Introduction au commentaire de traduction de la lettre à Philémon

Introduction

La lettre que Paul a écrite à Philémon est la plus brève de l’apôtre mais l’une des plus personnelles. Elle nous aide à découvrir plusieurs aspects de son ministère.

D’abord on voit l’apôtre à l’œuvre auprès de ceux qui sont sans espoir. Paul s’est occupé d’Onésime, un esclave qui avait fui son maître et qui était dans le besoin extrême. Paul l’a non seulement aidé à avoir la foi en Christ, mais s’est impliqué aussi d’une manière très pratique dans sa vie, en se souciant de son avenir.

Cette lettre montre également le souci de Paul pour la communauté chrétienne dans son ensemble, car Paul fait appel à Philémon, le maître de l’esclave Onésime. Il demande à ce responsable d’église de pardonner à son esclave et de le recevoir comme un frère en Christ. Ainsi cet écrit appelle tous les chrétiens à réfléchir sur les relations qu’ils entretiennent avec ceux qui sont les plus pauvres et d’un rang social inférieur à eux. Il nous rappelle que tout chrétien est appelé à pardonner à celui qui, d’une manière ou d’une autre, l’a offensé.

L’auteur et l’occasion de la lettre

La plupart des biblistes sont d’accord pour attribuer cette lettre, avec les six autres lettres dites « authentiques » (1 Thess, 1–2 Cor, Gal, Rom, et Phil) à l’apôtre Paul.

Paul, d’abord connu sous le nom de Saül, était un leader juif qui persécutait les chrétiens. Mais en chemin pour Damas où il comptait mettre des chrétiens en prison, il fait une expérience qui change sa vie : il rencontre le Christ ressuscité (Act 9.1-3). Ainsi sa vie est à jamais transformée. Paul croit en Jésus-Christ, se met à le servir, et est à son tour persécuté. Il est sévèrement frappé, fouetté, et fait face à la mort (Act 9.23,29 ; 2 Cor 11.23-27). Il connaît de nombreuses souffrances : il a faim, il a soif et il a froid, et il est emprisonné plus d’une fois pour sa foi chrétienne. Mais malgré toutes ces épreuves, il reste fidèle à Jésus-Christ : il annonce sans crainte, là où il se trouve, la Bonne Nouvelle de Christ.

C’est lors de l’un de ses emprisonnements que Paul rencontre Onésime, un esclave qui s’était enfui de chez son maître, Philémon. Philémon et Paul se connaissent, mais leur relation va bien au-delà de l’amitié. C’est l’apôtre Paul qui a apparemment amené Philémon à croire en Jésus-Christ ; il est alors son « père spirituel ». Maintenant un problème très délicat se pose : Paul prêche l’Évangile à un co-prisonnier, l’esclave Onésime et celui-ci accepte de vivre pour Christ et se met au service de l’apôtre. Même s’il le souhaite, Paul sait qu’il ne peut pas garder Onésime auprès de lui. Il se sent obligé de le renvoyer chez son maître, Philémon.

Mais à cette époque, s’il est capturé, un esclave en fuite risque une punition sévère ou même la mort. Paul demande donc à Philémon d’aller contre les normes de la société et de recevoir son ancien esclave comme un frère en Christ. Voici le but principal et le contexte de cette lettre.

Date et lieu d’origine

D’après le texte de la lettre, elle a certainement été écrite pendant que Paul était en prison. Mais on ignore à quel moment et où Paul a été emprisonné. Certains biblistes pensent qu’elle a été écrite depuis Rome dans les années 60-62. Mais en tenant compte des textes comme Phil 1.13 ; 2.24 et de Phm 1.22, d’autres supposent que deux lettres écrites pour les Philippiens et pour Philémon ont été rédigées plus tôt, dans les années 50, lorsque Paul était emprisonné à Éphèse. Cette proposition aurait l’avantage de placer Philémon à Colosses, pendant que l’apôtre Paul se trouverait à Éphèse. Cela expliquerait facilement le plan de Paul de rendre visite à Philémon (v. 1.22), voyage plus facile à partir d’Éphèse qu’à partir de Rome, vu que la ville de Colosses n’est qu’à 120 kilomètres d’Éphèse.

Les biblistes croient, en effet, que Philémon résidait à Colosses, une ancienne ville de Phrygie, à vingt kilomètres au nord de Laodicée, près de la grande route allant d’Éphèse à l’Euphrate. Cette ville avait une grande renommée et jouissait d’une certaine prospérité avant d’être détruite par un tremblement de terre en 63-64 apr. J.-C. La présence de chrétiens à cet endroit remonte aux années 50 apr. J.-C., grâce à l’activité missionnaire d’Epaphras, co-ouvrier de Paul. Voir aussi Col 1.7 ; 4.12-13. Aujourd’hui, le site de Colosses se trouve dans la ville moderne d’Anatolie en Turquie.

Ainsi la lettre aux Colossiens est importante pour l’étude de Philémon parce qu’elle fournit des indications sur la communauté de Colosses, ville où l’on pense que Philémon et son esclave, Onésime résidaient. De plus, l’esclave Onésime est mentionné dans cette lettre (Col 4.9). On peut en déduire que c’est à partir de cet endroit qu’Onésime s’est enfui. Certains suggèrent que Paul et Philémon se seraient rencontrés à Éphèse, car d’après Col 2.1, Paul lui-même ne s’est jamais rendu dans la ville de Colosses.

Thèmes majeurs

Comme dans toutes les lettres de Paul, les thèmes de la grâce, la paix, la foi et l’amour dominent. Sans être mentionné explicitement, l’autre thème qui figure ici est celui de l’unité des chrétiens. Car à l’arrière-plan de cette lettre est l’idée que tous les croyants sont égaux en Christ. Paul le souligne dans sa lettre aux Galates (3.28), où en Christ :

… il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ.

L’autre thème abordé est celui de l’esclavage, une pratique très ancienne. Déjà dans le livre de la Genèse, Joseph, le fils de Jacob, est vendu en esclave par ses propres frères. Malgré les souffrances que Joseph a endurées, il croit que Dieu « a tourné en bien » ce mal commis par ses frères. Paul exprime un sentiment similaire dans cette lettre.

Dans le contexte social de Paul, l’esclavage était une pratique très courante. Selon certaines estimations, presque un tiers de la population de l’Empire romain a connu, une fois ou l’autre, l’esclavage. Certains étaient capturés pendant la guerre, d’autres étaient devenus esclaves suite à des dettes qu’ils ne pouvaient pas rembourser. L’apôtre Paul parle assez souvent de l’esclavage dans ses lettres, mais en termes généraux et parfois imagés (1 Cor 7.20-24 ; Éph 6.5-10 ; Col 3.22 ; 4.1). C’est uniquement dans cette lettre qu’il traite le cas particulier d’un individu.

En effet, dans cette lettre, Paul semble vouloir protéger Onésime, qui se trouve dans une situation très dangereuse. Dans le monde antique, les esclaves n’avaient pas de droits et étaient considérés comme la propriété de leur maître. Ceux qui fuyaient étaient recherchés et souvent capturés pour être renvoyés à leurs propriétaires. Ceux qui fournissaient des renseignements sur un esclave en fuite ou qui le retrouvaient étaient fortement récompensés. Comme déjà mentionné, le maître d’un esclave en fuite avait le droit de le punir comme il l’entendait, en le brutalisant ou même en le tuant.

De nos jours certains s’étonnent que Paul ne condamne pas catégoriquement cette pratique. Il semble se soumettre aux lois existantes en voulant renvoyer Onésime à son maître. Néanmoins les écrits de Paul montrent qu’il est conscient du fait que le christianisme effectue un changement radical dans les relations entre les êtres humains. Ainsi dans cette lettre à Philémon, Paul fait appel à cet homme riche et puissant, en lui demandant de ne pas réagir selon les lois de l’époque, mais de les dépasser. Non seulement il lui demande de recevoir l’esclave qui s’était enfui de chez lui, mais aussi il lui demande de l’accepter comme un frère en Christ. Ainsi Paul cherche à aider Philémon à incarner dans sa vie l’Évangile du pardon et de la réconciliation.

Structure et style

La lettre à Philémon a pour but de permettre à Paul de réconcilier l’esclave fugitif Onésime avec son maître Philémon. Pour atteindre son but, Paul compose une lettre réfléchie et bien structurée pour convaincre Philémon de recevoir son ancien esclave comme un frère en Christ. Puisque cette lettre a été écrite pour demander une faveur, elle est marquée par une certaine retenue et dotée d’un style fin et élégant. La Bible du Semeur note dans son introduction à cette lettre :

L’apôtre, qui savait être sévère dans certaines de ses lettres, se montre ici plein de tact, de délicatesse, de respect et d’humilité.

La lettre à Philémon est très brève et à premier abord, sa structure est assez simple. Comme toutes les lettres de Paul, il y a une introduction (1-3), le texte (4-21), et la conclusion (22-25). Mais beaucoup y voient quatre parties :

Paul salue Philémon (1-3)
Paul remercie Dieu pour Philémon et prie pour lui (4-7)
Paul demande à Philémon de recevoir Onésime (8-21)
Paul conclut la lettre en saluant et bénissant Philémon (22-25)

Mais en fait, la structure est assez complexe. Certains qualifient cette lettre de « chef d’œuvre » et Mulholland, parmi d’autres, y voit une structure chiastique :

CH1 A (1-3) Salutation du début
CH2 B (4-7) Philémon, ta foi et ton amour réconfortent le peuple de Dieu
CH3 C (8-14) Ceux qui aiment vraiment renoncent à leurs droits
CH4 D (15-17) Philémon, accueille ton esclave comme ton frère chrétien
CH3 C’ (18-19) Ceux qui aiment vraiment prennent en charge les dettes d’un frère
CH2 B’ (20-22) Réconforte moi, Philémon : Fais plus que ce que je te demande
CH1 A’ (23-25) Salutation finale

Ce procédé stylistique est très fréquent en hébreu et est souvent attesté dans les lettres de Paul. Ici les différents éléments (mots ou thèmes) correspondent les uns aux autres, et le message le plus important se trouve au milieu. Ainsi la salutation dans la première partie de la lettre (1-3) correspond à la salutation finale (23-25). La section composée de versets 4 à 7 correspond à celle du 20 au 22, car les deux parties insistent sur la nécessité de réconforter les cœurs par des actes de foi et d’amour. Les versets 8-14 trouvent leur écho dans les versets 18-19 : on y découvre que l’amour peut amener une personne à renoncer à ses droits ou à assumer la responsabilité d’un frère ou d’une sœur en prenant en charge sa dette. Enfin, les versets 15-17 se trouvent au cœur de la lettre et soulignent de façon unique l’appel à l’amour sans condition. Cette structure fait ressortir clairement le thème principal de la lettre : Paul demande à Philémon d’accueillir son ancien esclave Onésime comme un être humain et un frère bien aimé dans le Seigneur.

Quelle que soit la structure adoptée, il est clair que Paul utilise un langage fin et mesuré. Mais derrière ses phrases logiques, on perçoit l’émotion forte qu’il ressent face à cette situation, ainsi que l’amour profond qu’il a pour ces deux hommes. Les mots foi, amour, cœur (littéralement, « intestins » ou « intérieur ») soulignent la profondeur de ses sentiments.

Paul avait l’habitude de dicter ses lettres, mais on y trouve souvent des procédés stylistiques et littéraires assez remarquables. Dans sa lettre à Philémon, Paul utilise non seulement une structure chiastique, mais aussi des jeux de mots importants. Par exemple, le nom de l’esclave qui s’est enfui, Onésime, veut dire « utile », et ceci inspire chez Paul le jeu de mot suivant : cet esclave qui était « inutile » devient « utile », pour Paul ainsi que pour son maître. Il sera important pour le traducteur d’expliquer quelque part, soit dans l’introduction au livre, soit dans une note en bas de page, ce jeu de mots qui est très pertinent dans le message de Paul.

Titre du livre

Le titre de ce livre peut prendre différentes formes. Dans certains textes bibliques, il est simplement Philémon, un titre qui peut prêter à confusion. Il ne s’agit pas d’un livre qui parle de Philémon, mais d’une « Lettre à Philémon » (Traduction œcuménique de la Bible, Parole de Vie). On pourra ainsi dire « Lettre de Paul à Philémon » (Bible en français courant) ou plus explicitement, « La lettre que Paul a écrite » ou « envoyée à Philémon ». Mais dans la majorité des Bibles, le nom Philémon suffit comme titre bref.

Derniers recommandations

Conscient du fait que dans le plan de Dieu, les chrétiens deviennent des membres de la même famille, l’apôtre Paul cherche dans cette lettre à veiller sur les relations entre les membres du corps du Christ. Onésime avait besoin d’une famille pour s’épanouir et pour mener sa vie chrétienne. Et Philémon devait grandir dans sa foi au point de pouvoir accueillir un esclave-pécheur comme un frère bien-aimé dans le Seigneur. Le texte n’en dit rien, mais selon la tradition de l’Église primitive, Philémon a libéré son esclave, Onésime, et celui-ci a fini par devenir un évêque, un leader responsable dans l’Église de Jésus-Christ.

Avant d’aborder la traduction, les traducteurs devraient lire ce livre dans plusieurs versions pour s’imprégner de son message et de son style. Ainsi ils pourront essayer d’imiter le langage très fin de Paul, qui se montre ici comme un homme doux, humble et diplomate.

Bibliographie

Allen, Jerry, Translator’s Notes on Philemon, Dallas : SIL, 1996.
Bratcher, R. et Nida, E., A Translators Handbook on Paul’s letters to the Colossians and to Philemon, New York: UBS, 1977.
Muholland, D., Loba-Mkole, J.-C et Kitoko-Nsiku, E., Philémon : la fraternité dans la famille de Dieu, Yaoundé: ADG Editions, 2009.
O’Brien, P. T., Colossians, Philemon, Word Biblical Commentary, Vol. 44, Waco: Word Books, 1982.
Soro Soungalo, « Philémon », in Commentaire biblique contemporain, Toknboh Adeyemo, éd., Marne la Vallée : Editons Farel, 2008, pp. 1601-1602.
Wright, N. T. The Epistle of Paul to the Colossians and to Philemon : An Introduction and Commentary. Tyndale New Testament Commentaries. Grand Rapids : Eerdmans, 1986.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.19

Pour la plupart, Paul dictait ses lettres, mais souvent il les terminait de sa propre main. Voir aussi 2 Thess 3.17. Mais dans cette lettre en particulier, il semble intervenir plus tôt. Le texte indique que c’est à partir d’ici, que Paul lui-même prend la plume et écrit ces mots. Certains pensent qu’il fait ainsi parce qu’il est en train d’offrir une garantie écrite et officielle, promettant de couvrir toutes les dettes d’Onésime. Paul utilise deux fois le pronom indépendant moi qui ajoute à l’insistance ici. Les traducteurs devraient chercher à exprimer cette insistance.

C’est moi, Paul, qui l’écris de ma propre main est littéralement « Moi Paul j’ai écrit de ma main ». Paul cite son propre nom pour la troisième fois, un autre signe d’insistance.

qui l’écris : la Traduction œcuménique de la Bible introduit qui, et exprime aussi le complément d’objet direct, l’. Dans plusieurs langues, ces ajouts ne seront pas nécessaires. Mais dans d’autres, il va falloir être encore plus explicite : « j’écris ces mots » ou « les mots qui suivent ». Apparemment il n’a pas écrit toute la lettre.

de ma propre main est littéralement « de (ou avec) ma main ». Parfois la mention de la main ne sera pas nécessaire, par exemple, « Moi-même, j’écris les mots qui suivent ». Mais dans d’autres cas, on dira « avec mes doigts » ou même, « avec mon bras ». Il est important d’utiliser l’expression qui correspond à l’usage naturel dans la langue réceptrice.

C’est moi qui paierai : encore une fois il y a un pronom indépendant accentué, moi. paierai rend un terme technique du droit commercial qui signifie « payer pour compenser un dommage ou des coûts », c’est-à-dire « rembourser » ou « rémunérer ». La Bible en français courant et la Nouvelle Bible Segond disent « je te le rembourserai ». Il ne faut pas donner l’impression qu’il s’agit ici d’une dette que Paul lui-même aurait contractée. Il propose de payer la dette à la place d’Onésime. Dans ce cas, on pourra dire « je te paierai tout ce qu’il te doit » ou « je te rembourserai toute cette somme. » La Bible de Jérusalem dit « Moi, Paul, je m’y engage de ma propre écriture : c’est moi qui règlerai… »

Paul ajoute, pratiquement après coup : Et je ne te rappelle pas que toi, tu as aussi une dette envers moi, et c’est toi-même ! Paul dit à Philémon qu’il veut assumer la dette d’Onésime, mais en même temps, il rappelle à son ami qu’il lui est aussi redevable ! Et cette dette que Philémon doit à Paul, est beaucoup plus grande : Philémon lui doit sa vie, c’est-à-dire, sa vie en Christ.

je ne te rappelle pas est littéralement en grec « je ne te dis pas ». La même expression apparaît aussi dans 2 Cor 9.4. On peut l’exprimer ainsi : « certainement, il n’est pas nécessaire de te dire » ou « Je n’ai pas besoin de te rappeler … »

tu as aussi une dette envers moi, et c’est toi-même ! Cette proposition est plus courte en grec, littéralement, « (que) même toi-même tu me dois », c’est-à-dire « tu me dois toi-même ». Le verbe rendu ici par l’expression avoir une dette envers est un mot composé dont la forme simple paraît dans le verset précédent. On pourra dire, « tu me dois (en retour) » ou « tu me dois aussi ». C’est seulement ici que cette forme du verbe apparaît dans tout le Nouveau Testament.

et c’est toi-même rend assez littéralement le texte grec. Paul fait ainsi allusion au fait que c’est grâce à lui que Philémon s’était converti. Par conséquent, Philémon lui doit sa vie spirituelle. C’est pourquoi certaines versions rendent ceci explicite : « tu me dois quelque chose et c’est ta vie ! » (Parole de Vie).

Pour cette partie, la Bible en français courant offre un très bon modèle en disant « Je n’ai certes pas à te rappeler que toi tu me dois ta propre vie ». Mais dans certaines langues, il va falloir être plus précis : « tu me dois ta vie nouvelle en Christ » ou « ta vie nouvelle en tant que chrétien ».

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.9

Dans le verset précédent Paul dit qu’il aurait pu ordonner à Philémon de faire ce que l’apôtre veut. Ici il explique sa démarche actuelle : au lieu d’imposer sa volonté, comme apôtre, vieillard ou prisonnier pour Christ, il fait sa demande par amour. Cela signifie que Paul donne à son interlocuteur, Philémon, l’occasion d’agir librement.

c’est de préférence rend un mot grec qui veut dire « plutôt » et celui-ci offre une alternative. La Parole de Vie fait ressortir l’idée avec « Pourtant, j’aime mieux » On pourra aussi dire « je préfère » (Bible en français courant, Bible de Jérusalem).

au nom de l’amour : les mots au nom de rend une préposition grecque qui introduit la cause ou la raison de la requête de Paul. Elle peut être traduite comme « sur la base de l’amour (chrétien) ».

Pour amour, voir verset 7. Ici l’idée d’amitié et d’une sincère appréciation prédomine. On pourra l’exprimer d’une manière plus inclusive : « à cause de notre amour mutuel ».

que je t’adresse une requête : il s’agit d’une demande faite de façon convenable mais avec insistance. Il a ici le sens de « plaider », « faire appel, » « supplier » ou « demander une faveur ». On pourra dire « je te prie de… » La Parole de Vie parle de « présenter cette demande ». L’appel peut être exprimé au sens figuré, par exemple, « je t’expose tout mon cœur » ou « je te demande à partir de mon ventre ». Voir aussi verset 10.

Oui, moi Paul, qui suis un vieillard : l’hommage et le respect dus aux personnes âgées amènent Paul à mentionner qu’il est un adulte avancé en âge, un vieillard. Il est impossible de dire avec précision quel âge Paul avait, mais ce terme laisse entendre qu’il avait au moins 50 ans. Les traducteurs devraient choisir un mot pour vieillard sans connotation négative. Dans certains manuscrits, il y a une variante orthographique qui donnerait un autre sens à ce mot : « ambassadeur ». Certains biblistes trouvent cette lecture plus appropriée dans ce contexte, bien que cette utilisation soit rare dans le Nouveau Testament. Les versions françaises ont plutôt un vieillard ou « un vieux », ce qui est recommandé ici.

moi … un vieillard, moi qui suis maintenant prisonnier de Jésus Christ : le grec n’atteste pas ces deux moi emphatiques, mais comme il cite son propre nom, Paul, cet insistance semble justifiée.

L’utilisation de l’adverbe maintenant montre que Paul est en prison lorsqu’il écrit cette lettre.

Pour prisonnier de Jésus Christ, voir verset 1.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.20

Allons, frère est littéralement « oui, frère ». Paul interpelle Philémon, lui demandant de réfléchir et de prendre une décision. Les traducteurs devraient trouver une interpellation similaire dans leur langue.

rends-moi ce service dans le Seigneur : cette expression rend un verbe qui signifie « recevoir de l’aide », « recevoir une faveur », littéralement « que je profite de toi » ou « reçoive un bienfait de toi dans le Seigneur ». Les traducteurs devraient chercher une expression naturelle dans leur langue, par exemple, « sois bon et aide moi » ou « pardon, accorde-moi cette faveur ».

dans le Seigneur est une traduction littérale qui peut vouloir dire « en tant que chrétien comme moi ». Mais plusieurs langues préféreront garder une traduction plus formelle ici.

donne à mon cœur son réconfort en Christ ! : le sens est de « rafraîchir » ou « donner du repos », comme dans les Évangiles, lorsque Jésus dit « je vous donnerai du repos » (Matt 11.28). C’est le même verbe qui paraît dans verset 7, rendu par « soulager », « tranquilliser » ou réconforter.

mon cœur : comme aux versets 7 et 12, il s’agit d’« intestins », c’est-à-dire, son « for intérieur ». Ici Paul demande à Philémon d’« apaiser son cœur », de le « tranquilliser », « soulager », etc. Les traducteurs trouveront une expression idiomatique qui convient ici.

en Christ : bien que certains manuscrits récents aient « dans le Seigneur », la majorité des versions françaises disent en Christ : « dans le Christ » (Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem), « au nom de Christ » (Parole de Vie). S’il est nécessaire d’être plus explicite, on pourra dire « comme un frère en Christ ».

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.10

je te prie pour mon enfant, celui que j’ai engendré en prison, Onésime : Paul répète sa supplication, je te prie … Voir verset 9.

pour mon enfant est littéralement en grec « concernant mon enfant » ou « au sujet de mon enfant ». enfant désigne normalement le descendant immédiat d’une personne, sans référence spécifique ni à son sexe ni à son âge, mais des enseignants pouvaient aussi appeler leurs disciples leurs enfants. En effet, Paul avait amené Onésime à accepter la foi chrétienne en prison et Paul le considère comme son fils spirituel. Ainsi la Bible en français courant dit : « mon fils en Jésus-Christ » et la Parole de Vie est similaire, tout en présentant une proposition plus explicite : « il est devenu mon fils ». Bien que la relation maître-élève soit en vue, l’expression mon enfant traduit avec une affection particulière le lien entre les deux hommes.

celui que j’ai engendré : le terme traduit par engendré exprime le rôle des personnes de sexe masculin dans la conception d’un enfant. Cela signifie « être le père de » ou « procréer ». Ici il est utilisé au sens figuré, pour dire que Paul est à l’origine de la conversion d’Onésime. Les traducteurs devraient chercher une manière naturelle de parler de cette « paternité spirituelle », par exemple, « je suis son père dans la foi ». Si cette image n’est pas acceptable dans la langue cible, on peut l’écarter pour dire « c’est moi qui l’ai amené à croire en Christ ».

en prison : le texte grec parle de « liens » ou de « chaînes ». Les traducteurs trouveront un équivalent naturel dans leur langue, par exemple, « quand j’étais en prison », « lorsque j’étais prisonnier » ou plus près du grec, « que j’ai engendré dans les chaînes » (Bible de Jérusalem).

Onésime : c’est la première fois que cette personne est mentionnée. Les traducteurs vont translittérer ce nom selon les normes dans leur langue. En grec le nom vient à la fin du verset, mais dans plusieurs langues, il vaut mieux dire d’abord le nom et ensuite donner l’explication : « Je t’en supplie, concernant Onésime, celui qui est devenu mon enfant dans la foi » ou « celui que j’ai amené à croire en Christ ». Le nom Onésime a un sens : il veut dire « utile » ou « bénéfique ». Paul se basera sur ce sens dans le prochain verset, pour faire un jeu de mots. Il est important que les lecteurs comprennent le sens de ce nom. Celui-ci peut être expliqué dans l’introduction du livre ou dans une note en bas de page. Notez que dans certaines cultures, des jeux de mots ont pour but le divertissement, mais dans d’autres, surtout celle des Juifs, le jeu de mots est utilisé pour souligner des vérités importantes.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.21

Pour certains biblistes, le verset 21 commence une nouvelle section. Mais il est aussi possible de l’attacher au verset 22. Ainsi cette unité servira de conclusion à la section principale. Ce verset contient deux propositions participiales exprimant l’attitude de Paul : « me fiant … sachant … »

C’est en me fiant à ton obéissance : Paul commence cette phrase par le participe d’un verbe qui exprime une ferme conviction. En effet, il a la certitude que Philémon accomplira la demande qu’il lui a faite, de recevoir Onésime à son retour comme s’il le recevait lui-même (verset 17). La Parole de Vie garde le participe, « en étant sûr », mais la Bible en français courant décide d’en faire une phrase indépendante : « Je suis convaincu… que… » Le Bible de Jérusalem rend bien aussi l’idée avec « en pleine confiance ».

à ton obéissance est une traduction littérale du grec. La Parole de Vie suggère « étant sûr que tu feras ce que je demande » et la Bible en français courant est similaire.

que je t’écris : ceci ne veut pas dire que Paul a écrit toute la lettre à la main lui-même. Il est évident qu’il la dictait, puisqu’au verset 19, il fait clairement allusion à la partie précise qu’il a écrite lui-même. On peut donc traduire cette partie par « en t’envoyant cette lettre ». Celle-ci est la proposition principale de la phrase, avec les participes me fiant et « sachant » qualifiant l’attitude de Paul lorsqu’il écrit.

je sais que tu feras plus encore : il s’agit d’un deuxième participe en grec, « sachant que tu feras au-dessus de ce que je dis ». Paul exprime sa confiance en son ami, étant sûr qu’il fera bien plus qu’il ne lui demande. Certains pensent que Paul est alors en train d’exprimer l’espoir ou la conviction que Philémon, non seulement pardonnera à Onésime, mais qu’en effet, il le libérera et le renverra à Paul. Mais les traducteurs ne doivent pas dire plus que le texte. On pourra dire « Je sais que tu feras bien plus que ce que je te demande de faire » ou « Je sais que tu dépasseras même ce que je t’ai demandé de faire ».

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.11

Le jeu de mots sur le nom Onésime devient maintenant clair. La personne dont le nom veut dire « profitable » ou « bénéfique » a été jugée inutile. Mais contre toute attente, cette personne redeviendra utile.

qui jadis : le mot jadis veut dire littéralement « d’abord », « premièrement ». On pourra le rendre par « par le passé », « auparavant », ou comme dans la Bible en français courant et la Parole de Vie, par « autrefois ». Dans beaucoup de langues, on pourra commencer une nouvelle phrase : « Auparavant il t’a été inutile ».

t’a été inutile : il n’y a pas de verbe en grec, mais il est clair qu’il s’agit d’une description d’une situation passée. Ainsi la marque du passé, a été, convient bien ici. te se réfère à Philémon. Comme déjà noté, Paul et Philémon sont des amis intimes. Donc dans les langues qui font une distinction entre vous et toi, le te convient ici.

Les adjectifs inutile … utile font partie d’un jeu de mots par lequel Paul évoque le changement du statut d’Onésime. Il se peut qu’avant sa conversion Onésime se montrait, en effet, inutile. Le texte ne fournit aucun détail sur ce point. Cet esclave était-il paresseux ou désobéissant ? Peut-être c’était quelqu’un en qui on ne pouvait pas avoir confiance ? En effet, le verset 18 sous-entend, sans le dire ouvertement, qu’Onésime avait volé des objets de valeur avant de s’enfuir de chez Philémon. Certainement un esclave qui volait, ainsi qu’un esclave en fuite était inutile. L’esclave qui n’est pas présent ne peut pas accomplir les taches qu’on lui confie. Mais Paul est en train de dire que, depuis qu’Onésime est devenu chrétien, il n’est plus comme avant. Ainsi il devient utile, aux yeux de Paul d’abord, et ensuite, Paul l’espère, aux yeux de son maître.

En choisissant un terme pour inutile, les traducteurs devraient chercher un mot susceptible d’exprimer le jeu de mots. La traduction de la Parole de Vie est particulièrement réussie lorsqu’elle dit « il ne t’a servi à rien … mais il nous rend service ». Pour inutile, on peut retenir « il ne te servait à rien », « ne valait rien pour toi », « ne t’était d’aucune aide » ou « ne t’a pas du tout aidé ». S’il n’est pas possible de reproduire le jeu de mots ici, on pourrait le signaler en note de bas de page. Ce jeu de mots fait partie du message de Paul et doit être compris, d’une manière ou d’une autre, par les lecteurs de nos jours.

et qui, maintenant, nous est utile, à toi comme à moi : la conjonction et introduit un contraste. Ainsi plusieurs versions disent « mais » (Bible de Jérusalem, Nouvelle Bible Segond, Bible en français courant, Parole de Vie).

qui, maintenant, nous est utile : les traducteurs chercheront à exprimer le sens derrière le jeu des mots. Ainsi, si l’on dit « il ne nous aidait pas du tout », on pourrait dire « mais maintenant il nous aide… » En fait nous est un ajout de la Traduction œcuménique de la Bible mais qui ne change en rien le sens. Le texte grec dit « à toi et à moi ».

à toi comme à moi peut être rendu d’une manière naturelle dans la langue cible par « aussi bien à toi qu’à moi ». De manière plus formelle, on aura la forme « …non seulement à toi mais aussi à moi ».

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.

Commentaire sur la traduction de la lettre à Philémon 1.22

Certaine versions comme la Bible de Jérusalem et la Traduction œcuménique de la Bible font du verset 22 le début d’une nouvelle section. Mais ce verset semble plutôt lié à celui qui le précède. Il ne faudrait donc pas les séparer.

En même temps (aussi Bible en français courant, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond) : tout en faisant sa demande précédente, Paul en ajoute une autre. Cela peut être mieux exprimé dans certaines langues par « voici une autre chose », « j’ai encore autre chose à te demander », ou encore, « s’il te plaît, fais encore ceci ». L’utilisation de cette expression peut faire penser que Paul croit déjà que Philémon va accorder sa requête concernant Onésime. Ainsi il ose y ajouter la demande d’une autre faveur.

En même temps, prépare-moi un logement (Nouvelle Bible Segond, Parole de Vie) : cette demande laisse entendre que Paul espère bientôt être de passage chez Philémon. Il compte sur Dieu pour le libérer de prison. prépare rend un verbe qui paraît très fréquemment dans le NT avec le sens d’« apprêter ».

logement est un mot rare, mais qui semble désigner une chambre de passage.

j’espère en effet, grâce à vos prières, vous être rendu : le grand souhait de Paul, c’est de sortir de prison et pouvoir continuer son ministère. Dans certaines langues, il est extrêmement difficile de trouver un terme convenable pour j’espère. Le verbe grec signifie « attendre avec confiance quelque chose de bon et bénéfique ». L’équivalent le plus proche peut donc être une expression comme « j’attends avec confiance ». Un verbe comme « attendre » indique qu’on espère recevoir quelque chose dans le futur, et le terme « confiance » suggère qu’il y aura un résultat positif.

grâce à vos prières laisse entendre que les chrétiens réunis chez Philémon sont en train de prier régulièrement pour Paul et que Paul lui-même croit que Dieu exaucera leurs prières. On peut donc dire : « Dieu répondra à vos prières » ou pour être plus explicite, « Dieu fera pour vous ce que vous aurez demandé dans vos prières ».

j’espère … vous être rendu est la traduction littérale d’un verbe grec au passif. Ce verbe, χαρίζομαι charizomai, a souvent le sens de « livrer (un prisonnier) ». Voir aussi Act 3.14 ; 25.11. Dans ce contexte, le verbe peut avoir le sens de « livrer » ou de « restaurer ». Dieu est l’agent implicite, et c’est lui qui fera retourner Paul chez son ami. Ceux qui priaient Dieu lui demandaient de leur accorder sa grâce ou sa faveur, en remettant Paul en liberté. Dans certaines langues, on dira « que Dieu fera ce que vous lui avez demandé de faire, c’est-à-dire, de me rendre à vous ». Certains proposent de dire « me faire retourner chez vous » ou « me permettre de retourner chez vous », mais plusieurs biblistes croient que Paul n’est jamais allé à Colosses. Il sera alors plus prudent de dire « me livrer à vous ».

Source: Aroga Bessong, Dieudonné. La lettre à Philémon – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.