2.13-17
Le premier domaine pratique que l’auteur aborde est celui du comportement des chrétiens par rapport aux autorités. Les lecteurs sont exhortés à se soumettre aux autorités et à respecter les représentants du pouvoir, que ce soit l’empereur, les gouverneurs de province, etc. La perspective est semblable à celle de Paul dans Rom 13.1-7, sauf qu’ici Dieu n’est pas mentionné comme source de l’autorité politique.
Au vu de cette exhortation, plusieurs commentateurs estiment qu’à l’époque de la rédaction de la lettre, les destinataires n’étaient pas persécutés par les autorités. Selon eux, les épreuves et persécutions évoquées dans la lettre auraient été dues aux non-croyants. Mais d’autres pensent, au contraire, que les chrétiens de cette époque étaient effectivement persécutés par les autorités. Cette exhortation à obéir aux autorités serait justifiée en raison de la proximité de la fin du monde. Si les gouvernements allaient bientôt disparaître, pour le peu de temps qui restait, les chrétiens devaient accepter la situation politique et sociale telle qu’elle existait, au lieu de s’efforcer de la transformer. Voir, par exemple, 1 Pierre 4.7. Toutefois, la première interprétation semble plus probable. Spicq dit à ce sujet : « il s’agit de ces vexations, critiques, railleries, mauvais procédés… dont les chrétiens… ont été victimes dès l’origine de la part de leurs concitoyens païens… » (p. 19).
En fait, le NT présente plusieurs façons de considérer les autorités politiques. Par exemple, dans le livre des Actes, l’auteur relève à plusieurs reprises non seulement que les autorités défendent le bon droit des chrétiens (Act 18.14 ; 21.31-35), mais aussi le fait que l’Église et ses serviteurs ne sont pas opposés aux autorités (Act 25.11 ; 28.19). Mais dans le livre de l’Apocalypse, en particulier au ch. 13 ou en 17.1-6, l’image qui est donnée du pouvoir romain est celle d’une bête démoniaque, qui veut prendre la place de Dieu, en voulant obliger les chrétiens à adorer l’empereur. De tels textes montrent que l’attitude des chrétiens face aux autorités dépend de la situation en question. C’est ainsi que dans l’introduction de la Traduction œcuménique de la Bible à 1 Pierre, il est dit « l’état d’esprit reflété par l’épître est bien différent de celui de l’Apocalypse où l’État est présenté de façon évidente comme persécuteur. Rien de pareil dans 1 Pierre, qui enseigne encore le respect à l’égard des autorités… et relève en particulier leur aspect positif ».
En grec, les versets 1 Pierre 2.13 ne forment qu’une seule phrase, mais pour des raisons de clarté du style, la plupart des versions les répartissent en plusieurs phrases.
Soyez soumis est en grec un impératif aoriste. Le même ordre se retrouve en 1 Pierre 2.18 et 1 Pierre 3.1 sous la forme d’un participe, qui a la valeur d’un impératif. Le verbe se soumettre implique, en plus de l’idée de soumission proprement dite, celle de reconnaître les autorités, ce qui demande du respect et une certaine obéissance. C’est pourquoi certaines versions optent pour « Obéissez », « Soyez obéissants » ou « Acceptez l’autorité… »
toute institution humaine : le mot rendu par institution (grec : κτίσις ktisis) n’est utilisé qu’ici dans l’ensemble de la lettre, mais il se retrouve ailleurs dans le NT où il a parfois le sens de « création » (Rom 1.20 ; 8.19-22 ; 2 Pi 3.4) et parfois celui de « créature » (Rom 1.25 ; 8.39 ; 2 Cor 5.17 ; Col 1.15,23). Certains traducteurs proposent ici « toute créature humaine » (La Bible du Semeur) ou « tout être humain ». Mais la plupart des biblistes y voient un autre sens. Le mot peut être rendu en traduction en se référant :
• d’une manière générale à toute institution humaine, c’est-à-dire à des « institutions de la société humaine », comprenant tout ce que la lettre mentionne dans la suite du ch. 2 et au ch. 3, à savoir autorités, serviteurs et maîtres, couples ;
• plus spécifiquement aux autorités, ainsi « à toute autorité humaine » (Bible en français courant) ;
• à une combinaison des deux premières possibilités, par exemple « acceptez l’autorité de toute institution humaine ».
Le contexte immédiat ( 1 Pierre 2.13) favorise plutôt la deuxième interprétation. Au lieu d’exprimer ces notions par des noms (« à toute autorité humaine », Bible en français courant), on pourra utiliser des tournures verbales telles que « se soumettre à une autorité », « obéir à une autorité » ou « à une personne qui détient l’autorité ». Cela donnera par exemple « obéissez à tous ceux qui détiennent l’autorité », « à ceux qui ont le droit de gouverner », « à ceux qui ont le pouvoir de commander aux autres ».
à cause du Seigneur : telle est la raison qui motive la soumission. Ici, comme souvent dans les épîtres, le Seigneur désigne le Christ. De même que Jésus-Christ a été respectueux de l’autorité établie, de même les chrétiens devraient faire preuve d’une attitude semblable. Voir Matt 22.21. Les lecteurs sont donc exhortés à suivre l’exemple du Seigneur. On pourra dire « à cause de ce que le Seigneur a fait » ou « afin de suivre l’exemple du Seigneur ». Mais l’expression peut aussi être un appel à honorer le Seigneur par des actes, en particulier dans les rapports avec les non-chrétiens. Si cette interprétation est adoptée, on dira « afin d’honorer le Seigneur ». La La Bible du Semeur propose une autre possibilité : « pour l’amour du Seigneur ».
soit au roi : l’auteur mentionne maintenant les autorités auxquelles les chrétiens doivent se soumettre. Le mot roi désigne ici en fait « l’empereur » (Bible en français courant, Good News Bible, Die Gute Nachricht). Comp. Jean 19.15 ; Act 17.7 ; Apoc 17.9,12. Dans certaines langues, il n’y a pas de mot pour roi, dans ce cas on parlera de « grand chef » ou de « grand propriétaire ».
en sa qualité de souverain : litt. « (celui) comme étant supérieur », c’est-à-dire celui « qui a le pouvoir suprême » (Bible en français courant). L’empereur détient ce « pouvoir suprême », non pas par rapport au Seigneur, mais par rapport aux autres autorités. Sa supériorité n’est pas due aux qualités de sa personne, mais à ses fonctions à la tête de l’empire. On pourra rendre cela par « le chef le plus important, qui a autorité sur tous les autres » ou « qui commande à tous ».
aux gouverneurs : le terme grec se réfère normalement à des hauts fonctionnaires, subordonnés à l’empereur, comprenant ceux qui gouvernaient les provinces de l’empire romain, mais aussi des chefs en un sens plus général. Comme dit le texte ici, ceux-ci ont été délégués par l’empereur. Il sera parfois utile de répéter le verbe soumis : « soyez également soumis aux gouverneurs ».
délégués par lui : littéralement « envoyés par lui » (Bible en français courant, Segond Révisée, Osty-Trinquet, Bible de Jérusalem), ce qui implique que leur pouvoir d’agir leur a été confié par l’empereur. Dans certaines langues, on dira qu’ils sont « placés » ou « établis ».
pour punir les malfaiteurs et louer les gens de bien : le but de la fonction confiée aux gouverneurs est définie ainsi à la fois négativement et positivement. Voir aussi Rom 13.3-4.
pour punir les malfaiteurs : le texte grec dit « pour punition des malfaiteurs ». La majorité des langues ont un verbe pour punir ou emploient un terme comme « payer ». Il ne s’agit pas seulement de faire souffrir les malfaiteurs. Ils doivent « payer » pour ce qu’ils ont fait.
Pour malfaiteurs, voir 1 Pierre 2.12. Certaines versions rendent le mot par « criminels », mais dans certaines langues ce sera simplement « ceux qui font le mal » (Parole de Vie).
et louer les gens de bien : la conjonction δέ de, rendue par et marque en fait un contraste : « mais » (Nouvelle Bible Segond). Les traducteurs utiliseront donc la conjonction qui convient dans ce contexte. Il s’agit maintenant de la deuxième tâche des gouverneurs, cette fois-ci positive. Cette proposition fait probablement allusion aux récompenses que l’État accordait à des gens en signe de reconnaissance pour leurs mérites ou les services rendus à la communauté. Dans l’empire romain, de telles louanges étaient gravées sur des monuments et sur des couronnes de victoire. Voir aussi Act 22.27-29. On pourrait parler d’« honorer » ou de « féliciter ceux qui font le bien » (Bible en français courant, Parole de Vie, Bible de Jérusalem), ou encore de les « récompenser ». La La Bible du Semeur propose « approuver les gens honnêtes ».
les gens de bien rend un seul mot du grec mais qui se décompose en « faiseurs de bien », c’est-à-dire, « ceux qui font ce qui est juste ».
Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
