Commentaire sur la traduction de la lettre aux Éphésiens 1.10

Paul continue à expliquer en quoi consiste le plan divin. La Bible en français courant rend ce fait explicite en commençant une nouvelle phrase avec « Ce plan… »

pour mener les temps à leur accomplissement rend une proposition grecque assez dense, littéralement, « en vue de l’économie de la plénitude (κληρωμα plêrôma) des temps ». Selon la note dans la Traduction œcuménique de la Bible, il s’agit soit du temps de l’incarnation (voir Gal 4.4), soit du temps de l’Église chrétienne après la Résurrection. « L’économie », traduit littéralement du grec, désigne l’administration, donc le travail fait par un chargé d’affaires ou un manager. C’est la manière dont Dieu conduit l’histoire vers son achèvement. Les traductions modernes n’ont pas trouvé d’équivalent proche des mots « économie » ou « administration de la plénitude des temps ». La Traduction œcuménique de la Bible propose le verbe mener : les temps sont menés à leur accomplissement. Dans d’autres versions, l’accent est mis sur le plan que Dieu veut réaliser ou achever à la fin des temps. C’est la préférence de la Bible en français courant, la Nouvelle Bible Segond et la Bible de Jérusalem : « pour le réaliser » ou « l’exécuter quand les temps seraient accomplis ».

La traduction de la Bible en français courant « à la fin des temps » pourra évoquer la fin du monde avec le jugement éternel. C’est l’une des interprétations possibles, mais ce moment de jugement ne semble pas en vue ici. Il vaut mieux éviter ce langage ambigu et être plus général, par exemple : « Dieu achèvera ce plan quand le temps approprié sera arrivé » ou « lorsque les jours appropriés seront arrivés ». On pourra aussi dire « Il achèvera son plan quand le temps sera venu pour le faire ».

réunir l’univers entier sous un seul chef, le Christ : voici le point culminant de ce passage, là où l’auteur veut en revenir dans la discussion du Éph. 1.3 à 1.10a. Le plan secret, l’œuvre entière du salut de l’humanité, est défini comme le fait de réunir l’univers entier sous un seul chef, le Christ. Le verbe réunir, employé également dans la Bible en français courant et la Nouvelle Version Segond, traduit un verbe grec qui ne se trouve ailleurs qu’en Rom 13.9. Il a le sens de « résumer » ou « récapituler », comme dans la Nouvelle Bible Segond : « récapituler tout dans le Christ ». Les traducteurs chercheront un verbe dans leur langue qui décrit bien l’acte de mettre ensemble ou de rassembler un grand nombre de personnes et de choses sous l’autorité d’un seul chef.

l’univers entier traduit un seul mot grec, « tout » qui est expliqué par la suite, littéralement, « les (choses) dans les cieux et les (choses) sur la terre ». Il s’agit alors de « toute la création », « tout ce qui a été créé » ou « tout ce que Dieu a créé ».

sous un seul chef est une expression qui apparaît dans la Traduction œcuménique de la Bible, la Bible de Jérusalem, la Bible en français courant et la Parole de Vie, mais curieusement n’est pas dans le grec. Ces versions considèrent certainement que cette notion est implicite dans le verbe réunir, qui inclut la racine « tête » ou « chef ». La La Bible du Semeur exprime la même idée : « Selon ce plan, tout ce qui est au ciel et tout ce qui est sur la terre doit être réuni sous le gouvernement du Christ ». Mais certaines versions mettent plutôt l’accent sur le but ultime de l’unité. Une version anglaise (Revised Standard Version) dit alors « pour unir toutes choses en lui, les choses dans le ciel et les choses sur la terre ». Cette traduction est plus proche de l’original et semble bien exprimer l’idée en grec.

ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre décrit davantage le « tout » en grec, l’univers entier de la Traduction œcuménique de la Bible. Dans certaines langues, il vaut mieux citer la terre avant les cieux.

Le grec répète « en lui » à la fin du verset, ce que beaucoup de versions omettent.

Source: Zogbo, Lynell. La lettre aux Éphésiens – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.