2.1-29
Paul vient de terminer une explication sur l’universalité du péché : même les païens, c’est-à-dire les non-Juifs sans la loi, sont considérés pécheurs, car la nature et leur conscience leur révèle ce qu’ils doivent faire. Dans ce qui suit, Paul semble se tourner vers les Juifs qui ont la loi, leur parlant d’abord d’une manière générale et moins directe ( Rom 2.1) et ensuite d’une manière très précise ( Rom 2.17). Toute cette section est caractérisée par l’utilisation de la deuxième personne au singulier, toi, tu, qui semble s’adresser tout particulièrement aux Juifs convertis qui se croient supérieurs aux autres.
2.1-16
Dans cette section Paul condamne tous ceux qui jugent les autres ( Rom 2.1). Ensuite il pose des questions ironiques à ses interlocuteurs ( Rom 2.3). Il décrit la punition de Dieu, opposant la punition de ceux qui font le mal à l’honneur de ceux qui font le bien ( Rom 2.5). Il insiste sur l’impartialité de Dieu ( Rom 2.11) en affirmant qu’à la fin des temps, tout le monde, Juif et non-Juif, sera jugé selon son comportement ( Rom 2.12).
Le sous-titre de la Traduction œcuménique de la Bible, Le juste jugement de Dieu ou celui de Bible en français courant, Le jugement de Dieu, peuvent servir d’exemple, mais dans beaucoup de langues, une phrase sera plus compréhensible : « Dieu juge tous les êtres humains » ou « Dieu juge tous les hommes de la même manière ».
Paul interpelle sévèrement ses interlocuteurs et les réprimande. Certains notent qu’il s’agit d’un genre littéraire spécifique, la diatribe, une forme d’argumentation qui s’adresse à un adversaire imaginaire. Mais la plupart des biblistes identifient l’interpellé « ô homme… toi-même » comme un Juif, un singulier au sens collectif, représentant le peuple juif, et plus particulièrement, les Juifs convertis qui liront cette lettre.
Tu es donc inexcusable, toi, qui que tu sois, qui juges est litt. « donc sans excuse tu es, ô homme tout celui jugeant ». Dans beaucoup de langues, les propositions peuvent être inversées : « Toi qui juges les autres, tu es donc sans excuse » (Parole de Vie).
donc est la traduction de la conjonction grecque, διό dio, utilisée en Rom 1.24 où elle est rendue par « C’est pourquoi », son sens habituel. Ce mot montre que Paul est en train de tirer une leçon ou une conclusion basée sur ce qu’il vient de dire. Voir Rom 1.32. Certains, considérant ce mot comme une transition, l’omettent, mais il est important de montrer que Paul est en train de présenter une argumentation logique. On pourrait dire « Alors, tu es… »
inexcusable est un adjectif grec qui décrit une personne « sans excuse ». Ceci veut dire qu’on ne peut pas ou ne doit pas lui pardonner sa faute. Dans certaines langues, on dira « tu ne peux pas te défendre ». Des expressions idiomatiques peuvent être utilisées si elles communiquent le même sens, par exemple, « la faute va tomber sur toi », « tu ne trouveras pas le pardon », etc.
qui que tu sois, qui juges est litt. « ô homme ». En grec, le mot ἄνθρωπος anthrôpos désigne les êtres humains en général sans distinction de sexe. Beaucoup de versions préfèrent rendre le mot par une expression, « peu importe qui tu es ». La version Osty-Trinquet combine les deux « ô homme, qui que tu sois » (Osty-Trinquet). Le mot « homme » ne renvoyant ni à un mâle, ni à une seule personne, on pourrait aussi dire « vous, qui que vous soyez ». Peu importe le statut social d’une personne, son éducation ou sa richesse. Personne n’échappera au jugement de Dieu. Dans beaucoup de langues, cette idée pourrait être rendue par une expression idiomatique, par exemple, « toi, grand o, petit o ». Ces mots peuvent aussi être placés au début de la phrase, par exemple, « Toi, qui que tu sois, on ne va pas passer sur ta faute… »
qui juges est littéralement « le jugeant », un participe. Voir le commentaire ci-dessous. « Le » en grec renvoie à la personne que Paul condamne.
juger (κρίνω krinô) est un terme clé dans cette lettre, apparaissant presque 50 fois, et pour la première fois ici. Le mot a plusieurs sens, selon son contexte, par exemple, juger, « évaluer », « peser », etc. Mais dans ce contexte, il a le sens de « condamner », « passer un jugement négatif sur… » On sent les propos de Jésus : « Ne jugez pas, afin de ne pas être jugés » (Matt 7.1). Ce terme ne renvoie pas à un procès en justice, mais plutôt à la sphère cognitive, c’est-à-dire quelqu’un qui condamne un autre dans son cœur ou dans sa pensée. Dans beaucoup de langues, le verbe juger demandera un objet : « son prochain », « son ami », « un autre », comme explicité dans la proposition qui suit.
Car en jugeant autrui, tu te condamnes toi-même : la conjonction Car (διά dia) peut avoir plusieurs sens. La Traduction œcuménique de la Bible et la Bible de Jérusalem pensent qu’elle introduit une raison et disent car, mais la Nouvelle Bible Segond opte pour une mise en relief en disant « en effet ». D’autres versions omettent ce mot, mais si possible, il vaut mieux le traduire.
en jugeant autrui : en grec, le « tu » est explicite : « par (le fait que) tu juges l’autre… » Dans beaucoup de langues, cette proposition peut avoir une forme conditionnelle « Si tu juges les autres… »
autrui : encore une fois, Paul utilise le vocabulaire des Évangiles. On pourrait dire « l’autre » (Nouvelle Bible Segond), « les autres » (Bible en français courant, Parole de Vie) ou même « ton prochain ». Il sera bon d’être systématique dans la traduction des expressions « aimer ton prochain », « juger ton prochain », etc.
tu te condamnes toi-même est litt. « toi-même tu-condamnes » où toi-même est mis en relief au début de la phrase. On pourrait dire, « c’est toi-même que tu condamnes ».
condamner est un mot composé de « contre » et « juger ». La Bible de Jérusalem propose « tu juges contre toi-même », mais dans la plupart des langues, c’est la notion de condamnation qui conviendra.
puisque tu as fait autant, toi qui juges : encore une fois la conjonction διά dia apparaît, cette fois-ci introduisant sans ambiguïté une raison. Dans beaucoup de langues, il vaut mieux invertir les propositions : « parce que tu fais autant, tu condamnes toi-même ».
faire autant : est litt. « même pratiquer ». Le verbe grec est apparenté aux mots français « pratiquer » / « pratique ». La Nouvelle Bible Segond dit « tu pratiques les mêmes choses ». On pourrait aussi utiliser des verbes plus généraux « tu fais comme eux » (Parole de Vie), « tu agis comme eux » (Bible en français courant), « tu agis de même » (Bible de Jérusalem), « tu te conduis comme eux » (La Bible du Semeur). Le même verbe est rendu par « commettre » en 2. Autant renvoie aux mauvais comportements et non pas aux bons comportements.
Comme ailleurs le traducteur est libre de réarranger les propositions dans ce verset, mais il devrait essayer de rendre le ton sévère, surtout au début du verset.
Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
