Commentaire sur la traduction de l'Ecclésiaste 2.1

En Ecc 1.17, Qohéleth déclare qu’il va chercher à connaître la sagesse et la folie. Dans cette section, il examine une autre partie de la vie : la joie. Pour Je me suis dit en moi-même, voir Ecc 1.16 où une expression similaire est utilisée. Comme ailleurs, cette expression annonce un nouveau thème.

« Allons, que je t’éprouve par la joie, goûte au bonheur ! » : encore une fois un dialogue interne est reporté sous forme de deux lignes parallèles. L’hébreu a le verbe aller (au singulier, « va ») suivi de la particule נָא nâʾ, souvent une marque de politesse. Dans ce cas, on pourrait dire « viens donc » ou utiliser une autre expression idiomatique dans la langue cible.

que je t’éprouve par la joie, goûte au bonheur ! : Qohéleth se parle à lui-même, pour ainsi dire, directement à son cœur. La forme verbale peut être rendue par un subjonctif comme dans la Traduction œcuménique de la Bible ou par un futur, « je vais te mettre à l’épreuve par la joie ». Le verbe נסה nsh, éprouver, signifie « tester », le même verbe utilisé en Gen 22.1 où Dieu met Abraham à l’épreuve. te renvoie au cœur de Qohéleth. Presque comme un scientifique de nos jours, Qohéleth fait des recherches pour voir ce que certains plaisirs de ce monde peuvent lui apporter.

par la joie : par rend la préposition בְּ be, « avec », « par », « dans », « à travers », exprimant une sorte de moyen. joie est un des termes clés de ce livre, figurant huit fois (voir aussi Ecc 2.2, Ecc 2.10, Ecc 2.26 ; Ecc 5.19 ; Ecc 7.4 ; Ecc 8.15 ; Ecc 9.7). Il s’agit de la « jouissance », des « plaisirs » ou des « joies de la vie ». La majorité des langues auront un mot pour cette notion, mais il ne sera toujours pas facile de rendre l’idée ici. Beaucoup auront besoin de reformuler les mots que Qohéleth adresse à son cœur, litt. « je te testerai par la joie ». Les différentes versions offrent des possibilités : « teste les plaisirs » (La Bible du Semeur), « Voyons ce que valent les joie de la vie » (Bible en français courant), « goûte aux plaisirs de la vie » (Parole de Vie).

goûte au bonheur est litt. « et vois dans/à (le) bon ». Le mot hébreu טוֹב ṭôv, « bon », apparaît pour la première fois ici. Ce terme clé figure 45 fois dans le livre, où il a des sens multiples. Comme les autres termes clés (Ecc 1.3), celui-ci rappelle le récit de la création où Dieu déclare « bon » ce qu’il a créé. Dans ce contexte plusieurs versions rendent le mot par bonheur, mais on pourrait aussi suivre la La Bible du Semeur qui dit « goûte à ce qui est bon ».

Et voici, cela aussi est vanité : pour et voici, voir Ecc 1.14.

cela renvoie à cette dernière expérience de voir quels sont les avantages de la joie.

pour vanité, voir Introduction au commentaire de traduction de l’Ecclésiaste et Ecc 1.2.

Source: Zogbo, Lynell. L’Ecclésiaste – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

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