Commentaire sur la traduction de Jonas 2.1

2.1-11

Bien que Jonas reconnaisse qu’il est à la base de la tempête et accepte d’être jeté à la mer, jusque là, il n’accepte ni de se repentir ni de s’adresser à Dieu. Mais c’est à ce point du récit que Dieu intervient encore une fois pour amener Jonas à l’obéissance. Cette fois-ci Dieu envoie un grand poisson pour avaler Jonas. C’est finalement dans cette situation de détresse extrême que Jonas se ressaisit et se tourne vers Dieu (Jonas 2.1). C’est maintenant qu’il adresse sa prière à Dieu (Jonas 2.3).

Dans les versets précédents, Dieu se manifeste comme maître de la mer et de la tempête (Jonas 1.15). Ici il montre qu’il est maître de toute la création, y compris les créatures dans la mer. À travers cette expérience Jonas est amené à « revenir » à Dieu et accepter la mission qu’il veut lui confier.

Dans certaines langues la transition entre Jonas 1.16 et cette section posera quelques problèmes. Il sera logique que le grand poisson avale Jonas immédiatement après qu’on l’ait jeté à la mer (Jonas 1.15). Mais le narrateur choisit de parler d’abord de la réaction des marins qui prient Yahweh, en faisant des vœux et en lui offrant des sacrifices. Alors à ce point dans la narration, au début de cette section, certains traducteurs préféreront insérer une nouvelle proposition temporelle, par exemple, « Dès qu’on a jeté Jonas à la mer ».

Notons que le poème (Jonas 2.3) est entouré d’explications narratives (Jonas 2.1, Jonas 2.2, Jonas 2.11).

Le début de ce chapitre poursuit l’histoire de Jonas en Jonas 1.15. (S’il y a un laps de temps, c’est seulement le temps du narrateur, et non le temps de l’histoire). Dans plusieurs langues, il sera convenable de commencer un nouveau paragraphe ici en insérant une indication du temps, par exemple, « Lorsque les marins ont jeté Jonas dans la mer… »

La conjonction וְ we, rendue par Alors dans la Traduction œcuménique de la Bible, est omise dans beaucoup de versions. Evidemment, une transition comme « Ensuite » (qui connecterait cette phrase à Jonas 1.16 et non à Jonas 1.15) n’est pas correcte. Les traducteurs devraient lire leur traduction à haute voix pour déterminer quelle transition conviendra le mieux ici.

le SEIGNEUR dépêcha un grand poisson : comme dans le récit précédent, ici Dieu se montre encore une fois maître du monde naturel. Le verbe hébreu מנה mnh, qui est attesté souvent dans les écrits tardifs de l’AT, veut dire « compter », « fournir [quelque chose] », et par extension, « désigner » ou « nommer [quelqu’un] à une fonction ». Il contient implicitement l’idée de « commander » ou d’« ordonner ». La racine joue un rôle important dans ce livre, car elle figure ici et reviendra dans la deuxième partie à des moments clé du récit : lorsque Dieu « envoie » une plante pour protéger Jonas et ensuite un ver qui détruit celle-ci. De même Dieu va « envoyer » un vent brûlant de l’est (voir Jonas 4.6). Dans tous ces cas, que ce soit pour le bien ou le pire, Dieu vise un but précis. Les traducteurs devraient trouver un verbe qui exprime cette idée, par exemple « faire intervenir » (Nouvelle Bible Segond) ou « faire venir » (La Bible du Semeur).

poisson : le mot hébreu est un mot général. Il ne semblerait pas que Dieu crée cet être sur-le-champ, mais « l’envoie » exprès pour avaler Jonas. Le texte ne fournit aucune indication sur l’espèce de ce poisson, mais seulement sa taille : un grand poisson. Parler de « baleine » donnera une précision qui ne figure pas dans l’hébreu. En fait, selon les classifications zoologiques modernes, la baleine n’est pas un poisson, mais un mammifère. La Septante (Septante) a traduit le mot hébreu par un terme grec générique qui désigne tous les gros animaux vivant dans l’eau (baleine, thon, phoque, crocodile, hippopotame, etc.) et c’est ce même terme grec qui est repris en Matt 12.40. Les traducteurs devraient donc utiliser un terme générique désignant un poisson, accompagné d’un adjectif indiquant la grande taille de celui-ci. En effet, on notera la répétition de l’adjectif grand qui est attesté à travers le livre.

pour engloutir Jonas : Dieu envoie le poisson avec un but précis : avaler Jonas. Dans ce récit extrêmement ironique, le poisson semble plus obéissant au Seigneur que Jonas ! Ceci rappelle les marins qui ont eu du respect pour Yahweh, tandis que Jonas lui désobéissait. En effet, d’autres prophètes ont exprimé l’idée que tandis que les animaux obéissent au Seigneur, son peuple « ne le connaît pas ». Voir És 1.3 et Jér 8.7. Les traducteurs devraient utiliser un verbe général pour « avaler ». Évidemment le poisson l’a avalé tout entier, sans le mâcher.

Et Jonas demeura dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits : le texte dit litt. « et il était Jonas dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits ». La présence de l’expression וַיְהִי wayehî, avec le nom propre Jonas, pourrait indiquer le début d’un nouveau paragraphe. Mais le verbe « être » ici semble avoir le sens de « est resté » ou demeura dans le ventre du poisson. La majorité des versions laissent couler le texte ici sans commencer un nouveau paragraphe. La répétition d’un nom propre en hébreu peut aussi parfois communiquer la moquerie, qui pourrait être exprimé d’une manière ou d’une autre, par exemple, « Et voilà qu’il est resté, Jonas, trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson ».

les entrailles du poisson : l’hébreu מֵעֶה méʿè, toujours pluriel, renvoie aux organes digestifs, c’est-à-dire, le ventre et les intestins. Dans l’AT il est aussi utilisé au sens figuré pour parler du fond de la personne. Parfois évoquant la procréation, il indique aussi le siège de l’amour et de la pitié. Dans ce contexte, il a son sens primaire : « ventre » (Parole de Vie). Pour le mot poisson, il s’agit de la forme masculine du mot, tandis qu’en Jonas 2.2, il s’agit de la forme féminine. Cela n’a aucune incidence au niveau de la traduction. Les deux noms sont accompagnés de l’article défini en hébreu : il s’agit bel et bien du même poisson.

trois jours et trois nuits : Dans ce livre ce numéro figure sept fois. En effet, dans l’AT il est souvent question du numéro trois. Par exemple, le numéro trois figure plus de 25 fois dans le livre d’Exode, à des moments significatifs, par exemple, Ex 15.22 : « Moïse fait partir les Israélites de la mer des Roseaux… Ils marchent trois jours dans le désert et ils ne trouvent pas d’eau ». Voir aussi 1 Sam 30.12 et Est 4.16 où il s’agit d’un jeûne de trois jours. Plus tard les chrétiens feront un lien entre le nombre de jours où Jonas est resté dans le ventre du poisson et le nombre de jours que Jésus est resté dans le tombeau (voir Matt 12.40).

Source: Péter-Contesse, René & Zogbo, Lynell. Jonas – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

Translation commentary on Jonah 2:1

This verse marks a turning point in the book, as Jonah himself now prays. Up to this point there is no indication that he followed the example of the heathen sailors by praying on board ship. The usual verb “to pray” is only used twice in the book, here and in 4.2; elsewhere the verb used is “to call.”

A literal rendering of From deep inside the fish might suggest that Jonah was at “the bottom of the fish.” This, of course, is not necessarily implied; it simply means that Jonah was “well inside the fish.” Therefore an equivalent rendering might be “From the very inside of the fish” or “From right there inside the fish.”

The expression his God implies in this context the existence of other gods, as in 1.5, where “god” has no capital letter, the point being that there the reference is to the gods of the heathen sailors, but here to the LORD, the God of Israel. The genitive here bears no sense of exclusive possession, but simply means the God whom Jonah worshiped (1.9). As a prayer from inside the fish, the language of thanksgiving may seem somewhat premature.

For languages that require a possessive relationship with “Lord,” it may be possible to translate “his Lord, that is, his God.” In other instances a more satisfactory rendering may be simply “his Lord God.” A rendering such as “his Lord who is God” would presume a kind of exclusive meaning of monotheism that may be judged inappropriate for this type of context. At the same time one must recognize that in a number of languages one cannot speak of “his God” but simply as “the God whom he worshiped,” since it may be quite inappropriate to speak of “possessing God.” Compare the statement made in connection with verse 5 of chapter 1.

Quoted with permission from Clark, David J. et al. A Handbook on the Book of Jonah. (UBS Helps for Translators). New York: UBS, 1978, 1982, 1993. For this and other handbooks for translators see here .

SIL Translator’s Notes on Jonah 2:1

Section 2:1–10

Jonah thanked the LORD for rescuing him

This section records the prayer that Jonah prayed after he was swallowed by the fish. Notice that the prayer is in the form of poetry. (Both Berean Standard Bible and Good News Translation show this.) Therefore the structure of chapter two is very different from the other three chapters in Jonah, which are narrative material. If possible, try to translate the material in this chapter in a natural poetic form in your language. However, remember that the message is more important than the form in which it is written.

When the sailors threw Jonah overboard into the sea, he thought he would drown. However, the large fish which the LORD sent swallowed him, so he was saved from the stormy sea.

2:1

From inside the fish, Jonah prayed to the LORD his God: Then Jonah prayed the following prayer thanking the LORD for rescuing him (even though he was not yet on dry land!).

his God: This does not mean Jonah owned God. It means the God whom Jonah served and worshiped. Depending on how you have chosen to translate “LORD,” there may be difficulties in translating this combined expression. See the discussion on LORD in the Introduction.

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