La traduction littérale de ce verset est « pour un héritage incorruptible et sans souillure et sans flétrissure, ayant été réservé pour vous dans les cieux ».
pour rend une conjonction grecque εἰς eis, qui apparaît dans le verset précédent. Ici comme là, elle exprime l’idée de but, rendue en Bible en français courant par « en attendant ». La répétition de la même préposition suggère que les propositions sont parallèles :
il (Dieu) nous a fait renaître :
pour une espérance vivante (1 Pierre 1.3)
pour un héritage… (1 Pierre 1.4)
Si cette interprétation est adoptée, on pourra dire « Parce que nous avons une espérance vivante, nous attendons (donc) l’héritage ». Mais d’autres interprétations sont possibles : héritage peut être mis en rapport avec la vie nouvelle, par exemple, « Parce que nous avons une vie nouvelle, nous pouvons attendre l’héritage ». Best l’exprime ainsi : « La nouvelle naissance implique l’entrée dans une nouvelle famille et par conséquent la possibilité d’obtenir un nouvel héritage » (p. 76). Cependant, la plupart des commentateurs adoptent l’interprétation où l’héritage serait la conséquence de l’espérance (1 Pierre 1.3), une solution recommandée aux traducteurs.
Dans le NT, le mot héritage (grec : κληρονομίαν klêronomian) a un sens littéral ou figuré. Parfois il désigne les biens ou les possessions laissés aux descendants de quelqu’un lorsque celui-ci décède (Luc 12.13). Mais au sens figuré, le mot joue un rôle important en rapport avec le don du salut accordé par Dieu à son peuple. Voir Rom 8.17 ; Gal 4.7. Dans l’AT le terme héritage désigne souvent la terre promise, le pays de Canaan, tandis que dans le NT, il renvoie souvent au Royaume promis aux croyants. Voir Matt 25.34. Mais dans d’autres textes la notion d’héritage est élargie pour désigner le Seigneur lui-même. Voir, par exemple, Ps 16.5 ; 73.26. Certains passages (Col 3.24 ; Hébr 1.14 ; 9.15) semblent suggérer que l’héritage est la fidélité de Dieu à ses promesses et les bénédictions qui en résultent. Dans ce verset, le terme n’implique pas la mort de quelqu’un mais plutôt les « biens que Dieu réserve aux siens » (Bible en français courant) ou les « biens que Dieu garde pour nous » (Parole de Vie). Il sera aussi possible de parler des « bénédictions que Dieu a promises à son peuple ».
qui ne se peut corrompre, ni souiller, ni flétrir : pour bien montrer que cet héritage ne consiste pas en biens matériels, l’auteur le définit au moyen de trois adjectifs grecs négatifs « incorruptible », « sans souillure » et « sans flétrissure ». En grec les trois mots se ressemblent et créent un effet sonore remarquable : ἄφθαρτον καὶ ἀμίαντον καὶ ἀμάραντον aphtharton kai amianton kai amaranton. Ils expriment ensemble les qualités de quelque chose qui ne peut être touchée ni par la mort, ni par le mal et ni par la dégradation due au temps qui s’écoule.
qui ne se peut corrompre rend le premier adjectif grec, « incorruptible », qui décrit quelque chose d’impérissable, « qui ne peut disparaître », « qui ne peut se détruire » (La Bible du Semeur). Dans certaines langues, on pourra dire « qui ne peut pas pourrir ».
qui ne se peut… ni souiller : le second adjectif, « sans souillure », a le sens de « sans tache », « pur », d’où « ni être salis » (Bible en français courant, Parole de Vie), « ni se salir » (La Bible du Semeur). Il ne se réfère pas ici à la pureté rituelle, mais au fait que cet héritage n’est pas souillé par le mal, que ce soit d’ordre moral ou spirituel. On pourra dire « ne peut pas se salir » ou « devenir impur ».
qui ne se peut… ni flétrir : le troisième adjectif du grec, « sans flétrissure », peut qualifier une fleur dont la beauté ne disparaît pas ou ne se fane pas. L’idée pourrait être exprimée de manières diverses : « ne pas perdre son éclat » (Bible en français courant), « ne pas perdre sa beauté » (La Bible du Semeur). On pourra aussi dire « ne peut pas disparaître » ou « ne disparaîtra pas ».
cet héritage vous est réservé dans les cieux : après le « nous » inclusif du 1 Pierre 1.3, l’auteur s’adresse directement à ses lecteurs (vous). La Bible en français courant tourne la proposition passive à l’actif, avec Dieu comme sujet : « Dieu vous les réserve dans les cieux ». La La Bible du Semeur est similaire : « Il le tient en réserve pour vous dans les cieux ».
réserver : il faut relever deux choses au sujet du verbe τετηρημένην tetêrêmenên. Premièrement, il implique l’idée que Dieu veille sur l’héritage qu’il tient en lieu sûr pour les siens. Deuxièmement, le verbe grec, un participe passé (litt. « ayant été réservé »), suggère que l’héritage est toujours réel et actuel. Ainsi la Traduction œcuménique de la Bible et la Bible en français courant utilisent le présent : vous est réservé ; « Dieu vous les réserve ». Mais dans certaines langues, cette idée sera exprimée par un futur, par exemple « car nous posséderons un héritage » ou « car nous savons que nous aurons un héritage ».
cieux correspond au mot pluriel du grec οὐρανοῖς ouranois, reflétant le terme hébreu, toujours au pluriel, qui désigne le ciel où Dieu demeure : « Dieu là-haut dans les cieux » (Jos 2.11) ou « le Dieu des cieux » (Néh 1.4). Ce terme peut être rendu par un singulier, en accord avec l’usage dans les langues cibles.
Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
