Commentaire sur la traduction de la lettre aux Éphésiens 5.3

5.3-5

Les lecteurs sont des enfants de Dieu et ils ont en exemple le Christ. Ainsi toute immoralité, en actes ou en paroles, doit cesser. Pour ceux qui pratiquent ces vices, il n’y a pas de place dans le Royaume de Dieu.

Maintenant Paul devient plus spécifique dans ses enseignements, en s’adressant à la question de la pureté morale. La Traduction œcuménique de la Bible suit le grec qui annonce toute une suite de comportements à éviter : débauche, impureté et cupidité. La Bible en français courant, parmi d’autres, choisit de renverser les propositions, présentant la constatation d’abord (« Vous appartenez au peuple de Dieu ») et ensuite la conséquence (« vous devez rester purs et fuir l’immoralité »).

De débauche, d’impureté, quelle qu’elle soit, de cupidité : l’apôtre mentionne trois vices, dont les deux premiers traitent la conduite sexuelle. Le premier, rendu ici par débauche, est πορνεία porneia, qui a un sens très large en grec. Il désigne la fornication, c’est-à-dire, des relations sexuelles en dehors du mariage, ainsi que toutes relations sexuelles interdites par la loi de Dieu, par exemple, la prostitution. Il s’agit donc de toute union sexuelle illégitime. Les traducteurs ne devraient pas choisir un seul comportement comme l’adultère, mais chercher une expression plus générale. La Nouvelle Bible Segond offre un bon modèle en parlant d’« inconduite sexuelle ». La traduction de la Bible en français courant, toute « forme … d’immoralité » semble trop générale.

d’impureté, quelle qu’elle soit : comme le mot impureté en français, le mot en grec est composé d’un préfixe négatif suivi du nom « pureté ». Mais dans les lettres de Paul, ce terme est très souvent associé aux péchés de nature sexuelle. Il est lié au terme πορνεία porneia, « fornication », dans beaucoup de passages, par exemple, Rom 1.24 ; 2 Cor 12.21 ; Gal 5.19 ; Col 3.5 ; 1 Thess 4.3. On peut alors parler d’« impureté sexuelle ».

quelle qu’elle soit rend le mot « tout », qui modifie impureté. Il s’agit de toutes formes d’impureté, ce que la Nouvelle Bible Segond rend bien avec « l’impureté sous toutes ses formes ».

cupidité : ce troisième vice ne semble pas convenir au contexte car il ne se réfère pas aux péchés d’ordre sexuel, à moins que le terme désigne dans ce contexte le désir sexuel excessif et la promiscuité. Le mot grec signale « l’envie » (Bible en français courant) ou « l’avidité » (Nouvelle Bible Segond). Il s’agit de désirer ou de chercher à avoir ce qui appartient aux autres. Dans les versets qui suivent (Éph. 5.5), il est question d’« avarice ». Ici la Parole de Vie rend bien l’idée avec « chercher à avoir tout pour soi ». Le terme grec rendu par cupidité se trouve aussi dans Éph. 4.19 où la Traduction œcuménique de la Bible le rend par un adjectif : « une impureté effrénée ».

il ne doit même pas être question parmi vous est littéralement « que ce ne soit pas même pas nommé parmi vous ». Il s’agit des trois vices qui viennent d’être cités. En grec, le verbe « nommer » est au passif, et dans beaucoup de langues, on utilisera un passif impersonnel : « On ne doit même pas parler de ces choses ». Le verbe « nommer » peut être rendu par un verbe comme « mentionner » ou « discuter ». La négation en grec est très emphatique. L’idée est que ces choses sont tellement abominables, on ne doit même pas les mentionner. L’implication est aussi que la conduite des chrétiens doit être si pure qu’aucune rumeur de mauvais comportement ne circule à leur sujet. La Parole de Vie rend bien l’idée avec « chez vous, on ne doit même pas entendre parler de certaines choses ».

Cela va de soi pour des saints n’est pas une phrase en grec, mais une proposition « comme il convient aux saints ». Cela veut dire que parmi le peuple de Dieu il ne doit y avoir ni cas, ni même mention de tels comportements. On pourra en faire une phrase si nécessaire, par exemple, « Ce genre de comportement ne convient pas aux saints » ou « Cette sorte d’acte n’a pas de place parmi le peuple de Dieu ».

Pour saints : voir Éph. 1.1.

Pour le placement de cette proposition, les traducteurs pourront choisir entre les modèles de la Traduction œcuménique de la Bible et la Bible en français courant.

Source: Zogbo, Lynell. La lettre aux Éphésiens – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.