Commentaire sur la traduction de la lettre aux Romains 11.25

11.25-32

Dans ce passage, Paul achève sa discussion concernant la place d’Israël dans le plan de Dieu. Jusqu’ici, il a avancé des arguments d’ordre logique. Mais maintenant, il parle d’une révélation. Dans le passage précédent, il a démontré que Dieu a toujours agi avec bonté à l’égard de son peuple, mais Israël a refusé le salut, ce qui a ouvert la porte pour les non-Juifs. Mais ce fait servira finalement de moyen grâce auquel le message divin sera de nouveau présenté au peuple juif. Dans ce qui suit, Paul va montrer ce que signifie le « plan secret » que Dieu lui a fait connaître à travers une révélation.

Le sous-titre de la Traduction œcuménique de la Bible, Le salut d’Israël ou de la Bible en français courant, Le salut final du peuple d’Israël, pourrait être exprimé par une proposition verbale, par exemple, « Tout le peuple d’Israël sera sauvé » (Parole de Vie) ou, à l’actif, « Dieu sauvera Israël ». On pourrait aussi dire « Dieu montre sa compassion/bonté pour tous ».

Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère : presque toutes ces tournures ont déjà figuré dans cette lettre. Car (γάρ gar) peut être retenu ou omis, selon les langues. L’expression négative, je ne veux pas… que vous ignoriez correspond bien au texte grec. Une même formule se trouve en Rom 1.13, ainsi qu’en 1 Cor 10.1 ; 12.1 ; 2 Cor 1.8 et 1 Thess 4.13. Plusieurs versions émettent l’idée sous une forme positive : « Frères, je veux vous faire connaître le plan secret de Dieu » (Bible en français courant), « Frères et sœurs chrétiens, voici le mystère que je veux vous faire connaître » (Parole de Vie). Pour frères, voir Rom 1.13. Comme ailleurs, ce mot peut figurer où cela convient dans la langue cible, le plus souvent en début de phrase.

mystère, μυστήριον mustêrion : ce mot ne se trouve que deux fois dans cette lettre, ici et en Rom 16.25, mais Paul l’utilise fréquemment (une vingtaine de fois) dans ses autres lettres. À l’époque de Paul, le terme faisait allusion aux rites secrets qui n’étaient révélés qu’aux personnes bénéficiant d’une initiation spécifique, raison pour laquelle ces religions étaient dites « à mystères ». Le même terme se trouve dans la littérature juive dite « apocalyptique », relative à la fin des temps et la façon « cachée » dont Dieu agit dans le monde. Le plan divin secret est caché aux yeux des humains en général, mais révélé à ceux appartenant à Dieu. Selon Godet (p. 402), dans le Nouveau Testament, « ce mot désigne une vérité ou un fait qui ne peut être connu de l’homme que par une communication d’en haut ». Lemonon (p. 127) note à cet effet, « Tout mystère suppose un intermédiaire qui le communique et en dévoile le sens ». Pour Paul, cet intermédiaire est Dieu et/ou le Christ. La plupart des versions françaises emploient le mot mystère (Traduction œcuménique de la Bible, Segond Révisée, Nouvelle Bible Segond, La Bible du Semeur, Parole de Vie, Bible de Jérusalem, Osty-Trinquet), mais on pourrait parler aussi du « plan secret de Dieu », d’« une vérité secrète », d’« un secret divin », d’une « chose cachée », ou d’« une vérité qui vient d’être révélée ».

de peur que vous ne vous preniez pour des sages : Comme en Rom 11.20, Paul ne veut pas que les non-Juifs, nouvellement dotés d’un statut particulier, en deviennent orgueilleux. de peur que rend la conjonction ὅτι hoti, « pour que », « afin que ». La Parole de Vie choisit de présenter une phrase indépendante et dit « Ainsi, vous ne croirez pas que vous êtes des sages ». Dans certaines langues, cette idée pourrait être exprimée au discours direct, par exemple « Cela vous empêchera de dire en vous-mêmes : “Nous sommes vraiment sages !” »

se prendre pour des sages est un acte d’orgueil. sages rend un adjectif grec (apparenté à la racine en Rom 1.22), mais plusieurs versions le rendent comme un nom : « afin que vous ne vous preniez pas pour des sages » (Bible en français courant).

l’endurcissement d’une partie d’Israël durera jusqu’à ce que soit entré l’ensemble des païens. Paul dévoile ce plan secret de Dieu, litt. « l’endurcissement d’une partie d’Israël est intervenu jusqu’à ce que la plénitude des nations entrera ». Autrement dit, Dieu a prévu de ramener au moins un certain nombre de Juifs, mais seulement quand il sera satisfait du grand nombre de non-Juifs entrés dans son Royaume.

endurcissement est un terme assez rare, qui se trouve ici, en Marc 3.5 et en Éph 4.18. Le verbe de même racine (« endurcir ») est employé en Rom 11.7. On pourrait parler de leur « entêtement » ou de leur « refus de croire », exprimé comme nom ou verbe.

d’une partie d’Israël est littéralement « en partie d’Israël » qui peut avoir deux interprétations. Certains commentateurs pensent que les mots « en partie » (ἀπὸ μέρους apo merous) impliquent que l’endurcissement du peuple n’est pas total. Il s’agirait alors d’un « endurcissement partiel » (Segond Révisée, Osty-Trinquet). Mais la majorité exclut cette idée. Bénétreau (II, p. 114) dit en note « l’idée d’un endurcissement partiel… s’accorde mal avec Rom 11.7 ». Ainsi il vaut mieux suivre la majorité des versions qui relient l’expression grecque « en partie » aux autres éléments de la phrase, ainsi « une partie du peuple d’Israël restera incapable de comprendre… » (Bible en français courant) ; « une partie du peuple d’Israël refuse de croire » (Parole de Vie).

durera jusqu’à ce que… veut dire « sera effectif ». En effet, « l’entêtement du peuple d’Israël n’est pas permanent » (Good News Bible). On pourra dire « le peuple d’Israël n’a pas refusé absolument de croire », « le fait qu’Israël ait refusé de croire ne durera pas toujours » ou « le peuple d’Israël ne refusera pas toujours de croire ». Dans certaines langues, on l’exprimera au discours direct, par exemple « le peuple d’Israël ne dira pas toujours : “Nous refusons de croire” » ou « une partie du peuple d’Israël affirmera “Nous refusons de croire”, mais cela seulement jusqu’à ce que… »

jusqu’à ce que soit entré l’ensemble des païens : le grec a un autre ordre, litt. « jusqu’à ce que la plénitude des nations entre ». entre renvoie à l’entrée des Juifs dans le royaume de Dieu. Voir la Parole de Vie : « jusqu’à ce que les autres peuples reviennent vers Dieu ». Dans certaines langues, cette notion sera difficile à exprimer. On pourrait reformuler en disant « l’ensemble des non-Juifs devrait entrer en communion avec Dieu et puis l’entêtement des Juifs sera terminé » ou « quand l’ensemble des non-Juifs sera entré (auprès de Dieu), c’est là que l’entêtement des Juifs prendra fin ».

Pour ensemble, voir Rom 11.12. Il s’agit de la « participation totale » des non-Juifs dans le plan de Dieu. Pour païens, voir Rom 1.5. La conviction de Paul reflète la pensée juive concernant les derniers temps, selon laquelle Dieu n’avait pas seulement fixé la date exacte du moment où les humains seraient sauvés, mais avait également déterminé avec précision combien de personnes seraient sauvées. Certaines versions rendent le mot ensemble par « le nombre complet » (Good News Bible), autrement dit, « quand le nombre prévu par Dieu… »

Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

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