Commentaire sur la traduction de la lettre aux Éphésiens 2.15

Il se réfère toujours au Christ.

Il a aboli la loi et ses commandements avec leurs observances : en grec les compléments d’objet direct précèdent le verbe abolir, un participe aoriste : « la loi des commandements … (lui) ayant aboli… »

aboli ne veut pas dire que la loi juive n’existe plus après l’action du Christ. En fait, même aujourd’hui les Juifs pieux l’observent. Ainsi la traduction de la Nouvelle Bible Segond, « (Il a) réduit à rien », semble trop forte. La Bible en français courant « il a annulé » ou la traduction de la Parole de Vie, « Il a enlevé toute valeur », semble mieux convenir. Toujours est-il que le langage de Paul est assez fort et direct ici.

la loi et ses commandements avec leurs observances : l’apôtre Paul aime accumuler les synonymes pour accentuer un point. Ici il met en relief le grand nombre de lois, ainsi que peut-être leur nature compliquée. L’expression grecque est longue : « la loi des commandements en/dans les ordonnances ». Il semble s’agir d’abord de la loi juive, la Torah dans son entièreté. La Parole de Vie propose « la loi de Moïse ». La Bible de Jérusalem rend l’expression assez littéralement en mettant une majuscule : « cette Loi des préceptes avec ses ordonnances ».

ses commandements : il s’agit du mot grec qui désigne les commandements individuels dans la Loi. Le NT utilise ce mot lorsque Jésus présente les deux commandements les plus importants. Voir Matt 22.37-40.

avec leurs observances : il s’agit d’un mot assez rare dans le NT qui ressemble au mot « dogme » en français. Parfois il se réfère aux décrets faits par ceux qui gouvernent (Luc 2.1 ; Act 17.7), mais ici et ailleurs il désigne des règlements établis par les leaders religieux. Voir, par exemple, Act 16.4. La Nouvelle Bible Segond parle de « la loi avec ses commandements et leurs prescriptions ». Dans certaines langues, il peut être nécessaire de réduire les trois termes à deux ou même à un seul, par exemple, « Il a déclaré invalide la loi avec tous ses règlements ».

Il a voulu ainsi, à partir du Juif et du païen, créer en lui un seul homme nouveau : Il se réfère au Christ. Le grec est beaucoup plus court, non loin de ce que la Nouvelle Bible Segond propose : « pour créer en lui, avec les deux, un seul homme nouveau, en faisant la paix ». Le grec commence par une conjonction de but, « afin que », mais la Parole de Vie (« Alors »), comme la Traduction œcuménique de la Bible (ainsi) préfèrent commencer une nouvelle phrase ici.

à partir du Juif et du païen : la Traduction œcuménique de la Bible traduit librement le grec qui est très court, « avec les deux ». En effet, il est bon de rendre explicite « les deux », mais la formulation de la Parole de Vie, « avec les Juifs et les non-Juifs », est préférable à celle de la Traduction œcuménique de la Bible. Comme signalé dans Éph. 2.11, le mot païen est à éviter.

créer en lui un seul homme nouveau : pour créer, voir Éph. 2.10. Bien qu’il s’agisse du mot homme, ἄνθρωπος anthrôpos en grec, la Bible en français courant préfère « un seul peuple » : « pour former … un seul peuple nouveau… »

en lui, c’est-à-dire, « en Christ » est rendu par « dans l’union avec lui » dans la Bible en français courant. Certains voient en Christ « le lieu de rencontre » par excellence pour ces deux peuples, mais d’autres voient Christ, soit comme agent, soit comme instrument de ce rapprochement.

un seul homme nouveau : la Traduction œcuménique de la Bible rend le mot grec ἄνθρωπος anthrôpos assez littéralement bien qu’il ne désigne pas forcément une personne du sexe masculin. En hébreu, ce serait « un אָדָם ʾâdâm nouveau », où אָדָם ʾâdâm, représente non seulement le premier homme créé par Dieu, mais l’être humain en général, c’est-à-dire, l’humanité. Puisqu’il s’agit de l’union de deux peuples, il est naturel pour la Bible en français courant de parler d’un « seul peuple ». Ainsi, ce nouvel homme est le nouveau groupe de croyants composé de Juifs et de non-Juifs. Le traducteur peut suivre la Bible en français courant « peuple » ou rester plus près du texte avec homme.

en établissant la paix : il s’agit d’un participe « faisant la paix », se référant à l’acte de Christ. Certaines versions préfèrent une nouvelle phrase : « C’est ainsi qu’il a établi la paix ». Voir la Bible en français courant. Si la langue cible demande que les bénéficiaires de cette paix soient identifiés, les traducteurs peuvent mettre « la paix entre les (deux) peuples ».

Pour paix, voir Éph. 1.2 ; Éph. 2.14.

Source: Zogbo, Lynell. La lettre aux Éphésiens – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.