Commentaire sur la traduction de Joël 1.4

Ce verset est comme un dicton ou une énigme que le prophète cite. Il atteste la même sorte de parallélisme vue dans Joël 1.3. Il s’agit d’un parallélisme ascendant, car les mots « essaimeur » et « lécheur », qui figurent à la fin du vers, sont repris au début des vers suivants. Ce procédé crée un style très attrayant et la répétition rend les vers faciles à comprendre et à retenir.

En hébreu, il y a quatre mots qui désignent quatre sortes d’insectes apparentés. La note en Nouvelle Bible Segond explique deux interprétations possibles. Il peut s’agir « de différents types de sauterelles, dont les invasions se succèdent, ou bien des divers stades de développement du même insecte ». Le défi pour le traducteur est de trouver quatre termes pour désigner ces quatre mots. La Traduction œcuménique de la Bible donne des noms à chacun des insectes en fonction de leur action sur les récoltes, en les mettant entre guillemets : « trancheur », « essaimeur », « lécheur », « décortiqueur ». Ces termes ne sont pas bien connus et la majorité des versions essaient de trouver des correspondants d’insectes divers. La Bible en français courant et la Parole de Vie parlent ainsi de « chenilles », « sauterelles », « hannetons » et « criquets ». (Un « hanneton » est un insecte dont la larve est très nuisible). Ce qui est important, c’est de choisir des termes dans la langue cible qui sont reconnus comme des insectes qui effectivement détruisent les récoltes.

Ce que le « trancheur » a laissé, l’« essaimeur » le dévore est le début de plusieurs vers parallèles :
Le reste de la chenille, la sauterelle (l’) a mangé.
Le reste de la sauterelle, le hanneton (l’) a mangé.
Le reste du hanneton, le criquet (l’) a mangé.

C’est-à-dire :
La sauterelle a mangé le reste de ce que la chenille a mangé.
La chenille a mangé le reste de ce que le hanneton a mangé.
Le hanneton a mangé le reste de ce que le criquet a mangé.

En hébreu l’accent est mis sur le terme initial יֶתֶר yètèr « le reste », qui apparaît trois fois dans ces vers. C’est un mot très fréquent dans l’Ancien Testament. On peut parler du « reste » de la nourriture (Lév 14.18), le reste des gens (Jug 7.6) ou le reste des actions (2 Chron 28.26). Dans certains contextes, il signale la personne qui s’est échappée, qui a survécu ou « est restée vivante » après une catastrophe (Jos 13.12). Dans ce passage le fait que même « le reste » est finalement détruit souligne la situation catastrophique dans le pays.

Dans plusieurs langues, il faudrait suivre la reformulation de la Traduction œcuménique de la Bible et les autres versions : « Ce que la chenille a laissé… ». La Bible en français courant et la Parole de Vie spécifient « ont laissé de la récolte », mais dans la majorité des langues, cet ajout ne sera ni poétique ni nécessaire.

Le mot « trancheur », rendu par « chenilles » en Bible en français courant et Parole de Vie, est au singulier en hébreu, comme tous les noms d’insectes ici. Les traducteurs utiliseront la forme qui convient le mieux dans leur langue. La Bible de Jérusalem translittère le nom hébreu de cet insecte (גָּזָם gâzâm), mais ce terme ne sera pas compris dans la majorité des langues. Le mot « chenille » est connu partout : c’est l’insecte qui vient dévorer les feuilles des plantes en premier lieu, avant même que les grains ne soient produits.

l’« essaimeur » le dévore : la plupart des versions y voient des « sauterelles », un mot qui sera facilement rendu dans la langue cible. le dévore est simplement le verbe « manger », « consommer » (voir Parole de Vie), mais la traduction de la Traduction œcuménique de la Bible communique bien ici la connotation de ce mot en hébreu.

et ce que l’« essaimeur » a laissé, le « lécheur » le dévore : ce vers a la même structure que le précédent. Le mot « essaimeur » est répété, et ensuite un nouvel insecte apparaît : le « lécheur », rendu dans plusieurs versions comme « hanneton ». Dans la majorité des langues, cette structure répétitive sera appréciée et les traducteurs pourront garder ce style dans leur langue.

et ce que le « lécheur » a laissé, le « décortiqueur » le dévore : il s’agit ici d’un autre insecte que la majorité des versions françaises rendent par « criquets ».

Si ce style répétitif n’est pas apprécié et que les traducteurs aient de la peine à trouver des termes qui conviennent, ce verset peut être réduit, par exemple, « des milliers et des milliers d’insectes envahissent nos champs et mangent tout, jusqu’à ce que rien ne reste ». Cette traduction exprime l’idée de ce verset, mais, ainsi traduit, ne semble pas rendre l’aspect poétique du texte.

Par sa mention de différentes sortes de sauterelles, ce verset semble faire partie d’une inclusion qui commence ici et finit à Joël 2.25.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné P.; Somé, Joachim & Zogbo, Lynell. Joël – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2010.

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