Qohéleth continue ses conseils sur les vœux hâtifs en reprenant le mot bouche (Ecc 5.1). Ici on comprend que Dieu veille sur ce qu’on dit et est prêt à punir les humains pour les paroles dérisoires. Il cite le cas de quelqu’un qui fait un vœu, et voyant qu’il ne peut pas l’accomplir, va au prêtre pour dire qu’il s’est trompé en le faisant.
Ne laisse pas ta bouche te rendre coupable tout entier est litt. « ne donnes pas à ta bouche de faire pécher ta chair ». Qohéleth continue à s’adresser à « tu », à la deuxième personne du singulier. Ces propos sont intéressants car ils démontrent que Dieu tient les gens responsables des paroles qui sortent de leur bouche. Cela montre aussi que ce ne sont pas seulement les actes qui constituent un péché mais aussi les paroles que les gens prononcent. Dans certaines langues, on évite les références au corps pour dire « évite de prononcer des mots qui… »
te rendre coupable est litt « te faire pécher ta chair ». Qohéleth utilise le verbe pécher au sens de « commettre une faute ». Voir Ecc 2.26. On pourrait reformuler pour dire « ne laisse pas tes paroles te rendre responsable d’avoir commis une faute ». La Traduction œcuménique de la Bible ajoute les mots tout entier et on pourrait les omettre dans la traduction.
et ne va pas dire au messager de Dieu : « C’est une méprise. » : cette phrase pose certains problèmes d’interprétation. Elle dit litt. « et que tu ne dises pas devant le messager que une erreur cela ». La majorité des versions voient le messager comme un prêtre qui se trouve dans le temple où les vœux et les sacrifices se font. Ainsi certains insèrent « de Dieu » dans la traduction. La La Bible du Semeur parle du « représentant de Dieu ».
La difficulté est de comprendre de quelle erreur il s’agit. La personne est-elle en train de nier qu’elle a fait un tel vœu ? En fait, la majorité pensent que face au non-accomplissement de son vœu, la personne essaie de couvrir son péché en disant qu’il s’est trompé. שְׁגָגָה šegâgâh, une méprise, est plutôt « une faute » ou « une erreur ». Dans certaines langues, on pourra dire « Ne vas pas dire au représentant de Dieu que tu t’es trompé (en faisant ce vœu) ».
Pourquoi Dieu devrait-il s’irriter de tes propos et ruiner l’œuvre de tes mains ? : cette question rhétorique est très forte et lourde de sens. D’un point de vue théologique, elle implique que Dieu punit ceux qui lui déplaisent, même en paroles. Dans certaines langues, une affirmation sera mieux comprise que la forme interrogative, par exemple, « Dieu va se mettre en colère à cause de ce que tu as dit, et il détruira ce que tu entreprends » (Parole de Vie).
Dieu devrait-il s’irriter de tes propos : ici Dieu est encore une fois précédé de l’article défini en hébreu, הַ ha, mais sans conséquence dans la traduction.
s’irriter rend le verbe קצף yçp. La même racine paraît en Ps 106.32. Qohéleth ne précise pas de quelles paroles il s’agit, mais dans ce contexte il semble être question de vœux prononcés à la hâte et jamais accomplis.
et ruiner l’œuvre de tes mains ? : ces mots sont particulièrement fortes, car catégoriques. Dieu va détruire les entreprises des humains qui le provoquent par leurs paroles. La forme du verbe (piel) donne le sens de ruiner, « détruire », « faire échouer ». Ces propos sont presque ironiques, car souvent l’expression l’œuvre de tes mains renvoie aux œuvres de Dieu. Ici d’une manière accablante, elle renvoie à toute entreprise humaine. Certaines versions disent « il détruira ce que tu entreprends », mais l’utilisation du langage figuré gardera le ton poétique. Ce qui frappe ici aussi, c’est que la racine חבל ḥvl pour ruiner ressemble au mot הֶבֶל hèvèl, ce qui est probablement intentionnel.
Source: Zogbo, Lynell. L’Ecclésiaste – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
