Commentaire sur la traduction de l'Ecclésiaste 6.4

Qohéleth explique la raison de ses propos en 6.3d à propos de l’avorton. Il introduit ses explications par la conjonction כִּי kî, qui pourrait être rendue par car ou par une expression emphatique comme « En effet ».

c’est en vain qu’il est venu : en vain rend le mot הֶבֶל hèvèl. Voir Introduction au commentaire de traduction de l’Ecclésiaste et Ecc 1.2. C’est ici l’un des endroits où l’interprétation du mot הֶבֶל hèvèl est particulièrement délicate. L’hébreu dit « c’est dans le הֶבֶל hèvèl il est venu », l’un des rares cas où הֶבֶל hèvèl est précédé de l’article défini הַ ha. il est venu sous entend qu’il est venu dans ce monde, c’est-à-dire, qu’il est né. La paire de mots venir-partir représente la naissance et la mort. Voir aussi Ecc 5.15.

Pour la traduction de הֶבֶל hèvèl, beaucoup de versions optent pour le sens négatif : en vain (Traduction œcuménique de la Bible, La Bible du Semeur) ou « dans la futilité » (Nouvelle Bible Segond). La Parole de Vie va jusqu’à dire « cet enfant a été formé pour rien ». Mais il est important de considérer toutes les options ainsi que le contexte. Le mot הֶבֶל hèvèl est parallèle au mot חֹשֶׁךְ ḥôšèk, ténèbres qui apparaît dans la prochaine ligne. Il semble s’agir de la situation d’un être humain avant et après sa mort, plutôt qu’un jugement sur la valeur de cette courte vie. Voir aussi Ecc 6.6, qui parle ce lieu unique. La Bible en français courant choisit alors de focaliser sur l’état éphémère de cette vie : « celui-ci est venu comme la fumée sans lendemain », un sens qui respecte le texte et convient très bien.

et il s’en va dans les ténèbres est litt. « et dans l’obscurité il ira ». s’en va parle d’une manière figurée de la mort de cet individu. Selon les langues, on pourrait dire « il disparaît », « il repart », « il passe ». En hébreu dans les ténèbres, évoquant la mort, apparaît en début de phrase. Le mot ténèbres pourrait être rendu par « l’obscurité » (Bible en français courant), « la nuit » (Parole de Vie) ou « le noir ». Mais la traduction de Meschonnic (156-157) est particulièrement poétique et touchante : « Car dans la buée il est venu et dans l’ombre il est venu ».

et par les ténèbres son nom sera recouvert : la répétition du mot ténèbres crée un certain rythme et semble exprimer aussi une certaine tristesse. Le nom de l’enfant ne restera pas. En hébreu le nom représente la personne, mais ici il s’agit de son souvenir, une autre chose que les Israélites considéraient comme une chose très précieuse (cf. Ecc 1.11 ; Ecc 2.16). Ainsi on pourrait aussi dire « on ne se souviendra plus jamais de lui » ou « il sera complètement oublié ». Néanmoins le traducteur devrait tâcher de garder le ton poétique ici. La Parole de Vie garde le rythme de ces lignes : « il disparaît dans la nuit, et la nuit effacera son nom ».

Source: Zogbo, Lynell. L’Ecclésiaste – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

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