Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.15

L’expression Peut-être rend un terme grec qui indique une possibilité ou une potentialité. Ici elle introduit une conjecture de la part de Paul et peut être traduite par une expression comme « il se peut que », « il est possible que », « on ne sait pas si » ou par un adverbe équivalent. Voir aussi Rom 5.7. Paul suggère que Dieu a peut-être laissé évoluer cette situation, pour que l’Église en profite.

n’a-t-il été séparé de toi pour un temps qu’afin de t’être rendu pour l’éternité : cette phrase constitue la conjecture de Paul. Il met en contraste deux situations opposées. La première, séparé de toi, relève du temps où Onésime était en fuite de chez Philémon. Dieu aurait permis une grande distance entre le maître et l’esclave pour un temps limité. Ce temps a en effet permis à Onésime de reconsidérer sa vie et de se donner au Seigneur. La seconde proposition, afin de t’être rendu, porte sur le retour prochain d’Onésime chez son maître. Il est clair que Paul voit dans cette situation la main de Dieu. Il croit que le Seigneur œuvrait pour produire ce résultat : la conversion d’Onésime et la réconciliation entre lui et son maître. Ce point de vue se voit non seulement dans l’utilisation du mot peut-être, mais aussi dans la forme passive du verbe séparé, et le fait que Paul évite de dire explicitement qu’Onésime « s’est enfui (de chez toi) ».

a … été séparé de toi peut être mieux rendu dans certaines langues sous forme négative, par exemple, « n’était pas avec toi » ou « n’était pas resté là avec toi ». Le verbe séparé est le même utilisé dans les Évangiles, lorsque Jésus, en parlant des couples mariés, dit « Que l’homme ne sépare pas… » Paul utilise le verbe au même sens dans Rom 8.39 : « rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu ». Mais dans le contexte de ce verset, le verbe peut être ambigu. Si Onésime n’est pas chrétien, il est séparé de Philémon physiquement, mais aussi spirituellement. Ce dernier sens est clair, car Paul parle dans la prochaine proposition d’éternité.

pour un temps : la séparation d’Onésime est littéralement « pour une heure » qui se trouve en contraste avec pour l’éternité. Voir aussi 2 Cor 7.8. La Bible en français courant a ici « pour quelques temps », et la Parole de Vie, « un moment seulement ». Il est impossible de savoir exactement de combien de temps il est question ici. Il ne faudrait pas comprendre pour un temps comme une simple brève période d’un jour ou deux. Il est évident qu’Onésime s’était éloigné de Colosses avec l’intention de rester au loin. Il devait être en prison avec Paul depuis un certain temps, au moins quelques semaines, mais plus probablement, plusieurs mois.

afin de t’être rendu : une traduction littérale peut donner l’impression qu’il s’agit d’un objet au lieu d’une personne. On pourra dire « afin qu’il soit de nouveau avec toi » ou « afin qu’il puisse revenir chez toi ». Une autre possibilité sera de dire « afin que tu le retrouves ». Si possible, les traducteurs devraient choisir deux verbes qui expliquent la situation, par exemple, « il t’a été enlevé pour un temps limité pour que tu le retrouves ».

éternité : il est difficile de savoir le sens exact, mais il est fort possible que Paul ait utilisé ce mot expressément d’une manière ambiguë. Dans la situation actuelle il peut avoir le sens « pour de bon » ou « en permanence » (voir Jean 8.35 pour un usage similaire). Mais dans ce contexte, le mot peut avoir une autre signification, car la nouvelle vie qui unit ces deux frères chrétiens est pour l’éternité. On pourra utiliser un adverbe comme « continuellement », mais « pour toujours » (Bible en français courant, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond) rend beaucoup mieux le sens ici.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.5

car j’entends parler de l’amour et de la foi : ceci rend un participe grec « entendant de l’amour et de la foi ». Il s’agit certainement d’un rapport oral que Paul a entendu. Ainsi la traduction de la Traduction œcuménique de la Bible entends parler rend bien l’idée ici. Si cette expression ne convient pas, on pourra dire « les gens m’ont dit (que)… » Le texte grec n’a pas de conjonction car, mais la majorité des versions rendent ce lien logique explicite.

l’amour et … la foi : Paul cite deux choses qui suscitent les remerciements qu’il adresse à Dieu : l’amour et la foi qui sont manifestes dans la vie de Philémon. Le texte source emploie ici un chiasme, une figure de style qui met l’accent sur ces faits. Dans cette structure, les bénéficiaires de l’amour et de la foi se trouvent en ordre inverse (a-b-b’-a’) comme suit :

CH1 amour (a)
CH2 foi (b)
CH2 envers le Seigneur Jésus (b’)
CH1 en faveur de tous les saints (a’)

Le texte doit donc être compris comme parlant de la foi de Philémon au Seigneur Jésus et de son amour pour tous les saints. Dans la Bible en français courant et la Parole de Vie, le sens ressort clairement. Une traduction littérale de cette structure (comme dans la Traduction œcuménique de la Bible) pourra mener à la confusion, car les liens entre ces différents éléments ne seront pas clairs.

amour : Paul entend parler de l’amour que Philémon a pour le peuple de Dieu. Pour amour, voir Phm. 1.1. En traduisant le mot amour, il est important d’éviter de laisser entendre qu’il y a un intérêt sexuel ou un désir de posséder ou de vouloir contrôler le peuple de Dieu. Il ne s’agit pas non plus d’un simple attachement émotionnel. Le texte insiste sur la façon dont Philémon désire aider le peuple de Dieu. On pourra utiliser une expression verbale : « comment tu aimes tous les saints ». Dans ce contexte, il sera aussi approprié de dire « comment tu prends bien soin de tout le peuple de Dieu » ou « comment tu te soucies de tout le peuple de Dieu ».

en faveur de tous les saints est littéralement « pour tous les saints ». Les saints décrit les personnes qui constituent le peuple de Dieu. Bien que ce mot exprime le fait d’être « purs » l’accent est mis ici sur le fait que ces personnes appartiennent à Dieu. On peut parler de « tout le peuple de Dieu » ou « tous les croyants » (Bible en français courant, Parole de Vie). Ici il s’agit de ceux qui croient en Jésus-Christ, par exemple, « j’entends les gens parler de ton amour pour tout le peuple de Dieu » ou « les gens m’ont dit comment tu aimes tout le peuple de Dieu ». S’il faut utiliser le discours direct, on peut dire : « Les gens m’ont dit : “Philémon aime tout le peuple de Dieu” », mais il vaut mieux rester près du texte si possible.

foi : le mot en grec a plusieurs sens selon les différents contextes, soit « confiance », « croyance », soit « fidélité », « loyauté ». Certains biblistes optent pour le dernier sens ici.

envers démontre que l’objet de la foi de Philémon est le Seigneur Jésus. C’est grâce à lui que Philémon est devenu une nouvelle créature. Le mot Seigneur représente donc celui à qui cette fidélité est réservée. Mais le sens le plus usuel de la foi dans cet environnement dans les lettres de Paul est celui de la confiance en Christ. Il est donc plus probable ici. La Bible en français courant a ici « ta foi au Seigneur Jésus, » et la Parole de Vie, « ta foi envers le Seigneur Jésus ». Cette expression peut être rendue par « la manière dont tu fais confiance au Seigneur Jésus » ou « la manière dont tu crois au Seigneur Jésus ». Dans certaines langues, il faudrait parler de « notre Seigneur Jésus ».

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.16

Ce verset complète la pensée du verset précédent : « afin de t’être rendu pour l’éternité, non plus comme un esclave mais … » Traduit littéralement, ce texte peut donner l’impression que Paul demande la libération d’Onésime, mais ce n’est peut-être pas le cas.

non plus comme un esclave : l’adverbe rendu par non plus désigne une période de temps allant jusqu’à un certain point.

comme un esclave : c’est la première de deux comparaisons introduites par comme, et la Bible en français courant essaie de rendre le contraste en disant « il n’est plus un simple esclave, mais … »

esclave : c’est la première fois dans la lettre que Paul utilise ce mot. Il désigne une personne qui est entièrement sous le contrôle de quelqu’un d’autre, qui travaille pour un autre mais sans recevoir de salaire. Très souvent, la personne est considérée comme la propriété de son maître : elle lui appartient. Dans beaucoup de cultures du monde, cette notion est connue, surtout en relation avec des captifs de guerre. Beaucoup de langues auront ainsi un mot pour esclave, mais dans certaines langues, il est doté d’une connotation tellement négative qu’il peut à peine être cité. Cependant, dans ce contexte, il sera difficile de contourner le mot. S’il n’y a pas de mot, on parlera d’une « personne qui appartient » ou « est vendu à un autre ».

mais comme bien mieux qu’un esclave est littéralement « mais plus qu’un esclave ». Dans certaines langues, on rendra explicite le contraste en disant « mais maintenant, il est plus qu’un esclave… » On pourrait aussi dire « il est pour toi beaucoup plus qu’un esclave » ou « il est plus qu’une personne qui est seulement ta propriété ». Dans certaines langues, il vaut mieux invertir le contraste négatif-positif en disant, par exemple, « et maintenant il est (pour toi) bien plus qu’un esclave, et pas un simple esclave ». Placer ainsi la déclaration positive avant la négative pourra parfois mieux exprimer le sens.

un frère bien-aimé est une apposition, qualifiant cette personne qui est bien mieux qu’un esclave. Pour les mots frère et bien-aimé, voir Phm. 1.1. Paul explique à Philémon que son esclave Onésime est désormais son frère chrétien, et c’est cela qui devrait, dès lors, déterminer leurs relations. Pour un frère bien-aimé, on pourra aussi dire « un frère très aimé » ou « un cher croyant comme toi ».

il l’est tellement pour moi est littéralement « surtout à moi ». il se réfère à Onésime. tellement est un adverbe qui exprime la notion de « surtout », « spécialement », « particulièrement ». Cela démontre l’étendue de l’amour de Paul pour Onésime en tant que chrétien. Le sens explicite est « il est vraiment un frère bien-aimé pour moi ». Avec beaucoup de diplomatie, Paul parle d’abord de sa propre relation à Onésime avant de la comparer à la relation entre Philémon et son esclave.

combien plus le sera-t-il pour toi : selon Paul, l’amour de Philémon pour Onésime devra donc être bien plus important que l’amour que Paul lui porte. Il s’agit ici d’une question de pure forme ou une question rhétorique, où Paul essaie de démontrer combien Philémon doit aimer Onésime. L’expression combien plus rend un adjectif interrogatif qui sous-entend une quantité considérable : « il doit l’être beaucoup plus pour toi… »

le sera-t-il pour toi se réfère à la relation fraternelle qui doit exister désormais entre Philémon et Onésime. Dans certaines langues, il va falloir rendre cette idée explicite : « n’est-il pas » ou « ne devrait-il pas être encore plus ton frère à toi ? » Dans d’autres langues, il vaut mieux présenter une affirmation plutôt qu’une question : « Il m’est particulièrement cher, mais il doit l’être encore plus pour toi… » Voir Bible en français courant. Au lieu de parler d’être frère, la Parole de Vie parle d’amour : « Moi, je l’aime beaucoup, mais toi, tu dois l’aimer encore plus ». On pourra aussi dire « il a tellement de valeur pour moi, mais il aura encore plus de valeur pour toi ».

et en tant qu’homme et en tant que chrétien est littéralement : « et dans la chair et dans le Seigneur » (voir Nouvelle Version Segond). en tant qu’homme est une référence à Onésime en tant qu’esclave. Celui-ci reste un esclave, mais il est en même temps un frère chrétien. Ici Paul envoie un message fort à Philémon. Nulle part dans cette lettre, il ne dit à Philémon directement de libérer Onésime. Ici Paul semble accepter la possibilité qu’Onésime puisse continuer à être esclave de Philémon, en dépit de la transformation de leur relation parce qu’Onésime est chrétien. En effet, dans ses autres lettres, Paul donne des conseils aux esclaves, pour qu’ils se comportent dignement malgré leur état. Pourtant, au verset 21, Paul semble suggérer qu’il espère que Philémon libèrera Onésime.

en tant qu’homme : bien que le grec ait le mot « chair » (Nouvelle Bible Segond), les versions parlent plutôt de la « condition humaine » d’Onésime. La traduction de la Parole de Vie est très réussie : « parce que c’est un être humain ». La traduction de la Bible de Jérusalem « selon le monde » ne semble pas justifiée ici.

en tant que chrétien : la Traduction œcuménique de la Bible rend « dans le Seigneur » par le mot chrétien, mais ce terme est très rare dans le NT. Il vaut mieux exprimer cette notion d’une autre manière, par exemple, en disant « croyant comme toi dans le Seigneur » ou « quelqu’un qui croit au Seigneur de même que toi ». La Bible Bayard rend bien la complémentarité des idées en disant « il le sera encore plus pour toi, humainement et devant le Seigneur ».

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.6

Ce verset donne le contenu de la requête de Paul, mais il est assez difficile à comprendre.

Que ta participation à la foi soit efficace : la première expression comprend le nom grec κοινωνία koinônia. Bien avant la naissance de Jésus-Christ, ce mot désigne une association de personnes ayant des liens mutuels étroits. Dans un contexte chrétien, il désigne le partage, la fraternité. L’expression ta participation à la foi peut être comprise de plusieurs façons ici. Elle peut désigner « la foi que tu as en commun avec nous » (Bible en français courant), « cette foi qui nous unit, toi et moi » (Parole de Vie), limitant les concernés à Philémon et Paul, et peut-être ses compagnons. Mais on peut aussi comprendre « la fraternité chrétienne qui nous unit (tous) ».

la foi : comme dans v. 5, la foi peut désigner la confiance, mais ici elle peut représenter en quoi les chrétiens croient, par exemple, « en raison de notre confiance commune en Christ ». On pourra aussi parler du « fait que tu partages la foi avec d’autres (chrétiens) », c’est-à-dire « nous tous ».

soit efficace traduit une expression qui sous-entend que cette foi commune peut produire des résultats. La foi mène à des actions concrètes. Ainsi la Parole de Vie dit : « Je demande à Dieu que cette foi qui nous unit, toi et moi, donne de bons résultats » et la Bible en français courant rend l’expression encore plus personnelle en disant « soit efficace en toi ».

fais donc connaître tout le bien que nous pouvons accomplir pour la cause du Christ : le texte grec n’a pas de verbe et est difficile à comprendre. La Nouvelle Bible Segond traduit assez littéralement « par la connaissance de tout ce qui est bon en nous, pour le Christ ! ». Certaines versions pensent qu’il s’agit d’un ordre donné par Paul à Philémon, comme dans la Traduction œcuménique de la Bible ou la Parole de Vie : « Fais donc connaître tout le bien que nous pouvons réaliser pour servir le Christ ». D’autres y voient un autre sens : « que la foi que tu as en commun avec nous soit efficace en toi pour faire mieux connaître tous les biens que nous avons dans notre vie avec le Christ » (Bible en français courant). La Bible de Jérusalem suggère « Puisse cette foi … t’éclairer pleinement sur tout le bien qu’il est en notre pouvoir d’accomplir pour le Christ ». Le texte ne dit pas explicitement à qui tout le bien doit être révélé, mais selon le contexte, il s’agit certainement de Philémon, au lieu de tous les croyants.

connaître : plusieurs biblistes donnent à cette racine un sens causatif, « fera connaître » ou « connaître pleinement ». Le nom connaissance en grec parle non seulement d’une connaissance intellectuelle, mais une connaissance que l’on acquiert à travers l’expérience.

tout le bien peut désigner des possessions offrant des avantages matériels ou des qualités morales positives de nature générale. C’est dans ce dernier sens que la majorité des versions françaises le comprennent : « tout le bien qu’il est en notre pouvoir d’accomplir » (Bible de Jérusalem), « tout le bien que nous pouvons réaliser » (Parole de Vie). Paul semble songer plutôt aux avantages spirituels qui sont en Christ, même si la Bible en français courant reste ambigu.

que nous pouvons accomplir est la traduction de la Traduction œcuménique de la Bible et cette interprétation est adoptée par plusieurs. Mais le texte grec a simplement « en nous ». S’agit-il donc du bien qui vient de Dieu ou de tout le bien que nous pouvons accomplir ? Les traducteurs devraient opter pour l’une ou l’autre interprétation. Nous est la lecture que les biblistes modernes préfèrent, bien que la variante ayant « vous » possède d’excellents appuis. Il semblerait que nous ici concerne tous les chrétiens et non seulement Paul et son groupe.

pour la cause du Christ : la préposition εἰς eis en grec a plusieurs sens. Cela peut être « les bonnes choses que nous pouvons accomplir pour le Christ » (Traduction œcuménique de la Bible, Bible de Jérusalem, Nouvelle Bible Segond, Parole de Vie) ou « tous les biens que nous avons dans notre vie avec » ou « dans l’union avec le Christ » (Bible en français courant). Adoptant cette dernière interprétation, on pourra parler de « toutes les bénédictions qui nous viennent de Dieu en raison de notre union avec le Christ », plus précisément de « tout le bien que nous avons parce que notre vie se joint à celle du Christ » ou « parce que nous sommes en communion étroite avec le Christ ». Il faut reconnaître que l’expression ainsi rendue est inhabituelle. Généralement cette préposition exprime le mouvement ou le progrès envers une chose ou une personne. Certains biblistes suggèrent alors « le bien conduisant au Christ », mais aucune version ne semble aller dans ce sens. Les traducteurs choisiront entre les deux interprétations principales : « pour le Christ » ou « en union avec lui ».

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.17

Sur la base de la relation de partenaire ou de compagnon qu’il a avec Philémon, Paul lui demande d’accorder à Onésime le même type d’accueil qu’il lui aurait accordé. C’est-à-dire, il lui demande de le recevoir comme frère et compagnon de travail.

Si donc tu me tiens pour ton frère en la foi : cette proposition conditionnelle évoque une vérité et non pas une hypothèse. Paul sait que Philémon le tient pour un frère, sinon un père, dans la foi. Si une traduction littérale de la condition donne l’impression que cela ne serait pas effectivement le cas, il faudrait l’éviter. On pourra dire, « Je sais que tu me considères comme ton frère dans la foi… » ou « puisque tu me considères comme ton frère en la foi, alors reçois-le… »

tenir pour veut dire « considérer » ou « penser (que je suis…) »

frère en la foi rend le mot grec κοινωνός koinônos, déjà rencontré sous forme de nom au verset 6. Paul utilise le même terme pour parler de Tite dans 2 Cor 8.23. Voir aussi Luc 5.10, où le terme décrit la relation entre Jacques, Jean et Simon Pierre. Paul fait appel à la communion qui existe entre les deux hommes. On pourra dire « Si tu considères que nous partageons la même foi… » ou « Si tu me considères comme quelqu’un qui croit comme toi au Seigneur ». Ici la Bible en français courant et la Parole de Vie parlent d’« ami », mais ce mot semble faible par rapport à cette relation intime.

reçois-le comme si c’était moi est la traduction de la majorité des versions françaises (Bible en français courant, Parole de Vie, Segond Révisée). S’il faut rendre l’idée plus explicite, on pourra dire « reçois-le bien » ou « avec joie comme si c’était moi ». On pourra aussi dire « accueille-le comme tu allais m’accueillir ».

Ce que Paul demande à Philémon n’est pas facile, mais il faudra noter qu’apparemment Onésime a aussi accepté de retourner chez son maître, même si cela doit lui coûter cher.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.7

Paul a déjà exprimé sa gratitude au Seigneur pour la foi de Philémon qui est traduite en actes d’amour concrets. Ici il revient à cette idée en soulignant comment Philémon a réconforté le peuple de Dieu. Le grec commence par la conjonction γάρ gar, qui peut être rendue par « car » ou « en effet » (Nouvelle Bible Segond).

Grande joie et consolation m’ont déjà été apportées expriment les sentiments de Paul par rapport à Philémon. Ces pensées servent d’introduction pour parler non seulement de Paul mais de tout le peuple de Dieu.

Grande joie est littéralement « beaucoup de joie ». Dans plusieurs langues, cette idée sera exprimée à partir des expressions verbales : « J’ai eu, en effet, beaucoup de joie » (Nouvelle Bible Segond), « j’ai été très heureux… » (Parole de Vie). La joie décrit l’état de bonheur, de contentement et de satisfaction que Paul ressent.

consolation rend la racine παράκληθος paraklêtos. Celle-ci exprime le fait de se sentir encouragé, réconforté, et fortifié par les gestes de quelqu’un. Paul est ainsi consolé, réconforté. On peut le rendre par « me donner du courage » ou de façon métaphorique par « redonner force à mon cœur ».

m’ont déjà été apportées est la traduction de la Traduction œcuménique de la Bible. Le texte grec utilise le verbe « avoir », littéralement « en effet, j’ai eu beaucoup de joie et de consolation… » Les traducteurs devraient utiliser des expressions naturelles dans leur langue. Dans certaines langues, il vaut mieux inverser la phrase, par exemple, « ton amour m’a beaucoup réjoui et m’a (vraiment) consolé » ou « ton amour m’a donné » ou « m’a apporté beaucoup de joie et de consolation ».

par ton amour, frère : Paul met l’accent sur l’amour de Philémon pour les chrétiens et le fait qu’il manifeste clairement son souci de les aider. Pour l’amour, voir Phm. 1.1. On peut aussi restructurer en disant « à cause de ton amour, j’ai une grande joie… »

Pour frère, voir Phm. 1.1. Le vocatif semble renforcer la relation fraternelle, de sorte que certaines versions ajoutent « cher frère ». On peut communiquer l’émotion en disant « mon frère bien-aimé (dans la foi) » ou « mon cher ami ». En grec, ce mot paraît en fin de phrase, mais les traducteurs peuvent le placer là où il sera le plus naturel dans la langue cible : au début, au milieu (comme dans la Traduction œcuménique de la Bible), ou à la fin (comme dans le texte grec).

tu as réconforté le cœur rend une expression idiomatique grecque : « les cœurs ont été rafraîchis », du verbe grec qui veut dire « revivifier » ou « rafraîchir ». Normalement ce terme comprend un aspect physique lié au fait de se reposer, mais cet aspect n’est pas en vue ici. On pourra dire « le cœur des saints a été tranquillisé » (Nouvelle Bible Segond). La Bible en français courant dit « parce que ton amour a encouragé les chrétiens ». La Bible Bayard est très expressive : « grâce à toi, le cœur des saints a été apaisé ».

cœur rend un terme grec qui désigne « les entrailles », « l’intérieur », « les profondeurs », un mot fréquemment utilisé dans la Bible pour parler des émotions, des sentiments intérieurs. Voir aussi les versets 12 et 20. C’est la partie la plus profonde de la personne où les émotions peuvent être guéries, soignées, renouvelées, et revigorées. Dans certaines langues, on parlera d’autres parties du corps : le foie, la bile. On pourra aussi dire tout simplement « tu m’as réconforté ».

Pour des saints, voir Phm. 1.5 ci-dessus.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.18

Et si : Paul aborde une question délicate. En effet, en fuyant, les esclaves emportaient souvent des biens ou de l’argent appartenant à leurs maîtres. Paul traite cette question comme une possibilité en disant Et si… Les traducteurs pourront introduire la même sorte de proposition conditionnelle dans leur langue. Le sens est : « quel que soit le mal qu’il t’a fait ou ce qu’il te doit… »

il t’a fait quelque tort : il se réfère à Onésime. L’expression fait … tort traduit le verbe grec ἀδικέω adikeô qui paraît aussi dans Col 3.25. Il signifie « faire du mal », mais souvent avec le sens que le mal n’est pas mérité. Ce terme général décrit donc tout méfait. Il peut s’agir d’un mauvais comportement, des mots inappropriés ou des fautes plus graves comme le vol.

ou s’il a quelque dette envers toi : le grec ne répète pas s’il… mais dans beaucoup de langues, il sera nécessaire de commencer une nouvelle proposition comme dans la Traduction œcuménique de la Bible et la Bible en français courant.

a quelque dette envers toi est littéralement « te doit ». Il se peut qu’Onésime ait pris quelque chose, par exemple, de l’argent ou un objet de valeur. Peut-être Onésime est-il redevable à son maître, à cause des jours manqués au travail. Paul est très discret et évite d’utiliser des expressions crues, comme « s’il t’a volé » ou « enlevé quelque chose ». Il est bon alors de suivre la majorité des versions françaises (Bible en français courant, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond) qui imitent ce style en parlant en termes généraux : « s’il te doit quelque chose ».

porte cela à mon compte rend un seul mot grec qui veut dire « inscrire dans un registre » ou « lister ». Ce vocabulaire emprunté au monde des affaires est utilisé ici au sens figuré. Par là, Paul, veut simplement dire qu’il remboursera tout ce qu’Onésime a pu prendre. Il prendra la responsabilité de toute perte que les actions d’Onésime ont pu faire subir à Philémon. On pourra dire « mets cela sur mon compte » (Bible en français courant, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond), « Dis-mois combien je te dois » ou « Dis le moi, je te paierai ».

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.8

8-22

Dans cette partie, Paul aborde le point essentiel de sa lettre : il demande à Philémon de recevoir Onésime comme un frère, et peut-être, d’une manière très subtile, de le libérer. Ici le style se caractérise par un tact et un respect extraordinaires. En effet, en sa qualité d’apôtre, Paul aurait pu donner l’ordre à Philémon de faire ce qu’il demande. Mais au lieu de prendre un ton dur, il supplie Onésime de faire ce qu’il demande (versets 8-9). Paul décrit son passé et sa situation présente en prison, soulignant les humiliations que lui, Paul, est prêt à accepter pour la cause du Christ (versets 10-11). Il lui fait savoir aussi qu’il lui renvoie Onésime, même s’il aurait préféré le garder auprès de lui pour l’aider (versets 12-13).

Paul montre ainsi qu’il ne veut rien faire sans le consentement de Philémon (verset 14). Avec une délicatesse sans égale dans ses lettres, Paul suggère à Philémon de considérer la fuite d’Onésime comme une providence divine. Non seulement Onésime devient croyant et Paul est encouragé par lui, mais cette situation permet la transformation de la relation entre un maître et son esclave (versets 15-16). Paul demande donc à Philémon de reprendre Onésime (verset 17). Il promet de compenser lui-même toute perte que Philémon a subie (versets 18-19). Enfin, il conclut par un plaidoyer éloquent, fondé sur des motifs chrétiens (verset 20). Il dit qu’il a confiance que Philémon lui accordera tout ce qu’il lui demande (verset 21). Il ose y ajouter une autre demande : que Philémon soit prêt à l’accueillir, lui, Paul, car il espère être libéré très bientôt grâce aux prières des fidèles (verset 22).

La lettre est très brève et n’a pas besoin de plusieurs sous-titres. Néanmoins dans cette section, certains voient quatre parties (8-14,15-17,18-19 et 20-22), tandis que d’autres en voient cinq. Soungalo (p. 1488-9) propose :

• Une demande basée sur l’amour : 8-9
• La valeur d’Onésime : 10-14
• Le nouveau statut d’Onésime : 15-17
• Une offre d’assumer toute responsabilité : 18-19
• La demande : 20-21

8-9

Le verset 8 est une proposition subordonnée dans laquelle Paul fait une concession, bien que j’aie …, signifiant « même si je peux… » Celle-ci continue au verset 9 avec l’expression, c’est de préférence …, littéralement, « plutôt, je t’adresse … » Cette demande serait répétée au verset 10.

Paul entame une nouvelle phrase ici et exprime une nouvelle pensée.

Aussi rend une conjonction forte en grec que l’on pourra aussi rendre comme « donc ». Les propos de Paul suivent une certaine logique. Pour commencer cette nouvelle section, il se base sur ce qu’il vient de dire concernant l’amour de Philémon envers lui-même et envers les autres chrétiens (versets 4 à 7). La Nouvelle Bible Segond et la Bible de Jérusalem disent « C’est pourquoi ». Les traducteurs devraient chercher une transition assez forte qui convient ici. Dans certaines langues, il va falloir reprendre ce qui vient d’être dit : « à cause de la manière dont tu aimes le peuple de Dieu ». Mais normalement une conjonction servira mieux, car une autre proposition subordonnée suit.

bien que j’aie … toute liberté rend ici le participe du verbe avoir, compris ici comme une concession. Le texte grec dit littéralement « Ayant donc en Christ beaucoup de liberté… » Dans certaines langues, il vaut mieux utiliser une proposition conditionnelle : « C’est pourquoi même si en Christ j’ai la liberté » ou « le droit ».

toute liberté : le terme rendu ici par liberté ne décrit pas l’opposé de l’esclavage, mais plutôt la hardiesse et l’assurance qu’on a dans des circonstances qui peuvent intimider. Il concerne ici la disposition de Paul quand il s’adresse à Philémon. Il a une attitude « confiante » quand il lui écrit. Cette autorité se fonde sur son statut en Christ. Cela veut dire que Paul a le droit et même l’autorité de donner des ordres à Philémon, mais il refuse de faire valoir ses droits d’apôtre. On pourra dire « j’ai le droit (de te le dire) » ou « je pourrais le dire directement, mais je ne le ferai pas ».

en Christ est une traduction littérale du texte grec qui pourra avoir plusieurs interprétations. Une possibilité sera « dans la communion avec le Christ », c’est-à-dire que Paul a l’autorité en tant que chrétien de parler ainsi à Philémon, mais ici cette expression semble sous-entendre bien plus. Certains pensent que cela se réfère à son statut comme apôtre, par exemple, « En tant qu’apôtre de Christ, j’ai le droit de te dire ». L’expression peut aussi se référer plus spécifiquement à la relation chrétienne qui existe entre Paul et Philémon, c’est-à-dire, « à cause de notre relation comme chrétiens, j’ai l’autorité de… » Mais d’après le grec, en Christ semble se référer principalement à Paul. Certains reformulent l’expression en Christ pour dire « même si le Christ m’en a donné le droit », mais cette traduction s’éloigne quelque peu du texte original.

de te prescrire ton devoir est littéralement « de t’ordonner ce qu’il faut ». Le verbe signifie souvent « attribuer une tâche particulière » ou « donner une fonction ou un rôle à quelqu’un ». Ainsi la Bible en français courant parle d’« ordonner (à quelqu’un) ce qu’il devrait faire ». Le verbe ne se trouve qu’ici dans les écrits de Paul et sous-entend que Paul est supérieur à celui auquel il s’adresse. La Parole de Vie est assez simple : « pour te dire ce que tu dois faire ». On pourra aussi dire : « je pourrais te dire fermement ce que tu devrais faire, mais je ne le ferai pas ».

ton devoir : Paul ne dit pas exactement ce que Philémon devra faire, mais il l’exprime assez clairement de manière indirecte. Philémon devra tout d’abord recevoir Onésime comme frère chrétien. Paul est peut-être en train de suggérer très discrètement que Philémon doit libérer Onésime, pour qu’il retourne chez Paul où il l’aidera dans son travail (versets 13-14). Comme Paul n’a pas rendu explicite le contenu exact du mot devoir, les traducteurs devraient chercher un mot général. Dans certaines langues, cela sera « je pourrais te commander ce que tu devrais faire ».

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.