Ce verset présente l’événement annoncé : l’armée des Babyloniens, ce peuple si redoutable, arrive. Mais ils ne viennent pas d’eux-mêmes, c’est Dieu qui les envoie pour punir son peuple.
Car me voici ! : Dieu annonce sa présence et, en quelque sorte, son jugement. L’interprétation de la conjonction Car varie. Tandis que certaines versions ne rendent pas ce mot (Bible en français courant, Parole de Vie, La Bible du Semeur, Nouvelle Bible Segond), d’autres le considèrent comme un élément de transition important. La Bible de Jérusalem y voit un marqueur d’intensité : « Oui, voici que… ». Les traducteurs seront obligés de choisir l’une des interprétations.
me voici : en hébreu, il s’agit du mot הִנֵּה hinnéh, voici, qui sert à attirer l’attention sur ce qui suit. Dans le cas présent, il est rattaché au pronom me. Ce mot a plusieurs fonctions possibles en hébreu : il peut servir de simple démonstratif ou de marqueur émotif. Il peut évoquer la surprise, la désolation ou le danger. Ici il s’agit de l’apparition subite de Dieu. On pourra dire « Voici, je suis là ! », « Regardez ! j’arrive ! » Mais au lieu d’annoncer son arrivée, Dieu annonce qu’il va agir. Ainsi on pourra dire « Attention ! je fais surgir… » En hébreu הִנֵּה hinnéh est souvent associé à un événement sur le point d’arriver, et ainsi la Bible en français courant et la Parole de Vie rendent הִנֵּה hinnéh par un futur : « je vais venir ». Les traducteurs trouveront une tournure ou une particule pour exprimer la nuance forte et émotive de l’original.
Je fais surgir les Chaldéens : par l’intermédiaire du prophète Habaquq, Dieu annonce ce qu’il va faire. En hébreu, le verbe qui suit הִנֵּה hinnéh est presque toujours un participe. Ici il s’agit du verbe קום qoûm, « se lever », souvent utilisé pour parler du début d’une action. Dans le livre des Juges, Dieu fait lever ou fait surgir des héros pour sauver Israël (Jug 2.16 ; 3.9,15). Ici, c’est le contraire : il fait « lever » les Babyloniens pour qu’ils viennent punir les Israélites. (Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem, Osty-Trinquet). On pourra utiliser un verbe générique : « Attention, je vais faire venir les Chaldéens », mais certains pensent que le sens est beaucoup plus spécifique : « Je ferai en sorte que les Chaldéens gagnent en puissance » ou « Je vais assurer la domination politique des Chaldéens ». Les traducteurs devraient faire leur choix d’interprétation ici.
les Chaldéens étaient à l’origine les habitants du sud de la Babylonie, en Mésopotamie. Ils ont vaincu les Assyriens et sont devenus une puissance dominante en Asie occidentale. Le livre d’Ézéchiel mentionne Babylone, au pays des Chaldéens (Habaquq 12.13). Le prophète Habaquq semble utiliser le terme Chaldéens dans un sens assez large. Il s’agit, en fait, de ceux qu’on a appelés les « Néo-Babyloniens ». Pour faciliter la compréhension, beaucoup de versions remplacent Chaldéens partout par « Babyloniens » (Bible en français courant, Parole de Vie, Good News Bible, Contemporary English Version).
ce peuple impitoyable et impétueux : les Babyloniens sont connus depuis toujours pour leur cruauté. Le mot rendu par peuple ou « nation » (Chouraqui), est גּוֹי gôy, le même utilisé au pluriel en Habaquq 1.5, se référant aux peuples non juifs. Bien que גּוֹי gôy soit au singulier ici, il a un sens collectif : il s’agit de tous ceux qui font partie de ce peuple cruel. Dans les versets qui suivent aussi, plusieurs formes pronominales et verbales sont au singulier, en relation avec ce peuple, mais dans beaucoup de langues il faudra utiliser des pluriels, en relation avec les Chaldéens.
impitoyable et impétueux : en hébreu, il y a des effets sonores assez impressionnants, car ces deux mots (et même ceux qui suivent) présentent une répétition des consonnes ה h, מ m, ר r, et de la voyelle a. La Bible de Jérusalem tente de reproduire cet effet avec d’autres consonnes : « farouche et fougueux », comme la Traduction œcuménique de la Bible, impitoyable et impétueux. Les traducteurs peuvent essayer d’imiter ce procédé stylistique, ou au moins communiquer le degré de leur cruauté d’une manière ou d’une autre.
impitoyable est littéralement « amer ». C’est un terme qui évoque la cruauté des Babyloniens : ils étaient connus pour leur violence et leur manque de pitié. On pourrait dire « féroces » ou « très cruels ».
impétueux : il s’agit du participe d’un verbe qui veut dire d’abord « être rapide » ou « pressé ». Ici il décrit des gens qui agissent rapidement et avec violence. Mais le texte ne spécifie pas s’ils arrivent rapidement ou s’ils détruisent rapidement. D’après la ligne qui suit, le premier sens semble le plus probable.
Si l’on n’arrive pas à recréer les effets sonores, on pourra quand même rendre le sens en disant « ce peuple sans pitié qui vient rapidement (pour tout détruire) ». Ainsi pour les deux vers, on pourra dire :
Attention ! je vais faire venir les Babyloniens,
Ces gens cruels et sans pitié, pressés de tout détruire.
qui parcourt des étendues de pays : il s’agit d’un participe, littéralement « allant par tous les espaces de la terre ». Les Babyloniens sont présentés comme envahissant et conquérant le monde. Dans certaines langues, l’image de « balayer (toute la terre) » peut servir. Sinon, on dira qu’« ils traversent » ou qu’« ils couvrent » de grandes étendues de la terre. La Parole de Vie propose « ils vont partout sur la terre pour conquérir… ».
pour s’approprier des demeures qui ne sont pas à lui : la préposition pour (hébreu : לְ le) exprime la notion de but. L’objectif des Babyloniens est de s’approprier ou de saisir les habitations de tous ceux qu’ils dominent. Le prophète utilise un langage poétique et même ironique ici. Au lieu de dire « ils arrachent les habitations d’autrui » ou « ils s’emparent des maisons de ceux qu’ils dominent », il utilise le même mot qui désigne ailleurs la maison de Dieu (Nomb 1.51).
demeures qui ne sont pas à lui : le prophète souligne le fait que les Babyloniens éjectent les gens de leurs propres maisons. En fait, c’est une façon figurée d’affirmer que ces envahisseurs occupent le pays entier. Les traducteurs devraient trouver un langage poétique, mais avec des mots appropriés dans ce contexte de guerre.
Source: Ellington, John; Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. Habaquq – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2013.
