeter . Courantes chez les Juifs et les Grecs, de telles listes sont fréquentes dans le NT. Voir Rom 1.29-31 ; 2 Cor 12.20 ; Éph 4.31 ; Col 3.8 ; 1 Tim 1.9-10. Les premières églises s’en servaient dans l’enseignement adressé aux nouveaux convertis. Dans le présent passage, la liste est centrée sur de mauvais sentiments qui sont incompatibles avec l’amour fraternel mentionné en 1 Pierre 1.22.

toute méchanceté et toute ruse, toute forme d’hypocrisie, d’envie et de médisance :
méchanceté : le terme grec (κακία kakia) ici et en 1 Pierre 2.16 se rencontre ailleurs dans le NT avec un sens très proche, par exemple Act 8.22 ; Rom 1.29 ; 1 Cor 14.20. Il peut être compris comme un terme général englobant tous les défauts mentionnés ensuite (Parole de Vie : « Rejetez donc tout ce qui est mal… ») ou peut désigner un défaut parmi d’autres (Bible en français courant : « toute forme de méchanceté, toute ruse, ainsi que… »). Une autre possibilité consiste à considérer méchanceté et ruse ensemble comme des termes généraux qui introduisent des défauts plus spécifiques, par exemple « tout ce qui est mauvais et trompeur : l’hypocrisie… » Mais la forme du texte grec semble favoriser l’interprétation qui voit en méchanceté l’un des défauts, et le premier dans la liste.
toute ruse : (grec : δόλος dolos) se réfère à des paroles trompeuses, d’où « tout mensonge » (Bible en français courant). La Parole de Vie utilise une tournure verbale : « Ne trompez personne ». La pratique du mensonge est si connue dans toutes les sociétés qu’il ne sera pas difficile de trouver une façon de désigner cette faute.
toute forme d’hypocrisie désigne l’attitude d’une personne qui déguise ses opinions ou ses sentiments. La personne est consciente que ce qu’elle dit ou fait ne correspond pas à la réalité. Dans les évangiles, Jésus condamne souvent des hypocrites qui présentaient des actes religieux en public pour impressionner les gens (Matt 6.2,5 ; 15.7 ; Marc 12.15). Dans beaucoup de langues, on dit qu’une personne « a » ou « parle avec deux langues ». On pourra aussi dire « cessez de faire semblant d’être bon ».
envie : c’est le sentiment éprouvé à l’égard de quelqu’un qui possède ce que l’on n’a pas. La Bible en français courant parle de « jalousie ». La majorité des langues disposeront d’une expression idiomatique pour cette notion. Sinon, on pourra la rendre par « être irrité parce qu’une personne possède quelque chose que l’on n’a pas ».
médisance pourrait être traduit littéralement par « mauvais langage ». Le terme évoque le fait de parler des autres avec l’intention de les rabaisser ou de les calomnier. La version Osty-Trinquet exprime cela par « toutes les calomnies ». La plupart des langues disposeront d’une expression idiomatique. Sinon, ce pourra être tout simplement « ne dites pas du mal des autres » (Parole de Vie).

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 3.20

Pierre ajoute maintenant une précision concernant ces esprits et se réfère à certains événements du temps de Noé.

aux rebelles d’autrefois définit les esprits en prison : littéralement « (à ceux) ayant refusé de croire » ou « ayant désobéi ». Le verbe grec est le même qu’en 1 Pierre 2.8 et 1 Pierre 3.1. Le complément du verbe n’est pas exprimé, mais il s’agit implicitement de Dieu. Ainsi on parle de ceux qui « se sont opposés à Dieu » (Bible en français courant) ou « ceux qui ont désobéi à Dieu » (Parole de Vie). Beaucoup de langues auront un mot pour rebelles. Sinon, on pourra reprendre le terme esprits de 3.18 et dire : « C’étaient les esprits qui n’avaient pas obéi à Dieu » ou « Ces esprits étaient ceux qui se révoltaient contre Dieu ».

d’autrefois : l’adverbe grec correspondant désigne en général un moment indéfini du passé, mais il se réfère ici à l’époque de Noé.

quand se prolongeait la patience de Dieu aux jours où Noé construisait l’arche : cette traduction reflète l’ordre du grec, mais dans la majorité des langues le sujet précédera le verbe : « lorsque la patience de Dieu se prolongeait… ». On pourra aussi dire « pendant que Dieu se patientait… ».

patience : ici le mot est personnifié. Il est clair que ce n’est pas la patience qui « attendait », mais Dieu qui attendait avec patience. C’est ainsi que la Bible en français courant propose « quand il (Dieu) attendait avec patience », et la La Bible du Semeur est similaire : « alors que Dieu faisait preuve de patience ». On pourra aussi changer l’ordre des propositions, par exemple, « Pendant que Noé construisait l’arche, Dieu restait patient… »

Ce verset renvoie au récit du Déluge raconté dans le livre de la Genèse, en particulier au chapitre 6. En 1 Pierre 6.3, Dieu déclare que « désormais ils (les humains) ne vivront pas plus de cent vingt ans », en opposition à la durée de vie exceptionnelle de certains personnages mentionnés au début de la Genèse. Des commentateurs juifs y ont vu un signe de la patience de Dieu : il accorderait aux humains un délai prolongé pour se repentir avant le jugement. Il est possible que ceci reflète un écho de cette croyance, car ce thème fait partie de certains enseignements de l’Église primitive. Voir, par exemple, Rom 2.4 ; 2 Pi 3.9. L’évocation de la patience de Dieu peut suggérer alors l’idée que ces esprits ont l’occasion de se repentir avant d’être frappés par le jugement de Dieu. Mais à l’époque de Noé, Dieu n’a pas attendu indéfiniment : il a attendu jusqu’à ce que Noé ait fini de construire l’arche, laquelle était précisément un moyen d’échapper à la condamnation divine. Tant que durait la construction de l’arche, il était encore temps pour les gens de se repentir et d’obéir à Dieu. Une traduction comme celle de la Bible en français courant, « quand il attendait avec patience à l’époque où Noé construisait l’arche », pourrait donner la fausse impression que l’unique préoccupation de Dieu était de voir Noé achever l’arche. En réalité, la patience de Dieu se manifestait à l’égard des contemporains de Noé. Il sera peut-être nécessaire d’expliciter cette idée, en disant, par exemple, « Dieu attendait patiemment que les gens se repentent durant les jours où Noé construisait son bateau » ou « Dieu était patient et ne jugeait pas les gens pendant les jours où Noé construisait son bateau ».

aux jours où Noé construisait l’arche : aux jours se réfère à une période de temps et non à un certain nombre de jours de vingt-quatre heures.

Pour Noé, les traducteurs pourront se référer à Gen 6–9 et devraient prendre soin de translittérer ce nom partout de la même manière, que ce soit dans l’Ancien ou dans le Nouveau Testament.

l’arche désigne le grand bateau que Noé a dû construire. Depuis fort longtemps, l’arche a été considérée par les chrétiens comme un symbole de l’Église. Si le livre de la Genèse est déjà traduit, il faut utiliser le même terme employé pour arche. Dans certaines langues, on aura une seule manière de parler de l’arche : « la grande pirogue ».

dans laquelle peu de gens, huit personnes, furent sauvés par l’eau : peu de gens est la première information sur ces gens qui furent sauvés, précisée ensuite par huit personnes. Le grec a littéralement « huit âmes », se référer à des êtres humains.

huit : ce chiffre modeste évoque la gravité du jugement de Dieu. Il avait accordé l’occasion de se repentir aux contemporains de Noé, mais ceux-ci ne l’ont pas saisie. Ils ont refusé d’entrer dans l’arche qui les aurait sauvés. En effet, seuls peu de gens ont pénétré dans l’arche en profitant ainsi de la protection qu’elle leur accordait. Ces huit personnes comprenaient Noé et sa femme, leurs trois fils (La Bible du Semeur, Cham et Japhet) et leurs épouses. Il y a là un rappel adressé aux chrétiens : même s’ils n’étaient qu’une faible minorité à l’époque, ils pouvaient échapper au jugement de Dieu, tout comme Noé et sa famille. Ce rappel confirme ainsi l’amour de Dieu et sa volonté de sauver l’humanité.

Dans l’Église ancienne, certains ont attribué une valeur symbolique au chiffre huit. Ils l’ont mis en rapport avec le huitième jour, c’est-à-dire le dimanche, célébré par les chrétiens comme celui de la résurrection du Christ. Dans ce cas, ce chiffre évoquerait la grandeur et la portée universelle de l’amour de Dieu : Noé et sa famille évoqueraient par avance la totalité de ceux destinés à être sauvés dans la nouvelle arche, l’Église, grâce à la croix du Christ. Toutefois, d’autres commentateurs n’acceptent pas l’idée de la valeur symbolique du chiffre huit ici. Par exemple, Best déclare : « Rien ne prouve suffisamment qu’il faille considérer “huit” comme un nombre symbolique » (p. 146). L’essentiel consiste à discerner dans le présent contexte l’opposition entre le petit nombre de gens sauvés et la foule de ceux qui n’ont pas su profiter de la patience de Dieu.

peu de gens et huit personnes renvoient au même groupe de personnes. On pourra dire « Peu de personnes sont entrées dans l’arche : elles n’étaient que huit ». La Bible en français courant commence une nouvelle phrase ici : « Un petit nombre de personnes, huit en tout, entrèrent dans l’arche… »

furent sauvés : le verbe grec διασῴζω diasôsô n’apparaît que huit fois dans le NT, se référant parfois à la guérison physique (Matt 14.36), parfois à la délivrance d’un danger physique (Act 23.24). Ici il semble se référer à la délivrance du déluge, mais en même temps, il évoque le salut accordé par Dieu, dont le baptême est le symbole.

par l’eau : la préposition grecque διὰ dia est ambiguë. Elle peut avoir le sens de par ou « à travers », variante que la Traduction œcuménique de la Bible et la Bible en français courant indiquent en note. Il y a donc plusieurs interprétations possibles : « Dieu les a sauvés de l’eau » ou « Dieu les a secourus au moyen de l’eau. ». L’allusion au baptême qui suit en 1 Pierre 3.21 doit être prise en compte. Ainsi, certains pensent que, de même que Noé et sa famille ont été sauvés par l’eau qui a soulevé l’arche en la mettant, elle et ses occupants, en sécurité, de même, l’eau du baptême est un signe du salut accordé aux chrétiens. Une version l’exprime ainsi : « l’eau les transporta et les sauva ». Certains spécialistes estiment que l’ambiguïté est voulue ici, mais d’autres préfèrent opter pour l’une des possibilités dans le texte et présenter l’autre en note, comme le font la Traduction œcuménique de la Bible et la Bible en français courant.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 5.11

La section se termine de façon appropriée par la louange adressée à Dieu.

A lui la domination : le pronom renvoie à Dieu qui est nommé au début du 1 Pierre 5.10. La traduction de la Traduction œcuménique de la Bible suit le grec de très près, c’est-à-dire il n’y a pas de verbe. Mais la majorité des langues auront besoin d’en fournir un, comme la Bible en français courant : « A lui soit la puissance ».

Domination : le terme grec est le même qu’en 1 Pierre 4.11. Il comporte les idées de « force », « pouvoir », « souveraineté » et « puissance » (Bible en français courant, Bible de Jérusalem, La Bible du Semeur, Parole de Vie). La référence à la domination de Dieu signifie que Dieu règne. Si une traduction comme « A lui soit la puissance » n’est pas naturelle, on pourra évoquer un souhait : « Que Dieu règne » ou, s’il n’y a pas d’autres solutions, affirmer « Dieu règne pour toujours ».

pour les siècles ou, d’après plusieurs manuscrits anciens, « pour les siècles des siècles » (Osty-Trinquet), est la même expression qu’en 1 Pierre 4.11. Le sens est « pour toujours » ou « à jamais ». La variante « siècles des siècles » n’est pas retenue dans la version grecque de l’ABU, mais s’ils le désirent, les traducteurs peuvent la mentionner en note.

Le mot Amen est placé dans le NT en général à la fin d’une prière ou de la louange adressée à Dieu. Il évoque le désir que ce qui vient d’être dit puisse être réalisé. Il peut aussi exprimer que l’assurance est vraie et se réalisera. Il peut être rendu par « Il en est ainsi » ou « Qu’il en soit ainsi ». Voir 1 Pierre 4.11.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 1.4

La traduction littérale de ce verset est « pour un héritage incorruptible et sans souillure et sans flétrissure, ayant été réservé pour vous dans les cieux ».

pour rend une conjonction grecque εἰς eis, qui apparaît dans le verset précédent. Ici comme là, elle exprime l’idée de but, rendue en Bible en français courant par « en attendant ». La répétition de la même préposition suggère que les propositions sont parallèles :
il (Dieu) nous a fait renaître :
pour une espérance vivante (1 Pierre 1.3)
pour un héritage… (1 Pierre 1.4)

Si cette interprétation est adoptée, on pourra dire « Parce que nous avons une espérance vivante, nous attendons (donc) l’héritage ». Mais d’autres interprétations sont possibles : héritage peut être mis en rapport avec la vie nouvelle, par exemple, « Parce que nous avons une vie nouvelle, nous pouvons attendre l’héritage ». Best l’exprime ainsi : « La nouvelle naissance implique l’entrée dans une nouvelle famille et par conséquent la possibilité d’obtenir un nouvel héritage » (p. 76). Cependant, la plupart des commentateurs adoptent l’interprétation où l’héritage serait la conséquence de l’espérance (1 Pierre 1.3), une solution recommandée aux traducteurs.

Dans le NT, le mot héritage (grec : κληρονομίαν klêronomian) a un sens littéral ou figuré. Parfois il désigne les biens ou les possessions laissés aux descendants de quelqu’un lorsque celui-ci décède (Luc 12.13). Mais au sens figuré, le mot joue un rôle important en rapport avec le don du salut accordé par Dieu à son peuple. Voir Rom 8.17 ; Gal 4.7. Dans l’AT le terme héritage désigne souvent la terre promise, le pays de Canaan, tandis que dans le NT, il renvoie souvent au Royaume promis aux croyants. Voir Matt 25.34. Mais dans d’autres textes la notion d’héritage est élargie pour désigner le Seigneur lui-même. Voir, par exemple, Ps 16.5 ; 73.26. Certains passages (Col 3.24 ; Hébr 1.14 ; 9.15) semblent suggérer que l’héritage est la fidélité de Dieu à ses promesses et les bénédictions qui en résultent. Dans ce verset, le terme n’implique pas la mort de quelqu’un mais plutôt les « biens que Dieu réserve aux siens » (Bible en français courant) ou les « biens que Dieu garde pour nous » (Parole de Vie). Il sera aussi possible de parler des « bénédictions que Dieu a promises à son peuple ».

qui ne se peut corrompre, ni souiller, ni flétrir : pour bien montrer que cet héritage ne consiste pas en biens matériels, l’auteur le définit au moyen de trois adjectifs grecs négatifs « incorruptible », « sans souillure » et « sans flétrissure ». En grec les trois mots se ressemblent et créent un effet sonore remarquable : ἄφθαρτον καὶ ἀμίαντον καὶ ἀμάραντον aphtharton kai amianton kai amaranton. Ils expriment ensemble les qualités de quelque chose qui ne peut être touchée ni par la mort, ni par le mal et ni par la dégradation due au temps qui s’écoule.

qui ne se peut corrompre rend le premier adjectif grec, « incorruptible », qui décrit quelque chose d’impérissable, « qui ne peut disparaître », « qui ne peut se détruire » (La Bible du Semeur). Dans certaines langues, on pourra dire « qui ne peut pas pourrir ».

qui ne se peut… ni souiller : le second adjectif, « sans souillure », a le sens de « sans tache », « pur », d’où « ni être salis » (Bible en français courant, Parole de Vie), « ni se salir » (La Bible du Semeur). Il ne se réfère pas ici à la pureté rituelle, mais au fait que cet héritage n’est pas souillé par le mal, que ce soit d’ordre moral ou spirituel. On pourra dire « ne peut pas se salir » ou « devenir impur ».

qui ne se peut… ni flétrir : le troisième adjectif du grec, « sans flétrissure », peut qualifier une fleur dont la beauté ne disparaît pas ou ne se fane pas. L’idée pourrait être exprimée de manières diverses : « ne pas perdre son éclat » (Bible en français courant), « ne pas perdre sa beauté » (La Bible du Semeur). On pourra aussi dire « ne peut pas disparaître » ou « ne disparaîtra pas ».

cet héritage vous est réservé dans les cieux : après le « nous » inclusif du 1 Pierre 1.3, l’auteur s’adresse directement à ses lecteurs (vous). La Bible en français courant tourne la proposition passive à l’actif, avec Dieu comme sujet : « Dieu vous les réserve dans les cieux ». La La Bible du Semeur est similaire : « Il le tient en réserve pour vous dans les cieux ».

réserver : il faut relever deux choses au sujet du verbe τετηρημένην tetêrêmenên. Premièrement, il implique l’idée que Dieu veille sur l’héritage qu’il tient en lieu sûr pour les siens. Deuxièmement, le verbe grec, un participe passé (litt. « ayant été réservé »), suggère que l’héritage est toujours réel et actuel. Ainsi la Traduction œcuménique de la Bible et la Bible en français courant utilisent le présent : vous est réservé ; « Dieu vous les réserve ». Mais dans certaines langues, cette idée sera exprimée par un futur, par exemple « car nous posséderons un héritage » ou « car nous savons que nous aurons un héritage ».

cieux correspond au mot pluriel du grec οὐρανοῖς ouranois, reflétant le terme hébreu, toujours au pluriel, qui désigne le ciel où Dieu demeure : « Dieu là-haut dans les cieux » (Jos 2.11) ou « le Dieu des cieux » (Néh 1.4). Ce terme peut être rendu par un singulier, en accord avec l’usage dans les langues cibles.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.