Commentaire sur la traduction de l'Ecclésiaste 1.14

J’ai vu toutes les œuvres qui se font sous le soleil : en hébreu cette phrase commence par un וְ we séquentiel et n’atteste pas un Moi emphatique comme en Ecc 1.13. Mais l’utilisation d’un verbe de perception (ici voir) indique souvent le début d’une nouvelle strophe ou d’un nouveau paragraphe. Qohéleth répète beaucoup d’expressions clé précédentes : sous le soleil, tout est vanité, auquel il ajoute une autre expression clé, poursuite de vent qui paraîtra plusieurs fois par la suite.

J’ai vu a un sens large, y compris le sens de voir physiquement, mais aussi de « considérer », « réfléchir sur », etc. Au perfectif, on pourrait plutôt dire « je suis arrivé à la conclusion que… »

toutes les œuvres qui se font est une structure typiquement hébraïque où le nom (œuvres) et le verbe (faire) proviennent de la même racine, עשׂה ʿśh. Dans beaucoup de langues (y compris le français), une telle expression n’est pas possible et les traducteurs devraient adopter une formulation plus naturelle dans leur langue. La Parole de Vie parle de « tout ce qu’on fait sous le soleil ». En effet, dans ce contexte, le mot œuvres ne renvoient pas forcément à des travaux particuliers, mais aux activités de toutes sortes.

Pour sous le soleil, voir Ecc 1.2.

mais voici que tout est vanité et poursuite de vent : ici la conjonction וְ we est suivie du mot hébreu הִנֵּה hinnéh souvent rendu en français par « Voici » ou « Voilà ». Il s’agit d’un mot très important, qui attire l’attention, marquant des surprises, des choses étonnantes, et dans les récits narratifs, les points culminants. Il est souvent associé à des découvertes de faits inattendus. Ici il exprime la surprise (teintée de désarroi) de Qohéleth devant son constat : tout est vanité et poursuite de vent. Les traducteurs devraient chercher un moyen de rendre ce marqueur important en hébreu. Bien que certaines versions l’omettent ici (Nouvelle Bible Segond, La Bible du Semeur), il devrait être retenu si possible. Certaines versions utilisent des démonstratifs (« voici », « voilà ») et d’autres disent, par exemple, « Eh bien… » (Bible de Jérusalem, Bible en français courant). Dans certaines langues, on utilise un impératif comme « Regardez ! »

Pour tout est vanité, voir Introduction au commentaire de traduction de l’Ecclésiaste et Ecc 1.2.

Pour poursuite de vent, voir Introduction au commentaire de traduction de l’Ecclésiaste : הֶבֶל hèvèl. Cette expression ne paraît que dans la première partie du livre, mais régulièrement quand même : Ecc 2.17, Ecc 2.26 ; Ecc 4.4, Ecc 4.6, Ecc 4.16 ; Ecc 6.9.

Source: Zogbo, Lynell. L’Ecclésiaste – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Subscribe
Notify of
guest
0 Comments
Oldest
Newest Most Voted