Après avoir donné l’exemple du mariage, Paul passe maintenant à l’application de cette image dans la vie du chrétien. Il commence par la conjonction ὥστε hôste que la Traduction œcuménique de la Bible semble combiner avec « vous aussi » en disant Vous de même. D’autres versions proposent des conjonctions fortes : « Par conséquent » (Nouvelle Bible Segond) ou « Ainsi » (Bible de Jérusalem). Paul utilise la conjonction pour arrêter son discours et se tourner vers ses auditeurs-lecteurs pour une application pratique. Les traducteurs devront trouver la transition qui convient dans leur langue.
Vous de même, mes frères est la traduction du texte qui dit litt. « De sorte que, mes frères, vous aussi… ». Pour frères, voir Rom 1.13. La Parole de Vie est très explicite en disant « Pour vous, mes frères et mes sœurs, c’est la même chose ». Le pronom vous renvoie à tous les lecteurs de la lettre, chrétiens d’origine juive ou non. Le vocatif mes frères insiste sur le lien qui existe entre eux et les interpelle.
vous avez été mis à mort à l’égard de la loi est litt. « vous êtes devenus morts à la loi ». En grec, il s’agit d’une forme passive inhabituelle du verbe « mourir ». Plusieurs versions la rendent simplement par « vous êtes morts » (Bible en français courant, Segond Révisée, La Bible du Semeur). Ce verbe est à l’aoriste en grec, se rapportant alors à ce qui est arrivé autrefois à un moment précis. Il faudra parfois remplacer la métaphore vous avez été mis à mort par une comparaison, par exemple « c’est comme si vous étiez morts » ou « vous aussi êtes morts, apparemment », mais ceci diminue la force de cette affirmation.
Pour à l’égard de la loi, voir Rom 7.1. Plusieurs versions y voient « la loi de Moïse », parfois avec majuscule, « Loi » (La Bible du Semeur, Bible de Jérusalem, Osty-Trinquet). Il semble qu’il y ait un jeu de mots dans ce passage, car la loi gouvernant le mariage n’est peut-être pas identique à la loi dont il est question ici. Il est vrai que l’analogie présentée par Paul dans ce passage n’est pas parfaite à cet égard. Mais ce qui importe pour lui est de souligner le contraste entre la mort et la vie nouvelle, et c’est dans ce sens que son argumentation doit être comprise. Il a comparé la situation du croyant à celle d’une femme mariée qui, lorsque son mari est mort, est libre d’épouser un autre homme. De la même façon, le chrétien est libre à l’égard de la loi, ce qui a été rendu possible par la mort du Christ à laquelle les croyants ont été associés (vous avez été mis à mort). De même que la mort de son mari ouvre la possibilité pour une femme de nouer une nouvelle relation dans sa vie, de même la mort du Christ ouvre une nouvelle perspective de vie pour les croyants.
L’expression par le corps du Christ soulève de nombreuses difficultés. Ailleurs le corps du Christ renvoie à la communauté chrétienne (voir Rom 12.5) ou à l’Église (1 Cor 12.27 ; Éph 1.23). Mais plusieurs pensent qu’il s’agit ici d’une référence à la mort du Christ (voir Rom 6.6). La Bible en français courant (« en étant unis au corps du Christ ») et la Good News Bible (« parce que vous êtes une partie du corps du Christ ») semblent opter pour la première interprétation, et d’autres versions, pour la deuxième : « au moyen du corps du Christ » (Nouvelle Bible Segond). Certaines versions rendent l’idée très explicite : « par la mort du Christ » (La Bible du Semeur), « Vous êtes unis au Christ mort pour nous sur la croix » (Parole de Vie), « parce que vous avez été unis au Christ en sa mort » (Parola del Signore). Dans ce contexte, cette seconde possibilité semble la plus probable. Leenhardt (p. 103) dit en effet « En le faisant mourir avec soi, le Christ a donc fait mourir le croyant à la loi ». Comme le chrétien est mort au péché, il est aussi mort à la Loi. Certains iront jusqu’à dire « par la mort du Christ vous êtes également morts en ce qui concerne la loi ».
pour appartenir à un autre, le Ressuscité d’entre les morts : Paul continue avec l’image du mariage. Si les chrétiens sont morts à la loi, ils sont libres de se lier à un autre « mari » qui est le Christ. Paul appuie sa comparaison, puis il précise son idée en identifiant l’autre comme le Ressuscité. La Bible en français courant est très clair à ce sujet : « Ainsi vous appartenez maintenant à un autre, c’est-à-dire à celui qui a été ramené d’entre les morts ». L’agent du passif « celui qui est ressuscité des morts » (La Bible du Semeur) ou « celui qui a été ramené d’entre les morts » (Bible en français courant) est Dieu, d’où à l’actif « celui que Dieu a ressuscité des morts / a ramené d’entre les morts ». Notez que la Traduction œcuménique de la Bible met une lettre majuscule au Ressuscité, mais ceci n’est pas nécessaire.
pour appartenir à un autre : voir Rom 7.3.
afin que nous portions des fruits pour Dieu est une traduction assez proche du grec, qui commence par la conjonction ἵνα hina « pour que ». Paul revient à l’image des fruits. Voir Rom 1.13 ; Rom 6.21. Il serait bon, si possible, de garder le même langage figuré, sinon, on pourrait dire « afin que nous produisions ce qui est agréable à Dieu » (Bible en français courant), « Et ainsi, nous pouvons servir Dieu utilement » (Parole de Vie), « afin que nous soyons utiles au service de Dieu » (Good News Bible). Il s’agit en effet d’une métaphore filée, car nous voyons le parallèle entre « des fruits pour Dieu » dans ce verset et « des fruits pour la mort » au verset suivant.
Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
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