12.1-21
Si la lettre aux Romains est en premier lieu théologique, elle a également un aspect pratique. Le fait que les croyants peuvent être rétablis dans une juste relation avec Dieu va de pair avec certaines obligations. C’est ainsi que dans ce passage assez long ( Rom 12.1– Rom 15.13), Paul précise quelques-unes des exigences morales qui s’imposent au chrétien.
Rom 12.1 marque une nette division dans la lettre de Paul aux Romains. Comme dit Prigent (p. 147), « À partir du chapitre 12, le ton du discours va notablement changer : Paul va aborder très concrètement les problèmes de la vie quotidienne des chrétiens de Rome ». Mais même si l’apôtre se penche maintenant sur des sujets d’ordre pratique et moral, cette section est étroitement liée à l’argumentation théologique des sections précédentes. En effet, les différentes exhortations dépendent des données de la théologie chrétienne présentées dans la première partie de la lettre. En Rom 15.13, l’exhortation de Paul se termine et il parle de son intention de se rendre à Rome.
Dans les sections qui suivent, Paul utilise souvent le même schéma : Il présente d’abord un point théologique suivi des applications pratiques de celui-ci. Il insiste surtout sur le rôle de l’amour chrétien dans diverses situations. Bien que les sujets abordés soient multiples, Paul garde toujours un ton personnel.
Rom 13.1 parle des devoirs des chrétiens envers les autorités de l’État. Cette section se distingue des autres par son style qui est proche de celui de la littérature de la sagesse de la période judéo-hellénistique avant l’ère chrétienne. Ce passage semble s’insérer entre Rom 12.9 et Rom 13.8, qui semblent plus liées.
Rom 13.8 est en rapport direct avec Rom 12.19, comme l’indique le mot clé amour. Le style de cette section correspond à celui des textes de lois, voir, par exemple, Rom 13.9 qui cite Lév 19.18.
Rom 13.11 reflète le genre d’enseignement donné à de nouveaux convertis, spécialement à l’occasion de leur baptême, qui est considéré comme le point de départ de la vie chrétienne. De plus, ces versets sont marqués par la perspective de la fin des temps.
De Rom 14.1 à Rom 15.13, Paul traite de questions particulières sous divers angles. Tandis que Rom 12.1– Rom 13.14 rappelle le style de textes de l’AT ou de la littérature judéo-hellénistique, à partir de Rom 14.1, le style revient à celui de l’enseignement des apôtres. Cette section concerne deux groupes opposés dans la communauté chrétienne : ceux qui sont « faibles dans la foi » ( Rom 14.1) et ceux qui sont « forts dans la foi » ( Rom 15.1). En Rom 14.1, Paul met en évidence ce qui distingue les deux groupes, tout en rappelant que tous sont unis au même Seigneur. Dans ce qui suit ( Rom 14.13), il souligne que même si la liberté chrétienne se justifie, chacun doit adopter des comportements qui favorisent la paix et le progrès de la foi dans la communauté. Enfin, en Rom 15.1 Paul met au premier plan l’exemple du Christ et rappelle que c’est grâce à lui que Juifs et non-Juifs bénéficient du salut offert par Dieu.
Cette section peut se diviser en trois parties : Rom 12.1 établit la transition entre l’argumentation qui précède et les conséquences pratiques qui en découlent. Rom 12.3 énumère les divers dons que l’Esprit de Dieu accorde aux membres de la communauté chrétienne et incite les croyants à faire bon usage de ceux-ci. Enfin Rom 12.9 est dominé par le thème de l’amour et par des encouragements à vivre en paix avec tous, en vainquant le mal par le bien.
Cette section est marquée par la conjonction donc (οὖν oun) et l’interpellation aux frères. Elle est liée à ce qui précède par l’expression la miséricorde de Dieu.
Le sous-titre de la Traduction œcuménique de la Bible, Le culte spirituel : la vie nouvelle et celui de la Bible en français courant La vie nouvelle au service de Dieu, couvrent l’ensemble du chapitre, Rom 12.1, alors que la Bible de Jérusalem divise celui-ci en trois parties : Rom 12.1, Rom 12.3, Rom 12.14. On pourrait dire « Les chrétiens doivent vivre en vue de servir Dieu » ou, simplement « Vivre pour servir Dieu ».
Il faut noter que dans ces deux versets, Paul adresse une triple exhortation aux chrétiens de Rome : deux fois de façon positive, à vous offrir vous-mêmes et « soyez transformés », et une fois de façon négative, « Ne vous conformez pas au monde présent ». Une structure similaire apparaît en Rom 13.13.
Je vous exhorte donc, frères : la conjonction donc du début du verset peut être rendue dans certaines langues par « C’est pourquoi » ou « Par conséquent ».
Je vous exhorte pourrait être rendu par « Je vous supplie instamment », « je vous demande ceci » (Parole de Vie), « Je vous encourage » (Nouvelle Bible Segond), « Je vous recommande vivement ». La traduction de la La Bible du Semeur, « Je vous invite », semble un peu faible.
exhorter : le même verbe est utilisé avec la même signification en Rom 15.30 et Rom 16.17. Voir aussi 1 Cor 1.10 ; 4.16 ; 2 Cor 2.8 ; Phm 9 et 10.
Pour frères, voir Rom 1.13.
au nom de la miséricorde de Dieu est litt. « par (διά dia) les compassions de Dieu » (Segond Révisée, Osty-Trinquet). Pour miséricorde, voir Rom 9.15. Comme le mot grec est au pluriel, certaines versions intensifient le mot en parlant de « cette immense bonté de Dieu » (La Bible du Semeur) ou « la grande compassion de Dieu » (Good News Bible). La version allemande Die Gute Nachricht dit « puisque Dieu a eu tant de compassion pour vous ». Mais il se peut que cette forme au pluriel corresponde à un terme hébreu de l’AT, également au pluriel, signifiant « compassion ». Ce mot est employé à cinq reprises dans le NT, dont quatre fois au pluriel (ici et en 2 Cor 1.3 ; Phil 2.1 ; Hébr 10.28) et une seule fois au singulier (Col 3.12). Pour exprimer le pluriel, on peut parler des « nombreuses fois où Dieu nous a manifesté sa bonté » ou « …sa compassion ». Mais rien n’empêche l’utilisation du singulier ici.
La Bible en français courant restructure le début du verset en reliant de façon plus directe la miséricorde de Dieu à tout ce qui précède : « Frères, puisque Dieu a ainsi manifesté sa bonté pour nous, je vous exhorte… » Ceci peut aussi servir de modèle.
à vous offrir vous-mêmes est litt. « à offrir vos corps » (Segond Révisée) ou « à présenter vos corps » (Osty-Trinquet). Dans un tel contexte, Paul emploie le mot « corps », σῶμα sôma pour désigner la personne entière. Cette exhortation a une signification semblable à celle des versets Rom 6.13 et Rom 6.19.
en sacrifice vivant : normalement le mot sacrifice (θυσία thusia) suggère une mise à mort, mais ici Paul parle d’un sacrifice vivant, une contradiction apparente. Ce langage figuré évoque le fait de se donner totalement à Dieu. Comme un sacrifice est un don complet, cette expression est une image du don complet de soi-même à Dieu. Des traductions comme « donnez-vous à Dieu comme si vous étiez un sacrifice, mais en restant encore en vie » soulèveraient beaucoup de problèmes de compréhension. Il faudrait donc essayer de garder l’image tout en évitant des malentendus. On pourrait peut-être dire « offrez vos vies à Dieu comme si c’était un sacrifice », la notion de vivant étant implicite dans le mot « vie ». L’autre solution sera de rendre l’expression telle quelle, en laissant l’interprétation de celle-ci au lecteur-auditeur.
saint et agréable à Dieu : Paul veut que ce sacrifice de soi soit saint et agréable à Dieu. Pour saint, voir Rom 1.2 ; Rom 11.16. L’adjectif saint implique premièrement d’être « consacré à Dieu », « mis à part pour Dieu », « réservé à Dieu » (Bible en français courant, Parole de Vie) ou « consacré à son service » (Good News Bible). Il ne s’agit pas ici de perfection morale. Une vie sainte dépend d’une vie consacrée à Dieu.
agréable à Dieu : ceci veut dire que le croyant doit chercher à plaire à Dieu. La Parole de Vie dit « c’est le sacrifice réservé a Dieu et qui lui plaît ».
On peut reformuler ces idées en utilisant un impératif, « offrez-vous vous-mêmes à Dieu en sacrifice vivant, consacrez-vous à lui et faites ce qui lui est agréable ».
ce sera là votre culte spirituel : Paul considère ce sacrifice comme une sorte de culte ou service. Voir Rom 9.4. L’adjectif λογικός logikos peut vouloir dire « raisonnable » (« un culte raisonnable » Segond Révisée). Mais le terme est utilisé ailleurs dans le NT avec le sens de « ce qui est conforme à la véritable nature d’une personne » (Leenhardt, p. 171). La Bible en français courant et la Parole de Vie disent « le véritable / le vrai culte ». La traduction de la Traduction œcuménique de la Bible culte spirituel semble moins justifiée. On pourrait suivre, par exemple, la Parole de Vie « Voila le vrai culte que vous devez lui rendre » ou « Voilà comment vous devez adorer Dieu ».
Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

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