C’était l’image du baptême : après avoir évoqué les événements qui se sont déroulés du temps de Noé, Pierre en vient maintenant au présent. Il désire montrer en quoi ces événements ont une valeur significative pour la situation actuelle des destinataires de sa lettre. C’est ainsi qu’il reprend un des faits et l’interprète comme une image se rapportant à un aspect de la vie chrétienne. En cela, il se conforme à une pratique courante chez les auteurs du NT et chez d’autres interprètes bibliques de l’époque, qui consistait à citer des objets, des événements et des personnes de l’AT pour montrer leur rapport avec des concepts chrétiens. De telles images étaient censées annoncer par avance, de façon imparfaite, des réalités révélées une fois le Messie venu. Dans le NT, on pourra citer comme exemples de cette pratique les parallélismes
• Élie – Jean-Baptiste (Matt 11.14 ; 17.12-13),
• Jonas – le Christ (Luc 11.29-32),
• Adam – le Christ (Rom 5.12-21),
• Israël dans le désert, l’eau et la manne – baptême et sainte cène (1 Cor 10.1-11).
C’était : en grec ce verset débute par les mots « qui aussi », mais on pourra se demander, dans le récit du déluge, qu’est-ce que l’image en question ? Au moins trois possibilités sont à envisager :
1. L’image pourrait être l’eau du déluge, qui préfigure l’eau du baptême. De même que Noé et sa famille ont été sauvés par l’eau du déluge, qui a soulevé l’arche, de même les chrétiens sont sauvés par l’eau du baptême. C’est ainsi qu’une version propose « Cette eau était le symbole auquel correspond l’eau du baptême ».
2. Mais l’image pourrait aussi renvoyer à la série d’événements mentionnés en 1 Pierre 3.20 : la construction de l’arche, l’entrée des huit personnes là-dedans, et le fait qu’elles ont été sauvées. Dans ce cas, la réalité évoquée n’est pas seulement l’eau du baptême, mais tout le processus du baptême. Une version a proposé une paraphrase dans ce sens : « c’est là une parfaite illustration de la façon dont vous avez été admis à la sécurité de “l’arche” chrétienne grâce au baptême ».
3. Enfin, pour certains interprètes, l’image se rapporte à Noé et sa famille, et la situation qu’elle préfigure est celle des chrétiens. Le verset signifierait que, puisque Noé et sa famille ont été sauvés par l’eau, les chrétiens à leur tour seront sauvés par l’eau du baptême. Cette interprétation se justifie si le pronom relatif grec « qui » au début du verset est considéré comme relié à vous et non à baptême. La construction du texte original grec n’exclut pas cette possibilité, mais à notre connaissance, aucune version ne l’a adoptée.
La plupart des versions demeurent ambiguës à l’égard du référent de C’était. Mais dans certaines langues, il sera nécessaire de préciser à quoi Pierre fait allusion. Si c’est le cas, on pourra expliciter cela en disant « l’eau se rapporte au baptême » ou « ce qui est arrivé à Noé et sa famille se rapporte au baptême ». La Bible de Jérusalem propose « Ce qui y correspond, c’est le baptême qui vous sauve ». La La Bible du Semeur offre un bon modèle en disant : « ces événements préfiguraient le baptême ». Les traducteurs devraient chercher des expressions appropriées pour en parler, en disant peut-être « c’est une sorte d’image », « cela nous rappelle », « cela fait penser à… »
baptême : comme il est question d’une image, de nombreuses langues exigent une tournure verbale du genre « c’est comme être baptisé ». Le choix du terme pour traduire baptême ou « baptiser » s’avère parfois très difficile. D’abord, il faudra prendre garde à ne pas susciter de controverse par un terme qui exclurait les formes propres à certaines traditions ecclésiastiques. On dispose parfois d’un terme assez large pour englober plusieurs manières de baptiser, souvent un mot emprunté au français ou à une autre langue. Dans certaines langues, ce sera une expression idiomatique comme « entrer dans l’eau » ou « jeter l’eau », qui n’a plus son sens littéral. Il s’agit, bien sur, d’un « rite de l’eau » ou « un rite effectué au moyen d’eau », mais il ne faudrait pas que l’expression soit comprise comme un rite parmi d’autres. Il s’agit d’un acte et d’un rite très spécifique.
qui vous sauve maintenant : ces mots décrivent l’effet du baptême. sauver représente un verbe lié à celui trouvé en 1 Pierre 3.20, mais sans le préfixe διὰ dia « à travers ». Voir aussi 1 Pierre 1.5, 1 Pierre 1.9 (« salut »).
L’adverbe maintenant renvoie à la nouvelle étape de l’histoire en opposition à l’ancienne, c’est-à-dire à l’époque du Christ et de son Église par rapport aux temps qui ont précédé. Il attire l’attention des lecteurs sur une époque précise, celle où le baptême est pratiqué. L’adverbe fait ressortir le fait que Dieu a un nouveau plan pour sauver l’humanité.
Tel qu’il se présente, le texte fait du baptême (ou de l’eau du baptême) l’agent qui sauve. Cependant, une lecture attentive de l’ensemble du verset montre que qui vous sauve doit sans doute être mis en relation avec par la résurrection de Jésus Christ à la fin du verset (comp. 1 Pierre 1.3). C’est ce que font ressortir nettement la Traduction œcuménique de la Bible (il vous sauve par la résurrection de Jésus Christ) et la Bible en français courant (« il vous sauve grâce à la résurrection de Jésus-Christ »). Une autre version propose « c’est la résurrection de Jésus Christ qui rend possible ce processus de salut ». Compris de cette manière, le baptême n’est plus considéré comme l’agent du salut, mais comme son instrument, par exemple « l’eau du baptême au travers duquel vous êtes amenés au salut ». L’agent implicite est toujours Dieu (comp. 1 Pierre 1.3). En d’autres mots, c’est parce que le Christ est ressuscité d’entre les morts que le baptême est devenu le moyen au travers duquel Dieu fait connaître son intervention salutaire. Si le Christ n’était pas ressuscité, le baptême serait seulement un symbole de mort et non aussi de vie. Mais puisque le Christ a été réellement ramené de la mort à la vie, les chrétiens peuvent alors se relever de l’eau du baptême pour entrer dans une vie nouvelle (comp. Rom 6.1-11).
Pour éviter de donner l’impression que la proposition qui vous sauve maintenant signifie que le baptême est l’agent direct du salut, il sera important de le présenter plus explicitement comme un moyen, par exemple « c’est par le baptême que vous savez comment Dieu vous sauve maintenant ». On pourra dire, par exemple, « au moyen du baptême, Dieu vous sauve maintenant grâce au fait que Jésus-Christ est ressuscité ».
il n’est pas la purification des souillures du corps, mais l’engagement envers Dieu d’une bonne conscience ; il vous sauve par la résurrection de Jésus Christ : le sens du baptême est présenté tout d’abord négativement, puis positivement.
il n’est pas la purification des souillures du corps : litt. « non pas de la chair l’enlèvement d’une saleté ». En effet, dans l’AT, il y avait beaucoup de rites de purification qui permettaient aux gens d’entrer dans le temple ou de faire certains sacrifices. Il fallait être pur pour s’approcher de Dieu. Pierre souligne ici que le rite du baptême (qui utilise l’eau) n’a pas pour but de rendre quelqu’un propre d’un point de vue physique.
purification : le verbe grec rendu ici ne paraît qu’ici et dans 2 Pi 1.14. Le sens premier du verbe est « enlever ». Dans 2 Pi 1.14, Pierre parle d’« enlever la tente », une expression figurée pour sa mort proche. Dans ce présent contexte, Pierre parle d’« enlever les saletés du corps ». Le mot « saletés » ou souillures ne figure qu’ici dans tout le NT, mais le mot « corps » (grec : σαρκὸς sarkos) est très fréquent. Ici il s’agit du corps humain. Pierre veut dire que le baptême n’a rien à faire avec la propreté du corps en tant que tel. La Parole de Vie l’exprime clairement : « Le sens du baptême n’est pas d’enlever les saletés du corps ». Alors, au lieu de parler de purification, terme technique lié au rituel, il vaut mieux trouver une expression courante comme « débarrasser le corps de la saleté ». On pourra aussi dire plus explicitement : « Le baptême, ce n’est pas le fait de laver le corps » ou « d’enlever la saleté du corps ». Certains commentateurs supposent qu’il y a ici un contraste voulu entre le baptême chrétien d’une part, et d’autre part, des rituels qui ressemblaient beaucoup au baptême (voir la note de la Traduction œcuménique de la Bible) pratiqués par les Juifs ou les adhérents des religions dites « à mystères » du Proche-Orient qui mettaient l’accent sur la purification externe. Mais le texte ici n’en parle pas et les traducteurs ne devraient pas tenir compte de ces hypothèses dans leur traduction.
mais l’engagement envers Dieu d’une bonne conscience : Pierre montre maintenant le sens positif du baptême. C’est un acte qui présente ou symbolise l’engagement d’une personne envers Dieu. En fait, le mot grec rendu par engagement ne se trouve qu’ici dans le NT. Il a deux sens possibles. Il signifie habituellement « interrogation » ou « question ». Il pourrait alors se référer aux questions adressées à la personne sur le point d’être baptisée, ainsi qu’à ses réponses. C’est peut-être ce qui explique la traduction de la Parole de Vie : être baptisé, c’est « répondre à l’appel de Dieu ». La Bible en français courant est similaire : c’est « demander à Dieu une conscience purifiée ». Voir aussi Matt 16.1 et Ps 136.3. d’une bonne conscience est une expression au génitif en grec, qui peut être comprise dans deux sens : soit de la bonne conscience du baptisé qui lui dicte son engagement envers Dieu, ainsi « s’engager envers Dieu avec une conscience pure » (La Bible du Semeur) ; soit d’un engagement envers Dieu de garder une bonne conscience. L’adjectif bonne a un sens général, mais ici peut impliquer l’idée de « pure », ainsi une « conscience purifiée » (Bible en français courant). L’auteur semblerait alors exprimer le contraste entre les rites de purification extérieure et la notion du baptême chrétien, un symbole visible d’une purification intérieure. La signification d’une bonne conscience pourrait aussi être rendue par « nous n’avons rien à nous reprocher » ou positivement : « nous sommes sincères » ou « confiants ».
Puisque l’expression engagement envers Dieu d’une bonne conscience est ambiguë, le traducteur devra choisir parmi diverses interprétations et rendre le texte d’une manière naturelle dans sa langue, par exemple, « mais le baptême signifie que nous faisons une promesse à Dieu avec une bonne conscience » ou suivant l’interprétation alternative, « mais le baptême signifie s’adresser à Dieu pour que nous puissions avoir une bonne conscience ».
il vous sauve par la résurrection de Jésus Christ : pour sauve, voir ci-dessus. Pour résurrection, voir 1 Pierre 1.3. Dans le texte grec cette expression est au génitif, qui peut indiquer un moyen. Mais il y a d’autres possibilités. La Bible en français courant et la Parole de Vie en voient une cause : « Il vous sauve grâce à la résurrection de Jésus-Christ » ; « Le baptême vous sauve, parce que Jésus-Christ s’est levé de la mort », ce qui semble plus logique.
Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
