Paul aborde, avec grande délicatesse, la demande qu’il s’apprête à faire. Je l’aurais volontiers gardé indique qu’il avait eu l’idée de garder Onésime auprès de lui. Cela aurait été sa préférence personnelle, mais il ne l’a pas retenue. Il reconnaît que la décision concernant l’avenir d’Onésime revient, non pas à lui, mais à son maître, Philémon. Le grec montre clairement qu’il s’agit d’un désir personnel, comme dans la Parole de Vie : « J’aurais bien voulu le garder auprès de moi ». Dans certaines langues, il vaut mieux rendre explicite l’idée sous-entendue : « j’aurais aimé le garder ici avec moi, mais je ne le ferai pas ».
gardé près de moi peut être rendu parfois par une forme causative, par exemple, « j’aimerais le faire demeurer avec moi ».
afin qu’il me serve à ta place pourrait être relié à ce qui précède ou à ce qui suit : Je l’aurai gardé … afin qu’il me serve à ta place ou afin qu’il me serve … dans la prison où je suis à cause de l’Évangile. Les traducteurs devraient faire leur choix d’interprétation ici.
La subordonnée de but, qu’il me serve traduit le subjonctif du verbe διακονέω diakoneô, « prendre soin d’une personne, en lui rendant service humblement ». Ce verbe peut se référer à des tâches manuelles et même dégradantes en prison, mais ce n’est pas forcement le sens ici. La majorité des versions préfèrent une traduction plus générale : « qu’il me rende service » (Bible en français courant) ou « Il m’aurait rendu service » (Parole de Vie). On aurait pu aussi utiliser un verbe comme « aider ».
à ta place : pour Paul, Onésime aurait eu à faire ce que Philémon aurait fait pour son ami, l’apôtre : le servir. Il peut être nécessaire d’être plus explicite, par exemple, « pour qu’il puisse m’aider à faire ce que tu aurais fait si tu étais ici (à sa place) ». Le texte ne dit pas quel âge Philémon a, mais d’après cette lettre, Paul doit être plus âgé et plus respecté en tant que leader chrétien que celui-ci. Ainsi Philémon lui doit, en quelque sorte, ce service, étant donné que Paul est son « père spirituel ».
dans la prison où je suis à cause de l’Évangile : le grec n’a pas de verbe, disant littéralement « dans les chaînes par l’Évangile ». L’expression dans la prison est la même qu’au verset 11. En ce temps là, les gens en prison étaient enchaînés ou liés sur place. Les traducteurs devraient utiliser l’expression la plus naturelle pour parler de quelqu’un qui est emprisonné.
à cause de l’Évangile : Paul ne dit ni quand ni comment il a été arrêté et privé de liberté, mais il fait comprendre que c’est à cause de ses activités comme apôtre. C’est parce qu’il annonçait la Bonne Nouvelle qu’il a été mis en prison. On pourra suivre la Traduction œcuménique de la Bible qui parle de l’Évangile ou être plus explicite, par exemple, « en prison pour avoir annoncé la Bonne Nouvelle », « parce que j’ai prêché la Bonne Nouvelle, » ou « en raison de ma fidélité à la Bonne Nouvelle ».
Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.
