Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.13

Paul aborde, avec grande délicatesse, la demande qu’il s’apprête à faire. Je l’aurais volontiers gardé indique qu’il avait eu l’idée de garder Onésime auprès de lui. Cela aurait été sa préférence personnelle, mais il ne l’a pas retenue. Il reconnaît que la décision concernant l’avenir d’Onésime revient, non pas à lui, mais à son maître, Philémon. Le grec montre clairement qu’il s’agit d’un désir personnel, comme dans la Parole de Vie : « J’aurais bien voulu le garder auprès de moi ». Dans certaines langues, il vaut mieux rendre explicite l’idée sous-entendue : « j’aurais aimé le garder ici avec moi, mais je ne le ferai pas ».

gardé près de moi peut être rendu parfois par une forme causative, par exemple, « j’aimerais le faire demeurer avec moi ».

afin qu’il me serve à ta place pourrait être relié à ce qui précède ou à ce qui suit : Je l’aurai gardé … afin qu’il me serve à ta place ou afin qu’il me serve … dans la prison où je suis à cause de l’Évangile. Les traducteurs devraient faire leur choix d’interprétation ici.

La subordonnée de but, qu’il me serve traduit le subjonctif du verbe διακονέω diakoneô, « prendre soin d’une personne, en lui rendant service humblement ». Ce verbe peut se référer à des tâches manuelles et même dégradantes en prison, mais ce n’est pas forcement le sens ici. La majorité des versions préfèrent une traduction plus générale : « qu’il me rende service » (Bible en français courant) ou « Il m’aurait rendu service » (Parole de Vie). On aurait pu aussi utiliser un verbe comme « aider ».

à ta place : pour Paul, Onésime aurait eu à faire ce que Philémon aurait fait pour son ami, l’apôtre : le servir. Il peut être nécessaire d’être plus explicite, par exemple, « pour qu’il puisse m’aider à faire ce que tu aurais fait si tu étais ici (à sa place) ». Le texte ne dit pas quel âge Philémon a, mais d’après cette lettre, Paul doit être plus âgé et plus respecté en tant que leader chrétien que celui-ci. Ainsi Philémon lui doit, en quelque sorte, ce service, étant donné que Paul est son « père spirituel ».

dans la prison où je suis à cause de l’Évangile : le grec n’a pas de verbe, disant littéralement « dans les chaînes par l’Évangile ». L’expression dans la prison est la même qu’au verset 11. En ce temps là, les gens en prison étaient enchaînés ou liés sur place. Les traducteurs devraient utiliser l’expression la plus naturelle pour parler de quelqu’un qui est emprisonné.

à cause de l’Évangile : Paul ne dit ni quand ni comment il a été arrêté et privé de liberté, mais il fait comprendre que c’est à cause de ses activités comme apôtre. C’est parce qu’il annonçait la Bonne Nouvelle qu’il a été mis en prison. On pourra suivre la Traduction œcuménique de la Bible qui parle de l’Évangile ou être plus explicite, par exemple, « en prison pour avoir annoncé la Bonne Nouvelle », « parce que j’ai prêché la Bonne Nouvelle, » ou « en raison de ma fidélité à la Bonne Nouvelle ».

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.25

Il s’agit de la bénédiction finale, qui se trouve dans beaucoup de lettres de Paul. Voir, par exemple, Col 4.18. Ici, comme ailleurs, Paul prie que la grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec celui qui reçoit la lettre. Certains manuscrits plus récents ont « notre Seigneur Jésus Christ », mais les versions françaises gardent le texte tel qu’il est ici. Dans certaines langues, cette sorte de bénédiction doit commencer par un verbe indiquant une prière de requête, par exemple, « Je prie que la grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec vous. »

Pour grâce, voir verset 3. Si possible, la même expression doit être utilisée au début et à la fin de cette lettre. Dans certaines langues, l’idée sera exprimée sous forme d’action : « Que le Seigneur Jésus-Christ vous bénisse ! » (Parole de Vie) ou « je prie que le Seigneur Jésus Christ vous manifeste sa grâce » ou « sa bonté ».

avec vous est littéralement en grec « avec ton esprit », au singulier. La même expression paraît dans Gal 6.18 et Phil 4.23. Les traducteurs pourront la rendre littéralement (Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem) si cela est compréhensible. Bien que certaines versions en anglais disent « avec vous tous », l’adresse est au singulier et semble ne s’appliquer qu’à Philémon.

Ainsi se termine une lettre personnelle de l’apôtre Paul qui nous permet de voir un autre côté de sa personnalité. Avec beaucoup de délicatesse, il essaie de régler un conflit entre deux personnes et d’appliquer des principes chrétiens d’une manière assez souple à un problème assez difficile.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.3

A vous grâce et paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ : A vous résume tous les noms cités, Philémon, Apphia, et Archippe, ainsi que tous les membres de l’assemblée dans cette ville que beaucoup supposent être Colosses. Voir l’Introduction. La lettre n’est pas destinée à une seule personne, car l’expéditeur s’adresse ici à vous Mais le plaidoyer en faveur d’Onésime s’adresse à Philémon seul. C’est lui qui a essentiellement la responsabilité de résoudre le problème qui se pose. Mais il est significatif que Paul considère que le problème concerne aussi les autres membres de l’église de Colosses.

grâce et paix : c’est la salutation habituelle de Paul qui paraît dans presque toutes ses lettres : 2 Cor 1.2 ; Gal 1.3 ; Phil 1.2. Certains y voient une formulation spéciale où Paul aurait combiné le message chrétien de grâce et la salutation typique des Juifs : paix.

La grâce mentionnée ici décrit l’attitude favorable que l’expéditeur souhaite que Dieu et Jésus manifestent à ses lecteurs. Cette faveur n’est en rien méritée par ceux qui doivent en bénéficier, mais est le résultat de la bonté non méritée de Dieu, une manifestation spéciale de l’activité ou de la puissance divine. Ce terme est rendu dans certaines langues par « qu’ils vous manifestent leur bonté » ou « qu’ils vous traitent avec bon cœur ».

La paix décrit toute une gamme de circonstances favorables. Elle résulte de la bonté mentionnée ci-dessus et apporte la tranquillité et le calme. Dans les Saintes Écritures, le terme ainsi rendu renvoie au bien-être, à la santé, la prospérité et la sécurité qui aboutissent à la délivrance de souffrances internes ou externes. La paix est aussi implicitement liée à la réconciliation et au pardon. L’attention est ici sur les aspects psychologiques et spirituels qui en découlent. Ce terme peut être traduit de façon idiomatique, par exemple, « que votre cœur s’assoie » « que ton cœur se repose ».

Comme ailleurs dans les lettres de Paul, il identifie tout de suite la source de cette grâce et cette paix : Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ. Voir Rom 1.7 ; 1 Cor 1.3 ; 2 Cor 1.2 ; Gal 1.3 ; Phil 1.2.

Dieu notre Père exprime l’autorité surnaturelle de Dieu et le soin qu’il apporte à son peuple. Dans certaines langues, il faut une distinction claire entre ce titre de Dieu en tant que père céleste et la notion de père humain. Si l’utilisation de la majuscule suffit pour celui qui lit le texte, elle demeure un problème pour la majorité de ceux qui écoutent cette lecture. Certains vont vouloir compléter « notre père qui est au ciel », mais la notion de Dieu comme Père est très fréquente dans les Évangiles aussi bien que dans les Épîtres, et doit être suffisant comme titre. La mention de Père fait référence à Dieu, notre Créateur. Notre désigne ici un « nous » inclusif, se référant à Paul, tous ceux à qui il s’adresse et certainement à tout chrétien.

Seigneur Jésus Christ représente un titre souvent donné au Christ. Le mot grec rendu par Seigneur veut dire « dirigeant », « chef » ou « maître ». Dans le NT, bien qu’il désigne parfois Dieu le Père, (Matt 2.13 ; 4.10), le plus souvent il désigne Jésus Christ. Il met l’accent sur son autorité surnaturelle, sur l’humanité. Son équivalent le plus commun a donc le sens de « chef », « dirigeant » ou « propriétaire ». Certains le rendent par une expression comme « celui qui nous commande ». En grec le pronom possessif notre modifie seulement Dieu le Père, mais si nécessaire, les traducteurs peuvent l’ajouter ici : « notre Seigneur Jésus-Christ » ou « celui qui règne comme Seigneur sur nous, Jésus Christ ».

Dans beaucoup de langues, il va falloir restructurer la phrase, par exemple :

• Je prie que Dieu notre père et le Seigneur Jésus-Christ vous donne (leur) grâce et paix.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.14

mais je n’ai rien voulu faire sans ton accord est littéralement « mais sans votre accord je ne voulais rien faire ». Il est important d’exprimer la contre-attente : « je voulais le garder… mais… »

sans ton accord : le mot grec rendu ici par accord veut dire ailleurs « pensée » (1 Cor 1.10), « avis » ou « opinion » (1 Cor 7.25). Dans ce contexte il a plutôt le sens de « consentement », « approbation » ou « permission ». Paul donne à Philémon le temps de réfléchir. Celui-ci doit se faire sa propre idée ou sa propre opinion concernant le problème pour donner ensuite, s’il le veut, son consentement. On pourra aussi dire « sans ton avis ». La double négation rien … sans peut être restructurée à l’affirmative, par exemple, « pour que je fasse seulement ce que tu veux ».

afin que ce bienfait n’ait pas l’air forcé rend une proposition assez compliquée mais dont le sens est assez clair. Paul veut que Philémon décide de lui-même quelle démarche suivre. Il ne doit pas se sentir obligé, comme la Parole de Vie le dit si bien : « je ne veux pas t’obliger à (faire) cette bonne action ». Paul voulait éviter que son ami subisse une pression quelconque. On pourra dire « je ne veux pas t’imposer … » (voir Bible de Jérusalem). On pourra aussi utiliser des expressions comme « par force » ou « par obligation » (Bible en français courant).

bienfait est très général en grec : « bon », « bien », « la bonne chose ». Dans ce contexte, on pourra parler même de « faveur ».

mais qu’il vienne de ton bon gré indique l’opposé d’une action sous contrainte. Cette expression n’apparaît qu’ici dans le Nouveau Testament, mais un adverbe similaire, ἑκούσιος hekousiôs, paraît dans Hébr 10.26 et 1 Pi 5.2. L’expression peut être rendue par « parce que tu veux le faire » ou « parce que c’est ce que tu aimerais faire. » La Bible en français courant a « …de bon cœur », la Nouvelle Bible Segond, « qu’il soit volontaire ». La Parole de Vie est aussi très claire : « Je préfère que tu la fasses librement ».

Pour une traduction coulante et facile à assimiler, on peut restructurer l’ordre des éléments de ce verset en disant, par exemple :

• Mais je ne veux pas t’obliger à faire ce bien. Je veux que tu le fasses parce que tu le veux. Et j’ai décidé de ne rien faire sans que tu donnes ton accord.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.4

4-7

Après la salutation, Paul commence sa lettre proprement dit par une prière où il remercie Dieu pour l’amour et la foi de Philémon (versets 5 et 6). Puis il prie que les liens de fraternité entre Philémon et lui-même aboutissent et que tous les membres de la communauté comprennent mieux les bénédictions qu’ils ont en tant que chrétiens (verset 6). Paul termine cette partie en exprimant sa gratitude pour ce que l’amour de Philémon lui a apporté, ainsi qu’à d’autres chrétiens (verset 7).

Je rends grâce décrit la gratitude que Paul ressent face aux bénédictions qu’il a reçues. En français, cette expression, devenue un terme technique chez certains chrétiens, veut dire tout simplement « remercier » ou « exprimer sa reconnaissance ». La Bible en français courant, tout comme la Parole de Vie, ont ici « je remercie… » On pourra exprimer cette reconnaissance dans un style idiomatique, par exemple, « Je salue mon Dieu… » Dans certaines langues, il peut être nécessaire d’utiliser le discours direct : « Je dis à mon Dieu : “Merci pour Philémon” ». Mais si possible, il vaut mieux suivre le style de l’original.

mon Dieu : comme les psalmistes de l’Ancien Testament (Ps 3.7 ; 5.2 ; 22.2 ; 25.2), Paul utilise l’expression mon Dieu pour insister sur la profondeur de sa relation personnelle avec Dieu. Mais dans certaines langues, cette expression n’est pas acceptable, car elle implique que le locuteur « possède » Dieu ou qu’il est le seul à avoir une relation intime avec celui-ci. On pourra alors parler du « Dieu que j’adore » ou utiliser une forme inclusive : « notre Dieu ».

en faisant continuellement mention de toi dans mes prières : cette traduction rend le grec d’une manière assez littérale. Il y a plusieurs manières de comprendre en faisant … mention. La Parole de Vie pense que Paul « dit toujours le nom de Philémon », c’est-à-dire cite son nom dans ses prières. La Bible en français courant dit « je pense à toi », dans le sens courant de « prier pour ». Paul combine une expression de remerciement avec des prières de supplication pour Philémon. Prier est en fait parler avec Dieu.

continuellement est l’adverbe « toujours » en grec. On pourrait aussi dire « chaque fois que je prie, je prie pour toi » ou « je t’ai toujours à l’esprit ».

toi se réfère à Philémon. Ainsi on pourra suivre la Bible en français courant et la Parole de Vie qui citent son nom : « Toutes les fois que je prie, je pense à toi, Philémon », « Philémon, quand je prie, je dis toujours ton nom ». En grec il n’y a pas de distinction « tu »–« vous » au singulier, mais si elle existe dans la langue cible, toi convient, car Paul et Philémon sont étroitement liés. On pourrait dire :

• Philémon, je remercie mon Dieu pour toi. Chaque fois que je prie (Dieu), je prie pour toi.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.15

L’expression Peut-être rend un terme grec qui indique une possibilité ou une potentialité. Ici elle introduit une conjecture de la part de Paul et peut être traduite par une expression comme « il se peut que », « il est possible que », « on ne sait pas si » ou par un adverbe équivalent. Voir aussi Rom 5.7. Paul suggère que Dieu a peut-être laissé évoluer cette situation, pour que l’Église en profite.

n’a-t-il été séparé de toi pour un temps qu’afin de t’être rendu pour l’éternité : cette phrase constitue la conjecture de Paul. Il met en contraste deux situations opposées. La première, séparé de toi, relève du temps où Onésime était en fuite de chez Philémon. Dieu aurait permis une grande distance entre le maître et l’esclave pour un temps limité. Ce temps a en effet permis à Onésime de reconsidérer sa vie et de se donner au Seigneur. La seconde proposition, afin de t’être rendu, porte sur le retour prochain d’Onésime chez son maître. Il est clair que Paul voit dans cette situation la main de Dieu. Il croit que le Seigneur œuvrait pour produire ce résultat : la conversion d’Onésime et la réconciliation entre lui et son maître. Ce point de vue se voit non seulement dans l’utilisation du mot peut-être, mais aussi dans la forme passive du verbe séparé, et le fait que Paul évite de dire explicitement qu’Onésime « s’est enfui (de chez toi) ».

a … été séparé de toi peut être mieux rendu dans certaines langues sous forme négative, par exemple, « n’était pas avec toi » ou « n’était pas resté là avec toi ». Le verbe séparé est le même utilisé dans les Évangiles, lorsque Jésus, en parlant des couples mariés, dit « Que l’homme ne sépare pas… » Paul utilise le verbe au même sens dans Rom 8.39 : « rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu ». Mais dans le contexte de ce verset, le verbe peut être ambigu. Si Onésime n’est pas chrétien, il est séparé de Philémon physiquement, mais aussi spirituellement. Ce dernier sens est clair, car Paul parle dans la prochaine proposition d’éternité.

pour un temps : la séparation d’Onésime est littéralement « pour une heure » qui se trouve en contraste avec pour l’éternité. Voir aussi 2 Cor 7.8. La Bible en français courant a ici « pour quelques temps », et la Parole de Vie, « un moment seulement ». Il est impossible de savoir exactement de combien de temps il est question ici. Il ne faudrait pas comprendre pour un temps comme une simple brève période d’un jour ou deux. Il est évident qu’Onésime s’était éloigné de Colosses avec l’intention de rester au loin. Il devait être en prison avec Paul depuis un certain temps, au moins quelques semaines, mais plus probablement, plusieurs mois.

afin de t’être rendu : une traduction littérale peut donner l’impression qu’il s’agit d’un objet au lieu d’une personne. On pourra dire « afin qu’il soit de nouveau avec toi » ou « afin qu’il puisse revenir chez toi ». Une autre possibilité sera de dire « afin que tu le retrouves ». Si possible, les traducteurs devraient choisir deux verbes qui expliquent la situation, par exemple, « il t’a été enlevé pour un temps limité pour que tu le retrouves ».

éternité : il est difficile de savoir le sens exact, mais il est fort possible que Paul ait utilisé ce mot expressément d’une manière ambiguë. Dans la situation actuelle il peut avoir le sens « pour de bon » ou « en permanence » (voir Jean 8.35 pour un usage similaire). Mais dans ce contexte, le mot peut avoir une autre signification, car la nouvelle vie qui unit ces deux frères chrétiens est pour l’éternité. On pourra utiliser un adverbe comme « continuellement », mais « pour toujours » (Bible en français courant, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond) rend beaucoup mieux le sens ici.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.5

car j’entends parler de l’amour et de la foi : ceci rend un participe grec « entendant de l’amour et de la foi ». Il s’agit certainement d’un rapport oral que Paul a entendu. Ainsi la traduction de la Traduction œcuménique de la Bible entends parler rend bien l’idée ici. Si cette expression ne convient pas, on pourra dire « les gens m’ont dit (que)… » Le texte grec n’a pas de conjonction car, mais la majorité des versions rendent ce lien logique explicite.

l’amour et … la foi : Paul cite deux choses qui suscitent les remerciements qu’il adresse à Dieu : l’amour et la foi qui sont manifestes dans la vie de Philémon. Le texte source emploie ici un chiasme, une figure de style qui met l’accent sur ces faits. Dans cette structure, les bénéficiaires de l’amour et de la foi se trouvent en ordre inverse (a-b-b’-a’) comme suit :

CH1 amour (a)
CH2 foi (b)
CH2 envers le Seigneur Jésus (b’)
CH1 en faveur de tous les saints (a’)

Le texte doit donc être compris comme parlant de la foi de Philémon au Seigneur Jésus et de son amour pour tous les saints. Dans la Bible en français courant et la Parole de Vie, le sens ressort clairement. Une traduction littérale de cette structure (comme dans la Traduction œcuménique de la Bible) pourra mener à la confusion, car les liens entre ces différents éléments ne seront pas clairs.

amour : Paul entend parler de l’amour que Philémon a pour le peuple de Dieu. Pour amour, voir Phm. 1.1. En traduisant le mot amour, il est important d’éviter de laisser entendre qu’il y a un intérêt sexuel ou un désir de posséder ou de vouloir contrôler le peuple de Dieu. Il ne s’agit pas non plus d’un simple attachement émotionnel. Le texte insiste sur la façon dont Philémon désire aider le peuple de Dieu. On pourra utiliser une expression verbale : « comment tu aimes tous les saints ». Dans ce contexte, il sera aussi approprié de dire « comment tu prends bien soin de tout le peuple de Dieu » ou « comment tu te soucies de tout le peuple de Dieu ».

en faveur de tous les saints est littéralement « pour tous les saints ». Les saints décrit les personnes qui constituent le peuple de Dieu. Bien que ce mot exprime le fait d’être « purs » l’accent est mis ici sur le fait que ces personnes appartiennent à Dieu. On peut parler de « tout le peuple de Dieu » ou « tous les croyants » (Bible en français courant, Parole de Vie). Ici il s’agit de ceux qui croient en Jésus-Christ, par exemple, « j’entends les gens parler de ton amour pour tout le peuple de Dieu » ou « les gens m’ont dit comment tu aimes tout le peuple de Dieu ». S’il faut utiliser le discours direct, on peut dire : « Les gens m’ont dit : “Philémon aime tout le peuple de Dieu” », mais il vaut mieux rester près du texte si possible.

foi : le mot en grec a plusieurs sens selon les différents contextes, soit « confiance », « croyance », soit « fidélité », « loyauté ». Certains biblistes optent pour le dernier sens ici.

envers démontre que l’objet de la foi de Philémon est le Seigneur Jésus. C’est grâce à lui que Philémon est devenu une nouvelle créature. Le mot Seigneur représente donc celui à qui cette fidélité est réservée. Mais le sens le plus usuel de la foi dans cet environnement dans les lettres de Paul est celui de la confiance en Christ. Il est donc plus probable ici. La Bible en français courant a ici « ta foi au Seigneur Jésus, » et la Parole de Vie, « ta foi envers le Seigneur Jésus ». Cette expression peut être rendue par « la manière dont tu fais confiance au Seigneur Jésus » ou « la manière dont tu crois au Seigneur Jésus ». Dans certaines langues, il faudrait parler de « notre Seigneur Jésus ».

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.16

Ce verset complète la pensée du verset précédent : « afin de t’être rendu pour l’éternité, non plus comme un esclave mais … » Traduit littéralement, ce texte peut donner l’impression que Paul demande la libération d’Onésime, mais ce n’est peut-être pas le cas.

non plus comme un esclave : l’adverbe rendu par non plus désigne une période de temps allant jusqu’à un certain point.

comme un esclave : c’est la première de deux comparaisons introduites par comme, et la Bible en français courant essaie de rendre le contraste en disant « il n’est plus un simple esclave, mais … »

esclave : c’est la première fois dans la lettre que Paul utilise ce mot. Il désigne une personne qui est entièrement sous le contrôle de quelqu’un d’autre, qui travaille pour un autre mais sans recevoir de salaire. Très souvent, la personne est considérée comme la propriété de son maître : elle lui appartient. Dans beaucoup de cultures du monde, cette notion est connue, surtout en relation avec des captifs de guerre. Beaucoup de langues auront ainsi un mot pour esclave, mais dans certaines langues, il est doté d’une connotation tellement négative qu’il peut à peine être cité. Cependant, dans ce contexte, il sera difficile de contourner le mot. S’il n’y a pas de mot, on parlera d’une « personne qui appartient » ou « est vendu à un autre ».

mais comme bien mieux qu’un esclave est littéralement « mais plus qu’un esclave ». Dans certaines langues, on rendra explicite le contraste en disant « mais maintenant, il est plus qu’un esclave… » On pourrait aussi dire « il est pour toi beaucoup plus qu’un esclave » ou « il est plus qu’une personne qui est seulement ta propriété ». Dans certaines langues, il vaut mieux invertir le contraste négatif-positif en disant, par exemple, « et maintenant il est (pour toi) bien plus qu’un esclave, et pas un simple esclave ». Placer ainsi la déclaration positive avant la négative pourra parfois mieux exprimer le sens.

un frère bien-aimé est une apposition, qualifiant cette personne qui est bien mieux qu’un esclave. Pour les mots frère et bien-aimé, voir Phm. 1.1. Paul explique à Philémon que son esclave Onésime est désormais son frère chrétien, et c’est cela qui devrait, dès lors, déterminer leurs relations. Pour un frère bien-aimé, on pourra aussi dire « un frère très aimé » ou « un cher croyant comme toi ».

il l’est tellement pour moi est littéralement « surtout à moi ». il se réfère à Onésime. tellement est un adverbe qui exprime la notion de « surtout », « spécialement », « particulièrement ». Cela démontre l’étendue de l’amour de Paul pour Onésime en tant que chrétien. Le sens explicite est « il est vraiment un frère bien-aimé pour moi ». Avec beaucoup de diplomatie, Paul parle d’abord de sa propre relation à Onésime avant de la comparer à la relation entre Philémon et son esclave.

combien plus le sera-t-il pour toi : selon Paul, l’amour de Philémon pour Onésime devra donc être bien plus important que l’amour que Paul lui porte. Il s’agit ici d’une question de pure forme ou une question rhétorique, où Paul essaie de démontrer combien Philémon doit aimer Onésime. L’expression combien plus rend un adjectif interrogatif qui sous-entend une quantité considérable : « il doit l’être beaucoup plus pour toi… »

le sera-t-il pour toi se réfère à la relation fraternelle qui doit exister désormais entre Philémon et Onésime. Dans certaines langues, il va falloir rendre cette idée explicite : « n’est-il pas » ou « ne devrait-il pas être encore plus ton frère à toi ? » Dans d’autres langues, il vaut mieux présenter une affirmation plutôt qu’une question : « Il m’est particulièrement cher, mais il doit l’être encore plus pour toi… » Voir Bible en français courant. Au lieu de parler d’être frère, la Parole de Vie parle d’amour : « Moi, je l’aime beaucoup, mais toi, tu dois l’aimer encore plus ». On pourra aussi dire « il a tellement de valeur pour moi, mais il aura encore plus de valeur pour toi ».

et en tant qu’homme et en tant que chrétien est littéralement : « et dans la chair et dans le Seigneur » (voir Nouvelle Version Segond). en tant qu’homme est une référence à Onésime en tant qu’esclave. Celui-ci reste un esclave, mais il est en même temps un frère chrétien. Ici Paul envoie un message fort à Philémon. Nulle part dans cette lettre, il ne dit à Philémon directement de libérer Onésime. Ici Paul semble accepter la possibilité qu’Onésime puisse continuer à être esclave de Philémon, en dépit de la transformation de leur relation parce qu’Onésime est chrétien. En effet, dans ses autres lettres, Paul donne des conseils aux esclaves, pour qu’ils se comportent dignement malgré leur état. Pourtant, au verset 21, Paul semble suggérer qu’il espère que Philémon libèrera Onésime.

en tant qu’homme : bien que le grec ait le mot « chair » (Nouvelle Bible Segond), les versions parlent plutôt de la « condition humaine » d’Onésime. La traduction de la Parole de Vie est très réussie : « parce que c’est un être humain ». La traduction de la Bible de Jérusalem « selon le monde » ne semble pas justifiée ici.

en tant que chrétien : la Traduction œcuménique de la Bible rend « dans le Seigneur » par le mot chrétien, mais ce terme est très rare dans le NT. Il vaut mieux exprimer cette notion d’une autre manière, par exemple, en disant « croyant comme toi dans le Seigneur » ou « quelqu’un qui croit au Seigneur de même que toi ». La Bible Bayard rend bien la complémentarité des idées en disant « il le sera encore plus pour toi, humainement et devant le Seigneur ».

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.