Commentaire sur la traduction de Habaquq 1.6

Ce verset présente l’événement annoncé : l’armée des Babyloniens, ce peuple si redoutable, arrive. Mais ils ne viennent pas d’eux-mêmes, c’est Dieu qui les envoie pour punir son peuple.

Car me voici ! : Dieu annonce sa présence et, en quelque sorte, son jugement. L’interprétation de la conjonction Car varie. Tandis que certaines versions ne rendent pas ce mot (Bible en français courant, Parole de Vie, La Bible du Semeur, Nouvelle Bible Segond), d’autres le considèrent comme un élément de transition important. La Bible de Jérusalem y voit un marqueur d’intensité : « Oui, voici que… ». Les traducteurs seront obligés de choisir l’une des interprétations.

me voici : en hébreu, il s’agit du mot הִנֵּה hinnéh, voici, qui sert à attirer l’attention sur ce qui suit. Dans le cas présent, il est rattaché au pronom me. Ce mot a plusieurs fonctions possibles en hébreu : il peut servir de simple démonstratif ou de marqueur émotif. Il peut évoquer la surprise, la désolation ou le danger. Ici il s’agit de l’apparition subite de Dieu. On pourra dire « Voici, je suis là ! », « Regardez ! j’arrive ! » Mais au lieu d’annoncer son arrivée, Dieu annonce qu’il va agir. Ainsi on pourra dire « Attention ! je fais surgir… » En hébreu הִנֵּה hinnéh est souvent associé à un événement sur le point d’arriver, et ainsi la Bible en français courant et la Parole de Vie rendent הִנֵּה hinnéh par un futur : « je vais venir ». Les traducteurs trouveront une tournure ou une particule pour exprimer la nuance forte et émotive de l’original.

Je fais surgir les Chaldéens : par l’intermédiaire du prophète Habaquq, Dieu annonce ce qu’il va faire. En hébreu, le verbe qui suit הִנֵּה hinnéh est presque toujours un participe. Ici il s’agit du verbe קום qoûm, « se lever », souvent utilisé pour parler du début d’une action. Dans le livre des Juges, Dieu fait lever ou fait surgir des héros pour sauver Israël (Jug 2.16 ; 3.9,15). Ici, c’est le contraire : il fait « lever » les Babyloniens pour qu’ils viennent punir les Israélites. (Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem, Osty-Trinquet). On pourra utiliser un verbe générique : « Attention, je vais faire venir les Chaldéens », mais certains pensent que le sens est beaucoup plus spécifique : « Je ferai en sorte que les Chaldéens gagnent en puissance » ou « Je vais assurer la domination politique des Chaldéens ». Les traducteurs devraient faire leur choix d’interprétation ici.

les Chaldéens étaient à l’origine les habitants du sud de la Babylonie, en Mésopotamie. Ils ont vaincu les Assyriens et sont devenus une puissance dominante en Asie occidentale. Le livre d’Ézéchiel mentionne Babylone, au pays des Chaldéens (Habaquq 12.13). Le prophète Habaquq semble utiliser le terme Chaldéens dans un sens assez large. Il s’agit, en fait, de ceux qu’on a appelés les « Néo-Babyloniens ». Pour faciliter la compréhension, beaucoup de versions remplacent Chaldéens partout par « Babyloniens » (Bible en français courant, Parole de Vie, Good News Bible, Contemporary English Version).

ce peuple impitoyable et impétueux : les Babyloniens sont connus depuis toujours pour leur cruauté. Le mot rendu par peuple ou « nation » (Chouraqui), est גּוֹי gôy, le même utilisé au pluriel en Habaquq 1.5, se référant aux peuples non juifs. Bien que גּוֹי gôy soit au singulier ici, il a un sens collectif : il s’agit de tous ceux qui font partie de ce peuple cruel. Dans les versets qui suivent aussi, plusieurs formes pronominales et verbales sont au singulier, en relation avec ce peuple, mais dans beaucoup de langues il faudra utiliser des pluriels, en relation avec les Chaldéens.

impitoyable et impétueux : en hébreu, il y a des effets sonores assez impressionnants, car ces deux mots (et même ceux qui suivent) présentent une répétition des consonnes ה h, מ m, ר r, et de la voyelle a. La Bible de Jérusalem tente de reproduire cet effet avec d’autres consonnes : « farouche et fougueux », comme la Traduction œcuménique de la Bible, impitoyable et impétueux. Les traducteurs peuvent essayer d’imiter ce procédé stylistique, ou au moins communiquer le degré de leur cruauté d’une manière ou d’une autre.

impitoyable est littéralement « amer ». C’est un terme qui évoque la cruauté des Babyloniens : ils étaient connus pour leur violence et leur manque de pitié. On pourrait dire « féroces » ou « très cruels ».

impétueux : il s’agit du participe d’un verbe qui veut dire d’abord « être rapide » ou « pressé ». Ici il décrit des gens qui agissent rapidement et avec violence. Mais le texte ne spécifie pas s’ils arrivent rapidement ou s’ils détruisent rapidement. D’après la ligne qui suit, le premier sens semble le plus probable.

Si l’on n’arrive pas à recréer les effets sonores, on pourra quand même rendre le sens en disant « ce peuple sans pitié qui vient rapidement (pour tout détruire) ». Ainsi pour les deux vers, on pourra dire :
Attention ! je vais faire venir les Babyloniens,
Ces gens cruels et sans pitié, pressés de tout détruire.

qui parcourt des étendues de pays : il s’agit d’un participe, littéralement « allant par tous les espaces de la terre ». Les Babyloniens sont présentés comme envahissant et conquérant le monde. Dans certaines langues, l’image de « balayer (toute la terre) » peut servir. Sinon, on dira qu’« ils traversent » ou qu’« ils couvrent » de grandes étendues de la terre. La Parole de Vie propose « ils vont partout sur la terre pour conquérir… ».

pour s’approprier des demeures qui ne sont pas à lui : la préposition pour (hébreu : לְ le) exprime la notion de but. L’objectif des Babyloniens est de s’approprier ou de saisir les habitations de tous ceux qu’ils dominent. Le prophète utilise un langage poétique et même ironique ici. Au lieu de dire « ils arrachent les habitations d’autrui » ou « ils s’emparent des maisons de ceux qu’ils dominent », il utilise le même mot qui désigne ailleurs la maison de Dieu (Nomb 1.51).

demeures qui ne sont pas à lui : le prophète souligne le fait que les Babyloniens éjectent les gens de leurs propres maisons. En fait, c’est une façon figurée d’affirmer que ces envahisseurs occupent le pays entier. Les traducteurs devraient trouver un langage poétique, mais avec des mots appropriés dans ce contexte de guerre.

Source: Ellington, John; Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. Habaquq – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2013.

Commentaire sur la traduction de Habaquq 3.1

3.1-19 La prière d’Habaquq, un Psaume qui exprime la confiance dans le Seigneur

En ce qui concerne sa forme et son contenu, cette dernière partie du livre d’Habaquq diffère fortement du reste du livre. Elle ressemble beaucoup à certains psaumes, en particulier au Ps 114 : Yahweh paraît, la terre fond, les montagnes bougent, les peuples tremblent.

Certaines versions ont deux niveaux de sous-titres. Par exemple, dans la La Bible du Semeur, le mot « Psaume » apparaît, suivi d’un deuxième sous-titre « Dieu interviendra ». Dans la Bible de Jérusalem figure un grand titre « Appel à l’intervention de Yahvé », suivi du mot « Titre », introduisant 3.1. Osty-Trinquet combine ces deux idées : « Le combat de Yahvé contre le méchant : Cantique d’Habacuc » et la Bible en français courant est semblable : « Prière d’Habacuc : l’intervention de Dieu ». Par contre, la Parole de Vie présente un sous-titre plus simple : « Le prophète chante les grandes actions de Dieu ». Dans la majorité de traductions, cette dernière formulation peut servir de modèle.

3.1 Introduction

Ce verset sert de titre pour toute la section Habaquq 3.2. Plusieurs Psaumes ont un titre analogue, par exemple, les Ps 17 ; 86 ; 90 ; 102.

Pour Habaquq, voir Habaquq 1.1.

Sur le mode des complaintes : ces mots rendent un seul mot en hébreu, à la forme plurielle. Le même mot figure au singulier au début du Ps 7. Il est parfois translittéré, comme dans la version Darby, « Sur Shiguionoth », ou dans la Bible du Rabbinat Français, « sur le mode des Chighionot », mais ceci n’est pas recommandé. Dans la majorité des versions, il est traduit comme ici. On peut parler d’un « chant de tristesse ». La Bible de Jérusalem propose « sur le ton des lamentations » (Bible de Jérusalem).

Source: Ellington, John; Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. Habaquq – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2013.

Commentaire sur la traduction de Habaquq 1.17

C’est la fin de la plainte du prophète. La première ligne continue les images tirées du monde de la pêche, mais la seconde évoque directement le massacre des nations.

La Traduction œcuménique de la Bible et la Bible en français courant rendent la question rhétorique de l’hébreu. Mais le manuscrit de la mer Morte et la Septante traitent le texte en tant qu’affirmation. En fait, en hébreu, l’interrogation est marquée par une seule consonne et il se pourrait que cette lettre ait été oubliée par certains copistes. Mais dans ce contexte, la question convient bien. Il vaut donc mieux suivre le texte massorétique.

Alors traduit la même expression forte qu’en Habaquq 1.4, Habaquq 1.15, Habaquq 1.16.

videra-t-il son filet est la dernière référence aux pêcheurs dans cette strophe. Le sens semble être « continuera-t-il à vider son filet ? » ou « jusqu’à quand videra-t-il son filet ? » Le pronom il se rapporte au pêcheur qui retire les poissons de son filet. Les poissons que le pêcheur prend évoquent les hommes tués par les ennemis babyloniens. Il est important de garder cette image, car la ligne qui suit va en expliciter le sens. Pour vider, on pourra aussi dire « enlever » ou « retirer ».

filet : en hébreu, il s’agit du même terme qu’en Habaquq 1.15, Habaquq 1.16, désignant un petit filet. Mais dans le manuscrit de la mer Morte, au lieu de filet, il y a « épée », un mot qui, en hébreu, diffère par une seule lettre de celui désignant un filet. Certaines versions (Bible en français courant, La Bible Pléiade, La Bible du Semeur, Good News Bible, Die Gute Nachricht) adoptent cette variante, mais beaucoup d’autres (Traduction œcuménique de la Bible, Parole de Vie, Bible de Jérusalem, Nouvelle Bible Segond, Osty-Trinquet) s’en tiennent au texte massorétique. Si les traducteurs suivent la Traduction œcuménique de la Bible et la Bible de Jérusalem, ils peuvent prévoir une note qui dit « Le manuscrit de la mer Morte et la version grecque, la Septante, parlent de “son épée” ».

pour encore assassiner des nations sans trêve ni pitié ? : le texte hébreu comporte deux propositions : « et constamment pour détruire des nations, il n’aura pas pitié ».

pour encore assassiner veut dire « pour continuer à tuer », « à massacrer » ou « à détruire sans pitié ». La Bible en français courant exprime l’idée au moyen d’une expression négative : « Ne cesseront-ils jamais… ? » L’adverbe encore n’a pas d’équivalent dans le texte hébreu.

des nations traduit le mot hébreu גּוֹיִם gôyîm qui se trouve plusieurs fois dans ce livre (Habaquq 1.5, Habaquq 1.17 ; Habaquq 2.5, Habaquq 2.8 ; Habaquq 3.12), mais son occurrence pose ici un problème d’interprétation. Ce mot désigne très fréquemment dans l’AT les nations païennes, c’est-à-dire les peuples non juifs. Mais dans le livre d’Habaquq ainsi que dans d’autres passages de l’AT (Gen 12.2 ; Ex 19.6, etc.), il peut avoir un sens plus large, en englobant toutes les nations, y compris Israël, ce qui est apparemment le cas ici. La Bible de Jérusalem dit « les peuples », la Bible en français courant et Parole de Vie « les autres peuples ».

sans trêve : dans le manuscrit de la mer Morte, cette expression est rattachée à la première ligne, comme le propose la Bible de Jérusalem : « Videra-t-il donc sans trêve son filet ? » Mais beaucoup de versions la rattachent à la dernière ligne, où elle peut être rendue par « constamment ».

ni pitié : en hébreu, il s’agit d’un verbe qui veut dire « épargner ». En Joël 2.18, le Seigneur se fâche contre son peuple, mais il l’épargne. Ici l’armée babylonienne « n’a pas pitié », « n’aura aucune pitié ». En effet, l’un des thèmes principaux de cette première partie d’Habaquq, c’est que les Babyloniens sont cruels : ils tuent et détruisent systématiquement et sans pitié. Les traducteurs chercheront une expression naturelle et forte pour terminer cette strophe.

Source: Ellington, John; Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. Habaquq – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2013.

Commentaire sur la traduction de Habaquq 3.12

La description du SEIGNEUR continue ici et l’accent est encore une fois sur sa colère. Il s’agit de lignes parallèles :
Dans ta fureur tu marches (sur) la terre
Dans ta colère tu piétines les nations

Dans la mesure du possible, les traducteurs mettront les expressions « dans ta fureur » et « dans ta colère » en relief, comme c’est le cas en hébreu.

Tu parcours la terre dans ton courroux : le prophète s’adresse directement (Tu) à Dieu.

parcours rend un verbe qui veut dire « marcher » ou « s’avancer ». C’est le même verbe qui décrit le parcours de Dieu dans le chant de Déborah (Jug 5.4). Voir aussi Ps 68.8. La traduction de la Traduction œcuménique de la Bible et de la Bible en français courant convient bien, mais on pourrait utiliser d’autres expressions, par exemple : « Dans ta colère tu marches ici et là » ou « Rempli de colère, tu avances sur la terre » (Parole de Vie).

la terre : le mot hébreu אֶרֶץ ʾèrèç peut être compris littéralement, mais vu le contexte du présent verset, il s’agit certainement des « habitants de la terre ».

dans ton courroux : le mot rendu par courroux dans la Traduction œcuménique de la Bible veut dire « fureur » (Nouvelle Bible Segond), « rage » (Bible de Jérusalem) ou « colère ». En hébreu il n’y a pas de possessif (ton). Ainsi la Nouvelle Bible Segond dit « Tu parcours la terre avec fureur ». Les traducteurs devraient trouver une expression qui convient, tout en gardant l’accent mis sur ces mots dans le texte hébreu. S’il le faut, les traducteurs pourront rendre cette idée par une tournure verbale, par exemple, « tu te fâches et tu parcours la terre ».

tu foules aux pieds les nations dans ta colère : comme ci-dessus, tu se réfère à Dieu.

foules aux pieds veut dire « piétiner » ou « écraser ». Ce verbe est plus spécifique et plus fort que celui du vers précédent. Il est souvent employé lorsque les gens battent les céréales ou que les bœufs « piétinent » les gerbes de blé, en tirant une sorte de traîneau pour détacher le grain de son enveloppe. Les auteurs bibliques utilisent souvent ce verbe pour évoquer un châtiment venant de la part de Dieu. Voir És 41.15 ; Mich 4.13. L’image est forte, et les traducteurs devraient choisir avec soin une expression qui suggère la punition menaçant les ennemis de Dieu.

les nations rend le mot hébreu גּוֹיִם gôyîm, désignant les non-Juifs ou « les autres peuples » (Parole de Vie). Voir Habaquq 1.5.

Dans certaines langues, il n’y aura pas deux mots pour désigner la colère, et dans ce cas, un seul mot suffira. Mais on pourra aussi varier les expressions en disant :
Dans ta colère, tu t’avances contre les habitants de la terre.
Dans ta grande colère, tu piétines des nations.

Source: Ellington, John; Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. Habaquq – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2013.

Commentaire sur la traduction de Habaquq 2.11

Le prophète Habaquq continue le réseau métaphore qui tourne autour de la maison, en parlant des pierres du mur et de la poutre de la charpente. Les pierres et les bois de ces maisons prises par les Babyloniens sont personnifiés : ils vont crier à cause de l’injustice et des violences subies.

Oui rend le mot de transition כִּי kî du début du verset, mot qui établit la relation entre cette description et ce qui précède. Certaines versions le rendent par « car » (Nouvelle Bible Segond, La Bible du Semeur, Bible de Jérusalem, Osty-Trinquet, La Bible Pléiade), qui introduit une raison. Mais il est plus probable qu’il exprime ici une emphase : Oui (Traduction œcuménique de la Bible, Bible du Rabbinat Français, Chouraqui). La Bible en français courant l’omet, mais la Parole de Vie essaie de l’exprimer avec « Même la pierre… »

la pierre du mur criera : en hébreu il y a une seule pierre qui crie, mais le mot a une valeur collective, et dans la majorité des langues, un pluriel sera plus naturel, comme dans la Bible en français courant : « Même les pierres des murs crieront ». Il s’agit des pierres ou des briques qui servent à construire les murs des maisons. En Babylonie, les maisons étaient le plus souvent en briques, et en Israël, le plus souvent en pierres. Les traducteurs pourront utiliser des expressions idiomatiques. Dans certaines langues, on dira que les « briques crient », et dans d’autres, « Les murs crieront ».

crier : le poète personnalise les maisons, pour dire que « même les pierres des murs crient ». Ce verbe est utilisé lorsque les Israélites crient à Dieu pour être délivrés (Ps 22.6). Mais dans ce contexte, les pierres crient contre l’injustice et la violence des oppresseurs babyloniens. Dans beaucoup de langues, ce langage figuré sera acceptable, sinon on dira que les pierres des murs « dénoncent » ce qui se passe ou « accusent à haute voix ». La Bible en français courant rend explicite « crieront pour vous accuser ». Jésus utilise une image semblable en Luc 19.40 lorsqu’il dit « si vous vous taisez, les pierres crieront » la vérité.

et la poutre de la charpente lui répondra : le langage figuré continue, donnant l’impression qu’il y a un dialogue entre les différentes parties de la maison, la pierre et la poutre.

la poutre est un gros bois de construction (de nos jours, aussi en fer ou béton) utilisé dans les charpentes des maisons.

la charpente, (en hébreu « bois »), se réfère le plus souvent à la structure du toit. S’il n’y a pas de mot spécifique, pour poutre de la charpente, on pourra parler tout simplement du « bois du toit ». Une telle traduction sera acceptable dans presque toutes les langues.

lui répondra : ceci veut dire que les poutres sont d’accord avec les pierres qui crient. C’est pourquoi certaines versions disent qu’elles « feront écho », « exprimeront leur accord » ou « répéteront ce qu’elles disent ». Dans certaines langues, il sera nécessaire d’utiliser une comparaison explicite : « C’est comme les pierres et le bois de vos maisons qui témoignent contre » ou « qui s’accordent pour déplorer votre méchanceté ».

Source: Ellington, John; Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. Habaquq – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2013.

Commentaire sur la traduction de Habaquq 1.7

Il est épouvantable et terrible : la description de ces envahisseurs continue, mais au singulier : Il. On pourra dire « L’armée babylonienne » ou « Cette armée ». Mais dans beaucoup de langues, il vaudra mieux employer le pluriel : « Ces gens », « Ces hommes », « Ces soldats babyloniens ». Leur puissance militaire est mise en évidence, ainsi que leur arrogance.

épouvantable et terrible sont synonymes. La Parole de Vie propose « Ce sont des gens terribles et effrayants ». Non seulement ils font peur : ils sont réellement redoutables. Dans beaucoup de langues, on n’aura peut-être pas deux synonymes de ce genre ou on préféra des expressions verbales : « Ils effraient les gens et les font trembler de peur ». La notion de terreur s’exprime parfois au moyen d’une tournure idiomatique, par exemple « Ils font crever les cœurs et ils font trembler les genoux ». Il est possible de recourir à de telles expressions ou à des idéophones, à condition de respecter le sens et le ton du texte original.

c’est lui-même qui fonde son droit et sa suprématie : les Babyloniens sont tellement puissants qu’eux seuls, ils ont le pouvoir d’établir des lois. Ce sont eux qui décident comment les autres peuples doivent vivre. En hébreu c’est littéralement « de lui-même sort son droit et sa suprématie ». Deux mots clés sont repris ici : droit et « sortir ».

Le terme droit traduit le mot מִשְׁפָּט mišpât, qui signifie aussi « justice », comme cela a été signalé en Habaquq 1.4. L’expression fonder son droit est naturelle en français, mais serait moins claire dans d’autres langues. On pourra dire « ils imposent eux-mêmes leur loi » ou « Ils décident seuls de leurs droits » (Parole de Vie).

suprématie : le mot hébreu correspondant a plusieurs connotations : « grandeur » (Bible de Jérusalem), « pouvoir » (La Bible du Semeur), « fierté » (La Bible Pléiade, Osty-Trinquet), « orgueil » (Bible en français courant) ou encore « dignité ». En Gen 49.3, il s’agit de la suprématie du premier fils, Ruben. En Job 13.11, il s’agit de la majesté de Dieu. Mais dans le présent contexte, le mot a certainement un sens négatif. Selon la Bible de Jérusalem, c’est l’idée de force qui ressort : « sa force fait son droit, sa grandeur ! » Une autre possibilité serait « Ils imposent eux-mêmes leur loi et assurent leur pouvoir ».

Source: Ellington, John; Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. Habaquq – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2013.

Commentaire sur la traduction de Habaquq 3.2

3.2 Appel au Seigneur

Le prophète Habaquq prend la parole, en utilisant la première personne du singulier, je. Ce verset est le seul, dans cette section, à rapporter une requête directe adressée au Seigneur. Habaquq utilise deux fois le nom personnel de Dieu : Yahweh. Il formule un souhait ici : « que les œuvres du SEIGNEUR subsistent ». Puis il finit par un appel émouvant : il demande à Dieu d’être miséricordieux.

Le verset est répétitif : le nom du SEIGNEUR et l’expression, au cours des années, apparaissent deux fois.

Pour SEIGNEUR, voir l’Introduction, Noms de Dieu. Ce titre, adressé à Dieu, se trouve deux fois dans ce verset, au début de chaque phrase. La Bible en français courant répète le nom deux fois au début du verset. Il faudra choisir la façon naturelle de s’adresser à Dieu dans une telle situation. Dans certaines langues, ce genre de vocatif est accompagné d’une particule comme « Ô Éternel » (Darby, La Bible du Semeur) ou « Ô Seigneur ». Les traducteurs peuvent l’ajouter si nécessaire.

J’ai entendu ce que tu as annoncé rend une expression emphatique de l’hébreu, où le verbe et le complément d’objet direct sont de la même racine. Le sens est « j’ai (bien) entendu ce que tu as fait entendre ». Cette expression est ambiguë, soit « j’ai entendu ce que toi (Dieu), tu as proclamé » (comme la Traduction œcuménique de la Bible), soit « j’ai entendu parler de tes exploits » (Bible en français courant). Les deux interprétations sont possibles, même si celle de la Bible en français courant semble plus vraisemblable. En fait, beaucoup d’exégètes pensent que les « exploits » sont une référence à l’intervention de Dieu en faveur de son peuple lors de la sortie d’Égypte. L’évocation de cet événement encourage le peuple à maintenir sa confiance en Dieu.

je suis saisi de crainte : écouter le message de Dieu a pour conséquence la crainte. En hébreu ce dernier mot peut se comprendre soit comme la « terreur », soit comme le « respect ». Bien que la La Bible du Semeur dise « je suis effrayé », il est plus probable qu’il s’agit de « respect », de « vénération », ou de « crainte respectueuse ». Dans beaucoup de langues, le mot crainte a aussi ces deux sens et la traduction ne posera pas de problème. Sinon, on pourra dire « j’en suis rempli de respect » (Bible en français courant).

Les deux premières lignes de ce verset peuvent être traduites comme suit :
Seigneur, on m’a dit ce que tu as fait (dans le monde),
et à cause de cela, je suis rempli de respect (envers toi).

SEIGNEUR, vivent tes actes au cours des années ! Au cours des années, fais-les reconnaître : Habaquq formule d’une manière très poétique un souhait : « que les œuvres du Seigneur demeurent ». Après cela, il demande à Dieu de faire en sorte que les gens reconnaissent ses actes. Les lignes sont liées par la répétition de l’expression au cours des années, littéralement « au milieu des années » (Darby) :
Seigneur, ton œuvre, au milieu des années, qu’elle vive !
Au milieu des années, fais-la connaître.

Les traducteurs devraient essayer d’imiter ce style poétique.

Pour SEIGNEUR, voir l’Introduction, Noms de Dieu.

vivent tes actes au cours des années exprime un souhait de la part du prophète. Dans beaucoup de langues, on recourra à un subjonctif ayant la même valeur. Sinon on pourra dire « Je veux » ou « Je prie que tes actes demeurent au cours des années ».

vivent rend le mot générique en hébreu pour vivre. Suivant l’interprétation de la Traduction œcuménique de la Bible, le sens pourra être « que tes œuvres restent » ou « demeurent », mais beaucoup interprètent le verbe autrement. Certains pensent qu’il signifie « restaurer » et d’autres « réaliser ». Ainsi la Nouvelle Bible Segond, qui parle de « ton action », dit « Dans le cours des années, réalise-la ». La Bible en français courant et la Parole de Vie pensent aussi qu’Habaquq demande au Seigneur de réaliser des actions semblables à celles qu’il a accomplies par le passé. La Bible de Jérusalem propose « fais-la revivre », où le pronom « la » se réfère à l’œuvre de Dieu. Si cette interprétation est adoptée, on pourra dire « Renouvelle ton œuvre », « Fais pour nous ce que tu as fait (par le passé) » ou « Agis aujourd’hui comme tu as agi dans le passé ».

tes actes traduit un singulier de l’hébreu comme dans la Bible de Jérusalem « œuvre ». Dans l’AT, le mot peut désigner les actes du Seigneur (Ps 44.2) ou ceux des méchants (Ps 28.4). Ce mot se trouve dans les propos du Seigneur au début de ce livre (Habaquq 1.5). Dans beaucoup de langues, il vaut mieux utiliser un pluriel, par exemple « actions » (Parole de Vie), « exploits » (Bible en français courant).

au cours des années est littéralement « au milieu des années ». La majorité des biblistes pensent que cette expression se réfère à l’époque du prophète Habaquq lui-même. Ainsi certains disent « en notre temps » (Bible de Jérusalem), « pendant notre vie » (Parole de Vie), ou « de notre vivant » (Bible en français courant). L’arrière-plan est toujours les actes merveilleux que Dieu a accomplis pendant l’exode. Peut-être le prophète a-t-il aussi en vue l’intervention finale de Dieu dans l’histoire. Ainsi le prophète se trouvera « au milieu » de ces temps, demandant à Dieu d’agir pendant cette période difficile.

fais-les reconnaître rend un seul mot en hébreu, le verbe « connaître » à la forme accomplie, littéralement « tu feras connaître ». La Traduction œcuménique de la Bible, parmi d’autres, dit qu’Habaquq demande à Dieu de faire reconnaître ou de démontrer, au moment présent, les actes merveilleux qu’il a accomplis par le passé. Certains pensent que le sens est « fais connaître ton renom ». D’autres y voient une demande faite par le prophète : « révèle-toi ». Cette dernière est l’interprétation de la Septante. Cependant la majorité des versions modernes adoptent le même sens que la Traduction œcuménique de la Bible.

mais dans le bouleversement rappelle-toi d’être miséricordieux : ces paroles adressées au Seigneur sont comprises de diverses façons par les biblistes :
• « bien que tu sois fâché contre nous, maîtrise ta colère et aie pitié de nous » ;
• « malgré ta colère contre nos ennemis, aie tout de même pitié de nous » ;
• « malgré ta colère contre nous, aie pitié de nous (en punissant nos ennemis) ».

Dans le contexte d’une demande faite par un prophète au nom du peuple, la première et la troisième interprétation semblent les plus probables.

dans le bouleversement : la traduction de la Traduction œcuménique de la Bible laisse à désirer. Bien que ce mot assez rare ait le sens d’« agitation » (Job 3.17), dans le présent contexte le sens semble être plutôt « la colère » (Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem). La Parole de Vie propose, par exemple : « Même si tu es en colère… »

rappelle-toi d’être miséricordieux : la traduction de la Traduction œcuménique de la Bible reste assez proche de l’hébreu, comme celle de la Bible de Jérusalem, « souviens-toi d’avoir pitié ». Dans certaines langues, il sera bizarre de dire à Dieu de se rappeler quelque chose. Si c’est le cas, on pourra dire tout simplement « sois miséricordieux ».

miséricordieux : les traducteurs trouveront des expressions idiomatiques. Dans le contexte de chaos et de crise qui imprègne le livre d’Habaquq, cet appel au Seigneur, pour qu’il ait pitié, a toute sa place. On pourra alors dire « aie pitié (de nous) ».

Source: Ellington, John; Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. Habaquq – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2013.

Commentaire sur la traduction de Habaquq 2.1

2.1

Ce verset présente le prophète comme une sentinelle ou un gardien de ville. Habaquq exprime sa détermination à rester debout et à attendre la réponse du Seigneur. La première partie de ce verset est en forme de chiasme, une structure en hébreu qui souligne la force de ces propos.

Je tiendrai bon à mon poste de garde, je resterai debout sur les retranchements : ces lignes ont presque la même signification, mais leur structure en hébreu en forme de chiasme souligne la détermination du prophète :
CH1 sur mon poste de garde
CH2 je tiendrai bon
CH2 et je resterai debout
CH1 sur les retranchements

Je tiendrai bon à mon poste de garde : tiendrai bon rend le verbe générique hébreu « se tenir debout ». C’est le même verbe qui décrit Moïse se tenant debout devant le buisson ardent (Ex 3.5). Il exprime parfois aussi la détermination de tenir bon, par exemple en Nomb 1.5 : « Voici les noms des hommes qui se tiendront avec vous ». Dans ce contexte, l’action physique semble en vue. La Bible de Jérusalem propose « je vais me tenir » et la Nouvelle Bible Segond, « je vais me placer ». La Bible en français courant et la Parole de Vie expriment sa résolution à rester sur place : « Je vais/veux rester… »

à mon poste de garde : en hébreu, « sur mon poste de garde » est mis en relief au début de la phrase. poste de garde est un seul mot en hébreu, la forme nominalisée du verbe שמר šâmar, « garder ». C’est un verbe à plusieurs sens, mais ici il s’agit de garder la ville contre des attaques. Les sentinelles se mettaient sur la muraille qui entourait la ville pour voir l’ennemi de loin. Voir, par exemple, 2 Sam 18.24 ; 2 Rois 9.17. Les prophètes sont souvent comparés à des sentinelles dans l’Ancien Testament. Voir És 21.6-12 ; Jér 6.17 ; Ézék 3.17 ; 33.7 ; Mich 7.4. En évoquant ce lieu d’observation, il est aussi possible que le prophète parle symboliquement de son attente d’une vision venant de Dieu.

je resterai debout sur les retranchements : le verbe ici est plus fort que celui de la première ligne. Il s’agit de « garder sa position » ou de « tenir ferme ». Il est souvent utilisé dans un contexte de guerre ou de bataille.

retranchements désigne le rempart, un mot au singulier en hébreu. Ce mot se rattache à une racine verbale qui veut dire « enfermer » ou « assiéger ». Ici il se réfère à un point stratégique sur les murs de défense qui entourent la ville. (Voir l’illustration : Retranchements|fig:Model of a watchtower.jpg.) Lorsqu’une ville est assiégée, c’est de cet endroit que la sentinelle prévient de l’arrivée des ennemis. On pourra parler d’une tour ou d’un « mur de défense ». La Bible de Jérusalem suit le manuscrit de la Mer Morte qui dit « mon rempart ».

Comme les deux premières lignes ont à peu près le même sens, certaines versions modernes les combinent en une seule proposition : « Je vais monter sur ma tour de garde et attendre de voir… » Mais comme la deuxième ligne est plus forte que la première, il vaut mieux garder les deux lignes. On pourra dire :
Je vais me mettre debout sur le mur.
Je vais rester là sans bouger.

En haut sur la tour, je me tiendrai debout.
De ma place sur le mur, je ne bougerai pas.

Je guetterai pour voir ce qu’il dira contre moi, et ce que je répondrai au rappel à l’ordre : ces lignes sont parallèles d’un point de vue grammatical, même si dans la deuxième ligne, il s’agit d’une ellipse :
Je guetterai pour voir ce-que il va-dire à-moi
…et ce-que je vais-répondre sur (à) ma plainte

Je guetterai rend un verbe qui veut dire « veiller », et qui décrit l’activité des sentinelles. On voit le prophète sur le rempart de la ville, guettant ou scrutant l’horizon pour voir s’il y a un danger quelconque.

pour voir ce qu’il dira contre moi : on imagine une vraie sentinelle en train de surveiller l’horizon lorsque, tout d’un coup, l’image change. Au lieu de guetter l’horizon pour voir un mouvement de l’ennemi, le prophète Habaquq attend pour voir ce que le Seigneur va lui dire.

il désigne le Seigneur Dieu. La Bible en français courant et la Parole de Vie rendent cela explicite en disant : « pour savoir ce que Dieu me dira ».

Le verbe hébreu dire dérive de la racine דבר d-b-r, qui est aussi à la base du mot « parole ». Selon la Traduction œcuménique de la Bible, Dieu va dire un mot contre Habaquq, mais la préposition utilisée ici est ambiguë. Elle peut vouloir dire contre, mais peut aussi signifier « à ». La plupart des versions françaises optent pour ce dernier sens et disent « ce qu’il me dira ».

et ce que je répondrai au rappel à l’ordre : le texte traditionnel hébreu dit ce que je répondrai. Selon cette formulation, c’est Habaquq qui parle de lui-même. Mais la version syriaque a la marque d’une 3e personne du singulier : « il répondra ». Les deux formes verbales je répondrai et « il répondra » diffèrent par une seule lettre en hébreu. La forme de la version syriaque présente un parallélisme plus logique que le texte traditionnel. Ainsi, elle est suivie par beaucoup de versions modernes en français et dans d’autres langues (Bible de Jérusalem, La Bible Pléiade, Bible en français courant, Parole de Vie, Osty-Trinquet, Good News Bible, Die Gute Nachricht). Le texte massorétique semble peu logique, mais est retenu par la Traduction œcuménique de la Bible et la La Bible du Semeur : « ce que je répondrai à ma protestation ».

rappel à l’ordre : cette expression pose aussi problème pour le traducteur, parce que les versions lui prêtent des sens différents. Le texte littéral dit « ma réprimande » (Osty-Trinquet), dans le sens de « ce qui m’est reproché » (Bayard). Mais l’expression peut aussi avoir un sens presque opposé : « mes doléances » (Segond Révisée, Nouvelle Bible Segond), « ma doléance » (Bible de Jérusalem), « ma protestation » ou même « mes plaintes » (Bible en français courant, Parole de Vie). Suivant cette dernière interprétation, le prophète semble être en train de faire des reproches au Seigneur. Il est aussi possible que le prophète soit en train de s’expliquer au Seigneur, en attendant que celui-ci lui réponde. Les traducteurs devraient choisir l’interprétation qui les convainc, mais quel que soit leur choix, il sera bon de signaler l’autre possibilité dans une note.

Source: Ellington, John; Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. Habaquq – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2013.