SIL Translator’s Notes on Habakkuk 1:2

1:2a How long, O LORD, must I call for help but You do not hear,

⌊I said,⌋ “Yahweh, how long must I call for your (sing.) help? Why do you not answer?
-or-
⌊I asked⌋ Yahweh, “Why do you not respond when I cry for your help?
-or-
Yahweh, I continue to beg you so long for help, but you do not listen to me!

1:2b or cry out to You, “Violence!” but You do not save?

Or ⌊how long must⌋ I shout to you (sing.) that violent oppression ⌊is everywhere⌋ ! Why do not you save?
-or-
Why do you not save ⌊us (excl.) from the people who act⌋ violently when I complain to you ⌊about them⌋ ?
-or-
I cry to you that ⌊people⌋ attack others with cruelty, but you do not rescue ⌊their victims⌋ !

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Commentaire sur la traduction de Habaquq 1.2

1.2-4 La première question du prophète

Le message d’Habaquq débute par une série de questions rhétoriques posées par le prophète. Comme toute question de ce genre, il n’y a pas de réponse directe. Ces interrogations servent ici à exprimer la frustration et le désarroi du prophète devant la méchanceté et l’injustice des hommes et devant le silence de Dieu. Sa consternation est réelle, car il pense que Dieu reste inactif et passif devant le mal. Ces premiers cris de détresse sont présentés en lignes poétiques comme tout le reste du livre.

Ce verset contient deux questions rhétoriques plus ou moins parallèles. Chacune est suivie d’un constat négatif, tous deux également mis en parallèle. Les premiers mots Jusqu’où, Seigneur ou, plus littéralement, « jusqu’à quand, Yahweh » sont sous-entendus dans la deuxième partie du parallélisme :
Jusqu’à quand, YHWH, vais-je demander du secours
mais tu n’écoutes pas
… vais-je crier à toi “violence”
mais tu ne sauves pas.

Dans beaucoup de langues, on ajoutera les mots qui manquent dans la deuxième partie :
Jusqu’à quand, YHWH, vais-je crier à toi “violence”,
mais tu ne sauves pas.

Ces lignes démontrent le mouvement ou l’intensification d’un vers à un autre au sein des lignes parallèles : demander du secours donne place à crier à la violence et Tu n’écoutes pas à une accusation beaucoup plus forte : tu ne sauves pas.

Les deux questions sont des cris de détresse ou d’indignation de la part du prophète. Si dans la langue cible comme en hébreu, les questions rhétoriques expriment la frustration, de telles formes peuvent être maintenues dans la traduction. Dans d’autres langues, il sera préférable d’utiliser des affirmations, par exemple « J’ai appelé au secours pendant si longtemps, Seigneur ». Le traducteur choisira la formulation qui communiquera le mieux l’indignation du prophète.

En poésie hébraïque, l’identification des personnages n’est pas toujours évidente. Ici, le texte ne dit pas qui parle. Si cela pose un problème, les traducteurs peuvent ajouter « Habaquq dit » ou « se plaint ainsi ».

Jusqu’où, SEIGNEUR, mon appel au secours ne s’est-il pas élevé ? : le prophète s’adresse directement au SEIGNEUR, par un vocatif qui se trouve au milieu de la question. Dans beaucoup de langues, il vaut mieux le mettre en début de phrase : « Seigneur, jusqu’à quand… ? »

SEIGNEUR : il s’agit du nom personnel de Dieu, יהוה YHWH ou יְהוָה YHWH, qui figure treize fois dans ce livre. Pour sa traduction, voir Les noms de Dieu, dans l’Introduction.

Jusqu’où a une valeur temporelle, qui sera mieux rendue par « Jusqu’à quand » (Bible en français courant, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem, La Bible du Semeur). Mais dans beaucoup de langues, ce sera plutôt « Pendant combien de temps ».

mon appel au secours ne s’est-il pas élevé : dans la Traduction œcuménique de la Bible, cette proposition est interprétée comme une référence à un événement passé, tandis que la majorité des autres versions françaises (Bible en français courant, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem, La Bible du Semeur) y voient une référence au futur. La Traduction œcuménique de la Bible utilise une expression assez longue pour un seul verbe en hébreu : appeler au secours. Dans certaines langues, il faudra ajouter un pronom, « Pendant combien de temps vais-je t’appeler au secours » (Bible en français courant, Parole de Vie). Dans certaines langues, on dirait plutôt « devrais-je t’appeler » ou « dois-je t’appeler ».

Tu n’écoutes pas : en hébreu ce vers commence par la conjonction וְ we, qui n’est rendue ni par la Traduction œcuménique de la Bible, ni par la Bible en français courant. Cette conjonction a plusieurs fonctions selon les contextes, mais ici elle introduit une idée qui est contre toute attente. Le prophète s’attend à ce que Dieu entende sa prière et lui réponde, mais ce n’est pas le cas. Dans beaucoup de langues, il sera possible de dire « Mais tu n’écoutes pas ».

Tu est le pronom par lequel le prophète s’adresse au SEIGNEUR en hébreu. Mais dans certaines langues, il faut utiliser plutôt une forme de politesse, souvent le pluriel « vous », lorsqu’on s’adresse à Dieu.

écoutes : Habaquq pense que Dieu ne prête pas attention à son cri. Dans certaines langues, il vaut mieux spécifier : « tu ne m’écoutes pas ».

Je te crie à la violence : la proposition peut être reproduite telle quelle, mais la majorité des exégètes pensent qu’il s’agit ici d’une ellipse. La phrase complète serait « Seigneur, jusqu’à quand vais-je te crier, “violence” ? » Dans beaucoup de langues, il vaut mieux ajouter ces mots.

Je te crie évoque un cri, une exclamation de douleur ou d’angoisse face à une situation pénible ou dangereuse. Le pronom te se réfère à Dieu, de sorte qu’il faudra dire parfois « je crie à toi, (O) Dieu ». Comme c’est souvent le cas dans la poésie hébraïque, cette ligne a plus de force que la ligne parallèle précédente. D’abord le prophète appelle au secours et demande de l’aide, puis son cri s’intensifie : il crie à la violence. Si c’est possible, les traducteurs feront l’effort de rendre cette progression en intensité. Ils pourront dire «  crier de détresse » ou même « hurler d’horreur ».

à la violence peut être interprété comme une parole directe du prophète, à l’exemple de la Nouvelle Bible Segond ou de la La Bible du Semeur : « crierai-je vers toi : “Violence !” » ; « devrai-je crier vers toi : “A la violence !” » Mais dans certaines langues, il faudra exprimer l’idée d’une manière indirecte : « je te crie au sujet de la violence (qui existe/que je vois) ».

violence (חָמָס hâmâs) est un terme clé de cette section, qui est répété dans ce passage (Habaquq 1.3, Habaquq 1.9). Il implique le mal que les êtres humains se font les uns aux autres, à savoir le meurtre et aussi toutes sortes d’agressions, de coups, de paroles néfastes : tout ce qui peut blesser une personne. Si la langue cible n’a pas de mot pour violence, on pourra parler d’« actes cruels » ou d’« œuvres méchantes ». A la limite, on pourrait dire « Je crie à toi concernant le mal que les gens se font les uns aux autres ! »

tu ne sauves pas est parallèle à tu n’écoutes pas. Il semble y avoir un jeu de mots ici, car les verbes hébreux se ressemblent : שׁמע šâma (« écouter ») et ישׁע yâša (« sauver »). Comme la ligne parallèle précédente, celle-ci débute par la conjonction וְ we, qui peut être rendue ici par un « mais » contrastif. Les traducteurs doivent garder si possible le parallélisme en utilisant la même structure pour les deux phrases.

Le tu se réfère à Dieu.

sauves rend une racine clé qui figurera plus loin dans le livre (Habaquq 3.13, Habaquq 3.18). Ailleurs la racine exprime l’idée de délivrance, par exemple dans le mot « sauveur » (És 12.2). Dans Jug 3.9,15, il désigne le travail des « juges » appelés à délivrer Israël. En hébreu, comme dans la Traduction œcuménique de la Bible ici, le verbe sauver n’a pas de complément, mais dans beaucoup de langues, il faudra préciser qui est sauvé, comme dans la Bible en français courant : « nous ».

Pour mieux exprimer le désarroi du prophète, la Parole de Vie modifie l’ordre de la phrase : « Seigneur, je vais t’appeler au secours pendant combien de temps ? » On pourra aussi restructurer le verset, en groupant la première et la troisième lignes, ainsi que la deuxième et la quatrième, par exemple :
Seigneur, j’ai demandé ton aide depuis longtemps.
J’ai crié à toi en disant :
« Les hommes agissent avec violence ! »
Mais tu ne m’entends pas.
Tu ne viens pas pour nous sauver.

Source: Ellington, John; Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. Habaquq – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2013.