Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 2.13-14

2.13-17

Le premier domaine pratique que l’auteur aborde est celui du comportement des chrétiens par rapport aux autorités. Les lecteurs sont exhortés à se soumettre aux autorités et à respecter les représentants du pouvoir, que ce soit l’empereur, les gouverneurs de province, etc. La perspective est semblable à celle de Paul dans Rom 13.1-7, sauf qu’ici Dieu n’est pas mentionné comme source de l’autorité politique.

Au vu de cette exhortation, plusieurs commentateurs estiment qu’à l’époque de la rédaction de la lettre, les destinataires n’étaient pas persécutés par les autorités. Selon eux, les épreuves et persécutions évoquées dans la lettre auraient été dues aux non-croyants. Mais d’autres pensent, au contraire, que les chrétiens de cette époque étaient effectivement persécutés par les autorités. Cette exhortation à obéir aux autorités serait justifiée en raison de la proximité de la fin du monde. Si les gouvernements allaient bientôt disparaître, pour le peu de temps qui restait, les chrétiens devaient accepter la situation politique et sociale telle qu’elle existait, au lieu de s’efforcer de la transformer. Voir, par exemple, 1 Pierre 4.7. Toutefois, la première interprétation semble plus probable. Spicq dit à ce sujet : « il s’agit de ces vexations, critiques, railleries, mauvais procédés… dont les chrétiens… ont été victimes dès l’origine de la part de leurs concitoyens païens… » (p. 19).

En fait, le NT présente plusieurs façons de considérer les autorités politiques. Par exemple, dans le livre des Actes, l’auteur relève à plusieurs reprises non seulement que les autorités défendent le bon droit des chrétiens (Act 18.14 ; 21.31-35), mais aussi le fait que l’Église et ses serviteurs ne sont pas opposés aux autorités (Act 25.11 ; 28.19). Mais dans le livre de l’Apocalypse, en particulier au ch. 13 ou en 17.1-6, l’image qui est donnée du pouvoir romain est celle d’une bête démoniaque, qui veut prendre la place de Dieu, en voulant obliger les chrétiens à adorer l’empereur. De tels textes montrent que l’attitude des chrétiens face aux autorités dépend de la situation en question. C’est ainsi que dans l’introduction de la Traduction œcuménique de la Bible à 1 Pierre, il est dit « l’état d’esprit reflété par l’épître est bien différent de celui de l’Apocalypse où l’État est présenté de façon évidente comme persécuteur. Rien de pareil dans 1 Pierre, qui enseigne encore le respect à l’égard des autorités… et relève en particulier leur aspect positif ».

En grec, les versets 1 Pierre 2.13 ne forment qu’une seule phrase, mais pour des raisons de clarté du style, la plupart des versions les répartissent en plusieurs phrases.

Soyez soumis est en grec un impératif aoriste. Le même ordre se retrouve en 1 Pierre 2.18 et 1 Pierre 3.1 sous la forme d’un participe, qui a la valeur d’un impératif. Le verbe se soumettre implique, en plus de l’idée de soumission proprement dite, celle de reconnaître les autorités, ce qui demande du respect et une certaine obéissance. C’est pourquoi certaines versions optent pour « Obéissez », « Soyez obéissants » ou « Acceptez l’autorité… »

toute institution humaine : le mot rendu par institution (grec : κτίσις ktisis) n’est utilisé qu’ici dans l’ensemble de la lettre, mais il se retrouve ailleurs dans le NT où il a parfois le sens de « création » (Rom 1.20 ; 8.19-22 ; 2 Pi 3.4) et parfois celui de « créature » (Rom 1.25 ; 8.39 ; 2 Cor 5.17 ; Col 1.15,23). Certains traducteurs proposent ici « toute créature humaine » (La Bible du Semeur) ou « tout être humain ». Mais la plupart des biblistes y voient un autre sens. Le mot peut être rendu en traduction en se référant :
• d’une manière générale à toute institution humaine, c’est-à-dire à des « institutions de la société humaine », comprenant tout ce que la lettre mentionne dans la suite du ch. 2 et au ch. 3, à savoir autorités, serviteurs et maîtres, couples ;
• plus spécifiquement aux autorités, ainsi « à toute autorité humaine » (Bible en français courant) ;
• à une combinaison des deux premières possibilités, par exemple « acceptez l’autorité de toute institution humaine ».

Le contexte immédiat ( 1 Pierre 2.13) favorise plutôt la deuxième interprétation. Au lieu d’exprimer ces notions par des noms (« à toute autorité humaine », Bible en français courant), on pourra utiliser des tournures verbales telles que « se soumettre à une autorité », « obéir à une autorité » ou « à une personne qui détient l’autorité ». Cela donnera par exemple « obéissez à tous ceux qui détiennent l’autorité », « à ceux qui ont le droit de gouverner », « à ceux qui ont le pouvoir de commander aux autres ».

à cause du Seigneur : telle est la raison qui motive la soumission. Ici, comme souvent dans les épîtres, le Seigneur désigne le Christ. De même que Jésus-Christ a été respectueux de l’autorité établie, de même les chrétiens devraient faire preuve d’une attitude semblable. Voir Matt 22.21. Les lecteurs sont donc exhortés à suivre l’exemple du Seigneur. On pourra dire « à cause de ce que le Seigneur a fait » ou « afin de suivre l’exemple du Seigneur ». Mais l’expression peut aussi être un appel à honorer le Seigneur par des actes, en particulier dans les rapports avec les non-chrétiens. Si cette interprétation est adoptée, on dira « afin d’honorer le Seigneur ». La La Bible du Semeur propose une autre possibilité : « pour l’amour du Seigneur ».

soit au roi : l’auteur mentionne maintenant les autorités auxquelles les chrétiens doivent se soumettre. Le mot roi désigne ici en fait « l’empereur » (Bible en français courant, Good News Bible, Die Gute Nachricht). Comp. Jean 19.15 ; Act 17.7 ; Apoc 17.9,12. Dans certaines langues, il n’y a pas de mot pour roi, dans ce cas on parlera de « grand chef » ou de « grand propriétaire ».

en sa qualité de souverain : litt. « (celui) comme étant supérieur », c’est-à-dire celui « qui a le pouvoir suprême » (Bible en français courant). L’empereur détient ce « pouvoir suprême », non pas par rapport au Seigneur, mais par rapport aux autres autorités. Sa supériorité n’est pas due aux qualités de sa personne, mais à ses fonctions à la tête de l’empire. On pourra rendre cela par « le chef le plus important, qui a autorité sur tous les autres » ou « qui commande à tous ».

aux gouverneurs : le terme grec se réfère normalement à des hauts fonctionnaires, subordonnés à l’empereur, comprenant ceux qui gouvernaient les provinces de l’empire romain, mais aussi des chefs en un sens plus général. Comme dit le texte ici, ceux-ci ont été délégués par l’empereur. Il sera parfois utile de répéter le verbe soumis : « soyez également soumis aux gouverneurs ».

délégués par lui : littéralement « envoyés par lui » (Bible en français courant, Segond Révisée, Osty-Trinquet, Bible de Jérusalem), ce qui implique que leur pouvoir d’agir leur a été confié par l’empereur. Dans certaines langues, on dira qu’ils sont « placés » ou « établis ».

pour punir les malfaiteurs et louer les gens de bien : le but de la fonction confiée aux gouverneurs est définie ainsi à la fois négativement et positivement. Voir aussi Rom 13.3-4.

pour punir les malfaiteurs : le texte grec dit « pour punition des malfaiteurs ». La majorité des langues ont un verbe pour punir ou emploient un terme comme « payer ». Il ne s’agit pas seulement de faire souffrir les malfaiteurs. Ils doivent « payer » pour ce qu’ils ont fait.

Pour malfaiteurs, voir 1 Pierre 2.12. Certaines versions rendent le mot par « criminels », mais dans certaines langues ce sera simplement « ceux qui font le mal » (Parole de Vie).

et louer les gens de bien : la conjonction δέ de, rendue par et marque en fait un contraste : « mais » (Nouvelle Bible Segond). Les traducteurs utiliseront donc la conjonction qui convient dans ce contexte. Il s’agit maintenant de la deuxième tâche des gouverneurs, cette fois-ci positive. Cette proposition fait probablement allusion aux récompenses que l’État accordait à des gens en signe de reconnaissance pour leurs mérites ou les services rendus à la communauté. Dans l’empire romain, de telles louanges étaient gravées sur des monuments et sur des couronnes de victoire. Voir aussi Act 22.27-29. On pourrait parler d’« honorer » ou de « féliciter ceux qui font le bien » (Bible en français courant, Parole de Vie, Bible de Jérusalem), ou encore de les « récompenser ». La La Bible du Semeur propose « approuver les gens honnêtes ».

les gens de bien rend un seul mot du grec mais qui se décompose en « faiseurs de bien », c’est-à-dire, « ceux qui font ce qui est juste ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 3.21

C’était l’image du baptême : après avoir évoqué les événements qui se sont déroulés du temps de Noé, Pierre en vient maintenant au présent. Il désire montrer en quoi ces événements ont une valeur significative pour la situation actuelle des destinataires de sa lettre. C’est ainsi qu’il reprend un des faits et l’interprète comme une image se rapportant à un aspect de la vie chrétienne. En cela, il se conforme à une pratique courante chez les auteurs du NT et chez d’autres interprètes bibliques de l’époque, qui consistait à citer des objets, des événements et des personnes de l’AT pour montrer leur rapport avec des concepts chrétiens. De telles images étaient censées annoncer par avance, de façon imparfaite, des réalités révélées une fois le Messie venu. Dans le NT, on pourra citer comme exemples de cette pratique les parallélismes
• Élie – Jean-Baptiste (Matt 11.14 ; 17.12-13),
• Jonas – le Christ (Luc 11.29-32),
• Adam – le Christ (Rom 5.12-21),
• Israël dans le désert, l’eau et la manne – baptême et sainte cène (1 Cor 10.1-11).

C’était : en grec ce verset débute par les mots « qui aussi », mais on pourra se demander, dans le récit du déluge, qu’est-ce que l’image en question ? Au moins trois possibilités sont à envisager :
1. L’image pourrait être l’eau du déluge, qui préfigure l’eau du baptême. De même que Noé et sa famille ont été sauvés par l’eau du déluge, qui a soulevé l’arche, de même les chrétiens sont sauvés par l’eau du baptême. C’est ainsi qu’une version propose « Cette eau était le symbole auquel correspond l’eau du baptême ».
2. Mais l’image pourrait aussi renvoyer à la série d’événements mentionnés en 1 Pierre 3.20 : la construction de l’arche, l’entrée des huit personnes là-dedans, et le fait qu’elles ont été sauvées. Dans ce cas, la réalité évoquée n’est pas seulement l’eau du baptême, mais tout le processus du baptême. Une version a proposé une paraphrase dans ce sens : « c’est là une parfaite illustration de la façon dont vous avez été admis à la sécurité de “l’arche” chrétienne grâce au baptême ».
3. Enfin, pour certains interprètes, l’image se rapporte à Noé et sa famille, et la situation qu’elle préfigure est celle des chrétiens. Le verset signifierait que, puisque Noé et sa famille ont été sauvés par l’eau, les chrétiens à leur tour seront sauvés par l’eau du baptême. Cette interprétation se justifie si le pronom relatif grec « qui » au début du verset est considéré comme relié à vous et non à baptême. La construction du texte original grec n’exclut pas cette possibilité, mais à notre connaissance, aucune version ne l’a adoptée.

La plupart des versions demeurent ambiguës à l’égard du référent de C’était. Mais dans certaines langues, il sera nécessaire de préciser à quoi Pierre fait allusion. Si c’est le cas, on pourra expliciter cela en disant « l’eau se rapporte au baptême » ou « ce qui est arrivé à Noé et sa famille se rapporte au baptême ». La Bible de Jérusalem propose « Ce qui y correspond, c’est le baptême qui vous sauve ». La La Bible du Semeur offre un bon modèle en disant : « ces événements préfiguraient le baptême ». Les traducteurs devraient chercher des expressions appropriées pour en parler, en disant peut-être « c’est une sorte d’image », « cela nous rappelle », « cela fait penser à… »

baptême : comme il est question d’une image, de nombreuses langues exigent une tournure verbale du genre « c’est comme être baptisé ». Le choix du terme pour traduire baptême ou « baptiser » s’avère parfois très difficile. D’abord, il faudra prendre garde à ne pas susciter de controverse par un terme qui exclurait les formes propres à certaines traditions ecclésiastiques. On dispose parfois d’un terme assez large pour englober plusieurs manières de baptiser, souvent un mot emprunté au français ou à une autre langue. Dans certaines langues, ce sera une expression idiomatique comme « entrer dans l’eau » ou « jeter l’eau », qui n’a plus son sens littéral. Il s’agit, bien sur, d’un « rite de l’eau » ou « un rite effectué au moyen d’eau », mais il ne faudrait pas que l’expression soit comprise comme un rite parmi d’autres. Il s’agit d’un acte et d’un rite très spécifique.

qui vous sauve maintenant : ces mots décrivent l’effet du baptême. sauver représente un verbe lié à celui trouvé en 1 Pierre 3.20, mais sans le préfixe διὰ dia « à travers ». Voir aussi 1 Pierre 1.5, 1 Pierre 1.9 (« salut »).

L’adverbe maintenant renvoie à la nouvelle étape de l’histoire en opposition à l’ancienne, c’est-à-dire à l’époque du Christ et de son Église par rapport aux temps qui ont précédé. Il attire l’attention des lecteurs sur une époque précise, celle où le baptême est pratiqué. L’adverbe fait ressortir le fait que Dieu a un nouveau plan pour sauver l’humanité.

Tel qu’il se présente, le texte fait du baptême (ou de l’eau du baptême) l’agent qui sauve. Cependant, une lecture attentive de l’ensemble du verset montre que qui vous sauve doit sans doute être mis en relation avec par la résurrection de Jésus Christ à la fin du verset (comp. 1 Pierre 1.3). C’est ce que font ressortir nettement la Traduction œcuménique de la Bible (il vous sauve par la résurrection de Jésus Christ) et la Bible en français courant (« il vous sauve grâce à la résurrection de Jésus-Christ »). Une autre version propose « c’est la résurrection de Jésus Christ qui rend possible ce processus de salut ». Compris de cette manière, le baptême n’est plus considéré comme l’agent du salut, mais comme son instrument, par exemple « l’eau du baptême au travers duquel vous êtes amenés au salut ». L’agent implicite est toujours Dieu (comp. 1 Pierre 1.3). En d’autres mots, c’est parce que le Christ est ressuscité d’entre les morts que le baptême est devenu le moyen au travers duquel Dieu fait connaître son intervention salutaire. Si le Christ n’était pas ressuscité, le baptême serait seulement un symbole de mort et non aussi de vie. Mais puisque le Christ a été réellement ramené de la mort à la vie, les chrétiens peuvent alors se relever de l’eau du baptême pour entrer dans une vie nouvelle (comp. Rom 6.1-11).

Pour éviter de donner l’impression que la proposition qui vous sauve maintenant signifie que le baptême est l’agent direct du salut, il sera important de le présenter plus explicitement comme un moyen, par exemple « c’est par le baptême que vous savez comment Dieu vous sauve maintenant ». On pourra dire, par exemple, « au moyen du baptême, Dieu vous sauve maintenant grâce au fait que Jésus-Christ est ressuscité ».

il n’est pas la purification des souillures du corps, mais l’engagement envers Dieu d’une bonne conscience ; il vous sauve par la résurrection de Jésus Christ : le sens du baptême est présenté tout d’abord négativement, puis positivement.

il n’est pas la purification des souillures du corps : litt. « non pas de la chair l’enlèvement d’une saleté ». En effet, dans l’AT, il y avait beaucoup de rites de purification qui permettaient aux gens d’entrer dans le temple ou de faire certains sacrifices. Il fallait être pur pour s’approcher de Dieu. Pierre souligne ici que le rite du baptême (qui utilise l’eau) n’a pas pour but de rendre quelqu’un propre d’un point de vue physique.

purification : le verbe grec rendu ici ne paraît qu’ici et dans 2 Pi 1.14. Le sens premier du verbe est « enlever ». Dans 2 Pi 1.14, Pierre parle d’« enlever la tente », une expression figurée pour sa mort proche. Dans ce présent contexte, Pierre parle d’« enlever les saletés du corps ». Le mot « saletés » ou souillures ne figure qu’ici dans tout le NT, mais le mot « corps » (grec : σαρκὸς sarkos) est très fréquent. Ici il s’agit du corps humain. Pierre veut dire que le baptême n’a rien à faire avec la propreté du corps en tant que tel. La Parole de Vie l’exprime clairement : « Le sens du baptême n’est pas d’enlever les saletés du corps ». Alors, au lieu de parler de purification, terme technique lié au rituel, il vaut mieux trouver une expression courante comme « débarrasser le corps de la saleté ». On pourra aussi dire plus explicitement : « Le baptême, ce n’est pas le fait de laver le corps » ou « d’enlever la saleté du corps ». Certains commentateurs supposent qu’il y a ici un contraste voulu entre le baptême chrétien d’une part, et d’autre part, des rituels qui ressemblaient beaucoup au baptême (voir la note de la Traduction œcuménique de la Bible) pratiqués par les Juifs ou les adhérents des religions dites « à mystères » du Proche-Orient qui mettaient l’accent sur la purification externe. Mais le texte ici n’en parle pas et les traducteurs ne devraient pas tenir compte de ces hypothèses dans leur traduction.

mais l’engagement envers Dieu d’une bonne conscience : Pierre montre maintenant le sens positif du baptême. C’est un acte qui présente ou symbolise l’engagement d’une personne envers Dieu. En fait, le mot grec rendu par engagement ne se trouve qu’ici dans le NT. Il a deux sens possibles. Il signifie habituellement « interrogation » ou « question ». Il pourrait alors se référer aux questions adressées à la personne sur le point d’être baptisée, ainsi qu’à ses réponses. C’est peut-être ce qui explique la traduction de la Parole de Vie : être baptisé, c’est « répondre à l’appel de Dieu ». La Bible en français courant est similaire : c’est « demander à Dieu une conscience purifiée ». Voir aussi Matt 16.1 et Ps 136.3. d’une bonne conscience est une expression au génitif en grec, qui peut être comprise dans deux sens : soit de la bonne conscience du baptisé qui lui dicte son engagement envers Dieu, ainsi « s’engager envers Dieu avec une conscience pure » (La Bible du Semeur) ; soit d’un engagement envers Dieu de garder une bonne conscience. L’adjectif bonne a un sens général, mais ici peut impliquer l’idée de « pure », ainsi une « conscience purifiée » (Bible en français courant). L’auteur semblerait alors exprimer le contraste entre les rites de purification extérieure et la notion du baptême chrétien, un symbole visible d’une purification intérieure. La signification d’une bonne conscience pourrait aussi être rendue par « nous n’avons rien à nous reprocher » ou positivement : « nous sommes sincères » ou « confiants ».

Puisque l’expression engagement envers Dieu d’une bonne conscience est ambiguë, le traducteur devra choisir parmi diverses interprétations et rendre le texte d’une manière naturelle dans sa langue, par exemple, « mais le baptême signifie que nous faisons une promesse à Dieu avec une bonne conscience » ou suivant l’interprétation alternative, « mais le baptême signifie s’adresser à Dieu pour que nous puissions avoir une bonne conscience ».

il vous sauve par la résurrection de Jésus Christ : pour sauve, voir ci-dessus. Pour résurrection, voir 1 Pierre 1.3. Dans le texte grec cette expression est au génitif, qui peut indiquer un moyen. Mais il y a d’autres possibilités. La Bible en français courant et la Parole de Vie en voient une cause : « Il vous sauve grâce à la résurrection de Jésus-Christ » ; « Le baptême vous sauve, parce que Jésus-Christ s’est levé de la mort », ce qui semble plus logique.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 5.12

5.12-14
Conclusion et salutations

L’auteur conclut maintenant sa lettre par quelques salutations. Conformément à une pratique courante à l’époque, il se peut que Pierre ait repris la plume de son secrétaire pour écrire lui-même les derniers mots de cette lettre, bien que cela ne soit pas dit explicitement ici.

Je vous ai écrit ces quelques mots par Silvain : pour la première fois Pierre explique que pour sa lettre, il a eu recours à l’aide d’un de ses compagnons, Silvain qui servait de « secrétaire ». Silvain est la forme latine (Silvanus) de « Silas ». Comme aucun autre personnage de ce nom n’est mentionné dans le reste du NT, il semble que c’est la même personne nommée ailleurs, Silas (Act 15.22-40 ; 18.5 ; 2 Cor 1.19 ; 1 Thess 1.1 ; 2 Thess 1.1.), mais rien dans la lettre ne le confirme.

ces quelques mots est litt. ὀλίγων oligôn, « en peu ». Bien que longue, on pourrait parler de « cette courte lettre » (Bible en français courant, Good News Bible, Contemporary English Version). Les traductions de Darby et de la La Bible du Semeur disent « Je vous ai écrit (assez) brièvement ». Ceci suppose que Pierre aurait pu écrire une lettre beaucoup plus longue !

par Silvain est une tournure ambiguë en grec. Elle peut être interprétée au moins de trois façons différentes :
1. Silvain était le secrétaire qui a mis par écrit ce que Pierre lui dictait.
2. Silvain a rédigé la lettre, en y incorporant les propres idées de Pierre, mais sans que le texte lui en soit dicté.
3. Silvain est chargé de transmettre la lettre que Pierre lui-même a écrite.

Il est difficile de trancher. Quelques traductions choisissent la troisième interprétation en disant, « Je vous envoie cette lettre par Silvain ». Une note de la Bible Osty-Trinquet combine les propositions en disant : « C’est lui [Silvain] qui doit remettre la lettre aux communautés intéressées, après avoir peut-être servi de secrétaire à Pierre ». Mais la plupart des versions optent soit pour la première interprétation, soit pour la seconde, par exemple « Je vous ai écrit… avec l’aide de Silas » (Bible en français courant). « Silvain m’a aidé à écrire cette courte lettre » (Contemporary English Version), « Par Silvain… je vous ai écrit » (La Bible du Semeur), « Je vous écris… par Silas » (Parole de Vie). En effet, cette pratique est bien connue et expliquera pourquoi le grec de cette lettre ne semble pas celui d’un ancien pêcheur. Voir Intro.

que je considère comme un frère fidèle : cette remarque ne veut pas dire que d’autres sous-estiment cette personne. En fait, cette affirmation est destinée à souligner l’estime que Pierre éprouve pour Silvain, de sorte qu’on pourra dire « que je sais être… » ou « dont je suis certain qu’il est… »

un frère fidèle est une traduction littérale, mais frère est employé dans le même sens que celui suggéré par « amour fraternel » en 1 Pierre 1.22 ou 1 Pierre 3.8. Le terme désigne un « frère dans la foi », d’où « frère chrétien » (Good News Bible).

fidèle peut être mis en relation avec Pierre (ainsi « frère en qui je peux avoir confiance ») ou avec Dieu et le Christ (ainsi « un frère dont je suis certain de la foi en Dieu » ou « en Jésus-Christ »). Cependant, il est probable que dans ce contexte l’adjectif fidèle comporte plutôt l’idée de « digne de confiance », ainsi « en qui j’ai confiance » ou « en qui on peut avoir confiance ».

pour vous exhorter : cette exhortation se réfère au contenu de la lettre qui, dans son ensemble, vise à encourager (grec : παρακαλέω parakaleô) les croyants. La Parole de Vie dit « Je vous envoie cette lettre pour vous donner du courage ». La Bible en français courant commence une nouvelle phrase ici : « Je l’ai fait pour vous encourager ». Dans certaines langues, il sera nécessaire de préciser l’objet de cet « encouragement », par exemple, « J’ai désiré vous encourager à persévérer dans la foi ».

et vous attester : le verbe grec ἐπιμαρτυρέω epimartureô signifie « confirmer par un témoignage ». Ainsi « pour vous dire » (Parole de Vie) est trop faible par rapport au grec. Il s’agit de témoigner de la vérité d’un fait ou attester qu’une chose est vraie. Le verbe peut se référer à l’autorité de Pierre en tant qu’apôtre (1 Pierre 1.1) et au fait qu’il est lui-même un témoin des souffrances du Christ (voir 1 Pierre 5.1). On pourra dire « déclarer » ou « affirmer avec force ». Cependant il ne semble pas s’agir de « jurer » comme au tribunal et cette traduction devra être évitée.

que c’est à la véritable grâce de Dieu que vous êtes attachés : voici le contenu de ce qui est attesté. Le texte grec est plus court et dit litt « celle-ci est la véritable grâce de Dieu dans laquelle vous vous tenez ».

La Bible de Jérusalem et l’Osty-Trinquet rendent les premiers mots « que telle est la vraie grâce de Dieu » Le pronom démonstratif « celle-ci » peut évoquer le contenu de l’ensemble de la lettre ou se référer seulement au contenu du 1 Pierre 5.10. Mais du moment que les verbes exhorter et attester sont mis en relation avec toute la lettre, la première interprétation semble plus probable. La note de la Traduction œcuménique de la Bible dit « Ce verset définit le contenu et le but de toute la lettre : encouragement dans la foi et exhortation à tenir bon malgré les épreuves dans la certitude que Dieu réalise son dessein de grâce ».

la véritable grâce de Dieu est une traduction littérale du grec. Le mot grâce peut être compris comme au 1 Pierre 5.10, au sens de l’amour divin immérité. Ainsi tous les actes de Dieu mentionnés au 1 Pierre 5.10 sont des expressions réelles de son amour et de sa bonté. De ce point de vue, la véritable grâce de Dieu peut être rendue par « ce que Dieu a fait pour vous est une preuve véritable de son amour » ou « prouve vraiment sa bonté à votre égard ». Selon une autre interprétation, grâce aurait ici le sens de « don » et l’expression signifierait « toutes vos souffrances et peines sont vraiment un don de Dieu », c’est-à-dire, une manière que Dieu utilise pour bénir les chrétiens. Ainsi la Parole de Vie propose « voilà le vrai don de Dieu ». Mais cette interprétation semble moins probable. Il vaut mieux opter pour la première interprétation en disant, par exemple, « tout ce que je vous ai écrit concerne vraiment la bonté de Dieu ».

En effet l’adjectif ἀληθής alêthês peut aussi être compris de plusieurs manières, soit comme adverbe, par exemple « tout ce que j’ai écrit peut vraiment vous amener à connaître la grande bonté de Dieu », soit comme un adjectif, où l’on parlera de « la vraie grâce de Dieu » (Nouvelle Bible Segond).

C’est dans cette grâce que litt. « vous tenez ferme », ou « à laquelle, en fait, vous êtes attachés ». Le verbe est le même utilisé lorsqu’on décrit quelqu’un qui se tient debout, mais ici le sens est plus fort : « demeurer ferme », etc. Ces mots peuvent constituer un simple constat ou rappel adressé aux lecteurs. Mais la forme du verbe grec est interprétée dans plusieurs versions comme un impératif. Il s’agira alors d’une exhortation : « demeurez-y » (Osty-Trinquet), « tenez-vous-y » (Bible de Jérusalem), « restez attachés à ce don » (Parole de Vie), « Demeurez fermes en elle » (c’est-à-dire, la grâce de Dieu, Good News Bible), « Demeurez fermement dans cette grâce » (Die Gute Nachricht). Il s’agit de « tenir ferme » et de persévérer jusqu’à la fin, quoi qu’il arrive. C’est au moins l’une des interprétations qui peuvent être adoptées.

Mais il y a d’autres interprétations possibles. La préposition grecque εἰς eis a comme premier le sens premier « vers » ou « vers laquelle ». Dans cette lettre, elle est souvent utilisée pour introduire l’idée d’un but ou d’une raison, ainsi « en vue de laquelle demeurez fermes ». Mais Carrez et Morel (p. 81) disent que cette préposition « remplace très souvent en (dans)… » Ainsi elle indiquerait le milieu dans lequel il faut demeurer ferme, comme dans la Nouvelle Bible Segond : « c’est bien dans la vraie grâce de Dieu que vous vous tenez ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 1.16

Pierre cite ici un extrait du livre du Lévitique (19.2). Voir aussi Lév 11.44 ; 20.26. Dans son contexte original, l’exhortation concernait le peuple d’Israël, tandis qu’ici elle s’adresse aux chrétiens. Pour Pierre, les chrétiens sont le nouveau peuple de Dieu et l’Église est le nouvel Israël. Pour alléger le style, la Bible en français courant commence une nouvelle phrase ici.

parce qu’il est écrit est une façon typique dans le NT pour introduire des citations de l’AT. Le texte grec est littéralement « parce qu’il a été écrit », mais plusieurs versions précisent cela en parlant des « Livres Saints » ou de « l’Écriture » (Bible en français courant). La Parole de Vie dit : « parce qu’il est écrit dans les Livres Saints », et la La Bible du Semeur va plus loin en évoquant Dieu : « Car voici ce que Dieu dit dans l’Écriture ».

Soyez saints, car je suis saint : la Traduction œcuménique de la Bible met ces mots en italiques pour montrer qu’il s’agit d’une citation de l’Ancien Testament (Lév 19.2). Les traducteurs pourront suivre cette solution ou mettre la citation entre guillemets comme dans la Bible en français courant. En grec, le verbe « être » est au futur (litt. « vous serez saints », Segond Révisée, Bible de Jérusalem, Osty-Trinquet), une forme couramment utilisée dans la Bible pour des commandements. Voir, par exemple, le rappel des deux commandements les plus importants en Matt 22.37,38. Mais dans la majorité des langues, l’équivalent sera un impératif ou une forme comme « vous devez être saints » (Die Gute Nachricht). soyez saints, car je suis saint peut être rendu tel quel ou par « soyez propres car je suis propre », « soyez purs car je suis pur » ou « soyez séparés du mal car je suis séparé du mal ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 2.25

Car vous étiez égarés comme des brebis : Pierre cite une fois de plus le prophète Ésaïe. Voir És 53.6. Comme en 1 Pierre 2.10, l’auteur rappelle à ses lecteurs quelle était leur situation avant de devenir chrétiens.

Car rend la conjonction γάρ gar du grec, traduite dans la majorité des versions. La Parole de Vie la rend par l’emphatique « Oui ». Certaines versions anglaises, dont la Good News Bible et la Contemporary English Version, l’omettent. En lisant leur traduction à haute voix, les traducteurs pourront trouver la transition qui convient le mieux dans leur langue.

vous étiez égarés comme des brebis : dans les évangiles, le même verbe grec rendu par égarés est utilisé dans la parabole de la brebis perdue (Matt 18.12). On pourrait donc parler de brebis qui ont « perdu leur chemin », « se sont perdues ». Dans de nombreuses langues, on placera la comparaison au début de la phrase : « Comme des brebis, vous vous êtes perdus ». Mais il sera parfois nécessaire d’être plus explicite : « Vous vous êtes trompés de chemin » ou « vous êtes partis sur le mauvais chemin, comme des moutons perdus ».

mais maintenant vous vous êtes tournés vers le berger : la conjonction grecque ἀλλά alla, mais exprime un fort contraste, et les traducteurs devraient tenir compte de ce fait. Le maintenant qui suit souligne ce contraste important dans la vie des chrétiens avant leur conversion et après.

vous vous êtes tournés : le verbe grec est au passif aoriste, mais plusieurs versions le rendent à l’actif : « vous êtes retournés » (La Bible du Semeur), « vous êtes revenus » (Parole de Vie). La Bible en français courant s’en tient au passif : « vous avez été ramenés ». On aurait pu expliciter un agent sous-entendu (Dieu vous a ramenés), mais ceci affaiblira le rôle joué par celui qui décide de quitter le mauvais chemin pour suivre Dieu. se tourner désigne premièrement un acte physique, mais le verbe a ici le sens de « se donner à », « se confier à », « s’en remettre aux soins de ». Cependant, comme il s’agit d’un langage figuré, si possible, il vaut mieux garder l’image.

vers le berger semble signifier « auprès du berger ». Au Proche-Orient les moutons suivent le berger, mais dans d’autres parties du monde les moutons vont devant lui. Ceci n’a pas d’incidence sur la traduction, puisque d’après ce texte, les moutons reviennent au berger.

le berger et le gardien de vos âmes : Pierre utilise deux expressions pouvant se référer à Dieu ou au Christ. Dans le contexte d’une citation de l’AT, on pensera d’abord à Dieu, mais Jésus a dit clairement « Je suis le bon berger » (Jean 10.11), ce qui justifie la seconde possibilité. La conjonction et n’implique pas que le berger et le gardien désignent deux personnes distinctes.

Le titre de berger utilisé ici, prolonge l’image des brebis égarées. Beaucoup de langues ne posséderont pas de mot spécifique pour berger, mais on pourra parler du « chef des animaux », « celui qui dirige les animaux ».

gardien de vos âmes : le mot grec traduit par gardien est celui dont est dérivé le français « évêque ». Il n’est pas utilisé ici dans un sens technique ou ecclésiastique, désignant un personnage chargé d’une responsabilité importante dans le gouvernement de l’Église, mais au sens propre de gardien : « celui qui veille sur » (Bible en français courant) ou « qui protège » (Parole de Vie). Il sera possible de dire « celui qui vous conduit et vous protège » (Die Gute Nachricht).

de vos âmes se rapporte à des personnes, le mot âme mettant parfois l’accent sur la personne entière. Voir 1 Pierre 1.9 et 1 Pierre 1.22 pour « âme ». La Bible en français courant propose « qui veille sur vous », et la Parole de Vie « qui protège vos vies ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 4.10

Pierre aborde maintenant le sujet des dons spirituels des chrétiens et leur utilisation. Dans les lettres de Paul, l’apôtre explique à plusieurs reprises que Dieu dote chaque chrétien d’un ou plusieurs dons en vue du service de la communauté. Voir, par exemple, Rom 12.3-8 ; 1 Cor 12–14, et surtout 12.4-11 ; 27-31. Paul décrit ces dons comme étant accordés par le Saint-Esprit, tandis que Pierre évoque plutôt Dieu (θεός theos) comme source.

Mettez-vous, chacun selon le don qu’il a reçu, au service les uns des autres est littéralement « chacun selon le don qu’il a reçu le mettant au service les uns des autres ».

Mettez-vous … au service rend le verbe διακονέω diakoneô, qui est apparenté au mot « diacre » en français. Le but des dons spirituels, c’est d’aider ou rendre service les uns aux autres. Mais certaines versions prennent comme complément du verbe mettre le nom don, ainsi « Que chacun mette au service des autres le don qu’il a reçu… » (Nouvelle Bible Segond).

chacun est accentué en grec, se trouvant ici au début de la proposition. On pourra aussi dire « chacun de vous ».

le don rend le terme clé χάρις charis en grec, qui a parfois le sens de « grâce », mais ici désigne les dons spirituels. Au lieu de parler de « cadeaux », il vaut mieux parler de « capacités » ou de « compétences ». Pierre suggère que c’est Dieu qui est la source de ces dons et cette information peut être explicitée : « le don particulier qu’il a reçu de Dieu » (Bible en français courant), « Chacun de vous a reçu de Dieu un don particulier », (La Bible du Semeur), « les capacités que Dieu vous a accordées » (Die Gute Nachricht). Bien que certains y voient dans ce contexte d’hospitalité une référence aux dons d’argent, ce sens est peu probable. Il s’agit certainement d’un don attribué par Dieu à chaque croyant pour le service les uns des autres ou « pour le bien des autres » (Bible en français courant). Cette notion de don mis au service les uns des autres apparaît aussi en 1 Cor 12.7 : « pour le bien de tous » (Bible en français courant).

au service les uns des autres : on pourra aussi dire « utilisez les dons pour le bien des autres » « pour aider les uns les autres ». Les traducteurs devraient rendre l’idée de la réciprocité d’une manière efficace. Si ceci s’avère difficile, on pourra dire « que chacun utilise son don pour assister l’autre ».

comme de bons administrateurs de la grâce de Dieu, variée en ses effets : le mot grec pour administrateurs (οἰκονόμος oikonomos) peut être aussi traduit par « intendants » (Bible de Jérusalem, Osty-Trinquet) ou mieux, « gérant » (La Bible du Semeur). Dans la société grecque de l’époque, c’était un esclave ou un serviteur qui gérait les affaires de son maître. Voir, par exemple, Luc 12.42, où la Traduction œcuménique de la Bible parle de « l’intendant fidèle » et Luc 16.1,8 où le même mot est rendu par « gérant ». Être un bon administrateur des dons de Dieu signifie que ceux-ci s’emploient pour le bien de tous. Dieu ne donne pas les dons pour le bénéfice de celui qui les reçoit, mais plutôt pour servir les autres, c’est-à-dire, les frères et sœurs dans la foi. Le pluriel administrateurs insiste sur le fait que tous les chrétiens sont chargés d’une telle responsabilité. On peut aussi parler de « gens capables de bien administrer » ou « des gens qui utilisent bien… » La Parole de Vie est assez claire : « Soyez comme de bons serviteurs qui prennent soin des dons variés de Dieu ». Il est demandé à chaque chrétien d’être un bon administrateur, d’être responsable de son propre don.

la grâce de Dieu, variée en ses effets est litt. « la grâce diverse de Dieu ». Le mot pour grâce vient de la même racine que don ci-dessus. Certains le prennent au même sens, tandis que d’autres y voient un sens légèrement différent. Voir 1 Pierre 1.2. Dans ce contexte, il est plus probable qu’on doit bien gérer les divers dons de Dieu, que de bien gérer sa grâce. Toujours est-il que c’est la grâce de Dieu qui doit motiver notre service les uns des autres.

L’adjectif variée ou « diverse » est le même qu’en 1 Pierre 1.6, où il qualifie le mot « épreuves ». La Bible en français courant parle des « multiples dons divins ». On pourra aussi dire « les divers dons que Dieu accorde ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 2.3

Ce verset cite le Ps 34.9, en modifiant légèrement le texte original. Plusieurs versions introduisent explicitement la citation : « les Livres Saints le disent » (Parole de Vie) ou « Comme le dit l’Écriture » (Good News Bible). Mais la solution de la Traduction œcuménique de la Bible, qui met la citation en italique, marque bien la citation sans ajouter d’autres mots.

si vous avez goûté : en grec la conjonction si indique le plus souvent une condition. Ici, par contre, elle n’introduit ni une hypothèse ni une supposition, mais une expérience effective. Voir aussi 1 Pierre 1.17 et Luc 12.28. Ainsi la vraie nuance est plutôt « puisque » (La Bible du Semeur). Plusieurs versions omettent cette conjonction introductive ou recourent à une tournure idiomatique, par exemple « En effet » (Bible en français courant, Parole de Vie) ou, dans une version italienne, « Vous avez vraiment… » Dans certaines langues, il y aura avantage à introduire le verset par un élément de cause : « car », « en effet », « parce que », pour montrer le rapport direct avec le verset précédent.

vous avez goûté que le Seigneur est bon : ici le verbe goûter est employé de façon figurée, au sens de « faire l’expérience de ». Alors que la plupart des versions gardent l’image, la Bible en français courant et la Good News Bible la remplacent par une expression non figurée : « vous avez constaté », « vous avez découvert vous-mêmes ». Mais si possible, les traducteurs devraient essayer de garder l’image de goûter. Vous renvoie à l’auditoire, déjà adressé en 1 Pierre 2.1.

Souvent dans les écrits des apôtres, le mot Seigneur est ambiguë, parfois renvoyant à YHWH, le Dieu Créateur et parfois au Seigneur Jésus Christ. Comme il s’agit d’une citation de l’AT, le mot désigne clairement YHWH ici, mais si possible, les traducteurs devraient maintenir le terme Seigneur.

L’adjectif bon rend un mot rare en grec χρηστός chrêstos qui n’apparaît que quelques fois dans les Évangiles et les lettres de Paul (Matt 11.30 ; Luc 5.39 ; 6.35 ; Rom 2.4 ; 1 Cor 15.33 ; Éph 4.32). Il figure dans les propos très connus de Jésus : « Oui, mon joug est facile à porter (χρηστός chrêstos) et mon fardeau léger », mais ailleurs il a le sens de « généreux » ou « bienveillant ». Dans ce contexte il a le sens de bon, mais ceci sera rendu dans certaines langues, si la métaphore de goût est maintenue, par un mot comme « doux » ou « délicieux ».

En fait, le mot χρηστός chrêstos est très proche du mot χριστός christos, « Christ ». Ainsi certains biblistes pensent qu’il s’agit d’une sorte de jeu de mot. Avec l’ambiguité du nom Seigneur et l’apparition de ce mot, certains y voient même une allusion à la sainte Cène ou à la première communion à laquelle ont participé les destinataires de la lettre. Mais si cette allusion est présente ou non, les traducteurs devraient laisser l’ambiguïté par laquelle le titre Seigneur renvoie à YHWH, car c’est cela son sens dans le texte cité. Néanmoins notons que pour la majorité, ce verset se réfère plutôt d’une façon générale à l’expérience que les croyants font de la bonté du Seigneur, en accueillant sa Parole ou la Bonne Nouvelle.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 3.11

La citation du Psaume 34 continue, ici du verset 15. Alors que 1 Pierre 3.10 évoque le thème des paroles, ce verset renvoie plutôt à des actions. Il y a une opposition entre ce qui est mal et ce qui est bien. En grec la phrase commence par une conjonction faible (δέ de) qui n’est pas rendue dans la majorité des versions françaises. Il sera souvent utile de commencer une nouvelle phrase ici comme dans la Bible en français courant ou la Parole de Vie.

Ce verset contient quatre verbes à l’impératif aoriste à la troisième personne du singulier : « qu’il se détourne du mal, qu’il fasse le bien, qu’il cherche la paix, qu’il la poursuive ». Mais beaucoup de versions utilisent d’autres formes, telles que « il doit… », « tu dois… », d’autres des infinitifs, comme dans la Traduction œcuménique de la Bible, ou des impératifs à la deuxième personne du singulier (« détourne-toi du mal, fais le bien »), etc.

se détourner du mal implique le fait d’éviter ou cesser de faire du mal, c’est-à-dire ne pas céder au mal. Il ne s’agit pas de chercher à échapper à des situations mauvaises ou malheureuses, mais de ne pas commettre le mal. Paul a utilisé le verbe se détourner pour parler de ceux qui se sont égarés ou ont quitté le bon chemin (Rom 3.10), tandis que Pierre l’emploie pour exhorter les gens à éviter un certain comportement. Dans certaines langues, un modèle sera « Fuis le mal » (Parole de Vie) ou « qu’il s’éloigne du mal » (Dios Habla Hoy), ou encore « abstenez-vous de faire ce qui est mauvais ».

mal : il s’agit du même mot qu’en 1 Pierre 3.9, 1 Pierre 3.10. Dans le présent verset, il s’agit d’actions plutôt que de paroles.

faire le bien : litt. « et qu’il fasse le bien ». Une idée semblable est émise en 1 Pierre 2.15. Le contraste entre le mal et le bien devra être explicité clairement, par exemple « au lieu de faire le mal, il doit faire le bien » ou « il doit cesser de faire ce qui est mal et se mettre à faire ce qui est bien ».

rechercher la paix et la poursuivre : beaucoup de langues possèdent une forme du subjonctif pour rendre l’impératif du grec, ainsi « qu’il recherche la paix et qu’il la poursuive ». rechercher et poursuivre sont des verbes impliquant un effort zélé et persévérant. La Bible en français courant exprime bien cette idée par « rechercher la paix avec persévérance ». Voir aussi la La Bible du Semeur « qu’il recherche la paix avec ténacité ». Dans de nombreuses langues rechercher et poursuivre seront combinés en un seul verbe, par exemple « qu’il recherche la paix de tout son cœur » ou « de toutes ses forces » ou « efforcez-vous d’être en paix… ».

Le mot paix a divers sens dans le NT. Voir, par exemple, 1 Pierre 1.2 et le commentaire à cet endroit. Ici il peut se rapporter soit à de bonnes relations avec les autres, soit au salut procuré par le Messie, c’est-à-dire le Christ qui rétablit une relation juste entre Dieu et les croyants. Mais dans ce contexte, en particulier d’après 1 Pierre 3.8, la première possibilité est plus vraisemblable. La deuxième interprétation s’exposerait à l’objection suivante : c’est Dieu qui a pris l’initiative de rétablir la paix avec les humains, et non pas les humains qui pourraient par leurs efforts rétablir la paix avec Dieu. En effet, Bénétreau opte pour la première interprétation parlant de « la recherche inlassable de la paix… c’est-à-dire de l’harmonie et des relations justes entre les hommes » (p. 197). Pour bien mettre l’accent sur des relations interpersonnelles, les traducteurs pourront dire « il doit chercher très fort à vivre en paix les uns avec les autres » ou « sans conflit avec les autres », « il doit s’efforcer de vivre paisiblement avec les autres ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.