Qohéleth présente maintenant un proverbe pour résumer en quelque sorte sa première conclusion. Il faut se rappeler que le roi Salomon, le personnage « fictif » derrière Qohéleth, a composé beaucoup de proverbes et encourageait le recueil de proverbes par les sages. Comme beaucoup de proverbes en hébreu, il s’agit de deux lignes équilibrées :
Ce qui est courbé, on ne peut le redresser,
ce qui fait défaut ne peut être compté.
En hébreu, ces vers sont grammaticalement parallèles, litt. :
ce qui est courbé ne peut pas pour être redressé
ce qui manque ne peut pas pour être compté
Un des traits caractéristiques des proverbes dans n’importe quelle langues, c’est qu’ils s’appliquent à plusieurs situations. Ici on ignore exactement à quoi les deux vers ce qui est courbé et ce qui fait défaut renvoient. Il peut s’agir d’une chose mais il s’agit probablement de situations injustes ou incompréhensibles. Les traducteurs devraient garder le caractère général de ces propos si possible.
ce qui est courbé à première vue, courbé renvoie à quelque chose qui est naturellement tordu qui ne pourra pas être redressé, comme un arbre ou un fer. Dans plusieurs langues l’adjectif courbé aura une connotation négative, décrivant des situations « non-droites », injustes, immorales. Certains (Crenshaw, Romerowski) suggèrent que l’une des applications de ce proverbe est que, quoi que l’homme fasse, il ne peut pas rectifier tout le mal dans ce monde. Les traducteurs devraient rendre le texte tel quel, pour laisser aux lecteurs le plaisir de l’interpréter.
Pour redresser, on pourrait dire « remettre debout » ou « être rendu droit », par exemple, « ce qui est tordu ne peut pas être rendu droit. » Face aux infinitifs en hébreu, plusieurs versions adoptent des expression passives, comme la traduction précédente. Mais on pourrait aussi tourner la phrase à l’actif en introduisant un agent comme on : « ce qui est courbé, on ne peut le redresser » (Parole de Vie).
ce qui fait défaut, litt. « ce qui manque » parle des choses qui n’existent pas. Si quelque chose n’est pas là, on ne peut pas le compter.
ne peut être compté : compter a son sens primaire ici, c’est-à-dire, compter par exemple des objets (Gen 13.16).
Comme il s’agit de proverbe, il sera bon de le démarquer d’une manière ou une autre. Beaucoup de versions le mettent à la ligne avec une ligne vide avant et après ce verset. D’autres le lient étroitement à Ecc 1.14.
Source: Zogbo, Lynell. L’Ecclésiaste – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
