Introduction au commentaire de traduction de 2 Timothée

Introduction à 2 Timothée

Beaucoup de biblistes pensent que cette deuxième lettre à Timothée est la dernière lettre de Paul figurant dans le NT. Comme la première lettre, elle démontre la relation très intime entre ces deux individus, pratiquement une relation de père et fils. Mais cette lettre, écrite pendant que Paul est emprisonné à Rome (pour la première ou deuxième fois, selon les différents avis), est plus intense que la première. Paul attend un procès qu’il ne pense pas gagner. Anticipant sa propre mort, il évoque non seulement son passé, mais aussi son avenir : il vise la couronne qu’il recevra lorsqu’il rencontrera le Seigneur.

Dans ces conditions très difficiles, Paul parle avec beaucoup d’émotion et supplie Timothée de lui rejoindre au plus vite. Malgré ce contexte, le ton de la lettre n’est pas triste. Paul « tient bon » et veut s’assurer qu’après sa mort, non seulement l’Église restera ferme, mais Timothée, son fils dans la foi, restera fort et fidèle au Seigneur.

Caractéristiques et but de cette deuxième lettre

La deuxième lettre à Timothée reprend certains thèmes de la première lettre, y compris l’importance de prêcher l’Évangile avec ardeur et de confier son enseignement à des personnes de confiance. Elle souligne aussi l’importance de lutter contre les faux enseignements. Mais par son ton et son contenu, cette lettre est unique et se distingue des deux autres lettres, dites Pastorales, par plusieurs caractéristiques :
• la présence d’une section de remerciement, typique des autres lettres de Paul, mais absente en 1 Tim et Tite,
• le peu d’importance qu’elle attribue à l’organisation de la communauté chrétienne et son insistance sur les conseils personnels à Timothée,
• la fréquence de ses mentions d’individus spécifiques (2 Tim 1.5, 2 Tim 1.15, 2 Tim 1.16 ; 2 Tim 2.17 ; 2 Tim 4.10, 2 Tim 4.14, 2 Tim 4.19) et d’événements personnels, par exemple en 2 Tim 2.2 ; 2 Tim 3.11. Paul souligne ceux qui l’ont abandonné mais met en relief la fidélité de Timothée.
• l’importance du thème de la souffrance, qui constitue une étape incontournable pour tous les croyants (2 Tim 1.12 ; 2 Tim 2.10 ; 2 Tim 3.11 ; 2 Tim 4.6).
• l’utilisation de beaucoup de langage figuré (le discours sur les vases d’honneur et d’usage commun, et les comparaisons du croyant au soldat, à l’athlète et au planteur).

Étant donné les circonstances de la rédaction de cette lettre, ces différences ne sont pas étonnantes. Paul espère et compte revoir son « fils » Timothée, mais le lecteur a l’impression que Paul est aussi en train de lui communiquer ses derniers souhaits et pensées. Chaque sujet suscite une émotion intense de la part de l’apôtre.

Il est probable que Timothée se trouve toujours à Éphèse, mais rien dans le texte ne le dit explicitement. Voir 1 Tim 1.3.

Pour d’autres informations, voir l’Introduction aux Pastorales et l’Introduction à 1 Tim.

Plan de la lettre

Comme pour les autres lettres pastorales, plusieurs plans pourraient être proposés pour cette lettre. Le plan qui suit est une possibilité :
Salutation et prière de remerciement ( 2 Tim 1.1)
Encouragement à Timothée (2 Tim 1.6–2 Tim 2.26)
Ravive le don et persévère ! ( 2 Tim 1.6)
Travaille comme un bon soldat ! ( 2 Tim 2.1)
Sois un travailleur éprouvé ! ( 2 Tim 2.14)
Les derniers temps (2 Tim 3.1–2 Tim 4.8)
Le comportement des faux enseignants ( 2 Tim 3.1)
Le contraste du comportement de Timothée et le rôle des Écritures ( 2 Tim 3.14)
L’importance de prêcher l’évangile et le dernier testament de Paul ( 2 Tim 4.1)
Recommandations et salutation finale ( 2 Tim 4.9)

Ce plan essaie de dégager les grandes lignes de la lettre. Mais compte tenu du style de Paul (qui aime sauter d’un sujet à un autre), dans le commentaire ci-dessus, des unités littéraires plus petites seront présentées.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de 2 Timothée 1.3

1.3-5

1.3-5 constitue une seule phrase en grec, mais plusieurs versions la découpent en trois phrases indépendantes. Les traducteurs devraient choisir le découpage et la ponctuation qui conviennent dans leur langue.

Comme c’est souvent le cas, la Traduction œcuménique de la Bible donne un sous-titre nominal, « Actions de grâce », mais dans beaucoup de langues, il vaudrait mieux utiliser une phrase comme « Paul rend grâce à Dieu » ou plus spécifiquement, « Paul remercie Dieu à cause de Timothée ».

Dans ses lettres, après l’annonce classique de l’envoyeur et des destinataires, Paul inclut souvent une sorte de prière de remerciement envers Dieu les concernant. Ici Paul exprime sa gratitude envers Dieu et mentionne ses prières multiples pour Timothée. En grec le mot χάρις charis figure en début de phrase où il est mis en relief, litt. « gratitude j’ai ». La Traduction œcuménique de la Bible et la Nouvelle Bible Segond essaient de rendre cette emphase en disant Je suis plein de reconnaissance envers Dieu ; « Je suis plein de gratitude envers Dieu… » En effet la traduction de la Bible en français courant et de la Parole de Vie « je remercie Dieu » semblent un peu faible dans ce contexte.

que je sers à la suite de mes ancêtres avec une conscience pure : dans le NT, le verbe grec λατρεύω latreuô rendu dans la Traduction œcuménique de la Bible par servir a plus souvent le sens d’adorer lors d’un culte. Voir la La Bible du Semeur « je rends un culte ». C’est le verbe qui se trouve, par exemple, en Matt 4.10 comme une traduction grecque de Deut 6.13 : « Le Seigneur Dieu tu adoreras ». Les traducteurs devraient utiliser un verbe qui convient dans leur langue dans ce contexte. Au lieu de parler de servir, on pourrait dire « que je suis… », sous-entendu, comme disciple.

à la suite de mes ancêtres est littéralement « à partir de mes ancêtres ». En 1 Tim 5.4 le même mot grec veut dire « parents », mais ici il semble s’agir des ancêtres, c’est-à-dire, toute une lignée. Ainsi Paul se déclare le descendant d’une famille juive qui pratiquait cette religion avec zèle. La Bible en français courant et la Parole de Vie disent « comme mes ancêtres l’ont fait ». La proposition se place en grec au milieu du verset, mais les traducteurs sont libres de la mettre là où elle conviendra le mieux dans leur langue. La Parole de Vie la met à la fin du verset.

Pour avec une conscience pure, voir 1 Tim 1.5 ; 1 Tim 3.9. Bien que Paul utilise assez fréquemment ce terme (environ 20 fois dans ses épîtres), il ne figure qu’une seule fois dans cette lettre.

lorsque sans cesse je fais mention de toi dans mes prières : Paul mentionne à plusieurs reprises dans ses lettres combien il prie pour les autres. Voir, par exemple, Rom 1.9. Il prie souvent pour ses protégés ainsi que pour les églises qu’il a fondées.

L’adverbe grec rendu par sans cesse se place en début de la proposition grecque et est ainsi mis en relief. Il exprime une activité continue ou répétée. Voir aussi Rom 9.2 où il décrit la tristesse incessante de Paul lorsqu’il pense à ses frères juifs qui sont éloignés de Dieu. Bien que la Parole de Vie parle de « toujours », il est bon de trouver un terme qui exprime la répétition.

je fais mention de toi dans mes prières est littéralement, « lorsque… je fais au sujet de toi souvenir dans les prières de moi ». Le nom « souvenir » est lié au verbe « se rappeler » dans le verset suivant. La Bible en français courant dit « Je pense à toi », une expression idiomatique française qui parle de la prière. Mais les traducteurs devraient utiliser des expressions courantes dans leur langue. La Parole de Vie dit « quand je prie, je dis ton nom ». Dans plusieurs langues, ce serait plutôt « chaque fois que je prie, je prie pour toi ».

Pour prières, voir 1 Tim 2.1 à propos de prières de la communauté. Mais Paul ne dit pas ici si ces prières sont prononcées dans son cœur ou à haute voix, c’est-à-dire, en privée ou en public. Voir aussi Rom 1.9 ; Éph 1.16 ; 1 Thess 3.6 ; Phm 4 où la même expression est utilisée. Comparer Phil 1.3.

Pour nuit et jour, voir 1 Tim 5.5. Située à la fin de ce verset, cette expression pourrait renvoyer à ce qui suit (j’ai un très vif désir), mais la majorité des biblistes pensent qu’elle modifie l’action de prier. Ainsi la Parole de Vie restructure pour dire : « Nuit et jour, quand je prie, je dis toujours ton nom ». Les traducteurs sont libres de changer l’ordre des éléments dans le verset, pour dire, s’il le faut, « jour et nuit ».

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de 2 Timothée 2.17

Leur parole est comme une gangrène qui s’étend est littéralement « et leur parole s’étendra comme une gangrène ». Le verbe est au futur comme progresseront dans le verset précédent. Cette phrase termine celle commencée en 2 Tim 2.16.

leur parole rend le mot grec λόγος logos, « parole », qui peut renvoyer à « leurs discours » (Parole de Vie) ou à « leur enseignement » (Bible en français courant). Pour être plus précis, certains disent « La parole de ces gens ».

comme une gangrène qui s’étend : le terme grec γάγγραινα gangraina donne en français le mot « gangrène », que plusieurs versions rendent par « une plaie infectée ». Les traducteurs devraient s’assurer que le terme employé est assez fort. Le caractéristique de cette plaie est qu’elle s’étend et que très souvent elle mène à la mort de la personne infectée !

qui s’étend est littéralement « qui aura pâturage », une expression qui évoque en premier lieu l’image d’un troupeau qui avale toute l’herbe qu’il trouve. Au sens figuré ici, il s’agit d’une plaie qui grandit. Les traducteurs devraient trouver une manière de faire cette comparaison, en parlant, par exemple, d’une plaie qui ronge ou dévore la chair. Paul compare cette plaie dévorante à la destruction que ces gens effectuent au sein de la communauté chrétienne.

Tels sont Hyménée et Philétos : Paul nomme deux personnes qui sont parmi ceux qui profèrent de faux enseignements, « infectant » pour ainsi dire, la communauté chrétienne. Hyménée est mentionné en 1 Tim 1.20. Son nom est dérivé du nom, Hymen, le dieu païen du mariage. Le nom Philétos signifie « aimable ». Dans l’Ancien Testament et plusieurs cultures, les noms sont sensés refléter le caractère de la personne. Ici ils ne semblent y avoir une signification particulière et devraient être simplement translittérés.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de 2 Timothée 4.6

4.6-8

Paul semble s’inspirer de la mention de la souffrance (2 Tim 4.5) pour commenter ses propres souffrances et aussi ses victoires. Il utilise un langage figuré qu’on rencontre ailleurs dans ses épîtres (course, combat, couronne) pour parler de sa vie et de sa propre mort. Certains voient ici une sorte de dernier « testament », puisque Paul envisage la fin de sa vie, et ces mots seront probablement ses derniers écrits à Timothée. Ce passage est plein d’émotion et les traducteurs devraient essayer de garder ce ton.
Ce n’est pas toutes les versions qui mettent un sous-titre ici. La Traduction œcuménique de la Bible utilise une citation de Paul : « Le temps de mon départ est arrivé ». On pourrait aussi dire « J’ai achevé la course, j’ai gardé la foi » ou dire tout simplement, « Paul parle de sa mort ».

Mais il y a des liens assez étroits entre ces versets et ce qui précédent. Si un sous-titre n’est pas voulu, on pourrait commencer un nouveau paragraphe.

Dans ce verset Paul évoque les souffrances de sa vie et anticipe sa propre mort. Les mots Ἐγὼ γὰρ Ego gar, Pour moi, marque un tournant dans le discours, signalant un nouveau thème. Le pronom moi est emphatique, comme toi en 2 Tim 4.5. Derrière ces propos est peut-être l’idée, « toi, tu dois continuer à accomplir fidèlement ton ministère, car bientôt, moi, je ne serai plus là pour te soutenir ». Plusieurs versions disent « Quant à moi ».

voici que je suis déjà offert en libation : voici que semble la traduction de la Traduction œcuménique de la Bible pour la conjonction γὰρ gar. Certains disent « en effet » et encore d’autres l’omettent. Le texte dit littéralement « γὰρ gar déjà je-sers-de-libation ». La libation est une forme de sacrifice où un liquide est versé, par exemple, de l’huile, du vin, ou le sang d’un animal offert en sacrifice. Voir, par exemple, Gen 35.14 ; Lév 23.13 ; Nomb 28.7. Ces mots posent problème pour l’exégète, car il a plusieurs interprétations possibles :
Certains y voient une référence à la mort imminente de Paul : « voici le moment où ma vie va être offerte à Dieu en sacrifice » (Parole de Vie, voir aussi Bible en français courant et Revised Standard Version). La La Bible du Semeur exprime une autre nuance « je suis prêt d’offrir ma vie… »
D’autres voient plutôt une référence à tous les sacrifices que Paul a faits tout au long de sa vie, comme dans la Traduction œcuménique de la Bible et la Nouvelle Bible Segond.
Il faut noter que le verbe est au présent passif, « je suis offert en libation ». Le sens ici dépendra en grande partie du sens attribué au mot grec ἤδη êdê, qui peut vouloir dire « maintenant » (Matt 3.1), « enfin » (Rom 1.10) ou déjà (Matt 5.28 ; Jean 3.18 ; 1 Tim 5.15). Même si en Phil 2.17, anticipant ce sacrifice, Paul parle de sa mort (« si mon sang doit être versé en libation »), il est possible qu’ici il mette l’emphase sur les souffrances et sacrifices qu’il a endurés toute sa vie. Si l’image « offert en libation » n’est pas compréhensible dans la langue cible, on pourrait dire « Voici que j’ai déjà passé ma vie à me sacrifier…(pour la cause du Christ) ».

et le temps de mon départ est arrivé est littéralement « et le moment d’enlever mon ancre est présent ». Paul est en train d’utiliser un langage figuré pour parler de sa mort. Lorsqu’un bateau se gare dans un port, les marins lancent une ancre, un poids lourd au bout d’une corde ou chaîne pour s’assurer que le bateau reste en place là où il est stationné. Lorsqu’on « lève l’ancre », c’est le moment du départ (voir Traduction œcuménique de la Bible). Si l’image de l’ancre ne passe pas dans la majorité des langues, beaucoup comprendront l’image d’un départ comme une référence à la mort.

est arrivé est à prendre également dans un sens étendu, « est proche ». La Parole de Vie enlève les images pour dire « Je vais bientôt mourir ». C’est aux traducteurs de voir s’ils peuvent maintenir le langage figuré.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de 2 Timothée 1.14

Comme 1.13, ce verset commence par un impératif, qui réintroduit le terme clé dépôt.

Garde le bon dépôt par l’Esprit Saint : Paul demande à Timothée de garder ce qui lui a été confié. Pour dépôt, voir 1 Tim 1.6 ; 2 Tim 1.12. Plusieurs versions précisent en quoi consiste le bon dépôt : « les bonnes instructions » (Bible en français courant), « toutes les belles choses » (Nouvelle Bible Segond), un « beau trésor » (Parole de Vie). Il s’agit de l’adjectif kalos, très fréquent dans les Lettres pastorales.

par l’Esprit Saint : Paul spécifie que c’est par l’intermédiaire, l’aide ou la puissance du Saint-Esprit que Timothée pourra garder, protéger et défendre la foi chrétienne. C’est la seule fois dans cette lettre que Paul utilise l’expression Esprit Saint. Voir Introduction aux Lettres pastorales.

qui habite en nous est un participe en grec, litt. « habitant ». en nous pourra renvoyer seulement à Paul et Timothée, mais c’est clair que ces mots s’appliquent à tout chrétien. On pourrait aussi dire « qui vit en nous ». Voir 2 Tim 1.5.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de 2 Timothée 3.2

3.2-5

Ces quatre versets forment une seule phrase en grec, composée d’une série d’adjectifs désignant les traits de caractère de ces personnes qui s’opposent à la vérité de Dieu. La liste des péchés ressemble à d’autres trouvées ailleurs dans les écrits de Paul (1 Cor 6.9-10 ; Gal 5.19-21 ; Rom 1.29-31 ; 1 Tim 1.9-10). Mais celle-ci constitue la liste des vices la plus longue !

Les différentes qualités décrites (au nombre de dix-huit) établissent une sorte de rythme parmi elles : plusieurs mots commencent par la voyelle a-, un préfixe négatif, donnant un effet sonore, en ce cas, une assonance. La racine φιλ- phil- est à la base de plusieurs mots : égoïstes, amis de l’argent, ennemis du bien, amis du plaisir, amis de Dieu. Il sera difficile de créer les mêmes effets dans la traduction, mais les traducteurs pourraient essayer de maintenir le rythme si possible.

Le verset commence par la conjonction γάρ gar, rendue comme « car » dans la Nouvelle Bible Segond, mais plus souvent ailleurs par une expression d’emphase en effet. Paul affirme : Les hommes, en effet, seront égoïstes…. Le mot grec pour hommes renvoient à tout être humain. Ainsi la Parole de Vie parle des « gens ». Le contexte, surtout en 2 Tim 3.9, indique qu’il s’agit de certaines personnes, pas de tous les membres de la communauté en question.

Le mot égoïstes (litt. « aimant eux-mêmes ») décrit des personnes qui ne s’occupent que d’elles-mêmes. Ce sont des gens qui ne s’intéressent pas au bien-être des autres. Les traducteurs devraient chercher des expressions idiomatiques pour exprimer cette notion.

âpres du gain rend un seul mot en grec, φιλάργυρος philarguros, littéralement « aimant l’argent » ou « amis de l’argent » (Bible en français courant). Voir 1 Tim 6.10. Dans certaines langues, les traducteurs combineront ces expressions pour dire « ils aiment seulement eux-mêmes et l’argent ».

La distinction entre fanfarons et orgueilleux peut être difficile à préciser. Le premier parle plus de quelqu’un qui se vante, tandis que le deuxième est plus général, une personne arrogante, fière, qui se croit au-dessus des autres. Les deux termes sont employés en ordre inverse en Rom 1.30. Dans certaines langues, il peut être nécessaire de rendre les deux mots par une seule expression, par exemple, « vantards » ou une expression verbale, « ils se vanteront » (Parole de Vie).

blasphémateurs : comme en 1 Tim 1.13,20 ; 6.4 et ailleurs, ce terme désigne ceux qui disent du mal soit de Dieu, soit d’autres humains. La Bible de Jérusalem propose « diffamateurs ». À la l’exception du mot sacrilèges, tous les péchés dans la liste sont des péchés contre les autres, ce qui favorise la deuxième interprétation. Mais plusieurs versions comprennent que c’est Dieu qui est visé par ces insultes, ainsi « ils insulteront Dieu » (Parole de Vie), « ils feront insulte à Dieu » (Bible en français courant), « ils parleront de Dieu d’une manière injurieuse » (La Bible du Semeur).

rebelles à leurs parents rend une expression qui se trouve aussi en Rom 1.30. Comparer aussi Éph 6.1 ; Col 3.20. Tous ces textes rappellent Ex 20.12 et Deut 5.16 où le respect des parents est mis en exergue. Dans certaines langues, on dira « ils désobéissent à » ou « n’écoutent pas leurs parents ».

parents : le mot γονεύς goneus est toujours au pluriel dans le NT. Il semble désigner le père et la mère, comme souvent en Luc (2 Tim 2.27, 2 Tim 2.41, 2 Tim 2.43) où il désigne les parents de Jésus.

ingrats : ce mot désigne ceux qui ne sont pas reconnaissants. La Parole de Vie dit « ils ne seront plus capables de dire merci ». En Luc 6.35, il est dit que le Dieu très-haut fait du bien envers les ingrats et les méchants.

Pour sacrilèges, voir 1 Tim 1.9. On pourra dire « ils sont sans respect pour les choses de Dieu » ou « ils ne considéreront pas ce qui saint ».

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de 2 Timothée 4.17

Paul n’en veut pas à ceux qui l’ont abandonné, car il voit que Dieu l’a toujours soutenu. Le verset commence par la conjonction δέ de, omise dans la Traduction œcuménique de la Bible, mais bien rendue par « Mais » dans plusieurs versions (Bible en français courant, Parole de Vie). Ici la conjonction semble exprimer un vrai contraste entre ceux qui assistent Paul et ceux qui ne le font pas.

Le Seigneur, lui, m’a assisté est litt. « le Seigneur pour moi a été auprès », où c’est le « moi » et non le lui qui est accentué. L’expression grecque pourrait avoir un sens juridique, évoquant l’image du Seigneur Jésus qui accompagne Paul devant le juge, comme l’indique la Parole de Vie : « Mais le Seigneur, lui, était auprès de moi ». La plupart des versions optent pour le sens plus général.

il m’a revêtu de force est littéralement « et il m’a fortifié » (Bible en français courant), où le verbe ressemble au mot « dynamite » en français. On pourrait dire « il m’a donné sa force » (Parole de Vie) ; « m’a rendu puissant » (Nouvelle Bible Segond) ; « m’a rempli de force » (Bible de Jérusalem). Voir 1 Tim 1.12 ; 2 Tim 2.1.

afin que par moi le message fût pleinement proclamé : la conjonction ἵνα hina indique soit le but de l’action (« pour que »), soit le résultat (« de sorte que », Bible en français courant). La Parole de Vie rend d’une manière assez dynamique l’idée : « Alors j’ai pu annoncer jusqu’au bout la Bonne Nouvelle ».

Le mot rendu par message, en grec κήρυγμα kêrugma, correspond à une proclamation ou une annonce par un héraut. Voir 1 Tim 2.2 ; 2 Tim 1.11. Il s’agit sûrement de l’Évangile, du message au sujet de Jésus Christ.

par moi… fût pleinement proclamé : pour moi ou « à travers moi » est en position emphatique. faire proclamer pleinement rend un seul verbe en grec. Voir 2 Tim 4.5.

et qu’il fût entendu de tous les païens : Paul précise qu’il vise « tous ceux qui ne sont pas juifs ». Pour païens, voir 1 Tim 2.7. Les biblistes pensent que tous est probablement une exagération. Les Juifs étaient nombreux à Rome, mais constituaient une minorité. Certains pensent qu’il s’agit de non-Juifs qui assistaient au procès de Paul.

Et j’ai été délivré de la gueule du lion : la remarque est introduite par la conjonction καί kai et semble renvoyer à un moment où Paul doit se défendre ou faire la défense de l’Évangile, apparemment tout seul. La formulation est au passif, mais la Bible en français courant restructure la phrase pour dire qu’« il m’a délivré… » Comparer 2 Tim 4.16. Pour délivré, voir 2 Tim 3.11.

de la gueule du lion : l’image, inspirée peut-être par Ps 22.14,21, sera facile à comprendre dans presque toutes les cultures. Sinon on pourrait parler d’un « danger mortel ». A de nombreuses reprises, Paul était dans des situations très dangereuses où sa vie était clairement en danger.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de 2 Timothée 2.7

Ayant offert ces trois exemples, Paul conclut ses remarques. Timothée doit comprendre ou « saisir » l’enseignement que Paul vient de donner. On pourrait dire « Réfléchis à ce que je dis. » (Parole de Vie). ce que je dis est une traduction exacte du texte et sera facile à rendre dans les différentes langues. Certaines versions rendent plus explicite en disant « Comprends bien ces trois illustrations ».

En grec Paul introduit les prochaines remarques par la conjonction γάρ gar, « car », rendue de diverses manières. La Traduction œcuménique de la Bible dit Du reste. La Bible en français courant et la Bible de Jérusalem disent « D’ailleurs », et la Parole de Vie, simplement « et », ce qui conviendra dans beaucoup de langues. Cependant d’autres mettent un deux-points pour introduire ce qui suit. Voir, par exemple, Nouvelle Bible Segond.

le Seigneur te fera comprendre tout cela est littéralement « le Seigneur te donnera l’intelligence en toutes choses ». Comme ailleurs, le Seigneur pourrait désigner « Dieu » ou « Jésus-Christ ». La majorité des versions rendent le texte tel quel et laissent aux lecteurs l’interprétation de ce mot. Le terme « intelligence », souvent en parallèle avec le mot « sagesse », est le même qui figure en Marc 12.33 ; Éph 3.4 ; Col 1.9 ; 2.2.

tout cela, renvoie à tout l’enseignement qui précède. On pourrait dire « toutes ces choses ».

La Traduction œcuménique de la Bible suggère comme titre les premiers mots de 2 Tim 2.8 : « Souviens-toi de Jésus ressuscité ». On pourrait aussi évoquer l’union du chrétien avec le Christ, en disant par exemple, « Demeurons unis à notre Seigneur ressuscité ».

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.