14.13-23
Dans le prochain paragraphe, Paul continue dans la même veine, interpellant ses interlocuteurs à adopter une attitude convenable. Dans ce qui précède, il a montré que des différences d’opinions ne doivent pas être une cause de division. Chacun est responsable devant Dieu seul. Ici, il revient aux questions de nourriture et de boisson, arrivant à peu près aux mêmes conclusions. L’amour chrétien exige que chaque croyant respecte les sentiments et les convictions des autres croyants.
Alors que la Traduction œcuménique de la Bible ne place pas de sous-titre ici, la Bible en français courant a mis : Ne pas faire tomber son frère. D’une façon plus positive, la La Bible du Semeur propose « Se soucier des frères dans la foi ». Si un sous-titre est nécessaire, on pourrait dire « Que chacun se soucie de ses frères dans la foi » ou « Que chacun recherche ce qui mène à la paix dans la communauté ». Mais il y a des liens très clairs entre ce paragraphe et ce qui précède et un sous-titre n’est pas indispensable.
La nouvelle section commence par une injonction forte marquée par la conjonction οὖν oun, donc, et une particule de négation : Cessons donc de nous juger les uns les autres. Le verset est aussi caractérisé par la répétition du verbe juger (κρίνω krinô) qui apparaît deux fois. Voir aussi Rom 14.3, Rom 14.4,5a,5b et Rom 14.10. En Rom 14.5, le verbe κρίνω krinô a le sens d’« estimer », « considérer que », etc. et c’est le sens de la deuxième occurrence que nous avons dans ce verset. Mais dans cette première proposition, il a clairement un autre sens : « condamner » (La Bible du Semeur). Paul est en train de jouer avec les mots, un procédé stylistique qui est souvent utilisé pour souligner des idées importantes.
Ainsi Cessons donc de nous juger les uns les autres (avec un nous inclusif) est une exhortation à ne pas condamner les autres. Dans ce contexte, juger veut dire « examiner et ne pas approuver l’action d’un autre ».
Jugez plutôt qu’il ne faut pas être pour un frère cause de chute ou de scandale : litt. « mais jugez plutôt ceci : ne pas mettre un obstacle ou un scandale pour le frère ». Paul est donc en train de faire un jeu de mots, en utilisant le mot juger de deux manières « …ne jugez pas… mais jugez plutôt ». Ce genre de procédé stylistique attire l’attention et reste en mémoire. Il sera bon de garder la répétition du verbe juger, si ce jeu de mots marche dans la langue, mais si ce n’est pas possible, on pourrait dire « vous devez décider que… » ou « vous devriez vous dire que… »
Cette proposition commence par ἀλλά alla, une conjonction grecque qui exprime un contraste fort. Avec le mot μᾶλλον mallon, « plus », le contraste est réel : « Mais voici plutôt ce que vous devez décider » ou Jugez plutôt….
qu’il ne faut pas être pour un frère cause de chute ou de scandale : les personnes interpellées à la seconde personne du pluriel (Jugez) sont elles-mêmes appelées à « ne pas être une cause de chute ». La Parole de Vie dit « Mais voici plutôt ce que vous devez décider : ne mettez rien devant votre frère ou votre sœur… » Certaines langues peuvent suivre ce modèle avec les deux-points ou introduire une proposition subordonnée, par exemple « Vous devez décider de ne rien faire qui amène votre frère à trébucher… » Pour frère, voir Rom 1.13.
cause de chute ou de scandale : selon Viard (p. 287), « On peut voir en cela tout ce qui, heurtant des sentiments particuliers, risque de porter une grave atteinte à la foi de ceux qui les professent ». Le mot rendu par chute est πρόσκομμα proskomma qui ne se trouve que dans les écrits de Paul et de Pierre ( Rom 9.32, Rom 9.33 ; Rom 14.13, Rom 14.20 ; 1 Cor 8.9 ; 1 Pi 2.8).
Le mot scandale (σκάνδαλον scandalon) se trouve plus fréquemment dans le NT que le mot πρόσκομμα proskomma. Dans les évangiles de Matthieu et de Luc, il est souvent rendu « occasion de chute ». Jésus utilise ce mot lorsqu’il reprend Pierre (Matt 16.23). Il s’agit de faire « tomber dans l’erreur » ou « dans le péché ». Il s’agit d’un obstacle qui « fait trébucher », ce qui certains rendent par « une pierre d’achoppement ». Voir Rom 9.33.
Dans la majorité des langues, ces deux images seront bien comprises, et celles-ci peuvent être combinées comme dans le grec. La Bible de Jérusalem dit « il ne faut rien mettre devant votre frère qui le fasse buter ou tomber », la Bible en français courant, « …à ne rien faire qui amène votre frère à trébucher ou à tomber dans l’erreur ». Mais il est acceptable aussi d’utiliser une seule expression, si c’est préférable dans la langue cible. Si ces images ne communiquent pas bien le sens, on peut généraliser en disant « ne mettez rien devant votre frère ou votre sœur… pour les pousser au mal » (Parole de Vie).
Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

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