L’expression Peut-être rend un terme grec qui indique une possibilité ou une potentialité. Ici elle introduit une conjecture de la part de Paul et peut être traduite par une expression comme « il se peut que », « il est possible que », « on ne sait pas si » ou par un adverbe équivalent. Voir aussi Rom 5.7. Paul suggère que Dieu a peut-être laissé évoluer cette situation, pour que l’Église en profite.
n’a-t-il été séparé de toi pour un temps qu’afin de t’être rendu pour l’éternité : cette phrase constitue la conjecture de Paul. Il met en contraste deux situations opposées. La première, séparé de toi, relève du temps où Onésime était en fuite de chez Philémon. Dieu aurait permis une grande distance entre le maître et l’esclave pour un temps limité. Ce temps a en effet permis à Onésime de reconsidérer sa vie et de se donner au Seigneur. La seconde proposition, afin de t’être rendu, porte sur le retour prochain d’Onésime chez son maître. Il est clair que Paul voit dans cette situation la main de Dieu. Il croit que le Seigneur œuvrait pour produire ce résultat : la conversion d’Onésime et la réconciliation entre lui et son maître. Ce point de vue se voit non seulement dans l’utilisation du mot peut-être, mais aussi dans la forme passive du verbe séparé, et le fait que Paul évite de dire explicitement qu’Onésime « s’est enfui (de chez toi) ».
a … été séparé de toi peut être mieux rendu dans certaines langues sous forme négative, par exemple, « n’était pas avec toi » ou « n’était pas resté là avec toi ». Le verbe séparé est le même utilisé dans les Évangiles, lorsque Jésus, en parlant des couples mariés, dit « Que l’homme ne sépare pas… » Paul utilise le verbe au même sens dans Rom 8.39 : « rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu ». Mais dans le contexte de ce verset, le verbe peut être ambigu. Si Onésime n’est pas chrétien, il est séparé de Philémon physiquement, mais aussi spirituellement. Ce dernier sens est clair, car Paul parle dans la prochaine proposition d’éternité.
pour un temps : la séparation d’Onésime est littéralement « pour une heure » qui se trouve en contraste avec pour l’éternité. Voir aussi 2 Cor 7.8. La Bible en français courant a ici « pour quelques temps », et la Parole de Vie, « un moment seulement ». Il est impossible de savoir exactement de combien de temps il est question ici. Il ne faudrait pas comprendre pour un temps comme une simple brève période d’un jour ou deux. Il est évident qu’Onésime s’était éloigné de Colosses avec l’intention de rester au loin. Il devait être en prison avec Paul depuis un certain temps, au moins quelques semaines, mais plus probablement, plusieurs mois.
afin de t’être rendu : une traduction littérale peut donner l’impression qu’il s’agit d’un objet au lieu d’une personne. On pourra dire « afin qu’il soit de nouveau avec toi » ou « afin qu’il puisse revenir chez toi ». Une autre possibilité sera de dire « afin que tu le retrouves ». Si possible, les traducteurs devraient choisir deux verbes qui expliquent la situation, par exemple, « il t’a été enlevé pour un temps limité pour que tu le retrouves ».
éternité : il est difficile de savoir le sens exact, mais il est fort possible que Paul ait utilisé ce mot expressément d’une manière ambiguë. Dans la situation actuelle il peut avoir le sens « pour de bon » ou « en permanence » (voir Jean 8.35 pour un usage similaire). Mais dans ce contexte, le mot peut avoir une autre signification, car la nouvelle vie qui unit ces deux frères chrétiens est pour l’éternité. On pourra utiliser un adverbe comme « continuellement », mais « pour toujours » (Bible en français courant, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond) rend beaucoup mieux le sens ici.
Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.
