Commentaire sur la traduction de la lettre aux Éphésiens 6.12

Paul identifie d’une manière plus précise les adversaires contre qui le chrétien doit se défendre. Ce ne sont pas des humains, mais des forces spirituelles. Bien que les mêmes termes soient utilisés dans Éph. 1.21, ici ces forces ne sont pas neutres. Elles représentent clairement les forces du mal. Voir Éph. 2.2 et Col 2.15.

Le verset commence par un mot qui veut dire « car » (Bible en français courant, Bible de Jérusalem, La Bible du Semeur), « parce que » ou « en effet » (Nouvelle Bible Segond). La Parole de Vie rend l’emphase en disant « Non, ce n’est pas… » Bien que la Traduction œcuménique de la Bible n’emploie pas ce mot, il sera nécessaire dans beaucoup de langues.

Ce n’est pas à l’homme que nous sommes affrontés est littéralement « ce n’est pas à nous la lutte contre sang et chair ». Plusieurs anciens manuscrits ont « vous » au lieu de nous, mais les traductions modernes ont toutes nous.

l’homme : Paul utilise une expression forte et figurée, « sang et chair » pour désigner les « êtres humains » (Bible en français courant). Très souvent Paul renverse l’ordre en parlant de « chair et sang » (1 Cor 15.50 ; Gal 1.16). Ces expressions désignent les êtres humains vus surtout sous leur aspect physique : faible et mortel. Mais ici il exprime un contraste important entre les humains et les êtres spirituels. La bataille n’aurait pas été si difficile si elle était menée contre de « simples humains ».

que nous nous sommes affrontés : en grec il s’agit d’un nom qui ne se trouve qu’ici dans le NT qui désigne la lutte ou le combat physique entre deux adversaires. Beaucoup pensent qu’il s’agit de la lutte physique comme pratiquée chez les Grecs anciens et en vigueur jusqu’aujourd’hui dans beaucoup d’endroits en Afrique. Dans certaines langues, on dirait plutôt, « En effet, nous ne luttons pas contre des simples êtres humains, mais… »

mais aux Autorités, aux Pouvoirs, aux Dominateurs de ce monde de ténèbres : ailleurs dans cette lettre (Éph. 1.21 ; Éph. 3.10), il s’agit de puissances qui ne sont pas forcément des forces du mal, mais ici et dans Éph. 2.2, ces pouvoirs sont clairement associés au monde de ténèbres, c’est-à-dire, au mal.

Pour Autorités et Pouvoirs, voir Éph. 3.10. Il sera bon d’utiliser les mêmes termes qu’auparavant. Notez que pour Autorités, Pouvoirs, et Dominateurs, la La Bible du Semeur utilise d’autres mots : « Puissances, Autorités, Pouvoirs ». La différence entre ces trois mots semble, en fait, minime.

Dominateurs de ce monde de ténèbres : en grec il s’agit d’un mot composé « monde-régisseur », celui qui dirige le κόσμος cosmos, suivi des mots « de ces ténèbres ». D’après le grec, cette dernière expression aurait pu qualifier seulement le dernier nom, mais la majorité des versions y voient une description de l’ensemble : aux Autorités, aux Pouvoirs, aux Dominateurs de ce monde de ténèbres.

Pour Dominateurs, la Bible en français courant parle de « maîtres de ce monde obscur », et la Parole de Vie semble combiner Pouvoirs et Dominateurs pour parler des « puissances qui dirigent le monde de la nuit ».

de ce monde de ténèbres ou littéralement « de cette obscurité » : voir Éph. 5.8, Éph. 5.11 où ces mots décrivent la situation et les actes des non croyants. Les ténèbres, singulier en grec, désignent ce qui est noir ou ce qui est dans le noir. A travers la Bible, le noir et la nuit, c’est-à-dire le manque de lumière, sont synonymes soit de l’ignorance, soit du mal. Ici il s’agit des forces du mal. La traduction de la Bible en français courant, « ce monde obscur », et celle de la Parole de Vie, « monde de la nuit », semblent faible. Le ce en grec qualifie l’obscurité, mais la majorité des versions disent de ce monde. Il s’agit du monde ou du contexte existant lorsque l’apôtre écrit sa lettre.

aux esprits du mal qui sont dans les cieux n’introduit pas de nouveaux acteurs, mais semble un résumé des éléments qui viennent d’être cités. Ces Autorités, Pouvoirs et Dominateurs sont en effet, des esprits du mal. Prenant ce dernier pour l’expression la plus générale, la Bible en français courant renverse l’ordre des mots pour dire « mais contre les puissances spirituelles mauvaises, les autorités, les pouvoirs … les maîtres ». Cette traduction assure que les trois puissances sont clairement identifiées comme des forces du mal dès le début.

esprits du mal qui sont dans les cieux : Paul ne donne pas de détails sur ces esprits du mal, sauf qu’ils évoluent dans les cieux. Les Grecs croyaient à un ensemble de dieux, mais ici il s’agit d’autre chose. Les Juifs considéraient que Dieu avait un conseil, où se rassemblaient des êtres spirituels, des anges, dont certains étaient obéissants et d’autres étaient désobéissants ou mauvais. Voir Job 1.6. Pendant la vie de Jésus et de Paul, l’existence d’esprits mauvais ou de démons qui s’opposaient à Dieu était reconnue par tous.

Le nom rendu par mal (grec : πονηρία porneia) désigne le mal abstrait, ainsi que parfois les péchés sexuels. Ici il a le sens large : « des esprits qui font des choses mauvaises ». Les traducteurs devraient éviter des mots qui évoquent l’esprit des morts ou des fantômes. La Nouvelle Bible Segond opte pour « les puissances spirituelles mauvaises », comme la Bible en français courant. Si la langue cible a un terme pour « démon », différent de celui qui rend le « diable », les traducteurs peuvent s’en servir ici.

Pour dans les cieux, Paul utilise fréquemment des mots similaires pour signaler l’endroit où règnent Dieu et Christ. Voir Éph. 1.3, Éph. 1.20 ; Éph. 2.6. L’exception dans cette lettre est Éph. 3.10, où il y a une mention d’Autorités et de Pouvoirs, qui sont dans les cieux. L’expression semble neutre, se référant aux royaumes spirituels, que ce soit angéliques ou diaboliques. La Parole de Vie rend dans les cieux par « entre ciel et terre », la même expression qu’elle utilise en Éph. 2.2 pour rendre l’expression « de l’air », une expression associée au diable. Dans certaines traditions juives, les esprits mauvais se trouvaient entre le ciel et la terre. L’emploi de l’expression « entre ciel et terre » a l’avantage de faire une distinction entre les cieux associés à Dieu (Éph. 1.3, Éph. 1.20 ; Éph. 2.6), et les cieux où résident les Pouvoirs spirituels, tant bons que mauvais (Éph. 3.10 ; Éph. 6.12). Certains opteront pour la Parole de Vie en utilisant « entre ciel et terre » à Éph. 2.2 et Éph. 3.10, mais il est tout aussi bon de garder dans les cieux, car le combat se situe à ce niveau, où les forces spirituelles de Satan et de Dieu se rencontrent.

Source: Zogbo, Lynell. La lettre aux Éphésiens – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.