Commentaire sur la traduction de Joël 3.18

4.18-21 [3.18-21]

Cette section est la dernière du livre de Joël. Ici Dieu annonce la punition pour les peuples ennemis de Juda et promet ses bénédictions au peuple de Juda. Celui-ci vivra désormais en paix et en sécurité.

La Bible en français courant ferme les guillemets à la fin du Joël 4.17 [Joël 3.17] pour les rouvrir au début du Joël 4.18 [Joël 3.18]. Ceci signifie que le discours du Seigneur continue. Ici il y a un mouvement de la bénédiction à la condamnation : Joël 4.18 [Joël 3.18] parle de la prospérité de Juda, dépeinte par le vin produit en abondance, le lait qui coule, et les cours d’eaux qui sont pleins. Des images sont aussi empruntées au prophète Ézéchiel : le torrent qui jaillit du temple pour arroser la Vallée des Acacias. Mais l’évocation de la prospérité s’arrête brusquement au Joël 4.19 [Joël 3.19] car pour les autres pays, ce sera la désolation. Encore une fois, dans les derniers versets du livre (Joël 4.20 [Joël 3.20]), le prophète Joël revient à la bénédiction de Juda, en déclarant qu’il sera toujours habité et que le Seigneur règnera depuis Jérusalem.

La Parole de Vie propose « Annonce de bonheur pour le peuple d’Israël » et la Nouvelle Bible Segond parle de « la nouvelle prospérité pour le peuple de Dieu ». Le titre de la Traduction œcuménique de la Bible et de la Bible de Jérusalem, « Ère paradisiaque et restauration d’Israël », semble trop abstrait pour servir de modèle. Les sous-titres doivent toujours être simples et attirants. On pourra aussi dire « Dieu promet de bénir Juda de nouveau ».

Ce jour-là : le début du verset est plus long en hébreu « et cela arrivera ce jour-là », une référence sans doute au jour du Seigneur. La Traduction œcuménique de la Bible, la Parole de Vie, et la Nouvelle Bible Segond retiennent le mot jour, ce qui permet de voir ce lien au jour de jugement. Par contre, la traduction de la Bible en français courant, « Un temps vient », ne permet pas de comprendre cette référence implicite et ne doit donc pas être suivie comme modèle.

les montagnes dégoutteront de vin nouveau, les collines ruisselleront de lait : il s’agit de lignes parallèles, où les montagnes correspond aux collines, dégoutter correspond à ruisseler, et vin nouveau au mot lait. Ce sont des signes de prospérité manifestés par la nature décrits à travers des figures très poétiques. Malgré ce langage, il est clair que Dieu bénit son peuple de façon concrète en leur donnant ce dont ils ont besoin, des choses qui leur sont vitales pour leur existence.

montagnes … collines : dans beaucoup de langues, il n’y a pas de distinction entre ces deux mots. Si c’est le cas, on parlera de « grandes » et « petites collines » ou « grandes » et « petites montagnes ».

les montagnes dégoutteront de vin nouveau : le verbe veut dire « verser ». En effet ce ne sont pas les montagnes qui donnent directement le vin mais la vigne qui est cultivée sur les flancs des montagnes. Pour vin nouveau, voir Joël 1.5. Dans beaucoup de langues, on pourra garder ces images en utilisant une comparaison, par exemple, « Le vin nouveau coule comme l’eau sur les montagnes ».

les collines ruisselleront de lait : ce ne sont pas les collines qui donnent le lait directement mais les troupeaux qui y broutent. Il s’agit certainement du lait de vache ou de chèvre. On s’attendrait peut-être à voir l’expression « lait et le miel », qui date de la période de la conquête de la terre promise du temps de Moïse, mais ce n’est pas le cas. Il faudrait respecter le texte. Encore une fois, on pourra dire « le lait coule comme la pluie sur les petites montagnes ». Le verbe ruisseler est le même en hébreu qu’au vers suivant, rendu là par couler. Les traducteurs trouveront un mot qui convient dans ce contexte.

dans tous les ruisseaux de Juda, les eaux couleront : cela ne veut pas dire que les eaux ne coulent jamais dans les cours d’eau. Mais normalement l’eau n’y coule qu’une partie de l’hiver. L’idée est que l’eau y sera à la fois permanente et abondante. Les signes de la bénédiction du Seigneur n’ont pas de limite. Dieu donnera sans retenue.

dans tous les ruisseaux : il s’agit des cours d’eaux.

Pour Juda, voir Joël 4.1.

les eaux couleront : eaux est un mot général en hébreu qui est souvent au pluriel. Si le mot générique pour eau ne convient pas dans la langue cible, les traducteurs pourront utiliser d’autres mots comme « les fleuves » ou les ruisseaux. La même racine est derrière ruisseler et couler en hébreu : תלך tâlak. Dans certaines langues, un idéophone peut évoquer le son de l’eau qui coule.

Une source jaillira de la Maison du SEIGNEUR et elle arrosera la Vallée des Acacias : ces images semblent empruntées au prophète Ézéchiel (Joël 47.1) et reviennent même dans le Nouveau Testament. Comme ailleurs dans la Bible, l’eau est source de la vie. Une source ou un point d’eau naturel est normalement pure et représente le rafraîchissement qui vient du SEIGNEUR.

jaillira rend le verbe « sortir » en hébreu, et les traducteurs devraient trouver un équivalent approprié dans leur langue.

la Maison du SEIGNEUR est une référence au temple de Jérusalem cité dans le verset prochain. La Bible en français courant et la Parole de Vie optent pour le mot « temple », mais une traduction littérale, comme la Traduction œcuménique de la Bible, est aussi acceptable. Il vaut mieux utiliser la même expression qui se trouve ailleurs. Voir Joël 1.9, Joël 1.14.

et elle arrosera la Vallée des Acacias : le verbe veut dire « abreuvoir » ou « alimenter ». L’eau qui vient du temple coule vers cette vallée.

la Vallée des Acacias est littéralement « l’oued de Chittim ». Il ne s’agit donc pas d’une vallée proprement dite (Joël 3.2), mais d’un ravin qui est sec pendant certaines périodes de l’année et susceptible aux inondations pendant d’autres. Chittim était le dernier campement des Israélites avant de traverser le Jourdain. Ainsi l’eau devait couler depuis le temple vers le Jourdain. Une traduction au lieu d’une translittération (Parole de Vie : « Chittim ») semble mieux.

Acacias : l’arbre acacia est bien connu en Afrique où il existe plusieurs variétés. Si l’arbre n’est pas connu, on peut parler du « ravin des arbres fleurissants ».

Source: Aroga Bessong, Dieudonné P.; Somé, Joachim & Zogbo, Lynell. Joël – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2010.

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