Commentaire sur la traduction de l'Ecclésiaste 1.16

Je me suis dit à moi-même est litt. « j’ai parlé moi avec mon cœur ». Les traducteurs devraient utiliser une expression dans leur langue pour exprimer le dialogue interne. Si ce genre d’expression ne convient pas, on pourrait dire « J’ai pensé ». La présence du moi emphatique s’ajoute à l’expression verbale de communication pour marquer une nouvelle strophe ou un nouveau paragraphe.

Ce qui suit est le contenu de ce dialogue interne : Voici que j’ai fait grandir et progresser la sagesse plus que quiconque m’a précédé comme roi sur Jérusalem. Dans certaines langues, cette pensée interne serait quand même mise entre guillemets. Dans d’autres, elle sera présentée comme un discours indirect.

Voici que est litt. en hébreu, אֲנִי הִנֵּה ʾanî hinnéh, « moi voici ». La majorité des versions en français n’arrivent pas à exprimer ces deux notions à la fois. Certaines rendent הִנֵּה hinnéh, Voici que…, tandis que d’autres rendent le « moi » : « Je me suis dit, “Moi, j’ai développé…” » (Nouvelle Bible Segond). Mais les traducteurs devraient faire de leur mieux pour suivre le texte en hébreu. Ici הִנֵּה hinnéh semble fonctionner comme une interjection, « Regarde », « Tiens ».

j’ai fait grandir et progresser la sagesse : quel est le sens de cette expression ? Qohéleth a-t-il, par exemple, agrandi l’étendu de la connaissance, en rassemblant des sages ou en fondant des écoles ? Ou a-t-il, à la suite de ses longues recherches, augmenté sa propre sagesse ? Le texte dit litt. « j’ai fait-grandi et ajouté à la sagesse… » La Bible en français courant pense que c’est Salomon qui augmente sa propre connaissance : « J’ai accumulé bien plus de sagesse que… »

progresser rend le verbe « ajouter à », ce qui peut sous-entendre que Qohéleth a fait des découvertes, a développé des techniques, a beaucoup écrit, etc. La Parole de Vie suggère « j’ai développé la sagesse ».

Pour la sagesse, voir Introduction au commentaire de traduction de l’Ecclésiaste et Ecc 1.13.

plus que quiconque m’a précédé comme roi sur Jérusalem est litt. « au-dessus de chacun qui était avant moi sur Jérusalem ». D’après le contexte, il s’agit des rois ou de tous ceux qui ont régné à Jérusalem avant lui. Dans certaines langues, la comparaison s’exprime par des verbes, par exemple, « En cherchant à augmenter la sagesse, j’ai dépassé tous ceux qui régnaient avant moi à Jérusalem ».

J’ai fait l’expérience de beaucoup de sagesse et de science est litt. « et mon cœur a vu en abondance sagesse et connaissance ». Il se peut que le verbe voir renvoie à l’expérience que Qohéleth a eue, comme dans la Traduction œcuménique de la Bible. Voir aussi Parole de Vie. Mais dans beaucoup de langues, cette expression veut dire qu’il a obtenu beaucoup de sagesse et de connaissance.

Pour sagesse, voir Introduction au commentaire de traduction de l’Ecclésiaste et Ecc 1.13. En hébreu il y a une différence importante entre חָכְמָה ḥokmâh, sagesse, et דַּעַת daʿat, « connaissance », ce dernier étant lié au verbe « savoir ». Ce mot renvoie à toutes les connaissances ou informations acquises intellectuellement, tandis que sagesse renvoie à la capacité de discerner ce qui est juste de ce qui est faux, de donner de bons conseils aux gens et de prendre de bonnes décisions. La sagesse rend quelqu’un capable de bien gérer sa vie.

La science est la connaissance ou le savoir, acquis intellectuellement. Mais les deux mots apparaissent souvent ensemble, comme en Prov 1.7 :
La crainte du SEIGNEUR est le principe du savoir (דַּעַת daʿat) ;
sagesse (חָכְמָה ḥokmâh) et éducation, seuls les fous s’en moquent.

Cette pensée semble l’arrière-plan pour tout ce que Qohéleth dit.

Il s’agit ici de beaucoup de sagesse et de connaissance. Dans certaines langues, on pourrait utiliser un idéophone, en disant, par exemple, « la sagesse et la connaissance, je les ai connues tententen ! »

Certaines versions placent une virgule à la fin de ce verset et font suivre 1.17 (en continuant le dialogue interne), mais d’autres mettent un point à la fin de ce verset (ce qui finit le dialogue interne à la fin de 1.16). La deuxième option semble mieux car 1.17 commence une nouvelle pensée (« et j’ai donné mon cœur… »).

Source: Zogbo, Lynell. L’Ecclésiaste – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

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