Commentaire sur la traduction de la lettre aux Romains 10.4

Ce verset annonce le moyen que Dieu a choisi pour rendre les gens justes. Le moyen, c’est Christ, pour tout homme qui croit. La conjonction γάρ gar ne signale pas une raison ici, mais indique plutôt une emphase (Parole de Vie : « en effet »).

La fin de la loi, c’est Christ : en grec le verbe « être » ne figure pas, mais sera nécessaire dans presque toutes les langues. Le mot grec τέλος telos signale la fin ou un but. Mais le sens de ces mots est sujet à discussion. Est-ce que le Christ met fin à la loi de Moise ou est-il lui-même l’accomplissement de celle-ci ? En effet, certains biblistes optent pour l’idée que Christ « a mené la loi à sa fin », c’est-à-dire, « il a mis fin au rôle » ou « au régime de la loi ». La Bible en français courant propose « le Christ a conduit la loi de Moïse à son but, pour que tous ceux qui croient soient rendus justes aux yeux de Dieu ». Par contre, Leenhardt (p. 151, note 1) note que « Christ est le terme de la loi parce qu’elle aboutit en lui à son but », une interprétation qui se conforme à l’enseignement de Paul ailleurs dans ses écrits. Ces deux interprétations sont assez divergentes, et les traducteurs seront obligés de choisir l’une ou l’autre. Si nécessaire, ils pourront mettre une interprétation dans le texte et mentionner l’autre en note.

pour que soit donnée la justice à tout homme qui croit rend une proposition grecque assez courte, litt. « pour la justice à tout croyant ». pour que rend la conjonction εἰς eis qui semble désigner un but, c’est-à-dire « en vue de ». Mais certains maintiennent qu’il s’agit plutôt d’un résultat : « le Christ a mené la loi à sa fin, et il en résulte que Dieu rend justes tous ceux qui croient (au Christ) ». Néanmoins, la majorité des versions gardent l’idée de but : « pour que tous ceux qui croient soient rendus justes aux yeux de Dieu » (Bible en français courant) ; « pour que tous ceux qui croient soient déclarés justes » (La Bible du Semeur). Dans certaines langues, il faudra fournir un complément pour le verbe croire, soit Dieu, mais probablement « ceux qui croient au Christ ».

Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.