Ce verset apporte une précision quant aux destinataires de la lettre : ils n’ont pas vu Jésus, c’est-à-dire, ils n’ont pas été témoins de sa vie sur la terre. Malgré cela, ils l’aiment. La La Bible du Semeur et la Parole de Vie ajoutent une conjonction qui marque ce contraste : « pourtant vous l’aimez ». Voir aussi la Bible en français courant : « bien que vous ne l’ayez pas vu ». Pour des raisons de clarté et de style, la Bible en français courant commence une nouvelle phrase ici. On notera que le verset commence par deux propositions parallèles :
qui ne (l’) ayant pas vu, vous l’aimez,
en qui maintenant ne (le) voyant pas, vous croyez.
Lui que vous aimez sans l’avoir vu : la longue phrase qui débute en grec en 1. 3 se poursuit ici, littéralement « qui ne (l’) ayant pas vu, vous (l’) aimez ».
Lui se réfère à Jésus-Christ, cité dans le verset précédent.
En grec, le verbe aimez (grec : ἀγαπάω agapaô) est au présent et pourrait être compris soit comme un indicatif, soit comme un impératif, « aimez-le ». Mais il a plus probablement la valeur d’un indicatif vous l’aimez, comme dans toutes les versions françaises. Il s’agit alors de la constatation d’un fait et non d’un ordre. Le temps présent indique à la fois que ces gens aiment déjà le Christ et qu’ils persévèrent dans cet amour. Dans les langues du monde, il y a souvent plusieurs mots pour désigner différentes sortes d’amour : l’amour de parents pour leurs enfants, l’amour d’enfants pour leurs parents, l’amour entre époux, l’amour entre amis, et l’amour sexuel, etc. Ici les traducteurs pourront utiliser un verbe qui décrit l’amour entre amis ou peut-être l’amour entre parents et enfants. Il faudra éviter d’employer un terme évoquant des relations ou des préoccupations d’ordre sexuel.
sans l’avoir vu : quelques manuscrits ont « sans l’avoir connu », mais le texte le mieux attesté dans les manuscrits anciens est celui comportant le verbe voir, repris par toutes les versions françaises. En grec sans l’avoir vu est un participe qui sera exprimé dans certaines langues par des propositions concessives, par exemple, « bien que vous ne l’ayez pas vu, vous l’aimez, et bien que vous ne le voyiez pas encore, vous croyez en lui ». Voir la Bible en français courant. Mais d’autres langues n’ont pas de telles propositions subordonnées, et on suivra plutôt le grec : « vous ne l’avez jamais vu, mais vous l’aimez (quand même) ».
en qui vous croyez : en grec, le verbe croire est un participe présent, marquant une durée. La La Bible du Semeur propose « en plaçant votre confiance en lui ». Ces gens continuent à croire au Christ ou à avoir confiance en lui.
sans le voir encore : il ne s’agit pas d’une répétition, mais d’une opposition entre la situation du passé (sans l’avoir vu) et la situation actuelle (sans le voir encore). Le Christ n’est pas encore visible aux yeux des lecteurs/auditeurs, et pourtant ils mettent leur foi en lui. Certaines versions présentent une traduction assez littérale : « vous ne le voyez pas maintenant, et pourtant… » (Parole de Vie) ; « Maintenant même vous ne le voyez pas, mais… » (Nouvelle Bible Segond), ce qui montre que Jésus n’est pas actuellement présent aux yeux des destinataires de la lettre. D’autres soulignent le fait que le Christ n’est pas encore de retour : sans le voir encore, « bien que vous ne le voyiez pas encore » (Bible en français courant). Les traducteurs opteront pour l’une des interprétations.
aussi rend la conjonction grecque δέ de, qui peut avoir plusieurs sens : « mais », « ainsi », etc. La Bible en français courant et la Parole de Vie disent « c’est pourquoi », une autre possibilité. Mais ici, la conjonction semble introduire une information légèrement contrastive. Ainsi on pourra dire « cependant » ou « mais vous tressaillez de joie ».
tressaillez-vous d’une joie ineffable et glorieuse est l’expression d’une joie indescriptible. Elle est une conséquence directe de la foi au Christ. Pour tressaillez de joie, voir 1 Pierre 1.6. Le verbe et son complément d’objet direct ne proviennent pas de la même racine en grec, mais les deux mots accompagnés des deux adjectifs ineffable et glorieuse, expriment une joie intense et inexprimable. La Parole de Vie dit « c’est pourquoi vous êtes remplis d’une grande joie ». Dans certaines langues des mots de la même racine peuvent être utilisés comme dans la Bible en français courant : « vous vous réjouissez d’une joie glorieuse ».
Le mot grec rendu par ineffable ne se trouve qu’ici dans toute la Bible. Il suggère l’idée que cette joie se situe au-delà de toute expression ou description humaine. Elle est tout simplement « inexprimable ». La La Bible du Semeur dit « qu’aucune parole ne saurait exprimer », et la Parole de Vie, parle d’« une joie si grande qu’on ne peut même pas en parler ». On pourra aussi dire « Votre joie est tellement grande, il n’y a pas de mots ». La Nouvelle Bible Segond propose « vous êtes transportés d’une joie indicible et glorieuse ».
glorieuse rend un participe passif, « ayant été glorifiée », de la même racine que le mot gloire (1 Pierre 1.7). On pourra dire « pleine de gloire ». Si, dans certaines langues, le mot glorieuse ne convient pas pour décrire la joie, on peut parler d’une « très grande joie ».
Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

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