Commentaire sur la traduction de Joël 2.30

En hébreu ce vers commence par la conjonction וְ we « ensuite », « et », omise dans la Traduction œcuménique de la Bible et la Bible en français courant. On peut le traduire par « après cela », car à partir du Joël 3.1, c’est le Seigneur qui parle et dit qu’il va réaliser un certain nombre de choses. C’est une description ordonnée de faits. La Parole de Vie a mis « Et je ferai ».

Je placerai des prodiges dans le ciel et sur la terre : le verbe rendu par placer est « donner » (hébreu : נתן ntn). Les traducteurs trouveront une expression qui convient. En français, la traduction de ce verbe varie beaucoup. La Bible en français courant « je susciterai » semble trop difficile. La Nouvelle Bible Segond dit « je ferai paraître ». De là on peut déduire « je ferai voir », qui est plus facile.

prodiges : il s’agit de signes qui ont pour but de montrer la grandeur et la puissance du Seigneur. Ces signes seront visibles dans le ciel et sur la terre, c’est-à-dire partout. Ainsi tout être humain pourra les voir. Le monde, étant fait de ciel et de la terre, tout ce qui existe dans le monde pourra voir ces avertissements. prodiges peut se traduire ici par « choses jamais vues auparavant », « choses très étonnantes », « choses qui étonnent », « des choses pour avertir les gens ».

dans le ciel et sur la terre : dans certaines langues, on sera obligé de dire « en haut (dans le ciel) et en bas (sur la terre) ». Sinon, on pourra dire « partout dans le monde ». Mais si possible, le traducteur devrait garder les deux expressions pour des raisons poétiques.

dans le ciel est au singulier en français, mais en hébreu il est au pluriel : שָׁמַיִם šâmayim « les cieux ». Les traducteurs devraient utiliser l’expression la plus naturelle dans leur langue.

sur la terre est en contraste avec dans le ciel. Cette expression ne signifie pas « dans le pays », mais « dans le monde ».

du sang, du feu, des colonnes de fumée : ces trois expressions proviennent d’un vocabulaire de guerre. Elles décrivent les prodiges, de façon imagée, faisant allusion à des luttes armées dans lesquelles les gens sont blessés ou tués (le sang), dans lesquelles des maisons s’enflamment et brûlent (le feu), et d’où s’échappent des nuages de fumée. En hébreu, la conjonction וְ we relie les trois éléments : « du sang et du feu et des colonnes de fumée ». Il s’agit de la poésie et ainsi ces noms sont cités sans introduction, mais dans plusieurs langues, il va falloir ajouter deux points ( : ) ou des mots de transition, par exemple, « voici » ou « tu vois… », par exemple :

Tu vois le sang. Il y a du sang.
Tu vois le feu. ou Il y a du feu.
Tu vois la fumée. Il y a des colonnes de fumée.

Les traducteurs peuvent aussi présenter ces noms comme une liste selon les normes de leur langue.

C’est la première fois que le mot sang est évoqué dans ce livre. Si nécessaire, on utilisera une expression verbale : « le sang verse (partout) ».

Le feu a été évoqué à plusieurs reprises déjà dans ce livre. Voir Joël 1.19 ; Joël 2.3.

colonnes de fumée est une expression très poétique, dont la fonction consiste à servir de « trait d’union » pour unir le ciel et la terre. En effet, la fumée quitte la terre et s’élève vers le ciel. Dans beaucoup de langues, l’image de colonne ne sera pas comprise. La Parole de Vie parle de « nuages de fumée », mais dans certain cas, il vaut mieux juste parler de fumée tout court.

Cette image confirme l’idée de totalité formée par le ciel et la terre dans ce contexte. Tout le langage figuratif évoque des scènes horribles. Ce n’est pas étonnant : l’horreur fait partie de l’image du jour du Seigneur.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné P.; Somé, Joachim & Zogbo, Lynell. Joël – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2010.

Introduction au commentaire de traduction de Joël

Introduction

Pour le lecteur moderne, le livre de Joël est un livre plein d’énigmes. Sous forme poétique, plusieurs phénomènes naturels sont décrits : l’invasion d’insectes, la sécheresse destructrice, le feu qui dévore. Mélangées à ces images figurent des références à la guerre, aux soldats, aux tueries, au vol. Comment interpréter tout ceci ? S’agit-il de faits réels, de traces d’une terrible calamité nationale en Israël ? Ou s’agit-il d’une mise en scène prophétique censée mener Israël à la repentance ? Ces événements se sont-ils déjà passés ou se réfèrent-ils, comme certains le proposent, au grand jour du SEIGNEUR qui n’est pas encore arrivé ?

Ces questions demeurent sans réponse jusqu’à nos jours. Malgré ceci, l’importance de ce livre n’a jamais été mise en question. Certaines parties du message de Joël sont citées par l’apôtre Pierre au jour de la Pentecôte (Act 2.1-21) :

Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair.
Vos fils et vos filles prophétiseront,
vos vieillards auront des songes,
vos jeunes gens auront des visions. (Joël 2.28)

Malgré les messages décourageants dans certaines parties du livre, il y a aussi des promesses merveilleuses pour le peuple de Dieu, des promesses qui continuent à nous interpeler jusqu’aujourd’hui.

L’auteur, la date et l’occasion de ce livre

Très peu de choses sont connues sur le prophète Joël : on ignore qui il était, quel rôle il jouait dans la société israélite, et pendant quelle période il vivait.

Mais le nom Joël a un sens : « Yahweh est Dieu ». C’est un nom assez fréquent dans l’Ancien Testament, étant, entre autres, le nom du fils aîné de Samuel (1 Sam 8.1) et le nom d’un descendant de Siméon (1 Chron 3.34). La seule information fournie dans le texte est que Joël est le fils de Petouël, le nom d’une personne qui ne se trouve nulle part ailleurs dans la Bible. Quant à Joël, certains le rattachent au temple de Jérusalem, mais rien dans le texte le confirme. Est-ce qu’il était à la fois prêtre officiant et prophète, prononçant des oracles en public ? Quel rôle y jouait-il exactement ? Les biblistes l’ignorent totalement.

En ce qui concerne la date du message de Joël, de nombreuses hypothèses ont été émises. Certains le placent sous le règne du roi Joas (835-825 av. J.-C.), d’autres, pendant la période perse et encore d’autres, dans la période postexilique, après le retour des Israélites de Babylone. En fait, le récit de l’invasion de sauterelles n’a jamais pu être lié à des faits historiques connus. Certains vont jusqu’à proposer que le message de Joël se présente exprès sans référence aux faits historiques, pour que l’application de sa prophétie reste universelle, un message pour tout peuple en tout temps.

Les thèmes majeurs du livre

Le thème dominant de ce livre est sans aucun doute « le jour de YHWH », le jour du SEIGNEUR (Joël 1.15 ; Joël 2.1, Joël 2.11 ; Joël 3.4 ; Joël 4.14). Ce jour est décrit dans la première partie du livre à l’aide de métaphores très fortes :

• l’invasion d’une « armée » de criquets détruisant toutes les récoltes.
• la sécheresse qui anéantit tout signe de prospérité en Israël : blé, figuiers, palmiers, vignes…
• le feu qui brûle tout le pays, changeant ce « jardin d’Éden » en désert dévasté.

Ainsi le jour du SEIGNEUR est un jour de ténèbres, de cataclysmes, de terribles épreuves et de souffrances épouvantables. (Joël 1.15 ; Joël 2.1, Joël 2.11 ; Joël 3.4 ; Joël 4.14).

Devant une situation désastreuse, le Seigneur passe par son prophète pour appeler son peuple à prendre conscience de son état. YHWH, le Dieu d’Israël, demande à son peuple de se lamenter et de « revenir » à lui. A côté de ces cris, YHWH s’adresse aux nations ennemies, c’est-à-dire, tous ceux qui ont attaqué et dévasté son peuple et leur pays. Par la bouche de Joël, Dieu annonce qu’il va rassembler ces nations, les juger et les condamner.

Mais dans ce contexte de dévastation et de désespoir, contre toute attente, Dieu envoie un message d’espoir : le Seigneur va restaurer son peuple. Il va lui « retourner » (hébreu : שׁוב šoûv) les biens qu’il a perdus. Et enfin, il va lui donner son esprit (רוּחַ roûaḥ), promesse d’un retour à des relations intimes avec lui.

La structure du livre

Comme les détails de la vie de Joël, la structure de ce livre reste floue. Certains voient une unité et une cohérence dans le livre entier, tandis que d’autres ne voient qu’une série d’oracles prophétiques sans lien entre eux qu’un éditeur aurait réunis autour d’un thème commun : « le jour de YHWH ».

Malgré ces différents points de vue, il y a des raisons importantes pour considérer ce livre comme un tout. D’abord il est très typique dans la poésie hébraïque de voir une transition du négatif au positif, c’est-à-dire un mouvement des lamentations aux promesses d’un « meilleur jour ». On peut aussi remarquer que l’expression, jour du SEIGNEUR, revient dans chaque chapitre et sert de leitmotiv du livre (Joël 1.14, Joël 1.15 ; Joël 2.1, Joël 2.11 ; Joël 3.4 ; Joël 4.14). Même si des oracles oraux ont été reçus à différentes époques et en différentes circonstances, on perçoit les traces d’un éditeur (ou des éditeurs), peut-être les disciples de Joël, comme un tisserand réunissant ses fils, pour présenter un message cohérent.

Bien que le livre puisse se diviser de plusieurs manières, certains proposent après le titre (Joël 1.1), trois parties :

• La destruction au pays (Joël 1.2–Joël 2.17)
• La promesse de la restauration (Joël 2.18–Joël 3.5) [Joël 2.18]
• Le jour du Seigneur (Joël 4.1) [Joël 3.1]

Ce commentaire suit le découpage en chapitres du Texte Massorétique, selon la Biblia Hebraica Stuttgartensia, éditée par l’Alliance biblique universelle. En général les versions anglaises suivent le découpage du Texte Massorétique et divisent ce livre en trois parties. Mais traditionnellement, les versions françaises préfèrent une autre division du texte, donnant quatre chapitres. Dans ce commentaire, les deux divisions sont respectées, avec la numérotation anglaise entre crochets.

Style et langage

Le style du livre de Joël est empreint de réalisme. Il est vivace, vigoureux, parfois violent et d’un sarcasme mordant. Lorsque Joël communique les oracles du Seigneur adressés aux autres nations et lorsqu’il décrit des invasions militaires humaines ou autres, le vocabulaire employé est concret et les mots s’entrechoquent comme les armes de guerre. Dans les oracles de jugement, le langage est sans pitié pour ceux qui ont commis les crimes en attaquant Juda. Les descriptions sont riches en images.

A part son titre (Joël 1.1), tout le livre est en vers poétiques. Le plus grand trait de la poésie hébraïque est, sans aucun doute, le parallélisme, dont de nombreux exemples figurent dans ce livre. Dans le parallélisme, la structure et souvent le sens des vers sont similaires ou complémentaires, par exemple :

Écoutez ceci, vous les anciens,
prêtez l’oreille, vous tous, habitants du pays. (Joël 1.2)
Devant lui est un feu dévorant
et derrière lui une flamme brulante. (Joël 2.3)

Parfois les vers parallèles sont caractérisés par l’ellipse, où certains mots restent sous-entendus, comme « forgez » dans le deuxième vers ci-dessous :

De vos hoyaux forgez des épées,
et de vos serpes… des lances. (Joël 3.10)

D’autres vers démontrent ce qu’on appelle le parallélisme ascendant, ou un élément d’une ligne est repris dans ce qui suit. En Joël 3.1 il y a un parallélisme ascendant et aussi l’ellipse :
sur cela à vos enfants… racontez
et vos enfants à leurs enfants…
et leurs enfants à une autre génération

La poésie communique l’intense émotion exprimée par le poète et les traducteurs devraient s’efforcer de rendre la beauté et l’intensité de ces vers bibliques. Pour ceci, ils peuvent étudier les chants de différents genres dans leur langue, pour savoir comment mieux communiquer les lamentations, la douleur, le sarcasme, l’ironie, ou la condamnation exprimés ici.

Les vers peuvent aussi se présenter sous forme chiastique, structure qui insiste sur l’idée communiquée. Pour revenir sur l’exemple de Joël 2.3, on y voit dans les vers en hébreu un chiasme :

CH1 Tel le jardin d’Eden
CH2 devant lui
CH2 derrière
CH1 un désert dévasté

Notons qu’en poésie, il y a beaucoup de comparaisons. Dans les vers qui suivent le passage ci-dessus (Joël 2.4), le feu est comparé à des chevaux :

Il (le feu) est semblable à des chevaux ;
comme des coursiers, ainsi courent-ils.

Il y a souvent aussi beaucoup de questions de pure forme, des questions rhétoriques, qui interpellent, condamnent ou réprimandent, par exemple,

Est-ce qu’une chose pareille
est arrivée pendant votre vie
ou pendant la vie de vos ancêtres ? (PDV.Joël 1.2 Parole de Vie)

Voir aussi Joël 1.16 ; Joël 2.11, Joël 2.14, Joël 2.17 ; Joël 3.4.

Les traducteurs ne doivent jamais négliger l’aspect poétique du texte, car l’emploi de ce langage imagé répond à plusieurs objectifs : embellir le langage pour le rendre vivant et intéressant, frapper l’esprit du destinataire, en mettant en relief une idée de façon percutante, et provoquer une réaction de sa part : surprise, indignation, désapprobation, condamnation, révolte, dégoût, horreur, ou bien, compassion, sympathie, joie, louange…

Il appartient à chaque traducteur de trouver la bonne traduction dans la langue cible. Cette traduction doit être coulante, naturelle, compréhensible, et exacte en reproduisant la même charge émotionnelle, la même tonalité que l’original.

Les Noms de Dieu

Contrairement à certains livres prophétiques, le livre de Joël contient très peu de variantes de noms de Dieu. Il s’agit de YHWH, le nom personnel du Dieu d’Israël (Joël 1.1, Joël 1.9, etc.), le nom générique, Dieu, en hébreu אֱלֹהִים ʾèlôhîm (Joël 1.13), et שַׁדָּי šaddây, « le Puissant ». Il y a aussi des combinaisons de noms, par exemple, « YHWH votre (ton, notre) Dieu » (Joël 1.14 ; Joël 2.14 ; Joël 2.27 ; Joël 4.17).

Traduire le nom personnel de Dieu est un défi dans presque chaque langue, surtout que le vrai sens du mot YHWH reste sujet à débat. Certains utilisent un nom déjà existant qui est lié au Dieu Créateur. D’autres sont amenés à créer un mot, imitant par exemple, les Français qui ont opté pour « L’Éternel ». Encore d’autres adoptent les conventions traditionnelles de plusieurs versions (et les Juifs eux-mêmes), écrivant Seigneur, en majuscules, par opposition au nom, « Seigneur » (« Maître », « Propriétaire »). Ce sont des décisions importantes qui se décideront en communauté et qui affecteront la traduction de toute la Bible. Sauf insertion de pronom, qui suivra les pratiques de la langue cible, il est important de respecter le texte en rendant fidèlement chaque nom de Dieu.

Le titre du livre

Plusieurs options s’offrent aux traducteurs comme titre du livre. D’abord les traducteurs devraient translittérer le nom de Joël de manière convenable dans leur langue. Dans certaines d’entre elles, le j cédera au z. Des consonnes doivent parfois interrompre les suites vocaliques ou des voyelles doivent être ajoutées, par exemple, Zoyeli.

Beaucoup optent pour le titre « Le livre de Joël », avec la particule « de » du génitif. Ce titre convient s’il a un sens large : « le livre qui nous vient de Joël » ou « le livre concernant le message de Joël ». Il faudrait éviter de telles constructions si le sens est « Le livre que le prophète Joël a écrit », car le texte n’affirme pas ceci. Même si le message provient de lui, il se peut que d’autres, par exemple, ses disciples, l’ont mis par écrit pendant sa vie ou même après sa mort.

Avant de traduire, il est bon de prendre le temps de lire tout le livre de Joël d’un seul trait pour s’imprégner de son style, son message et ses particularités. Au début, le texte évoque le chaos de la destruction et la guerre, effrayant le lecteur. Mais au fur et à mesure que le lecteur avance, il découvre les promesses de Dieu. Celui-ci promet de rendre justice, punir ceux qui le méritent, et restaurer ce qui a été perdu. Malgré le manque de détails sur la vie de Joël et les doutes qui planent sur l’historicité des événements racontés et la structure exacte du livre, les traducteurs devraient traduire ce texte d’une manière fidèle pour rendre ses émotions fortes et pour faire ressortir son message d’espoir.

Bibliographie

De Blois, K. et L. Dorn, A Handbook on Joel, UBS, à paraître.
Ogden, G. S. et Deutsch, R. R., A Promise of Hope – A Call to Obedience, Grand Rapids : WM. B. Eerdmans, 1987.
Romerowski, Sylvain, Les livres de Joël et d’Abdias, Vaux sur Seine : EDIFAC, 1989.
Stuart, Douglas, Word Biblical Commentary, Hosea-Jonah, Vol. 31, Waco : Word Books, 1987.
Yoliah Yilpet, « Joël » in Commentaire biblique contemporain, Croissy Beaubourg, 2008, pp. 1099-1106.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné P.; Somé, Joachim & Zogbo, Lynell. Joël – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2010.

Commentaire sur la traduction de Joël 2.31

Ce vers évoque d’autres signes dans le ciel qui terrifient les gens. Dans le premier vers, il y a un parallélisme assez frappant marqué par l’ellipse d’un verbe :
Le soleil tournera à ténèbres
Et la lune … au sang

Le soleil se changera en ténèbres décrit l’éclipse solaire, un phénomène naturel. En effet, par une série de circonstances assez rares, la lune peut parfois s’aligner avec le soleil. Elle se déplace devant celui-ci et le cache, bloquant sa lumière. Ainsi au milieu de la journée, il fait sombre comme la nuit. Bien qu’on puisse expliquer ce phénomène d’une manière scientifique, depuis le début des temps et encore aujourd’hui, les éclipses sont interprétées comme un signe d’un mal qui va arriver. Ainsi ici, elle est associée au terrible jour du SEIGNEUR. Les traducteurs devraient chercher une expression poétique si possible pour décrire ce phénomène. La Parole de Vie dit « Le soleil deviendra sombre », mais on pourra aussi dire « Le soleil deviendra tout noir (en pleine journée) ».

et la lune en sang : il y a aussi des phénomènes naturels qui font que la lune apparaisse tout rouge. Ici les images du poète deviennent encore plus frappantes. Il reprend le mot sang du dernier verset pour décrire la lune, et ainsi continue à évoquer la terreur de ce jour à venir. Dans la majorité des langues, il sera nécessaire de fournir un verbe, se changera, « tournera », etc. De manière plus explicite, on pourra dire « la lune sera rouge comme du sang » (Parole de Vie).

à l’avènement du jour du SEIGNEUR, grandiose et redoutable est en hébreu « devant la venue du jour de Yahweh grand et faisant peur ». Dans certaines langues, il faudrait utiliser des expressions verbales : « avant que ne vienne le jour du Seigneur » (Bible en français courant, Bible de Jérusalem) ou « avant que n’arrive le jour du Seigneur » (Nouvelle Bible Segond). Pour le jour du SEIGNEUR, voir Joël 2.1.

grandiose et redoutable : c’est ce qui est formidable mais qui, en même temps, fait peur, parce que personne ne connaît les intentions du Seigneur. On peut traduire par : « un grand jour qui fait peur ». Beaucoup de versions répètent le mot jour pour un effet poétique :

Ensuite, le jour du Seigneur viendra,
ce jour grand et terrible (Parole de Vie).

Source: Aroga Bessong, Dieudonné P.; Somé, Joachim & Zogbo, Lynell. Joël – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2010.

Commentaire sur la traduction de Joël 2.32

Aux versets précédents, c’est le Seigneur qui avait la parole. Ce n’est pas nécessairement le cas dans le dernier verset de cette strophe. C’est certainement le prophète qui reprend la parole pour conclure cette strophe au nom du SEIGNEUR. Du point de vue stylistique, ce verset est très emphatique : il est entouré d’une enveloppe ou inclusion formée par le verbe clé appeler. Il est aussi caractérisé par une répétition, car la même notion est exprimée de plusieurs manières : sauvé, rescapés, survivants.

Alors rend une expression hébraïque plus longue : la conjonction וְ we « et » suivie du verbe היה hâyâh « être », ce qui veut dire « il arrivera que ». Certains commentateurs pensent que cette expression marque le début d’une nouvelle idée dans le discours, tandis que d’autres parlent d’une conclusion importante. En effet, ici le prophète affirme que tout individu, sans distinction, pourra être sauvé, une nouveauté dans la théologie de l’AT. Les traducteurs devraient essayer de marquer cette emphase dans leur langue.

quiconque invoquera le nom du SEIGNEUR sera sauvé : le prophète fait une déclaration de portée générale, même universelle. quiconque traduit l’expression en hébreu כֹּל kôl qui veut dire « tous », « tout » qui se réfère à tout être humain, sans distinction d’origine.

invoquer traduit l’hébreu, קרא qârâʾ, « appeler ». invoquer le nom de quelqu’un, c’est appeler la personne elle-même, et dans ce cas, « appeler au secours », « appeler pour la délivrance ». Il y a derrière cette expression, l’idée de « tourner vers », d’« adorer réellement ».

sera sauvé : il ne s’agit pas de la racine sauver ou « délivrer » utilisée dans le livre des Juges. Ici c’est le verbe מלט mâlaṭ qui veut dire le plus souvent « s’échapper ». Il s’agit de s’échapper du jugement terrible qui sera prononcé au jour du Seigneur. Ici, comme dans le vers précédents, les verbes invoquera, sera sauvé sont au futur en hébreu.

En effet, il y aura des rescapés : c’est une explication du vers précédent. En effet (hébreu כִּי kî) introduit une explication ou une affirmation, que certains rendent par « car », en effet ou « parce que ».

il y aura des rescapés sur la montagne de Sion et à Jérusalem : en hébreu, les circonstants de lieux, sur la montagne de Sion et à Jérusalem, sont au début de la phrase où ils sont accentués.

des rescapés sont des gens qui vont rester en vie après le jour du SEIGNEUR (au cours duquel beaucoup de gens vont mourir). Il s’agit de la même racine verbale que le mot ci-dessus : sauvé. On peut traduire par « les gens qui seront toujours en vie » (voir Parole de Vie).

sur la montagne de Sion et à Jérusalem : le Mont Sion est situé à Jérusalem. Dans la poésie hébraïque, Sion est une sorte de sobriquet pour la ville de Jérusalem. Les deux noms paraissent souvent ensemble comme une paire de mots. Pour Sion, voir Joël 2.1, Joël 2.15, Joël 2.23. Les traducteurs ne doivent pas se tromper : il ne s’agit pas de deux endroits, comme la traduction de la Traduction œcuménique de la Bible pourrait suggérer. La Parole de Vie renverse l’ordre qui rend l’idée plus clairement en français : « à Jérusalem, sur le mont Sion ». Sion est à Jérusalem et désigne l’endroit où le temple fut construit.

comme le SEIGNEUR l’a dit : cette proposition semble rappeler l’accomplissement d’une prophétie, une promesse faite par le Seigneur à son peuple. Il s’agit selon les commentateurs de la prophétie d’Abdias (verset 17) qui dit en Bible en français courant :

Alors sur le mont Sion,
qui m’appartiendra de nouveau tout à fait,
des rescapés trouveront asile.

parmi les survivants que le SEIGNEUR appelle : avec le verbe appelle, ces mots ferment l’enveloppe commencée au début du verset. Il y a presque un jeu de mots, sous forme de chiasme .

Le plan du SEIGNEUR permet aux gens d’être sauvés et cette idée est accentuée par cette structure marquée. Le chiasme clôt aussi cette strophe.

Le mot survivant est un synonyme du mot rescapé. Si la langue cible n’a qu’un seul mot, le même mot peut être utilisé pour les deux mots en hébreu.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné P.; Somé, Joachim & Zogbo, Lynell. Joël – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2010.

Commentaire sur la traduction de Joël 1.7

Deux éléments, la vigne et les figuiers, représentent ce que le pays a de cher et d’important. Il se réfère toujours à cette armée de peuple ou d’insectes attaquant le pays.

Il fait de ma vigne un désert : Il dans la Traduction œcuménique de la Bible se réfère à l’armée envahissante. Dans plusieurs langues, un pronom pluriel sera utilisé ici pour parler des insectes qui attaquent les vignes. Dans le texte hébreu, littéralement « il a mis ma vigne (en) une désolation », il y a un jeu de mots, car le verbe « mettre » et le mot « désolation » se ressemblent : שָׂם… שַׁמָּה šâm… šammâh.

La vigne est une plante grimpante qui donne le fruit sucré décrit ci-dessus, le raisin, dont le jus est utilisé pour faire le vin (voir Joël 1.5). Cette plante joue un rôle très important dans la vie des Israélites et il sera difficile de le contourner dans la traduction de la Bible. De nos jours, beaucoup de gens ont vu des images de raisins, même si ceux-ci ne poussent pas chez eux. Ainsi beaucoup de traductions translittèrent le mot « raisin » en disant « arbre » ou « plante de raisin ». Souvent une explication est donnée dans le glossaire. Le possessif, ma vigne, montre que ce pays et tout ce qu’il contient appartient à Dieu.

désert : le plus souvent ce mot désigne un endroit aride, mais ici l’accent est mis sur l’aspect dévasté ou vide d’un endroit. Si ce langage figuré s’avère difficile, on pourra reformuler en disant : « Ils ont complètement détruit nos champs de raisins ». Dans certaines langues, on pourra utiliser des idéophones pour évoquer la destruction totale des champs.

mes figuiers, il les réduit en pièces : le poète semble très touché par la destruction des figuiers, car il y consacre trois vers. L’emploi du possessif mes ajoute au ton émotif de ce passage.

Le figuier est un arbre fruitier de la Palestine qui donne des fruits très sucrés. Les Hébreux séchaient ces fruits et les gardaient en forme de gâteaux qu’ils pouvaient emporter avec eux à tout moment. En Israël, le figuier symbolise la fertilité et la prospérité (voir Amos 4.9). Dans certains pays on connaît les figuiers tels qu’ils poussent en Israël. Dans d’autres, il y a un arbre qui ressemble au figuier, mais qui n’est pas identique. Si le mot local désigne un arbre qui donne des fruits sucrés et comestibles, il peut être retenu. Sinon il vaut mieux translittérer ce mot. Dans certaines cultures, un arbre appelé figuier donne des fruits réservés aux animaux. Le nom d’un tel arbre prêtera à confusion et devra être alors évité dans la traduction.

il les réduit en pièces : en hébreu, il n’y a que deux mots, « pour branche ». Ce vers est parallèle au précédent et n’a pas de verbe, littéralement « (il a mis) mes figuiers en branches (nues) ». Il s’agit d’une ellipse, et le verbe sous entendu est celui du vers précédent « mettre ». Si la langue cible connaît l’ellipse, le traducteur peut imiter l’hébreu ici. Sinon, on doit fournir un verbe comme la Traduction œcuménique de la Bible l’a fait ici.

Il les pèle : l’hébreu a une construction emphatique : « dépouillé il est dépouillé ». Les traducteurs devraient trouver un équivalent dans leur langue pour cette expression très forte. Le verbe hébreu utilisé ne se trouve qu’ici dans tout l’Ancien Testament. Certains pensent qu’il s’agit de couper ou de peler. Les insectes dévorent les feuilles et l’écorce des arbres. La Bible en français courant et la Parole de Vie combinent ces deux vers et disent « ils les détruisent complètement ». Dans plusieurs langues, une idéophone peut être utilisée ici.

il les jette à terre : les figuiers se trouvent même par terre. La Bible de Jérusalem et la Nouvelle Bible Segond disent qu’ils sont « abattus ».

leurs rameaux sont devenus blancs : ici le langage devient très concret et la Traduction œcuménique de la Bible rend assez littéralement cette phrase. On y voit l’effet dévastateur de ces insectes innombrables, qui attaquent les feuilles vertes des figuiers. Il ne reste plus rien et leurs branches sont nues et blanches. On pourra dire « ils n’ont plus d’écorce ». Comme c’est souvent le cas chez Joël, derrière cette description agricole, il y a l’image du dépouillement total d’Israël. Le traducteur fera bien de garder ce langage figuré sans trop d’explication, laissant au lecteur le soin d’appliquer les images à la situation en Israël. feuilles ou fruits ?

Source: Aroga Bessong, Dieudonné P.; Somé, Joachim & Zogbo, Lynell. Joël – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2010.

Commentaire sur la traduction de Joël 2.19

Le SEIGNEUR répond à son peuple : le prophète demande au peuple de se lamenter et de retourner au Seigneur. Ainsi lorsqu’ils crient à Dieu, le Seigneur répond à leurs prières. Les versions françaises omettent l’hébraïsme « répond et dit », mais cette formulation conviendra dans beaucoup de langues.

« Eh bien ! je vais vous envoyer le blé, le moût et l’huile fraîche… » : le mot rendu par Eh bien (hébreu : הִנֵּה hinnéh) sert ici à attirer l’attention de ceux qui écoutent sur l’important message qui suit. La Bible en français courant a « ainsi », et la Parole de Vie « voici », qui semble meilleur.

je vais vous envoyer : le pronom je ici traduit l’insistance. Le Seigneur veut que le peuple se rende compte de ce qu’il fait. Le participe rendu par vais vous envoyer souligne que Dieu a déjà déclenché l’action d’envoyer de l’aide, mais qu’elle n’est pas encore achevée.

Pour le blé, le moût et l’huile fraîche, voir le commentaire à Joël 1.10. C’était les principaux produits agricoles de la Palestine. Le moment est venu où ils vont être retournés au peuple de Dieu.

Vous en serez rassasiés décrit le sentiment du peuple de Dieu après la consommation suffisante de nourriture. Dans beaucoup de langues il y aura une expression idiomatique qui conviendra.

Jamais plus je ne ferai de vous un opprobre parmi les nations est littéralement « je ne vous donnerai plus (comme) un reproche parmi les nations ». Ce vers est une réponse directe à la prière du Joël 2.17. Les termes hébreux pour opprobre et nations y sont repris et les traducteurs devraient utiliser les mêmes termes ici. On pourra aussi dire « je ne permettrai pas que les nations vous fassent subir la honte ».

Source: Aroga Bessong, Dieudonné P.; Somé, Joachim & Zogbo, Lynell. Joël – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2010.

Commentaire sur la traduction de Joël 3.19

La différence entre le contenu des versets Joël 4.18 et Joël 4.19 est frappante. Alors que Joël 4.18 décrit les signes de bénédictions promises à Juda, Joël 4.19 accentue les souffrances prévues pour l’Égypte et Edom. Pour ces ennemis historiques de leur voisin, Juda, c’est la « désolation », un terme qui décrit le sort réservé à ces deux endroits : là où il n’y a aucune vie, là où rien ne pousse.

l’Égypte deviendra une terre dévastée, Edom un désert dévasté : Egypte et Edom sont tous les deux considérés comme les ennemis d’Israël. La punition de ces deux endroits est terrible.

l’Égypte est l’ennemi traditionnel d’Israël. C’est là que les Israélites ont passé quatre cents ans en esclavage. Edom est aussi un ennemi d’Israël, mais la relation est encore plus douloureuse, car Edom est un autre nom pour Esaü, le frère de Jacob. Dieu a choisi Jacob et l’a béni, alors qu’Esaü est rejeté (Gen 25–26). Depuis ce jour, il y a inimitié entre les descendants des deux frères.

Dans ce verset, les deux vers sont parallèles dans la forme et dans le sens, mais il y a une progression d’un vers à l’autre, car la punition d’Edom semble plus forte que celle de l’Égypte : « Égypte deviendra une désolation, et Edom un désert de désolation ». La Bible en français courant exprime la progression en disant « L’Égypte sera dépeuplée, le pays d’Édom réduit en désert ». Dans le deuxième vers, il y a une ellipse du verbe deviendra qui sera rendu explicite dans plusieurs langues.

une terre dévastée : il s’agit d’un seul mot. Le mot hébreu, par ses sons (שְׁמָמָה šemâmâh), évoque la ruine, la destruction, la désolation. Dans certaines langues, un idéophone sera approprié dans ce contexte.

un désert dévasté : pour désert, voir Joël 1.7. Si possible le même mot ou idéophone peut paraître ici, comme en hébreu.

A cause de la violence faite aux fils de Juda : ils ont répandu du sang innocent dans leur pays. La raison de leur punition est expliquée ici. Ces deux ennemis ont fait la guerre contre les fils de Juda et versé le sang des innocents.

A cause de la violence faite aux fils de Juda rend une proposition plus courte en hébreu mais dans la majorité des langues, il va falloir rendre le texte plus explicite. La Parole de Vie rend bien le sens : « ils ont fait violence aux habitants de Juda ».

ils ont répandu du sang innocent dans leur pays veut dire qu’ils ont versé le sang des gens innocents. En d’autres mots, ils ont massacré la population civile de Juda, ce qui leur vaut cette punition extrême. Le prophète utilise des expressions très poétiques et les traducteurs devraient essayer d’imiter ce style si possible.

dans leur pays se réfère au territoire de Juda.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné P.; Somé, Joachim & Zogbo, Lynell. Joël – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2010.

Commentaire sur la traduction de Joël 1.18

Le début de ce verset est caractérisé par des effets sonores avec b, m et des mots se terminant par le son a : מַה־נֶּאֶנְחָה בְהֵמָה mah-nèʾènḥâh vehémâh, vraisemblablement imitant le son du bétail en train de soupirer. La sécheresse et le manque de nourriture est en train d’affecter aussi les troupeaux des Israélites.

Comme le bétail soupire : bétail rend le terme générique en hébreu pour tous les animaux. Il y a une progression entre les vers, des animaux en général dans le premier vers, aux animaux plus spécifiques dans le deuxième : les bœufs.

soupire : le prophète semble personnaliser les bétails qui soupirent comme des êtres humains. Dans la majorité des langues, les animaux ne soupirent pas. Alors il faudrait trouver un verbe qui pourra être utilisé pour décrire les sons produits par des animaux domestiques lorsqu’ils souffrent.

Les troupeaux de bœufs s’affolent : les troupeaux sont les groupes d’animaux souvent dirigés par un berger. Presque toutes les cultures connaissent les bœufs et les vaches, même si ceux-ci ne sont pas élevés chez eux.

s’affolent est la traduction de la Traduction œcuménique de la Bible pour un verbe qui veut dire « errer ». La Parole de Vie rend bien l’idée avec « vont de tous côtés ». On pourra aussi dire « vont dans tous les sens ».

plus de pâture pour eux, litt. « car il n’y a de pâturages pour eux ». Cette proposition commence par la conjonction כִּי kî introduisant la raison : les bœufs s’affolent parce qu’ils n’ont plus de pâturages. La majorité des versions (Bible en français courant, Parole de Vie, Bible de Jérusalem, Nouvelle Bible Segond) rendent explicite ce lien logique. Certaines cultures ne pratiquent pas l’élevage, mais si c’est le cas, on pourra dire, « il n’y a pas d’endroit où ils peuvent manger » ou « trouver la nourriture ».

Même les troupeaux de petit bétail dépérissent : Même peut aussi être rendu par « aussi ».

les troupeaux de petit bétail se réfèrent aux troupeaux de moutons et de chèvres. Ce vers décrit avec beaucoup d’émotion la situation désastreuse dans le pays. On y voit ici aussi une sorte d’intensification d’émotion d’un vers à l’autre. Le gros bétail ainsi que le petit n’ont rien à manger.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné P.; Somé, Joachim & Zogbo, Lynell. Joël – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2010.